Vie et œuvre → contexte → question → thèse → arguments → objections → conclusion.
★ À maîtriser
📌 La question de Tempels sur ce qui caractérise le Muntu comporte un volet ontologique, portant sur l’être du Muntu, et un volet pastoral, visant à comprendre l’Africain pour adapter l’évangélisation.
Compléments
Dans les années 1930, la pensée de Tempels s’inscrit dans un contexte de colonisation, d’évangélisation et de diffusion du christianisme en Afrique.
Le contexte intellectuel de Tempels comprend les travaux ethnologiques et les récits missionnaires, ainsi que des théories philosophiques raciales sur l’Afrique noire associées à Hume, Kant et Hegel. - Hume, Kant, Hegel
Tempels cherche à comprendre pourquoi les efforts d’évangélisation des populations noires produisent des résultats maigres ou mitigés.
Tempels associe la force vitale aux pratiques suivantes :
Le respect des usages et coutumes vise, dans la pensée de Tempels, à maintenir l’harmonie avec la société.
Tempels présente comme amoindrissant la force vitale :
★ À maîtriser
📌 Les critiques de Tempels estiment que la hiérarchie ontologique peut favoriser la dépendance, l’obéissance aveugle, la limitation de la liberté et de l’égalité, la dictature de l’autorité et diverses injustices.
📌 Les critiques concluent qu’il faut revisiter et restructurer cette vision pour favoriser une Afrique dynamique, moderne, démocratique et prospère pour tous.
Compléments
La conception de Tempels valorise le respect de la nature et un ordre de la création comprenant Dieu, les ancêtres et les aînés, ainsi que les animaux et les végétaux.
La pensée de Tempels accorde une place prépondérante à Dieu et valorise ainsi la dimension métaphysique de la vie.
Les partisans de Tempels, qualifiés d’ethnophilosophes, cherchent à découvrir l’ontologie de différentes cultures africaines; Mulago est cité parmi eux.
Matungulu critique la notion de force vitale parce qu’elle peut encourager une forte natalité au nom d’une Afrique assoiffée de fécondité.
📌 Les critiques estiment que l’attention aux forces chez les aînés et dans la nature, ainsi que le recours à la magie et à la sorcellerie, peuvent détourner de la technologie et du développement de la science.
📌 Dans la morale coutumière critiquée, agir moralement revient à obéir aux coutumes des ancêtres, ce qui soulève la question de la faiblesse des lois en Afrique.
Les critiques de la conception éducative de Tempels estiment que l’apprentissage auprès des Ngaga pour renforcer la force vitale peut s’accompagner d’un refus de l’école des Blancs.
Les critiques reprochent à la conception de Tempels un recours excessif à Dieu, susceptible de faire attendre qu’il agisse à la place de l’homme, et rapprochent cette tendance de l’expansion des Églises.
★ À maîtriser
📌 Dans le portrait comparatif de Senghor, le Noir est présenté comme communiant avec la nature et l’autre par une raison intuitive, tandis que le Blanc prend ses distances avec l’objet et privilégie l’analyse et la raison discursive ou calculatrice.
📌 Le portrait senghorien de l’Africain est défendu pour rappeler que l’homme est aussi émotion, sentiment et communion avec autrui, la nature et la transcendance; en revanche, l’émotion est jugée insuffisante pour fonder seule les structures politiques, économiques et sociales, qui requièrent la raison, les lois et leur règne.
Compléments
Léopold S. Senghor, poète et président du Sénégal, est né à Joal le 9 octobre 1906 et a exercé la présidence de 1960 à 1980; il est mort le 20 décembre 2001.
Senghor a été membre de l’Académie française de 1983 à 2001.
Parmi les œuvres de Senghor figurent :
La pensée de Senghor s’inscrit dans le contexte du colonialisme, du racisme, de l’indépendance et de la Négritude.
📌 Chez Senghor, l’émotion ne désigne ni un simple sentiment, ni des sensations superficielles, ni des réactions musculaires, mais une communion profonde avec le monde invisible.
Senghor associe le Noir à la formule « je sens, je danse, donc j’existe » et le Blanc à « cogito, ergo sum », traduit par « je pense, j’analyse, donc je suis ».
Les valeurs sont universelles et transculturelles, mais que les cultures diffèrent dans la manière de les vivre.
Wole Soyinka a critiqué la Négritude par la formule « A tiger does not proclaim his tigritude », avant de retirer sa critique en 1996 dans Le poids de la mémoire, à l’occasion des 90 ans de Senghor, et de reconnaître que le prix Nobel aurait dû lui être décerné.
Soyinka estime que la thèse de Senghor a été mal comprise : les portraits du Noir et du Blanc ne visent pas à déterminer lequel est supérieur et ne constituent pas une thèse raciste. - Wole Soyinka, Le poids de la mémoire, 1996
Le cours rapproche Senghor des figures suivantes :
Noir : communion intuitive ; Blanc : distance analytique.
D. A. Masolo est un philosophe kenyan titulaire d’un Ph. D. obtenu à l’Université grégorienne de Rome en 1980.
D. A. Masolo est professeur de philosophie à l’Université de Louisville.
Parmi les œuvres de Masolo figurent :
★ À maîtriser
📌 Le débat sur l’identité africaine oppose le paradigme du Logos, associé au logocentrisme et à la tradition, au paradigme du Thumos, associé à l’émotivisme et à la modernité.
📌 Frantz Fanon considère que le problème de l’identité noire relève surtout de l’oppression politique, économique, culturelle et psychologique plutôt que de la race, et préconise une révolution contre cette oppression.
Compléments
Les philosophes des Lumières Hegel, Hume et Kant, ainsi que des anthropologues et ethnologues coloniaux comme George Balandier et Lévy-Bruhl, ont soutenu que les Noirs étaient dépourvus de raison et de civilisation.
En réaction au racisme, le panafricanisme revendique l’Afrique aux Noirs et propose une identité fondée sur la couleur de peau, notamment par le retour des Noirs américains en Afrique préconisé par Marcus Garvey.
📌 L’égyptologie valorise l’histoire africaine en proposant de reconstruire l’identité du continent par le retour à l’Égypte ancienne, mais le cours juge cette démarche peu efficace pour son développement actuel.
★ À maîtriser
Masolo privilégie le paradigme de la Vérité décrit par Mudimbe, c’est-à-dire l’étude des discours que les systèmes de pouvoir imposent comme vrais, plutôt que le paradigme ontologique, car il lui attribue des effets pratiques sur le développement africain. - The Invention of Africa
Pour Masolo, la raison doit servir de critère de vérité plutôt que la mythologie, les opinions ou la divination, dans une perspective qu’il rattache à Socrate.
Paul Hountondji soutient que la culture africaine doit s’appuyer sur la science et la rigueur scientifique plutôt que sur les mythes, les proverbes et les dogmes intangibles. - P. Hountondji
Kwasi Wiredu distingue la vérité, connue et admise universellement, de l’opinion, qui exprime un point de vue relatif sur la réalité et risque donc la subjectivité et la partialité.
Compléments
Masolo relit historiquement les réponses à la question de l’identité africaine afin d’éviter de répéter des solutions obsolètes et inefficaces pour le développement de l’Afrique et des Noirs.
Parmi les ouvrages de Hountondji cités figurent :
📌 À partir de cette distinction, Kwasi Wiredu préconise de faire prévaloir les vérités scientifiques sur les vérités traditionnelles fondées sur des opinions.
La vérité scientifique se distingue des opinions et des dogmes traditionnels
★ À maîtriser
Odera Oruka oppose à la thèse de Masolo le défi de développer la philosophie de la sagacité, en soulignant que l’Afrique possède des sages.
Masolo soutient que les sages africains ne peuvent être considérés comme des philosophes collègues, car la sagesse ne suffit pas à constituer une philosophie.
📌 Pour Masolo, être sage relève de la sagesse, tandis que la philosophie implique une systématisation de la pensée, à laquelle l’écriture contribue.
📌 La priorité accordée à la science ne doit pas conduire à l’émotivisme consistant à la considérer comme l’unique voie du développement africain.
Compléments
Ogotemmeli et Paul Mbuya, sage luo du Kenya, sont cités comme exemples de sages africains.
Odera Oruka est l’auteur de Sage Philosophy: Indigenous Thinkers and Modern Debate on African Philosophy.
Masolo qualifie l’oralité de modèle faible et préconise la formation de philosophes scientifiquement entraînés.
Être sage n’est pas encore être philosophe : la systématisation distingue les deux.
★ À maîtriser
📌 Daniel Etounga Manguelle préconise un ajustement culturel plutôt qu’un ajustement économique, avec créativité et imagination en éducation, unité en politique, rentabilité et travail performant en économie, et rigueur dans le domaine social.
📌 La comparaison entre sociétés traditionnelles et sociétés modernes associe la démocratie et le développement à des facteurs culturels et sociaux, notamment la confiance, la tolérance, les sciences et technologies, les valeurs, la religion et la planification familiale.
Compléments
Daniel Etounga Manguelle énumère onze fléaux culturels qui constituent des obstacles au développement africain.
Parmi les obstacles énumérés figurent une mentalité verticale et hiérarchique, l’incertitude du lendemain, une conception flexible du temps, le culte de l’autorité, la subordination de l’individu à la communauté, la propension à la fête et à la dépense, la recherche de compromis fragiles, l’incompréhension de la dimension économique, la magie et la sorcellerie, une culture qualifiée de hobbesienne et le manque de confiance en soi. - Daniel Etounga Manguelle
Baenge propose le modèle japonais fondé sur l’innovation, l’intelligence, l’excellence, la perfection et l’apprentissage à apprendre. - L’Af en Kimono
Selon le constat présenté à partir de Jeffry Sachs, parmi les trente pays les plus riches du monde, vingt et un se trouvent en Europe et en Amérique, cinq en Asie et les quatre autres sont le Koweït, Israël, le Chili et l’Arabie saoudite.
L’étude présentée dans Culture Matters explique par la culture que 60 % des enfants noirs américains sont sans père et distingue trois modèles culturels, A, B et C.
Pour Tocqueville, parmi les richesses naturelles, les lois et les mœurs, les mœurs sont le facteur le plus important de la prospérité américaine. - Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique
Les obstacles culturels freinent le développement ; l’ajustement culturel vise à les transformer.
★ À maîtriser
📌 Cornel West situe le défi le plus sérieux du racisme dans le nihilisme psychologique et anthropologique qui présente le Noir comme un être sans valeur. - Race Matters
📌 Pour Kwame Anthony Appiah, le racisme repose sur des critères biologiques comme le nez, la couleur de la peau et les cheveux, ainsi que sur des affirmations génétiques de supériorité intellectuelle blanche qui ne sont pas scientifiquement prouvées.
📌 Martin Luther King défend la non-violence comme voie de promotion de la justice et de l’égalité entre Noirs et Blancs, contre la violence, la haine, la colère et le désespoir.
Compléments
📌 Appiah propose de supprimer le mot « race », car il considère que le mal du racisme réside dans ce mot. - KWAME Anthony Appiah
📌 Pour Martin Luther King, la non-violence vise la négociation plutôt que la destruction de l’autre et constitue un moyen moral pour atteindre un objectif moral.
La non-violence négocie ; la violence détruit.
★ À maîtriser
Nkrumah distingue cinq problèmes à transformer en Afrique :
Pour Nkrumah, le néocolonialisme est le plus sérieux des cinq problèmes à transformer et sa solution repose sur le principe de self-reference.
Compléments
Kwame Nkrumah fut le premier président du Ghana à partir de 1960.
Les œuvres de Nkrumah citées sont (KWAME NKRUMAH) :
Nkrumah affirme que la pratique sans théorie est aveugle et que la théorie sans pratique est vide.
Nkrumah vise une société égalitaire fondée sur le principe kantien de traiter l’humanité comme une fin et jamais simplement comme un moyen.
Les objections à Nkrumah portent sur :
La théorie guide l’action ; la pensée fonde la pratique.
★ À maîtriser
Compléments
Julius Nyerere fut président de la Tanzanie de 1964 à 1985.
Les œuvres de Nyerere citées sont (Julius Nyerere) :
Pour Nyerere, la peur de prendre ses responsabilités vient des Portugais, des Allemands et des Anglais, qui ont fait croire aux Africains que le Noir n’est rien. - Julius Nyerere, UJAMAA, 1968
Dans l’Ujamaa, les dirigeants doivent être des serviteurs et non des maîtres, et ne doivent pas être craints. - Julius Nyerere, Leaders Must Not Be Masters
Les objections à l’Ujamaa soulignent (Julius Nyerere, 1968) :
L’argument rawlsien demande de prendre au sérieux les différences raisonnables, c’est-à-dire les désaccords profonds mais légitimes entre citoyens libres, parfois irréconciliables.
Une société pensée comme une famille, sans maîtres ni esclaves.
★ À maîtriser
📌 Le rejet colonial de l’Ubuntu repose sur une conception individualiste de la responsabilité et de l’intérêt personnel, tandis que l’Ubuntu repose sur une conception communale de la responsabilité.
La devise de l’Ubuntu est « umuntu ngamuntu ngabantu », traduite par « je suis parce que nous sommes ».
L’engagement actif « masakhané » signifie « construisons ensemble » et appelle à la participation de tous au bien commun.
Le principe politique « Batho Pele », qui signifie « le peuple d’abord », met au premier plan les besoins et le bien-être optimal des citoyens.
Compléments
La réflexion sur l’Ubuntu s’inscrit dans le contexte de l’Afrique du Sud postcoloniale et post-apartheid. - MUNYARADZI Felix Murove
Les colonialistes ont rejeté l’Ubuntu, qu’ils jugeaient propice au sous-développement parce qu’il privilégie la communauté et semblerait négliger la responsabilité personnelle.
L’Ubuntu comporte une dimension écologique qui appelle au respect de la nature, notamment des animaux et des plantes.
Le principe senghorien de l’Ubuntu est « être avec » : « je suis l’autre ; je danse l’autre, donc je suis ».
L’Ubuntu promeut la communion avec autrui, la nature et le monde invisible, ainsi que la compassion et l’attention à l’autre.
Dans les affaires, l’éthique de l’Ubuntu demande de traiter les personnes comme des êtres humains, et non comme des machines ou des instruments de travail.
Dans le secteur public, l’éthique de l’Ubuntu demande de considérer les personnes comme des êtres humains plutôt que comme de simples fonctionnaires.
L’individualisme privilégie l’intérêt personnel ; Ubuntu relie l’identité à la communauté.
★ À maîtriser
Eboussi décrit le débat sur la philosophie africaine comme une prison ou une caverne théorique qui conduit à l’incohérence, à la contradiction et à une impasse identitaire. - L’affaire de la philosophie. Au-delà des querelles, 2011
Pour Eboussi, sortir de cette impasse exige de reconstruire autrement la philosophie et l’identité africaines. - L’affaire de la philosophie. Au-delà des querelles, 2011
📌 Eboussi distingue le « philosopher », exercice ou procédure de la pensée, de la « philosophie », qui désigne son contenu. - L’affaire de la philosophie. Au-delà des querelles, 2011
📌 Le philosopher est universel et transculturel comme procédure, tandis que les philosophies sont particulières et variables par leurs contenus. - Eboussi, L’affaire de la philosophie. Au-delà des querelles, 2011
Compléments
Selon Fabien Eboussi Boulaga, le débat sur la philosophie africaine porte sur ce qu’elle a été, est ou sera, ainsi que sur ce qu’elle doit être. - L’affaire de la philosophie. Au-delà des querelles, 2011
Selon Eboussi, privilégier le contenu et notamment le passé enferme la philosophie africaine dans des querelles de courants et dans une valorisation statique de l’héritage. - L’affaire de la philosophie. Au-delà des querelles, 2011
Aporie → diaporie → euphorie : obstacle, recherche, fin heureuse.
★ À maîtriser
📌 La reconstruction identitaire peut suivre un axe rétrospectif ou archéologique, tourné vers le passé, ou un axe prospectif, téléologique ou eschatologique, tourné vers l’avenir.
Compléments
Selon Eboussi, l’enfermement dans le passé transforme la philosophie africaine en historiographie centrée sur les dates, les faits, les lieux et les figures historiques. - L’affaire de la philosophie. Au-delà des querelles, 2011
Eboussi qualifie de « secte » une philosophie africaine devenue insulaire et indigène par son enfermement dans l’historiographie. - L’affaire de la philosophie. Au-delà des querelles, 2011
L’axe rétrospectif associe l’authenticité au retour au passé, mais Eboussi considère cette quête comme une fuite en arrière. - L’affaire de la philosophie. Au-delà des querelles, 2011
Eboussi adresse au philosophe africain le message de sortir de l’impasse du Bantoustan post-apartheid. - L’affaire de la philosophie. Au-delà des querelles, 2011
Ruptures et transformations continues → renouvellement de la philosophie.
Portraits comparés chez Senghor
| Dimension | Noir | Blanc |
|---|---|---|
| Rapport au monde | Communion avec la nature et l’autre | Distance avec l’objet et volonté de le dominer |
| Mode de connaissance | Raison intuitive et communion | Analyse et raison discursive ou calculatrice |
| Formule existentielle | « Je sens, je danse, donc j’existe » | « Cogito, ergo sum » |
Teste tes connaissances sur Philosophies africaines de Tempels et Senghor avec 10 questions à choix multiples et corrections détaillées.
1. Pour analyser un auteur, une étudiante a déjà étudié sa vie et son œuvre, son contexte, sa question majeure, sa thèse, ses arguments et exemples, ainsi que les objections. Quelle étape doit-elle encore mener pour compléter la méthode ?
2. Une chercheuse étudie la question de Tempels « qu’est-ce qui caractérise le Muntu ? » en distinguant l’étude de son être et la recherche de moyens d’adapter l’évangélisation. Comment classer ces deux volets ?
Mémorisez les concepts clés de Philosophies africaines de Tempels et Senghor avec 10 flashcards interactives.
Qui a traduit *La philosophie bantoue* en néerlandais ?
A. Rubbens.
Quelles étapes suivent l’analyse d’un auteur ?
Sept étapes, de l’examen de sa vie et de son œuvre à la conclusion sur sa question majeure.
Quels éléments contextuels l’analyse d’un auteur examine-t-elle ?
Les contextes social, politique, intellectuel et culturel.
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