Politique publique : Programme d’action cohérent d’autorités publiques ou gouvernementales (Thoenig, 1985). Elle désigne l’ensemble des décisions, actions et dispositifs mis en œuvre par des acteurs publics pour répondre à des problèmes sociaux ou d’intérêt général, en réunissant plusieurs décisions qui ont du sens ensemble. La cohérence n’est pas toujours garantie, mais elle constitue une orientation stratégique globale.
Différence entre policy, polity et politics : Selon la distinction anglo-saxonne, policy désigne la politique menée pour résoudre un problème, polity l’ensemble des acteurs et institutions impliqués dans l’espace politique, et politics la lutte, la compétition et la vie politique (jeu des partis, acteurs, enjeux).
Typologie des politiques publiques selon Lewi : Classification basée sur deux critères : l’action directe ou indirecte sur les individus ou l’environnement, et l’action directe ou indirecte de l’État. Elle distingue notamment :
Actions publiques : Moyens formels et informels dont se dote une société pour traiter des problèmes sociaux. Selon Garraud, elles constituent un bricolage institutionnalisé, c’est-à-dire une accumulation de politiques diverses, souvent incohérentes, menées par différents acteurs sans coordination parfaite, mais durables dans le temps.
La politique publique n’est pas limitée à la législation ou aux lois, mais inclut aussi une action administrative, individuelle, ou encore des dispositifs informels. La délimitation précise est difficile, car elle résulte d’un processus d’accumulation et de bricolage institutionnel (Garraud).
La cohérence des politiques publiques est souvent mise en question, notamment dans le cadre du bricolage institutionnalisé, où différentes politiques visant à traiter un même problème peuvent se concurrencer ou se contredire, comme dans la lutte contre le chômage.
La distinction entre policy, polity et politics permet de mieux comprendre les différents niveaux et dimensions de l’action publique : la finalité (policy), les acteurs et institutions (polity), et la compétition ou lutte politique (politics).
Les actions publiques mobilisent divers moyens, qu’ils soient matériels, juridiques, financiers ou communicationnels, dont l’effet varie dans le temps et selon leur nature.
La notion d’actions publiques est récente et insiste sur la diversité des moyens et acteurs pour traiter des problèmes sociaux, dépassant la simple conception législative.
La politique publique est un ensemble d’actions coordonnées par des autorités publiques pour répondre à des enjeux sociaux, souvent caractérisées par leur complexité, leur bricolage institutionnel et leur dimension multidimensionnelle.
Matrice de Lewi (date non précisée) : outil de classification des politiques publiques basé sur deux critères : l’action directe ou indirecte, et l’impact sur les individus ou l’environnement. Elle permet d’identifier différents types de politiques selon leur mode d’intervention et leur cible.
Politiques réglementaires (date non précisée) : politiques qui imposent des contraintes directes sur les comportements des individus ou des acteurs, par le biais de lois, règlements ou interdictions (ex : contrainte sur la vitesse, port de la ceinture).
Politiques distributives (date non précisée) : politiques qui offrent des autorisations, droits ou incitations sans recourir à des contraintes directes, visant à influencer indirectement les comportements (ex : subventions, droits, permis).
Politiques redistributives (date non précisée) : politiques qui redistribuent des ressources ou des pouvoirs entre différents groupes ou acteurs, par le biais de mécanismes comme la fiscalité ou les aides sociales.
Politiques constitutives (date non précisée) : politiques qui définissent les règles fondamentales du fonctionnement administratif ou démocratique, telles que la décentralisation, la structuration des institutions ou la législation de base.
La matrice de Lewi repose sur deux critères : l’action (directe ou indirecte) et la cible (individus ou environnement). Elle permet de classifier les politiques en quatre types principaux : réglementaires, distributives, redistributives et constitutives.
Les politiques réglementaires exercent une contrainte immédiate sur les comportements, souvent par des lois ou règlements. Elles ont un effet rapide mais peuvent générer des résistances ou des effets collatéraux.
Les politiques distributives agissent par la délivrance d’autorisations ou d’incitations, sans imposer de contraintes directes, favorisant une influence indirecte et souvent plus flexible.
Les politiques redistributives concernent la répartition des ressources ou des pouvoirs, souvent par des mécanismes fiscaux ou sociaux, visant à réduire les inégalités ou à renforcer certains groupes.
Les politiques constitutives structurent le cadre institutionnel et administratif, en définissant les règles du jeu démocratique et administratif, essentielles à la légitimité et à la fonctionnement de l’action publique.
La classification permet d’analyser la nature de l’intervention publique, ses effets, ses acteurs et ses enjeux, en fonction de leur mode d’action et de leur cible.
La matrice de Lewi offre un cadre synthétique pour comprendre la diversité des politiques publiques, en distinguant leur mode d’action (direct ou indirect) et leur cible (individus ou environnement), facilitant ainsi leur analyse et leur gestion.
La dimension de l’action publique repose sur la construction sociale du problème, l’orientation poursuivie, la diversité des acteurs impliqués, et la typologie variée des instruments, dont les effets varient selon leur nature et leur temporalité.
Les problèmes publics ne sont pas des réalités naturelles mais des objets sociaux construits par des acteurs qui leur donnent sens, légitimité et priorité dans l’espace public, à travers des représentations et des théories du changement social.
Processus de mise à l’agenda : ensemble des étapes par lesquelles certains problèmes publics sont sélectionnés, priorisés et portés à l’attention des décideurs pour être traités. Ce processus implique une sélection parmi de nombreux problèmes latents ou ignorés, en fonction de divers critères et influences.
Rôle des acteurs et institutions dans la sélection des problèmes : acteurs publics (hommes politiques, hauts fonctionnaires, institutions) et acteurs privés (groupes d’intérêt, médias) participent à la construction de l’agenda en mobilisant ressources, représentations et stratégies pour faire émerger certains problèmes et leur donner priorité.
Influence des représentations et des contextes politiques : les perceptions sociales, idéologies, valeurs, ainsi que le contexte politique (conjoncture, rapport de force, enjeux électoraux) façonnent la manière dont les problèmes sont perçus, sélectionnés ou ignorés dans l’agenda public (voir aussi la construction sociale du problème public).
Problèmes latents vs problèmes à l’agenda : les problèmes latents sont ceux qui existent mais ne sont pas encore reconnus ou prioritaires par les acteurs publics. Lorsqu’ils émergent dans l’espace public ou politique, ils deviennent des problèmes à l’agenda, c’est-à-dire qu’ils sont officiellement pris en considération pour une action ou une intervention.
La mise à l’agenda est un processus dynamique et stratégique, où les acteurs mobilisent ressources et représentations pour faire émerger certains problèmes dans un contexte politique influencé par des enjeux sociaux, idéologiques et institutionnels.
Rationalité limitée : Concept selon lequel la capacité des décideurs à traiter toutes les informations, à anticiper toutes les conséquences et à optimiser leurs choix est limitée par des contraintes cognitives, informationnelles et temporelles. Simon (1957) souligne que les acteurs adoptent des solutions satisfaisantes plutôt qu’optimales en raison de ces limites.
Critique de la rationalité parfaite : Approche qui remet en question l’idée que les décideurs agissent de manière parfaitement rationnelle, c’est-à-dire en maximisant leur utilité ou leur intérêt. Elle insiste sur le fait que cette rationalité est irréaliste, notamment en raison des limites cognitives et de l’incertitude.
Approche « problem-solving » : Perspective qui voit la décision comme une recherche de solutions à un problème identifié, souvent par des acteurs qui tentent de résoudre un problème spécifique sans nécessairement chercher à comprendre ses causes profondes ou sa complexité. Elle privilégie la résolution immédiate plutôt que la compréhension globale.
Influence des intérêts, stratégies et contraintes : La décision publique est façonnée par les intérêts divergents des acteurs, leurs stratégies d’action, ainsi que par les contraintes institutionnelles, politiques et sociales. Ces éléments orientent le choix final, souvent dans une logique de compromis ou de négociation.
La rationalité limitée, introduite par Simon (1957), explique que les acteurs ne disposent pas de toutes les informations ni du temps nécessaire pour faire des choix parfaitement optimaux. Ils adoptent donc des solutions satisfaisantes, ce qu’on appelle la « satisficing ».
La critique de la rationalité parfaite remet en cause l’idée que la décision est le résultat d’un calcul optimal. Elle met en lumière que les décisions sont souvent le fruit de processus simplifiés, influencés par des biais cognitifs, des représentations sociales et des contraintes de contexte.
L’approche « problem-solving » privilégie la résolution de problèmes concrets, souvent par des acteurs qui cherchent à répondre à une demande ou à une crise, sans nécessairement analyser en profondeur leurs causes ou leurs implications à long terme.
La décision publique est rarement le fruit d’un processus purement rationnel : elle est influencée par les intérêts divergents des acteurs (gouvernements, groupes d’intérêt, citoyens), leurs stratégies (coopération, compétition, compromis) et par des contraintes institutionnelles (règles, normes, contraintes légales). Ces éléments expliquent la complexité et la non-cohérence parfois observée dans les choix politiques.
La théorie de la rationalité limitée et la critique de la rationalité parfaite soulignent que la prise de décision est un processus d’adaptation, de compromis et d’ajustements successifs, plutôt qu’un calcul optimal.
La décision publique est façonnée par des acteurs aux capacités cognitives limitées, influencés par leurs intérêts et contraintes, ce qui rend le processus souvent incohérent et orienté vers des solutions satisfaisantes plutôt qu’optimales.
L’inertie des politiques publiques résulte d’un ensemble de facteurs institutionnels, sociaux et politiques qui favorisent la stabilité, tandis que le changement nécessite une mobilisation stratégique des acteurs et une rupture avec les routines établies.
Modèle incrémental : Approche du changement qui privilégie de petites modifications progressives plutôt que des ruptures radicales. Selon Lindblom (1959), le changement se fait par ajustements successifs, souvent par ajustements successifs plutôt que par des transformations majeures.
Théorie du changement social : Cadre explicatif qui cherche à comprendre comment et pourquoi les sociétés évoluent. Selon Pierre Muller, il s’agit d’une construction sociale où la représentation du problème, la théorie du changement et l’action sont liées pour transformer la société.
Facteurs déclencheurs : Éléments ou événements qui provoquent ou accélèrent le changement dans l’action publique ou le système politique. Ces facteurs peuvent être des crises, des innovations, ou des pressions sociales, et jouent un rôle clé dans la dynamique du changement (voir aussi "Facteurs déclencheurs et dynamiques du changement").
Approche de rupture : Modèle de changement qui privilégie une transformation radicale ou une rupture avec l’ordre établi. Elle se manifeste souvent lors de crises ou de mouvements révolutionnaires, remettant en cause les modèles incrémentaux.
Dynamique du bricolage institutionnalisé : Concept de Philippe Garraud (date non précisée) décrivant un changement par accumulation de politiques fragmentées, souvent incohérentes, qui s’inscrivent dans la durée sans nécessairement viser une cohérence globale.
Les modèles de changement dans l’action publique incluent des approches incrémentales et de rupture, qui ne sont pas mutuellement exclusives mais souvent complémentaires selon les contextes (voir aussi "Modèles de changement dans l’action publique"). La théorie du changement social, notamment selon Pierre Muller, insiste sur la construction sociale du problème, la représentation qu’on en a, et la théorie du changement qui guide l’action pour transformer la société.
Les facteurs déclencheurs jouent un rôle central dans la dynamique du changement, pouvant être des crises, des innovations technologiques ou des mobilisations sociales. Leur identification permet de comprendre les moments où le changement devient possible ou inévitable.
La notion de bricolage institutionnalisé montre que le changement peut aussi résulter d’un processus d’accumulation de politiques fragmentées, souvent incohérentes, qui s’inscrivent dans la durée sans viser une réforme totale (voir Garraud). Ce processus est caractéristique des politiques publiques contemporaines, où la stabilité coexiste avec des ajustements progressifs.
La rupture radicale intervient généralement lors de crises majeures ou de mouvements révolutionnaires, remettant en question l’ordre établi et favorisant des transformations rapides.
Les modèles de changement dans l’action publique oscillent entre évolutions incrémentales et ruptures radicales, ces dernières étant souvent déclenchées par des crises ou des innovations, tandis que la théorie du changement social met en avant la construction sociale du problème et la représentation qu’on en a pour expliquer la transformation.
| Date | Événement |
|---|---|
| 1985 | Définition de la politique publique par Thoenig |
| Critère | Politiques réglementaires | Politiques distributives | Politiques redistributives | Politiques constitutives |
|---|---|---|---|---|
| Mode d’action | Contraintes directes (lois, règlements) | Incitations, autorisations (subventions) | Redistribution de ressources/pouvoirs | Définition des règles fondamentales |
| Cible | Individus, acteurs soumis à contrainte | Individus, acteurs influencés indirectement | Groupes sociaux, acteurs économiques | Institutions, cadre administratif |
| Auteur clé | Lewi | Lewi | Lewi | Lewi |
| Effet principal | Effet immédiat, contrainte | Influence indirecte, flexible | Réduction inégalités, redistribution | Structuration du cadre institutionnel |
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1. Selon Thoenig (1985), qu'est-ce qu'une politique publique ?
2. Quelle est la date précise de la publication de la classification de Lewi ?
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Politique publique — définition ?
Programme d’action cohérent des autorités publiques.
Policy vs Polity — différence ?
Policy : actions, Polity : acteurs et institutions.
Dimensions action publique — aspects ?
Objectifs, acteurs, instruments, effets.
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