Fiche de révision : Les modèles de la relation science-politique

Plan du Cours

  1. Scientifisation de la politique selon Habermas
  2. Modèle décisionniste : séparation valeurs et expertise
  3. Modèle technocratique : adéquation fins et moyens
  4. Limites de la rationalité technique et stratégique
  5. Modèle pragmatique : interrelation critique science et politique
  6. Lien avec la démocratie et médiation de l’opinion publique
  7. Expertise scientifique : mandat et légitimité
  8. Expertise comme connaissance et non décision
  9. Interface connaissance décision et statut du savoir
  10. Expertise : question non choisie et urgence politique
  11. Réponse nuancée et connaissances provisoires

1. Scientifisation de la politique selon Habermas

Notions clés & Définitions

  • Scientifisation de la politique : La scientifisation de la politique désigne une tendance à rationaliser l’exercice du pouvoir en mobilisant davantage la recherche et l’expertise scientifique.
  • Rationalisation du pouvoir politique : La rationalisation du pouvoir politique correspond à une mise en forme plus rationnelle de l’action publique, notamment dans la manière d’administrer et d’exécuter des choix.
  • Modèle décisionniste : Le modèle décisionniste sépare la décision politique, fondée sur des valeurs, de l’exécution administrative, pensée avec des moyens et procédures scientifiques.
  • Modèle technocratique : Le modèle technocratique inverse la dépendance entre science et politique en faisant du politique un organe d’exécution des contraintes issues des moyens techniques disponibles.
  • Séparation bureaucratie et chefs : La séparation entre bureaucratie/technocratie et chefs décrit une division où les spécialistes exécutent selon des procédures, tandis que les chefs décident en dernier ressort.

Points essentiels

  • Habermas présente la scientifisation comme une tendance appuyée par l’extension de la recherche sur commande de l’État et la part croissante de la consultation scientifique dans les services publics.
  • La scientifisation vise d’abord une rationalisation de l’exercice du pouvoir politique, pas encore un fait total et achevé.
  • Dans le modèle décisionniste, les chefs décident entre valeurs et croyances, car l’action politique n’a pas de fondement rationnel en dernière instance.
  • Dans le modèle décisionniste, la mise en œuvre ou l’administration des choix peut, elle, être envisagée scientifiquement ou rationnellement.
  • Dans le modèle technocratique, la rationalité consiste à fixer des fins politiques réalistes relativement aux moyens techniques et administratifs existants.
  • Dans le modèle technocratique, les moyens déterminent les fins : le politique devient l’organe d’exécution des contraintes objectives dégagées par l’expertise et les ressources disponibles.

Astuce mémo

Décisionniste = chefs décident (valeurs) puis spécialistes exécutent (science) ; Technocratique = moyens imposent les fins (politique exécute).

2. Modèle décisionniste : séparation valeurs et expertise

Notions clés & Définitions

  • Modèle décisionniste : Modèle où la décision politique est traitée comme un choix de fins fondées sur des valeurs, séparé de l’expertise scientifique et technique.
  • Séparation valeurs et expertise : Principe selon lequel les valeurs déterminent les fins politiques tandis que la science et la technique fournissent des moyens sans trancher les valeurs.
  • Rationalité fins-moyens : Forme de rationalité qui consiste à rendre les fins politiques réalistes en les ajustant aux moyens techniques et administratifs disponibles.
  • Technocratie : Modèle où la rationalisation politique dépend surtout de l’efficacité des techniques et stratégies disponibles, au risque de réduire la domination à l’administration rationnelle.

Points essentiels

  • Dans le modèle décisionniste, la décision politique relève du choix entre des fins portées par des valeurs, tandis que l’expertise traite des moyens scientifiques et techniques.
  • Habermas critique la séparation comme étant seulement formelle, car valeurs et expertise sont en réalité interdépendantes dans la pratique.
  • Le modèle technocratique présuppose une rationalité unique capable de résoudre à la fois des problèmes techniques et des problèmes pratiques, ce qui est jugé indéfendable.
  • L’alternative proposée par Habermas oppose soit des formes de discussion rationnelle autres que théorico-techniques, soit un retour au modèle décisionniste si ces questions ne peuvent pas être résolues par des raisons.
  • Le modèle décisionniste conserve une pertinence, mais Habermas le juge moins satisfaisant lorsqu’il dissocie complètement bureaucratie et chef en mettant la technique au service d’un seul décideur.
  • Le modèle pragmatique est présenté comme plus adéquat car il organise une interrelation critique entre expertise et politique, avec des échanges où experts conseillent et politiques passent commande.

Astuce mémo

Décisionniste = Valeurs d’un côté, Expertise de l’autre ; mais Habermas rappelle : la séparation est “formelle” car tout s’interpénètre.

3. Modèle technocratique : adéquation fins et moyens

Notions clés & Définitions

  • Modèle pragmatique : Modèle de rapport entre science et politique où les recommandations techniques doivent être médiées par la démocratie pour s’appliquer efficacement à la pratique.
  • Médiation politique de l’opinion publique : Mécanisme démocratique qui relie les recommandations d’experts aux décisions politiques en passant par l’opinion publique.
  • Monde vécu social : Cadre de valeurs et d’orientations d’une société qui sert de référence aux intérêts sociaux mobilisés dans le dialogue entre experts et politiques.
  • Herméneutique cachée : Processus implicite qui perturbe le dialogue entre experts et décideurs en rendant la compréhension mutuelle difficile malgré l’échange.
  • Administrations de pilotage R&D : Structures institutionnelles chargées d’orienter la recherche et le développement et d’organiser des conseils scientifiques.

Points essentiels

  • Le modèle pragmatique se distingue par son lien nécessaire avec la démocratie, condition d’efficacité des recommandations en pratique.
  • Le dialogue experts–politiques doit être en prise directe avec les intérêts sociaux et les orientations d’un monde vécu social, rapportés à des valeurs.
  • Le dialogue préscientifique des citoyens sur leurs besoins, intérêts et valeurs peut être institutionnalisé via des discussions publiques auxquelles les citoyens assistent.
  • La mise en œuvre bute sur deux difficultés : une difficulté herméneutique (traduction) et une difficulté politique (retour vers l’opinion publique).
  • La traduction requise est bidirectionnelle : informations scientifiques vers la langue commune de la pratique, puis problèmes pratiques vers la langue des recommandations techniques.
  • Pour rendre la traduction possible, le dialogue exige une formalisation ou procéduralisation, voire une institutionnalisation via des administrations et instituts de conseil scientifique.

Astuce mémo

Démocratie → opinion publique ; Traduction → langue commune ↔ recommandations ; Institution → R&D conseillée.

4. Limites de la rationalité technique et stratégique

Notions clés & Définitions

  • Rationalité technique : La rationalité technique désigne une décision guidée par des savoirs et méthodes scientifiques appliqués directement au problème politique.
  • Rationalité stratégique : La rationalité stratégique désigne une décision orientée par le calcul des intérêts, des rapports de force et des effets attendus.
  • Modèle pragmatique : Le modèle pragmatique décrit un rapport entre science et politique où le savoir technique est intégré à l’auto-compréhension collective via une explicitation herméneutique.
  • Scientifisation de la politique : La scientifisation de la politique désigne l’intégration du savoir technique dans la manière dont la collectivité se comprend et interprète une situation.
  • Dialogue exempt de domination : Le dialogue exempt de domination est une condition du modèle pragmatique où la discussion entre science et politique reste ouverte et non coercitive.

Points essentiels

  • Dans le modèle pragmatique, la scientifisation ne se réduit pas à rationaliser le pouvoir : elle intègre le savoir technique à la conception de soi de la collectivité.
  • La scientifisation pragmatique exige un dialogue entre science et politique ouvert à tous les citoyens et non excluant le public.
  • Habermas souligne que les conditions empiriques nécessaires à l’application du modèle pragmatique sont absentes.
  • Il observe une dépolitisation de la grande masse et une détérioration de l’opinion publique politique.
  • La dépolitisation est liée à un système de domination qui écarte de la discussion publique les problèmes de la pratique.
  • Habermas relie aussi le problème à l’absence de communication entre science et opinion publique, notamment via une structure bureaucratique en circuit fermé des organismes de recherche modernes.

Astuce mémo

Pragmatique = Science + Politique, mais sans domination et avec public : si le circuit recherche→opinion est fermé, la rationalité technique ne suffit pas.

5. Modèle pragmatique : interrelation critique science et politique

Notions clés & Définitions

  • Modèles décisionniste : Modèle de rapport science-politique où la décision politique est supposée découler directement d’énoncés scientifiques.
  • Modèles technocratique : Modèle de rapport science-politique où des experts orientent fortement la décision, au nom de la rationalité scientifique.
  • Modèle pragmatique : Modèle de rapport science-politique où la science doit être traduite et médiée pour devenir actionnable dans la pratique décisionnelle.
  • Expertise scientifique : Activité de production et de mise en forme de connaissances mobilisables pour décider, située entre connaissance et décision.
  • Opinion publique éclairée : Opinion publique informée par des médiations entre savoir scientifique, décisions politiques et compréhension sociale des enjeux.

Points essentiels

  • Habermas distingue des modèles décisionniste, technocratique et pragmatique pour analyser l’usage de l’expertise dans la décision politique.
  • Le modèle pragmatique insiste sur la médiation entre science et technique d’une part et pratique quotidienne d’autre part.
  • La traduction d’énoncés scientifiques est nécessaire pour les décideurs politiques et aussi pour l’opinion publique.
  • L’enjeu central est la constitution d’une opinion publique éclairée à partir de savoirs scientifiques rendus compréhensibles.
  • Le contrôle démocratique du développement scientifique et technologique doit être discuté quand des décisions sont présentées comme rationnelles car étayées scientifiquement.
  • Le texte d’Habermas laisse une expertise scientifique peu définie et peu distinguée de la science associée à la technique, ce qui limite l’analyse fine des relations expertise-décision.

Astuce mémo

Pragmatique = traduction + médiation : science → décision, mais aussi science → compréhension publique.

6. Lien avec la démocratie et médiation de l’opinion publique

Notions clés & Définitions

  • Interface connaissance décision : L’interface connaissance décision désigne le point de contact où des savoirs sont mobilisés pour éclairer des choix, sans que l’expert décide à la place des autorités.
  • Expertise scientifique : L’expertise scientifique est une mission temporaire confiée à des spécialistes afin de produire une connaissance utile à une décision fondée rationnellement.
  • Mandat d’une instance d’autorité : Le mandat d’une instance d’autorité est la source de légitimité de l’expert, car la compétence seule ne suffit pas à définir une mission d’expertise.
  • Advocacy anglo-saxonne : L’advocacy anglo-saxonne est une conception où l’expert met sa compétence au service de la promotion ou de la défense d’intérêts identifiés.
  • Rôle de l’expert en France : Le rôle de l’expert en France correspond à la fourniture de connaissance, sans promotion d’intérêts ni prise de décision.

Points essentiels

  • Roqueplo décrit l’expertise comme un phénomène situé à l’interface entre ceux qui produisent la connaissance et ceux qui doivent décider.
  • La légitimité de l’expert vient d’un mandat confié par une instance d’autorité, pas uniquement de la compétence personnelle.
  • L’expertise n’est pas une profession à temps plein : c’est un exercice temporaire, une mission déclenchée par une demande de décision.
  • L’objectif de celui qui requiert l’expertise est d’obtenir une connaissance de cause manquante pour décider de façon fondée scientifiquement ou rationnellement.
  • En France/Europe, l’expert est censé fournir de la connaissance : il ne promeut pas des intérêts et ne prend pas la décision.
  • La différence avec la culture anglo-saxonne tient à l’advocacy : l’expert y est engagé pour défendre ou promouvoir des intérêts mis en débat.

Astuce mémo

Mandat d’abord, décision jamais : l’expert éclaire (connaissance) mais ne tranche pas (décision).

7. Expertise scientifique : mandat et légitimité

Notions clés & Définitions

  • Interface connaissance-décision : L’interface connaissance-décision désigne le point de rencontre où des connaissances sont mobilisées pour éclairer une décision à prendre.
  • Versant connaissance de l’interface : Le versant connaissance correspond au rôle de l’expert, dont la fonction consiste à apporter des connaissances utiles à la décision.
  • Expertise scientifique : L’expertise scientifique est une énonciation scientifique intégrée au fonctionnement d’un processus de décision, formulée pour ceux qui décident.
  • Falsifiabilité : La falsifiabilité est le principe selon lequel une théorie scientifique doit pouvoir être mise à l’épreuve pour être éventuellement réfutée.
  • Controverse scientifiquement réglée : La controverse scientifiquement réglée est le débat encadré par des règles et des protocoles visant à produire un consensus provisoire.

Points essentiels

  • Dans l’interface connaissance-décision, l’expert se situe du côté « connaissance » et sa tâche est d’apporter toute connaissance susceptible d’éclairer la décision.
  • Ce qui transforme un énoncé scientifique en expertise est son intégration au dynamisme d’un processus de décision et sa formulation à l’usage des décideurs.
  • En situation d’expertise, le statut du scientifique et de son savoir change car la demande, l’attente et le délai imposent une logique différente de celle de la recherche.
  • Le travail scientifique ordinaire vise un consensus provisoire via la falsifiabilité, la controverse réglée et la conscience du caractère temporaire des connaissances.
  • En expertise, la question est souvent non choisie, non construite par l’expert et formulée par des non-spécialistes, donc pas toujours claire ni strictement scientifique.
  • L’expert ne peut pas fournir une réponse univoque et définitive : il propose une réponse nuancée, cohérente avec l’état actuel des connaissances, susceptible d’évoluer avec le temps.

Astuce mémo

Interface = Connaissance→Décision : l’expert éclaire, il ne décide pas.

8. Expertise comme connaissance et non décision

Notions clés & Définitions

  • Expertise scientifique : L’expertise scientifique est une réponse attendue d’un spécialiste, qui dépasse souvent son champ strict de savoir pour éclairer une décision ou une action.
  • Obligation de répondre : L’obligation de répondre fait que l’expert doit produire une prise de position, même quand la question dépasse les limites de la science disponible.
  • Opinion ou conviction personnelle : L’opinion ou la conviction personnelle désigne le statut réel de ce que produit l’expert quand il formule diagnostic ou pronostic dans un contexte pratique.
  • Indépendance de l’expertise : L’indépendance de l’expertise est la capacité de l’expert à rester impartial et objectif malgré la demande du commanditaire et les enjeux de décision.

Points essentiels

  • La question adressée à l’expert n’est pas forcément scientifique : elle est souvent pratique (utile concrètement) et parfois aussi morale (ce qu’il est bon de faire).
  • L’expert doit transformer des connaissances spécialisées, complexes et évolutives en indications pratiques générales, simples et stables, ce qui dépasse ses compétences d’origine.
  • L’expertise transgresse les limites du savoir scientifique sur lequel elle se fonde, car elle doit répondre à une demande orientée vers l’action.
  • La justification de recourir à l’expertise repose sur la crédibilité d’hommes compétents, ce qui crée une obligation de répondre en osant dire ce qu’ils pensent à partir de ce qu’ils savent.
  • Le diagnostic ou le pronostic produit dans une expertise n’est pas un savoir scientifique : c’est une opinion ou une conviction personnelle d’une personne compétente.
  • Le commanditaire peut peser sur l’expert : la légitimité tirée de la demande peut créer des liens qui restreignent l’indépendance et orientent les conclusions, parfois inconsciemment.

Astuce mémo

Expertise = traduire la science en action : plus on décide, plus on quitte le savoir pur.

9. Interface connaissance décision et statut du savoir

Notions clés & Définitions

  • Expertise scientifique : L’expertise scientifique est une production de connaissance destinée à éclairer une décision, dans un contexte où les enjeux peuvent être importants.
  • Indépendance de l’expertise : L’indépendance de l’expertise désigne la capacité d’un collège d’experts à produire des résultats sans dépendre du demandeur ni de ses intérêts.
  • Pluridisciplinarité : La pluridisciplinarité réunit plusieurs spécialistes de disciplines différentes pour traiter un problème, sans garantir à elle seule une connaissance unifiée.
  • Interdisciplinarité : L’interdisciplinarité construit une connaissance qui fait sens en reliant et en synthétisant les apports de plusieurs sciences à travers une réflexion commune.
  • Réflexivité collégiale : La réflexivité collégiale est une démarche où les experts prennent conscience de leurs biais et de leurs ressources subjectives pendant l’élaboration du savoir.

Points essentiels

  • Les enjeux graves de la décision peuvent exposer l’expert à exercer sa subjectivité, parfois sans s’en rendre compte, dans les résultats de l’expertise.
  • L’indépendance et l’objectivité se garantissent notamment par une indépendance du collège d’experts vis-à-vis du demandeur dont dépend leur statut.
  • Un simple empilement de connaissances disjointes ne suffit pas pour permettre diagnostic, prévision ou décision ; il faut un sens produit par leur rassemblement.
  • La pluridisciplinarité devient réellement utile quand une réflexion commune synthétise les enseignements des disciplines pour produire des énoncés compréhensibles pour experts et décideurs.
  • La réflexivité collégiale aide les scientifiques à reconnaître que l’expertise mobilise des ressources subjectives (croyances, convictions, idéologie, préjugés, appartenances).
  • L’expertise peut être biaisée car, face à un domaine complexe, le scientifique agit comme l’avocat d’une cause, surtout quand les enjeux de la décision sont élevés.

Astuce mémo

Enjeux élevés → expert “avocat” ; collège réflexif → biais visibles ; disciplines → sens construit (pas juste juxtaposées).

10. Expertise : question non choisie et urgence politique

Notions clés & Définitions

  • Conflits entre experts : Les conflits entre experts sont des désaccords qui naissent moins des faits que de choix de fond différents mobilisés dans l’expertise.
  • Principe de précaution : Le principe de précaution est une logique de décision qui privilégie la prudence face à des effets potentiels, même incertains.
  • Confiance au progrès scientifique et technique : La confiance au progrès scientifique et technique est une logique qui mise sur la capacité de la science et de la technique à corriger des effets pervers.
  • Publicité de l’expertise : La publicité de l’expertise est l’ouverture des débats et des justifications au regard d’un espace public afin de rendre visibles les désaccords et incertitudes.
  • Espace public dialectique : L’espace public dialectique est un cadre de discussion où les arguments s’affrontent publiquement pour éclairer la décision politique.

Points essentiels

  • Les controverses scientifiques peuvent nourrir le doute méthodique, mais les conflits d’experts proviennent surtout de choix fondamentaux subjectifs divergents.
  • Des experts peuvent fonder leurs conclusions sur des logiques opposées comme la précaution, la confiance au progrès, ou l’efficacité technique et économique.
  • Une fois ces choix de fond faits, chaque camp sélectionne parmi les données disponibles celles qui soutiennent le mieux sa position et critique celle de l’autre.
  • Quand les préférences subjectives sont trop différentes, elles mettent en danger la « connaissance raisonnable aussi objectivement fondée que possible » produite par l’expertise.
  • Le passage de la pluridisciplinarité à l’interdisciplinarité rend nécessaires des échanges qui rendent conscientes des préférences subjectives parfois déguisées en objectivité.
  • La publicité de l’expertise ne garantit pas tout à elle seule l’indépendance et l’impartialité, car elle s’inscrit dans un processus plus large de synthèse et d’évaluation du savoir disponible.

Astuce mémo

Conflit = choix de fond (précaution vs progrès vs efficacité) ; publicité = miroir critique qui rend visibles désaccords et incertitudes.

11. Réponse nuancée et connaissances provisoires

Notions clés & Définitions

  • Espace public de l’expertise : Espace public de l’expertise : dispositif où l’on rend visibles, pour le politique et le public, les savoirs, incertitudes et ignorances issus de l’expertise, afin de les articuler aux décisions envisageables.
  • Publicité de l’expertise : Publicité de l’expertise : mise à disposition des débats et des avis qui empêche la formation d’un consensus par dissimulation et permet un contrôle critique.
  • Expertise scientifique : Expertise scientifique : activité qui produit des conclusions à partir de connaissances, tout en révélant aussi les choix subjectifs et les zones d’incertitude ou d’ignorance.
  • Responsabilité du demandeur-décideur : Responsabilité du demandeur-décideur : principe selon lequel la décision finale appartient au décideur, et non à l’expert qui ne doit pas arbitrer entre experts comme un “super-expert”.
  • Conseil scientifique Covid-19 : Conseil scientifique Covid-19 : exemple d’expertise mobilisée dans le débat public, dont l’indépendance et la publicité des avis sont présentées comme des conditions de contrôle démocratique et d’acceptation sociale.

Points essentiels

  • La publicité de l’expertise empêche un consensus fondé sur la dissimulation des désaccords entre experts et ouvre un espace public de discussion.
  • Cet espace public informe sur les conclusions, mais met aussi en évidence les choix fondamentaux subjectifs et les discussions qu’ils suscitent.
  • La publicité fait apparaître les zones d’incertitude et d’ignorance qui subsistent, ce qui distingue expertise scientifique et science, puis conclusions et décisions.
  • L’articulation entre savoirs et décisions n’est possible que si les éléments de l’expertise sont effectivement accessibles au public, matériellement et intellectuellement.
  • L’expertise est conçue comme moins une œuvre individuelle que collective, et sa “force” critique dépend de l’espace dialectique lui-même.
  • La mission des scientifiques n’est pas de “dire le vrai” mais de contribuer à ouvrir un espace contenant du vrai, tout en renvoyant la décision au décideur.

Astuce mémo

Publicité = débats visibles → savoirs + incertitudes → décision gardée au décideur.

Repères chronologiques

DateÉvénement
1968Article d’Habermas « Scientifisation de la politique et opinion publique » (Technik und Wissenschaft als Ideologie)
1973Traduction française de l’article d’Habermas (Jean-René LADMIRAL, La technique et la science comme « idéologie »)
1983-84Philippe ROQUEPLO : chargé du secteur énergie au Cabinet d’Huguette Bouchardeau (ministre de l’Environnement)
Septembre 1989Colloque international d’Arc-et-Senans sur « Les experts sont formels : controverses scientifiques et décisions politiques dans le domaine de l’environnement. »

Tableaux de synthèse

Trois modèles Habermas : science et politique

ModèleLien science/politiqueIdée directrice
DécisionnisteSéparation formelle : chefs décident, spécialistes exécutentValeurs/croyances pour les fins ; moyens administrés scientifiquement pour la mise en œuvre
TechnocratiqueInversion : le politique exécute des contraintes issues de l’expertiseMoyens techniques et administratifs déterminent les fins réalistes ; même rationalité pour technique et pratique
PragmatiqueInterrelation critique : experts conseillent, politiques passent commandeMédiation démocratique de l’opinion publique + traduction bidirectionnelle pour rendre les recommandations actionnables

Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre scientifisation de la politique et rationalisation du pouvoir : chez Habermas, la scientifisation n’est pas seulement un fait administratif, elle peut intégrer le savoir technique à la conception de soi de la «
  2. Croire que le modèle décisionniste affirme que la décision est rationnelle : au contraire, en dernière instance l’action politique n’a pas de fondement rationnel et relève d’un choix entre valeurs et croyances.
  3. Penser que le modèle technocratique est satisfaisant : Habermas le juge indéfendable car il présuppose « la même rationalité » pour résoudre questions de technique et questions pratiques.
  4. Croire que le modèle pragmatique supprime les difficultés : il exige un dialogue et une traduction, mais Habermas souligne des problèmes herméneutiques et politiques, avec conditions empiriques absentes.
  5. Assimiler expertise et science : Roqueplo montre que l’expertise transforme un énoncé scientifique en réponse intégrée à un processus de décision, donc avec statut et limites spécifiques.
  6. Croire que l’expert « dit le vrai » : en expertise, le diagnostic/pronostic relève d’une opinion ou conviction personnelle d’une personne compétente, même si elle s’appuie sur des connaissances.
  7. Confondre pluridisciplinarité et interdisciplinarité : l’empilement ne suffit pas ; l’interdisciplinarité produit du sens par réflexion commune et rend visibles des préférences subjectives.

Checklist Examen

  1. Expliquer ce que désigne la « scientifisation de la politique » chez Habermas et pourquoi elle est d’abord une tendance appuyée par des faits (recherche sur commande, consultation scientifique dans les services publics).
  2. Définir la rationalisation de l’exercice du pouvoir politique et la séparation bureaucratie/technocratie et chefs (procédures/moyens scientifiques vs décision arbitraire en dernière instance).
  3. Présenter le modèle décisionniste : rôle des valeurs/croyances pour les fins et possibilité d’une mise en œuvre scientifiquement ou rationnellement envisagée.
  4. Expliquer la critique du modèle décisionniste comme séparation seulement formelle (valeurs et expertise interdépendantes dans la pratique).
  5. Décrire le modèle technocratique : inversion de dépendance, adéquation fins-moyens et idée que les moyens déterminent les fins réalistes.
  6. Justifier pourquoi Habermas juge le modèle technocratique indéfendable (même rationalité pour questions techniques et questions pratiques).
  7. Formuler l’alternative de Habermas : soit d’autres formes de discussion rationnelle, soit retour au modèle décisionniste ; puis expliquer pourquoi le modèle pragmatique est théoriquement et politiquement supérieur.
  8. Décrire le modèle pragmatique : interrelation critique (experts conseillent, politiques passent commande) et lien nécessaire avec la médiation politique de l’opinion publique.
  9. Expliquer les deux difficultés pratiques du modèle pragmatique : problème herméneutique (traduction fidèle et re-traduction) et problème politique (retour vers l’opinion publique).
  10. Expliquer la « herméneutique cachée » et la « structure bureaucratique en circuit fermé » comme obstacles à un dialogue exempt de domination ouvert au public.
  11. Exposer le rôle de la publicité de l’expertise chez Roqueplo : miroir critique, distinction expertise/science et conclusions/décisions, et constitution d’un espace public dialectique.
  12. Décrire l’expertise chez Roqueplo comme interface connaissance-décision : mandat par une instance d’autorité, obligation de répondre, réponse nuancée non univoque, et responsabilité du demandeur-décideur (pas de « super‑

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Les modèles de la relation science-politique avec 11 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Chez Habermas, que désigne principalement la scientifisation de la politique ?

2. Qu'est-ce que la scientifisation de la politique selon Habermas ?

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Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Les modèles de la relation science-politique avec 9 flashcards interactives.

Scientifisation de la politique

Tendance à rationaliser le pouvoir par expertise scientifique.

Scientifisation selon Habermas

Rationalisation du pouvoir par recherche et expertise scientifique.

Modèle décisionniste

Sépare valeurs pour fins et expertise pour moyens, avec une mise en œuvre scientifique.

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