Fiche de révision : Comorbidités psychiatriques des addictions

Plan du Cours

  1. Définition et pathologie duelle
  2. Troubles psychiatriques concernés
  3. Épidémiologie des comorbidités
  4. Mécanismes de l’association
  5. Conséquences et repérage
  6. Tabac, cannabis et troubles mentaux
  7. Prise en charge intégrée

1. Définition et pathologie duelle

Notions clés & Définitions

  • Comorbidité : OMS, 1995 — Cooccurrence chez une même personne d’un trouble dû à la consommation d’une substance psychoactive et d’un autre trouble psychiatrique, sans que cette notion implique un lien de causalité entre eux.
  • Pathologie duelle : M Casas, Addictions et comorbidités, 2014 — Présence simultanée d’un ou plusieurs troubles psychiatriques et d’une ou plusieurs addictions chez un même patient, avec des processus synergiques qui modifient les symptômes, diminuent l’efficience des traitements et aggravent ou chronicisent l’évolution.

Astuce mémo

Cooccurrence ne signifie pas causalité : deux troubles présents, sans lien nécessaire entre eux.

2. Troubles psychiatriques concernés

Notions clés & Définitions

  • Trouble psychiatrique : Associe généralement des pensées, des émotions, des comportements et des relations avec autrui difficiles ou douloureux dans la vie du sujet.

Points essentiels

  • Les troubles psychiatriques concernés comprennent: les troubles de la personnalité, les troubles de l’humeur, les troubles anxieux, les troubles psychotiques, le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité

3. Épidémiologie des comorbidités

★ À maîtriser

  • Environ un tiers des personnes ayant un trouble mental présentent une pathologie addictive hors tabac, tandis que près de la moitié des personnes ayant une pathologie addictive présentent une pathologie psychiatrique.

  • En milieu de soin addictologique, le taux de pathologie duelle est sept fois plus élevé que dans la population générale, et plus d’un tiers des patients suivis en psychiatrie présenterait une pathologie duelle.

  • La dépression concerne environ 30 % des personnes ayant un trouble de l’usage, et le risque suicidaire est huit fois plus important en cas de trouble de l’usage d’alcool.

  • Jusqu’à 70 % des personnes souffrant de schizophrénie présentent un trouble lié à l’usage d’une substance lorsque le tabac est inclus, contre 30 à 50 % lorsque le tabac est exclu.

Compléments

  • Le trouble de l’usage d’alcool concerne environ 40 % des personnes ayant un trouble bipolaire, le cannabis 20 % et le TDAH 30 %.

Astuce mémo

Plus le trouble addictif est grave, plus la comorbidité psychiatrique augmente.

4. Mécanismes de l’association

★ À maîtriser

  • 🔄 L’association peut résulter de trois mécanismes:

    1. le trouble mental facilite l’addiction par une tentative d’autosoulagement
    2. la substance induit ou prolonge les symptômes psychiatriques
    3. des facteurs génétiques et environnementaux communs favorisent les deux troubles
  • Le modèle biopsychosocial explique les conduites addictives par l’interaction entre les facteurs liés au produit, les facteurs individuels et les facteurs environnementaux.

Compléments

  • Les facteurs individuels comprennent:
    • les vulnérabilités génétiques
    • les vulnérabilités biologiques
    • les vulnérabilités psychologiques
    • les vulnérabilités psychiatriques

Astuce mémo

Le trouble mental facilite l’addiction, la substance aggrave les symptômes, puis une vulnérabilité commune entretient les deux.

5. Conséquences et repérage

Points essentiels

  • La comorbidité est associée à des symptômes psychiatriques plus sévères, à davantage de rechutes et d’hospitalisations, à une moindre efficacité des traitements et à une évolution plus péjorative.

  • La pathologie duelle est associée à:

    • des polyconsommations
    • des suicides
    • des pathologies somatiques
    • des violences
    • des incarcérations
    • une exclusion sociale
    • une espérance de vie diminuée
  • Le repérage repose notamment sur:

    • les antécédents psychiatriques familiaux
    • la biographie
    • la précocité des consommations
    • l’autosoulagement
    • l’installation rapide des troubles
    • les polyconsommations
    • la fluctuation de l’accès aux soins
    • le type de produit
    • une addiction résistante avant 30 ans

Astuce mémo

Association des troubles → symptômes plus sévères, rechutes et hospitalisations plus fréquentes.

6. Tabac, cannabis et troubles mentaux

★ À maîtriser

  • Chez les personnes souffrant d’un trouble mental, le taux de tabagisme est deux à quatre fois supérieur à celui de la population générale, et 70 à 80 % des patients schizophrènes fument.

📌 Le tabagisme diminue les taux sériques de certains médicaments par induction enzymatique du CYP1A2, un effet principalement lié aux benzopyrènes plutôt qu’à la nicotine.

  • Le cannabis peut induire des symptômes psychotiques dans 15 % des cas, avec des effets psychomimétiques plus marqués en cas de vulnérabilité et une relation dose-effet.

  • La dépendance au cannabis double le risque de présenter un trouble psychotique, surtout en cas de consommation avant 15 ans, d’effet dose-dépendant, de prédisposition à la schizophrénie et de polymorphisme de la COMT.

Compléments

  • Chez les patients souffrant de schizophrénie, la consommation de cannabis est associée à une survenue des troubles 2,5 ans plus précoce, à davantage d’hospitalisations, à une moins bonne observance et à un déclin cognitif plus marqué.

Astuce mémo

Le tabac complique les traitements par induction enzymatique ; le cannabis augmente le risque psychotique.

7. Prise en charge intégrée

★ À maîtriser

  • La prise en charge des comorbidités doit dépister systématiquement les troubles, intégrer les traitements psychiatriques et addictologiques, tenir compte de la motivation fluctuante et impliquer les proches.

  • Les traitements séquentiels prennent en charge successivement l’addiction et le trouble psychiatrique, les traitements parallèles et coordonnés les traitent simultanément avec coopération des intervenants, et les soins intégrés les confient à une équipe pluridisciplinaire partageant une culture commune.

  • La réduction des risques est généralement plus appropriée que l’abstinence en début de traitement, notamment lorsque la motivation du patient est fluctuante.

Compléments

  • Dans une prise en charge intensive et individualisée de l’arrêt du tabac en psychiatrie, 14 % des patients avaient arrêté à six mois contre 6 % avec les soins habituels.

Astuce mémo

Dépister, coordonner, intégrer les soins, puis adapter l’accompagnement aux capacités du patient.

Tableaux de synthèse

Modalités de prise en charge

ModalitéOrganisationLimite ou intérêt
SéquentielleLes deux troubles sont traités successivementRisque de retarder le traitement du trouble comorbide
Parallèle coordonnéeLes deux troubles sont traités simultanément par des intervenants coopérantsNécessite une communication et une décision conjointes
IntégréeUne équipe pluridisciplinaire prend en charge les deux troublesPermet d’adapter une intervention à la cooccurrence

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Comorbidités psychiatriques des addictions avec 11 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Que désigne la comorbidité selon la définition proposée par l’OMS en 1995 ?

2. Quelle est la définition de la pathologie duelle selon Casas en 2014?

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Comorbidités psychiatriques des addictions avec 11 flashcards interactives.

Que désigne la comorbidité selon l'OMS en 1995?

La cooccurrence d'un trouble lié à une substance psychoactive et d'un autre trouble psychiatrique.

Définition de la comorbidité

Cooccurrence de troubles sans lien de causalité.

Qu'est-ce que la pathologie duelle selon M Casas en 2014?

La présence simultanée de troubles psychiatriques et d'addictions avec effets synergiques.

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