Fiche de révision : Gouvernance et états d’exception en droit français

Plan du Cours

  1. Gouvernance de l’action publique et notion d’action publique
  2. État d’exception : échec de la norme normale
  3. Régimes d’exception en droit français
  4. Articulation état de droit et état d’exception
  5. Banalisation de l’exception et circonstances exceptionnelles
  6. Privatisation de la décision publique et captation
  7. Externalisation de la conception des politiques publiques
  8. Encadrement juridique des prestations de conseil
  9. Représentation d’intérêts et co-construction de la décision
  10. Critères et limites de la représentation d’intérêts
  11. Jeu d’influence et difficultés de mesure
  12. Participation citoyenne et crise de la représentation

1. Gouvernance de l’action publique et notion d’action publique

Notions clés & Définitions

  • Gouvernance de l’action publique : La gouvernance de l’action publique désigne une manière de gérer et d’organiser l’action des institutions publiques, plutôt qu’une discipline juridique ou un ensemble de normes.
  • Action publique : L’action publique renvoie à une action en justice portée devant la juridiction pénale, notion de droit privé distincte de l’usage en science politique.
  • Bonne gouvernance : La bonne gouvernance est un ensemble de principes de gestion publique promus pour améliorer l’efficacité et la qualité de l’action des institutions, notamment via des réformes et des exigences anti-corruption.
  • New Public Management : Le New Public Management est une théorie de gestion publique apparue dans les années 1980 qui recommande d’importer des méthodes et pratiques inspirées du secteur privé pour améliorer efficacité et efficience.
  • Livre blanc sur la gouvernance 2001 : Le livre blanc de 2001 formalise un modèle européen de bonne gouvernance en listant des principes destinés à guider l’action publique.

Points essentiels

  • Les juristes sont déroutés par la « gouvernance » car l’expression ne correspond pas à une discipline juridique ni à un corpus de normes, mais à une façon d’agir des institutions publiques.
  • En science politique, « action publique » est employée avec une connotation dynamique d’action et de transformation des activités des personnes publiques.
  • Le terme « gouvernance » est décrit comme un néologisme d’usage récent, dont la signification est imprécise et souvent dépendante du contexte d’emploi.
  • Les années 1990 voient l’importation de la gouvernance des entreprises vers les entités publiques, notamment pour définir des critères de « bonne gouvernance » conditionnant l’accès à des aides financières.
  • Le New Public Management promeut l’introduction de pratiques du secteur privé dans le secteur public au nom de l’efficacité et de l’efficience.
  • Le livre blanc de 2001 retient 5 principes de bonne gouvernance : ouverture (transparence), participation (public/citoyens), responsabilité, efficacité, cohérence, principes pouvant être réceptionnés en droit national.

Astuce mémo

Gouvernance = « gérer autrement » (gestion + principes) ; Action publique (juridique) = pénal, alors que science po = activités publiques en mouvement.

2. État d’exception : échec de la norme normale

Notions clés & Définitions

  • État d’exception : L’état d’exception est une situation où la légalité normale est suspendue ou dérogée pour répondre à une crise et à une menace.
  • Gouvernement des lois : Le gouvernement des lois désigne l’idée que l’action publique doit être gouvernée par des normes plutôt que par la volonté des personnes.
  • Gouvernement des normes : Le gouvernement des normes renvoie à la primauté du cadre juridique sur les décisions personnelles, afin d’organiser l’action publique.
  • Intérêt supérieur : L’intérêt supérieur est l’argument invoqué pour justifier la dérogation au droit, car il serait plus grand que le respect de la légalité ordinaire.
  • Circonstances exceptionnelles : Les circonstances exceptionnelles sont une notion mobilisée en droit pour admettre des mesures dérogatoires lorsque la situation sort du cadre habituel.

Points essentiels

  • L’état d’exception bouleverse le schéma de primauté des normes en suspendant la légalité normale face à l’urgence et à une menace.
  • L’état d’exception se situe à la frontière entre égalité et illégalité, et peut aller jusqu’à des actions juridiquement illégales.
  • En droit public, l’exception ne se limite pas à écarter une règle : elle modifie aussi les rapports habituels entre gouvernants et gouvernés.
  • L’état d’exception n’a pas de définition juridique unique et univoque en droit public, car des disciplines différentes (droit administratif, droit constitutionnel) utilisent des régimes proches mais distincts.
  • Les contours communs identifiables sont : une crise (menace ou périple majeur), une dérogation à une règle de droit, et l’invocation d’un intérêt supérieur.
  • Les effets typiques sont une concentration des pouvoirs au profit de l’exécutif et un élargissement de ses compétences au détriment des individus, avec un recul des libertés au nom de la préservation de l’intérêt suprême

Astuce mémo

Crise → Dérogation → Intérêt supérieur → Pouvoirs concentrés (libertés reculent).

3. Régimes d’exception en droit français

Notions clés & Définitions

  • État de siège : Régime d’exception qui transfère au pouvoir militaire le maintien de l’ordre et élargit la compétence des juridictions militaires.
  • État d’urgence sécuritaire : Régime d’exception créé par la loi du 3 avril 1955, déclenché par décret en cas de péril imminent ou de calamité publique.
  • État d’urgence sanitaire : Régime d’exception temporaire créé par la loi du 23 mars 2020 pour faire face à une catastrophe sanitaire, puis devenu caduc.
  • Circonstances exceptionnelles : Théorie jurisprudentielle permettant à l’administration de s’écarter de la légalité ordinaire sous contrôle du juge en cas de crise grave.
  • Circonstances particulières : Catégorie jurisprudentielle distincte des circonstances exceptionnelles, mobilisée lorsque l’administration doit adapter l’action sans basculer dans l’exception totale.

Points essentiels

  • L’état de siège est déclaré par décret, et les procès-verbaux des autorités civiles pour le maintien de l’ordre sont transférés aux autorités militaires.
  • L’état de siège permet à l’autorité militaire de suspendre certains droits et d’interdire des publications ou réunions jugées de nature à menacer l’ordre public.
  • L’état de siège étend la compétence des juridictions militaires pour juger notamment des crimes et délits contre la sûreté de l’État.
  • L’état d’urgence sécuritaire est déclenché par décret sur tout ou partie du territoire en cas de péril imminent portant atteinte grave à l’ordre public ou de calamité publique.
  • L’état d’urgence sécuritaire a été modifié à plusieurs reprises, notamment par une ordonnance du 15 avril 1960 et par la loi du 20 novembre 2015.
  • Les mesures de l’état d’urgence sécuritaire sont prises par le ministre de l’intérieur et les préfets, avec des pouvoirs incluant assignation à résidence, restrictions de circulation, contrôles et perquisitions si le déc

Astuce mémo

Siège = Siège militaire (ordre transféré) ; Urgence sécuritaire = Décret + préfets ; Urgence sanitaire = Covid (temporaire) ; Circonstances exceptionnelles = déroger mais sous 3 verrous du juge.

4. Articulation état de droit et état d’exception

Notions clés & Définitions

  • Théorie des circonstances exceptionnelles : La théorie des circonstances exceptionnelles est une construction jurisprudentielle qui permet à l’administration de s’écarter temporairement de la légalité pour faire face à un péril majeur.
  • Légitime défense (Hauriou) : La légitime défense, telle que mobilisée par Hauriou, sert de justification théorique à l’idée qu’un exécutif puisse violer la légalité pour préserver l’existence de l’État.
  • Éponge constitutionnelle : L’éponge constitutionnelle désigne la technique par laquelle le Conseil constitutionnel neutralise, au nom des circonstances particulières, l’atteinte à des règles constitutionnelles de procédure.
  • État d’urgence : L’état d’urgence est un régime légal d’exception qui encadre, par des textes, les pouvoirs dérogatoires de l’exécutif.
  • État de droit : L’état de droit est un cadre où la puissance publique est soumise à des règles juridiques hiérarchisées qui conditionnent la validité de ses actes.

Points essentiels

  • Le juge contrôle l’usage de la théorie des circonstances exceptionnelles a posteriori, ce qui transforme des inégalités ou violations initiales en actes ensuite “légalisés” par la décision juridictionnelle.
  • Le Conseil d’État présente la théorie comme un fondement autonome permettant à l’administration d’agir en cas de crise, dans l’attente d’une législation de crise.
  • La justification théorique mobilise l’idée de survie de l’État : lorsque le péril est en jeu, l’action peut primer sur la paralysie juridique.
  • Une difficulté majeure est de savoir si l’écart à la légalité relève du droit ou d’une logique extra-juridique de “nécessité”, avec le risque d’une abdication du droit face au fait exceptionnel.
  • Dans l’affaire de Nouvelle-Calédonie (suspension d’accès à un réseau social), le Conseil d’État valide l’usage de la théorie alors même qu’un régime d’urgence était en vigueur, et annule ensuite la décision au fond après
  • Le Conseil constitutionnel (décision du 26 mars 2020) a recouru à l’éponge constitutionnelle pour ne pas censurer une loi organique adoptée en violation d’exigences procédurales, en raison des circonstances particulières

Astuce mémo

Survie d’abord, juge après : circonstances exceptionnelles = action immédiate, contrôle a posteriori.

5. Banalisation de l’exception et circonstances exceptionnelles

Notions clés & Définitions

  • État de droit : L’état de droit est un ordre juridique où la puissance publique est encadrée par des règles, hiérarchisées entre elles, et où les individus disposent de droits opposables à un juge.
  • État d’exception : L’état d’exception est un régime temporaire permettant de déroger aux normes ordinaires pour rétablir plus vite le fonctionnement normal du droit, tout en visant la protection des individus.
  • Finalité commune : La finalité commune relie état de droit et état d’exception : la protection des individus et de leurs droits, même lorsque les moyens juridiques diffèrent.
  • Contrôle politique : Le contrôle politique regroupe les mécanismes institutionnels exercés par des organes politiques sur les décisions prises dans le cadre de l’exception.
  • Contrôle juridictionnel : Le contrôle juridictionnel désigne l’intervention des juges pour vérifier la compatibilité des mesures d’exception avec les exigences constitutionnelles et les libertés.

Points essentiels

  • La banalisation de l’exception consiste à traiter les régimes d’urgence comme des instruments récurrents, ce qui fragilise l’idée d’une dérogation strictement exceptionnelle.
  • L’état d’exception est présenté comme temporaire et orienté vers le retour rapide à la législation ordinaire, avec une finalité ultime de préservation des droits des individus.
  • Pour rendre l’exception compatible avec l’état de droit, il faut retrouver les trois marqueurs : limitation de la puissance publique, hiérarchie des actes, et maintien de droits individuels opposables.
  • En France, les contrôles des états d’exception se répartissent entre contrôle politique et contrôle juridictionnel, mais ils peuvent rester insuffisants pour encadrer réellement le pouvoir d’exception.
  • Le contrôle politique peut intervenir à deux moments : lors de la prorogation (ex. art 16) et pendant l’exécution via le Parlement, notamment par des mécanismes d’information et d’évaluation.
  • Sous l’art 16, les avis requis sont obligatoires mais non conformes, et l’information du Parlement vise aussi un contrôle politique et, indirectement, citoyen via la publicité de certains avis du Conseil constitutionnel.

Astuce mémo

Exception = dérogation temporaire, mais avec 3 garde-fous : Puissance limitée, Actes hiérarchisés, Droits opposables (PAD).

6. Privatisation de la décision publique et captation

Notions clés & Définitions

  • Privatisation de la décision publique : La privatisation de la décision publique désigne le transfert, même partiel, de la conception ou de l’orientation des politiques publiques vers des acteurs privés.
  • Captation de la fabrique de la décision : La captation de la fabrique de la décision correspond au fait que des intérêts privés influencent la production des politiques publiques.
  • Externalisation de la conception : L’externalisation de la conception consiste à confier à un acteur privé la création, la mise en place ou la gestion d’une activité relevant de l’action publique.
  • Prestations intellectuelles de conseil : Les prestations intellectuelles de conseil sont des missions confiées à des cabinets pour contribuer à la stratégie ou à la conception d’une politique publique.
  • Délégations de prestations intellectuelles : Les délégations de prestations intellectuelles désignent le recours à des cabinets pour fournir des expertises dans des domaines touchant parfois des fonctions régaliennes.

Points essentiels

  • La jurisprudence administrative a longtemps été prudente, censurant par exemple des interdictions absolues liées à la liberté de réunion de culte et à la sortie des résidents d’EHPAD, ainsi que l’exigence d’un motif impé
  • La logique décrite est que, face aux impératifs sanitaires et sécuritaires, les droits et libertés peuvent être subordonnés, notamment sous l’effet de la peur sécuritaire.
  • La banalisation de l’exception peut venir du recours régulier et de la contamination des mesures d’exception dans le droit commun, jusqu’à faire émerger l’idée d’une exception permanente.
  • La tentative de constitutionnalisation de l’état d’urgence (attentats du 13 novembre 2015) a échoué, notamment à cause du volet sur la déchéance de nationalité et des désaccords parlementaires.
  • Le projet de 2015 visait à insérer un article constitutionnalisant l’état d’urgence (art. 36-1) et à organiser la procédure et la prorogation, avec un renvoi au législateur pour le régime.
  • La normalisation de l’exception est illustrée par la loi SILT (30 octobre 2017), qui a transposé des outils d’urgence dans le droit commun, puis a été prolongée après 2020 et finalement pérennisée par une loi de 2021.

Astuce mémo

Exception→droit commun : « urgence qui s’installe » (SILT) ; Décision→privé : « conseil qui fabrique la politique ».

7. Externalisation de la conception des politiques publiques

Notions clés & Définitions

  • Cabinet de conseil : Prestataire privé qui fournit des analyses et recommandations pour aider une personne publique à définir une stratégie ou organiser une action.
  • Participation citoyenne : Dispositif public de mobilisation des citoyens, dont l’organisation peut être confiée à des cabinets faute de savoir-faire interne.
  • Nouveau management public : Doctrine de gestion qui rapproche le fonctionnement de l’administration de celui de l’entreprise privée pour améliorer la performance.
  • RGPP : Réforme de l’État lancée en 2007 visant à réduire les dépenses publiques, notamment via une baisse du nombre de fonctionnaires.
  • Conflit d’intérêt : Situation d’interférence entre intérêts publics ou privés et l’exécution indépendante, impartiale et objective d’une fonction.

Points essentiels

  • Pendant la campagne vaccinale, des cabinets de conseil ont été mobilisés pour définir des stratégies (masques, tests, application anti-COVID) et organiser des dispositifs de participation citoyenne.
  • L’externalisation de la participation citoyenne est critiquée car elle peut introduire des biais, alors que les cabinets n’ont pas de légitimité démocratique propre.
  • Le nouveau management public (MPM) repose sur l’alignement des méthodes de gestion entre public et privé, avec pour finalité une performance accrue de l’administration.
  • Les « 3 E » du MPM sont l’économie, l’efficience et l’efficacité, avec des mécanismes de désagrégation, de concurrence et d’incitations financières liées aux performances.
  • La désagrégation correspond à l’éclatement hiérarchisé de l’administration en structures plus autonomes et moins hiérarchisées.
  • La concurrence dans les structures publiques est présentée comme un levier d’amélioration de la qualité des services, mais elle s’accompagne souvent d’exigences de performance et de suppressions de postes dans certains «

Astuce mémo

MPM = « 3 E » : Économie → Efficience → Efficacité.

8. Encadrement juridique des prestations de conseil

Notions clés & Définitions

  • Circulaire du 19 janvier 2022 : La circulaire du 19 janvier 2022 encadre le recours des administrations et établissements publics de l’État à des prestations intellectuelles de conseil.
  • Commission d’enquête sénatoriale : La commission d’enquête est une instance parlementaire chargée de recueillir des informations sur des faits déterminés ou la gestion de services publics, avec des pouvoirs d’investigation.
  • Article 34-1 de la Constitution : L’article 34-1 permet aux assemblées parlementaires de voter des résolutions selon des conditions fixées par la loi organique.
  • Loi organique du 15 avril 2009 : La loi organique du 15 avril 2009 précise les exigences formelles applicables aux projets de loi, notamment l’exposé des motifs et l’étude d’impact.
  • Décision CC 2019-794 DC : La décision du 20 décembre 2019 relative à la loi d’orientation des mobilités statue sur la conformité constitutionnelle de la participation d’un prestataire privé à l’exposé des motifs et à l’étude d’impact.

Points essentiels

  • La circulaire du 19 janvier 2022 a une valeur normative limitée (circulaire) et vise surtout des mesures en amont et en aval du recours au conseil.
  • En amont, la circulaire recommande de rationaliser le recours aux cabinets de conseil et de réduire d’au moins 15 % les dépenses de conseil, avec un objectif ensuite poursuivi sur 2022 puis 2023.
  • La circulaire prévoit de vérifier d’abord les ressources internes via une base de données par ministère et de recourir prioritairement aux inspections générales et services d’appui internes.
  • En aval, la circulaire impose une évaluation de la qualité du service rendu (délais, coopération, atteinte des objectifs), mais ne prévoit pas de contrôle du respect de ses préconisations.
  • La commission d’enquête sénatoriale a relevé quatre difficultés liées au recours à des prestataires privés pour des prestations intellectuelles : opacité, froissement incontrôlé, dépossession, risque déontologique non ma
  • L’opacité est alimentée par la discrétion des cabinets et par l’absence de vision globale de l’État sur l’ampleur des prestations de conseil et leur contenu réel pour les fonctionnaires et citoyens.

Astuce mémo

Circulaire = Réduire (15%) puis Évaluer (délais/coopération/objectifs) ; Commission = 4 O : Opacité, Froissement, Dépossession, Déontologie.

9. Représentation d’intérêts et co-construction de la décision

Notions clés & Définitions

  • Doctrine du préalable parlementaire : La doctrine du préalable parlementaire désigne le contrôle constitutionnel portant sur le respect des conditions d’inscription d’un projet à l’ordre du jour prévues par la loi organique.
  • Étude d’impact : L’étude d’impact est un document préalable au projet de loi destiné à éclairer les effets et la nécessité de la future norme.
  • Exposé des motifs : L’exposé des motifs est un document accompagnant le projet de loi qui présente les raisons et l’économie générale du texte.
  • Lobbying : Le lobbying est l’action d’acteurs organisés visant à défendre des intérêts particuliers en influençant les décisions publiques et les médias.
  • Volonté générale : La volonté générale est, dans la pensée de Rousseau, l’expression du commun à toutes les volontés particulières, censée fonder une loi garantissant la liberté.

Points essentiels

  • Le Conseil constitutionnel peut écarter un moyen tiré d’une irrégularité procédurale sans pour autant censurer le texte, ce qui limite l’ampleur de son contrôle.
  • Le contrôle du Conseil constitutionnel s’appuie sur l’article 39 de la Constitution pour vérifier le respect des conditions d’inscription à l’ordre du jour, via la saisine possible en cas de désaccord.
  • En l’absence de réaction de la première assemblée au moment de l’inscription, le moyen fondé sur la méconnaissance des obligations issues de la loi de 2019 devient inopérant.
  • Le Conseil constitutionnel adopte une approche formaliste en distinguant l’étude d’impact et l’exposé des motifs du texte de loi lui-même, ce qui réduit la portée du contrôle sur la qualité du “dossier”.
  • La privatisation partielle de la rédaction de l’étude d’impact et de l’exposé des motifs n’est pas jugée contraire à la Constitution si le prestataire ne fait que contribuer sous la direction et le contrôle du Premier ou
  • Le débat porte sur l’idée que l’étude d’impact peut être détournée de sa finalité d’introspection préalable au profit d’une justification a posteriori de la décision gouvernementale.

Astuce mémo

Préalable parlementaire = “ordre du jour” : si l’assemblée ne dit rien, le Conseil constitutionnel ferme la porte au moyen.

10. Critères et limites de la représentation d’intérêts

Notions clés & Définitions

  • Loi Sapin II : La loi Sapin II du 9 décembre 2016 encadre la transparence, la lutte contre la corruption et la modernisation de la vie économique, en reconnaissant la représentation d’intérêts comme activité admise sous conditions.
  • Loi du 11 octobre 2013 : La loi du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique définit le cadre du droit des conflits d’intérêt et organise des obligations déclaratives utiles au contrôle des influences.
  • HATVP : La HATVP est l’autorité chargée de contrôler le respect des obligations des représentants d’intérêts, notamment via le répertoire et les déclarations annuelles.
  • Répertoire des représentants d’intérêts : Le répertoire est la base publique où les représentants d’intérêts s’inscrivent et déclarent leurs actions et moyens, afin d’informer les citoyens sur les relations avec les responsables publics.
  • Tierce intervention devant le Conseil constitutionnel : La tierce intervention est une possibilité procédurale devant le Conseil constitutionnel, encadrée par des conditions de délai et d’intérêt spécial à la décision.

Points essentiels

  • La transparence et la traçabilité visent à distinguer l’intérêt privé de l’intérêt collectif et à rendre visibles les influences extérieures sur l’action publique.
  • La transparence est présentée comme un moyen de légitimation du régime représentatif, car rendre compte suppose d’informer et de permettre la sanction éventuelle des représentants.
  • La transparence de la vie publique se décline en obligations, institutions et procédures, avec notamment un droit d’accès aux documents administratifs organisé par la loi du 17 juillet 1978 (codifiée).
  • La loi Sapin II reconnaît que la décision publique peut être influencée ou faire l’objet de tentatives d’influence par des acteurs privés, ce qui constitue un changement de paradigme par rapport à une vision strictement
  • Les critères de qualification des représentants d’intérêts sont cumulatifs : critère organique (personnes concernées) et critère matériel (activité principale ou régulière d’influence sur la décision publique).
  • Sont exclus du champ de la représentation d’intérêts, notamment les élus agissant dans leur mandat, les partis politiques, les organisations syndicales et d’employeurs, et les associations cultuelles.

Astuce mémo

Transparence = Lumière (obligations) + Contrôle (autorités) ; Lobbying = Reconnu mais Déclaré (répertoire) ; Conseil constitutionnel = Influence difficile à mesurer (secret + décisions peu motivées).

11. Jeu d’influence et difficultés de mesure

Notions clés & Définitions

  • Tierce intervention : La tierce intervention est une intervention de personnes extérieures au litige permettant d’apporter des observations au Conseil constitutionnel dans une procédure donnée.
  • Intérêt spécial : L’intérêt spécial est l’exigence permettant de justifier la recevabilité d’une tierce intervention au regard de la décision rendue par le Conseil constitutionnel.
  • Porte étroite : La porte étroite désigne une pratique d’accès informel au Conseil constitutionnel pour influencer l’examen de constitutionnalité via des contributions extérieures.
  • Contribution extérieure : La contribution extérieure est un écrit adressé au Conseil constitutionnel par toute personne, rendu public sous conditions et sans effet direct sur la saisine.
  • Impartialité subjective et objective : L’impartialité subjective et l’impartialité objective sont deux dimensions complémentaires qui évaluent l’absence de parti pris personnel et l’absence de conflit d’intérêt perçu.

Points essentiels

  • La tierce intervention est encadrée par l’article 6, avec notamment un délai de dépôt et un intérêt spécial à la décision.
  • Le Conseil constitutionnel ne définit pas clairement la notion d’intérêt spécial, ce qui rend l’appréciation de la recevabilité difficile et dépendante des décisions antérieures.
  • Le Conseil constitutionnel peut rejeter une tierce intervention sans avoir à motiver sa décision, ce qui renforce l’incertitude sur les critères réellement appliqués.
  • Les tierces interventions sont transmises aux parties et aux autorités concernées (président, Premier ministre, présidents des assemblées), ce qui vise à organiser le contradictoire.
  • En pratique, environ 1 décision sur 4 fait l’objet d’une tierce intervention, avec une forte présence d’associations (38%) et de sociétés (23%) entre 2010 et 2019.
  • La porte étroite est une pratique longtemps informelle et peu publique, assimilable à une forme de lobbying car des contributions peuvent inspirer des passages entiers des décisions.

Astuce mémo

Tierce intervention = délai + intérêt spécial ; porte étroite = influence discrète ; contribution extérieure = publique mais sans effet sur la saisine.

12. Participation citoyenne et crise de la représentation

Notions clés & Définitions

  • Doctrine organique du Conseil constitutionnel : La doctrine organique est une production interprétative interne au Conseil constitutionnel, élaborée pour orienter sa propre compréhension et sa propre action.
  • Doctrine endogène : La doctrine endogène désigne une doctrine produite à l’intérieur du Conseil constitutionnel, à partir de ses propres décisions et de sa logique institutionnelle.
  • Commentaire officiel des décisions : Le commentaire officiel est une publication accompagnant les décisions du Conseil constitutionnel, destinée à fixer l’interprétation institutionnelle de la décision.
  • Rapport juge doctrine universitaire : Le rapport juge–doctrine universitaire correspond aux liens organisés entre le Conseil constitutionnel et la production universitaire afin d’encadrer et d’orienter la réception des décisions.
  • Raison institutionnelle : La raison institutionnelle est la logique qui pousse une institution à agir pour protéger et promouvoir ses compétences, son image et sa cohérence interne.

Points essentiels

  • Le Conseil constitutionnel canalise l’activité doctrinale en produisant une doctrine endogène et en cherchant à capter la doctrine universitaire pour la mettre au service du Conseil.
  • Le commentaire officiel vise à fournir la « bonne » interprétation des décisions afin de limiter les interprétations concurrentes et de monopoliser le sens institutionnel.
  • La pratique du commentaire s’inscrit dans une tradition de commentaire des décisions, avec une évolution : depuis 2010, le commentaire n’est plus signé et est publié sur le site comme doctrine officielle.
  • Le commentaire officiel pose des difficultés : statut de source du droit si le commentaire ajoute ou retranche des éléments, et question de légitimité car il n’est pas rédigé par le collège des membres.
  • Le Conseil constitutionnel développe des liens avec la doctrine (locaux, relations avec des membres, stages, prix de thèse, audiences « hors les murs », réceptions, revue constitutionnelle).
  • La revue officielle (cahiers du Conseil constitutionnel) sert de passerelle vers le monde universitaire et vise à rendre compte de l’activité du Conseil, tout en encadrant la liberté des critiques dans les publications.

Astuce mémo

Canaliser = capter : doctrine endogène + commentaire officiel pour verrouiller l’interprétation.

Repères chronologiques

DateÉvénement
2001Livre blanc sur la gouvernance publié en 2001, fixant 5 principes de bonne gouvernance
1990Années 1990 : importation de la gouvernance des entreprises vers les entités publiques pour définir des critères de « bonne gouvernance »
1980Années 1980 : apparition du New Public Management recommandant d’importer des méthodes du secteur privé dans le secteur public

Tableaux de synthèse

Typologie des régimes d’exception en droit français

CatégorieSourceIdée centrale
État d’exception constitutionnelConstitutionPouvoirs de crise fixés par la Constitution (ex. art 16, art 36)
État d’exception législatifLoiRégime d’exception prévu par le législateur, substitutif ou encadré
État d’exception jurisprudentielJurisprudenceThéorie construite par le juge (ex. circonstances exceptionnelles)

Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre « gouvernance » et « gouvernement » : la gouvernance est présentée comme plus dynamique (transformation des rapports gouvernants/gouvernés), alors que le gouvernement renvoie à des sens institutionnels et stat.
  2. Prendre « action publique » au sens de science politique : dans le cours, l’action publique est une action en justice portée devant la juridiction pénale, notion de droit privé.
  3. Croire qu’il existe une définition juridique unique de l’état d’exception : le cours insiste sur l’absence de définition univoque en droit public et sur des régimes proches mais distincts selon les disciplines.
  4. Assimiler automatiquement exception = simple écart d’une règle : en droit public, l’exception modifie aussi les rapports habituels gouvernants/gouvernés (concentration des pouvoirs exécutifs et recul des libertés).
  5. Confondre « circonstances exceptionnelles » et « circonstances particulières » : la première est une théorie jurisprudentielle permettant de s’écarter temporairement de la légalité sous contrôle du juge, la seconde est,
  6. Penser que le contrôle juridictionnel est toujours efficace : le cours souligne l’autolimitation du juge et le contrôle souvent a posteriori, avec transformation des inégalités/violations initiales en actes ensuite « lég
  7. Oublier que la banalisation de l’exception peut venir de la contamination du droit commun : le cours illustre la normalisation via la loi SILT et la prolongation/ pérennisation des outils d’urgence.

Checklist Examen

  1. Maîtriser la distinction « gouvernance » (façon d’agir des institutions publiques) / « action publique » (action en justice devant la juridiction pénale) et les usages en science po.
  2. Savoir expliquer l’origine et la logique du New Public Management (années 1980) puis l’articulation avec le livre blanc de 2001 et ses 5 principes de bonne gouvernance.
  3. Définir l’état d’exception comme suspension/dérogation à la légalité normale face à une crise et une menace, en identifiant les trois marqueurs : crise, dérogation, intérêt supérieur.
  4. Expliquer les effets typiques de l’état d’exception : concentration des pouvoirs au profit de l’exécutif, élargissement des compétences, recul des libertés au nom de l’intérêt supérieur.
  5. Connaître les régimes français : état de siège (art 36, transfert maintien de l’ordre aux autorités militaires, juridictions militaires) et états d’urgence sécuritaire/sanitaire (lois et déclenchement par décret).
  6. Savoir présenter la théorie des circonstances exceptionnelles (CE) : conditions d’usage (crise grave, inenvisageabilité du respect de la légalité, nécessité et proportionnalité) et effet (légalisation a posteriori).
  7. Savoir présenter la théorie des circonstances particulières (CC, décision du 26 mars 2020) et l’idée d’« éponge constitutionnelle » pour neutraliser une atteinte procédurale au nom des circonstances particulières.
  8. Maîtriser l’articulation état de droit / état d’exception : finalité commune (protection des individus et de leurs droits), et les 3 marqueurs à retrouver pour rester compatible (limitation puissance publique, hiérarchie
  9. Savoir distinguer contrôles politiques et contrôles juridictionnels en France : prorogation, information du Parlement, contrôle du juge (autolimitation, contrôle restreint).
  10. Expliquer la banalisation de l’exception : recours régulier, contamination du droit commun (tentative de constitutionnalisation de 2015, puis normalisation via SILT).
  11. Comprendre la privatisation de la décision publique : externalisation de la conception, captation de la fabrique de la décision, et rôle des cabinets de conseil (ex. stratégie, participation citoyenne).
  12. Connaître l’encadrement des prestations de conseil : circulaire du 19 janvier 2022 (réduction 15% puis évaluation qualité) et la logique des propositions de loi/rapports parlementaires (opacité, froissement incontrôlé,
  13. Savoir traiter l’exemple de privatisation de la rédaction : règles organiques (loi organique du 15 avril 2009, exposé des motifs, étude d’impact) et décision CC 2019-794 DC (participation d’un prestataire sous direction/
  14. Maîtriser la représentation d’intérêts : hostilité révolutionnaire (volonté générale, méfiance envers intérêts particuliers) puis reconnaissance tardive (loi Sapin II du 9 décembre 2016, répertoire, HATVP).

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Gouvernance et états d’exception en droit français avec 12 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Que désigne la gouvernance de l’action publique dans le cadre étudié ?

2. Quel élément caractérise l’état d’exception lorsqu’une crise survient ?

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Gouvernance et états d’exception en droit français avec 24 flashcards interactives.

Gouvernance de l’action publique — définition ?

Une gestion organisée des activités des institutions publiques.

Action publique — rôle ?

Action en justice ou activité des institutions publiques.

Bonne gouvernance — principes ?

Transparence, participation, responsabilité, efficacité, cohérence.

Voir les flashcards →

Cours similaires

Crée tes propres fiches de révision

Importe ton cours et l'IA génère fiches, QCM et flashcards en 30 secondes.

Générateur de fiches