Fiche de révision : Aspect verbal et composition

Plan du Cours

  1. Compositionnalité et sens phrastique
  2. Limites de la compositionnalité
  3. Polysémie et changements de sens
  4. Productivité de la polysémie
  5. Lexique génératif et structure qualia
  6. Limites et transfert du prédicat
  7. Aspect lexical et grammatical
  8. Aspect lexical et aspect grammatical
  9. Classes de l’aspect lexical
  10. Composition et rôles thématiques
  11. Décomposition des événements
  12. Aspect grammatical perfectif et imperfectif
  13. Points de vue perfectif et imperfectif
  14. Coercition et aspect résultatif
  15. Aspect et organisation narrative
  16. Localisation et système temporels

1. Compositionnalité et sens phrastique

Notions clés & Définitions

  • Principe de compositionnalité : Principe stipulant que le sens d’une expression linguistique complexe dépend du sens de ses parties et des règles qui les combinent ; cette première formulation est aussi appelée principe de Frege.

★ À maîtriser

📌 L’interprétation d’une phrase dépend à la fois du sens de ses parties et des règles grammaticales qui les combinent : les mêmes mots peuvent ainsi décrire des situations différentes selon leur organisation, comme dans « Mon rat a mangé mon serpent » et « Mon serpent a mangé mon rat ».

  • La sémantique lexicale étudie le sens des lexèmes, la sémantique de la phrase le sens encodé dans une phrase et la sémantique du discours le sens de suites de phrases ou d’unités plus grandes.

  • La compositionnalité explique comment une capacité de stockage finie — un nombre fini de morphèmes et de règles grammaticales — permet de comprendre et de produire un nombre illimité de sens.

Compléments

  • La sémantique de la phrase, dans sa forme actuelle, date du début des années 1970 et s’est développée en linguistique avec les travaux de Montague (1973), philosophe issu de la philosophie analytique.

2. Limites de la compositionnalité

Notions clés & Définitions

  • Constituant sémantique : Cruse, 2000 - Un constituant sémantique peut être remplacé par un élément de même classe grammaticale pour produire une différence de sens, et au moins une partie des contrastes ainsi obtenus doit se reproduire dans un autre contexte.
  • Expression idiomatique : Une expression idiomatique est une combinaison de mots dont le sens global n’est pas, ou seulement difficilement, prévisible à partir du sens de ses parties ; elle est généralement propre à une langue et syntaxiquement rigide.

★ À maîtriser

📌 Une métaphore conventionnalisée est généralement plus transparente et moins rigide qu’une expression idiomatique : elle peut tolérer des substitutions ou des modifications sans perdre sa lecture non littérale.

📌 Avec un adjectif intersectif, « X est un Nom Adjectif » entraîne que X est à la fois un Nom et Adjectif ; avec un adjectif subsectif, X est systématiquement un Nom, mais pas nécessairement Adjectif ; avec un adjectif non intersectif, ces deux inférences ne sont pas toutes deux systématiques.

Compléments

  • Les clichés sont souvent employés comme des conventions sociales liées à une situation, sans que leur vérité littérale soit nécessairement examinée ; leur interprétation dépend davantage du contexte que celle des expressions idiomatiques. - Cruse, 2000

  • La zone active désigne la partie d’un objet pertinente pour lui attribuer une propriété : le bleu d’un vélo peut concerner son cadre, tandis que la couleur des yeux peut concerner l’iris ou la sclère selon la couleur décrite. - Ronald Langacker

Astuce mémo

L’idiome se fige, le cliché dépend du contexte

3. Polysémie et changements de sens

Notions clés & Définitions

  • Polysémie : La polysémie est la propriété d’un mot d’avoir plusieurs sens liés, dont l’un peut être dérivé de l’autre par des procédés comme la métaphore ou la métonymie.
  • Homonymie : L’homonymie est la coexistence de signifiés non liés qui ont le même signifiant par coïncidence historique, sans qu’un sens puisse être dérivé de l’autre.

★ À maîtriser

📌 La métaphore transpose une terminologie d’un domaine source vers un domaine cible en s’appuyant sur une similarité, tandis que la métonymie exploite une relation de contiguïté, par exemple le contenant pour le contenu ou le lieu pour l’institution. - Lakoff & Johnson, 1980

  • La polysémie est productive : les interprétations de « commencer » varient selon le complément, comme commencer un roman (le lire ou l’écrire), commencer une bière (la boire) et commencer un gâteau (le manger ou le faire).

Compléments

  • La rhétorique traite les tropes comme des usages d’un mot pour un autre, tandis que la notion de polysémie décrit une forme linguistique comme ayant plusieurs sens apparentés.

Astuce mémo

Polysémie : sens liés ; homonymie : sens sans lien

4. Productivité de la polysémie

★ À maîtriser

📌 L’homonymie associe par hasard un même signifiant à deux mots différents, tandis que la polysémie relie plusieurs sens d’un même mot.

  • La polysémie est productive : les locuteurs peuvent interpréter des combinaisons nouvelles, comme « commencer un tchat », sans qu’un verbe dédié existe.

  • Le cours distingue six alternances nominales productives :

    • comptable/massique
    • contenant/contenu
    • figure/fond
    • produit/producteur
    • processus/résultat
    • lieu/personnes

Compléments

  • Dans « commencer un gâteau », les lectures saillantes sont commencer à le préparer ou à le manger, tandis que « commencer un roman » favorise commencer à le lire ou à l’écrire.

Astuce mémo

Homonymie : signifiant commun par hasard ; polysémie : sens reliés

5. Lexique génératif et structure qualia

★ À maîtriser

  • Pustejovsky (1995) propose le lexique génératif pour expliquer les lectures polysémiques régulières par des informations lexicales et leur combinaison avec le contexte.

  • La structure qualia décrit une entité selon quatre dimensions :

    • sa composition
    • ce qui la distingue dans son domaine
    • sa fonction ou son but
    • la manière dont elle a été créée

Compléments

  • Dans le lexique génératif, le gâteau est un artefact dont le but est d’être mangé et dont la création consiste à le préparer, tandis que le roman a pour but d’être lu et est créé par l’écriture.

  • La lecture de but ou de création dépend du nom : les objets comestibles élaborés comme les crêpes favorisent les lectures préparer et manger, alors que la pomme ne favorise pas la lecture préparer.

  • Les prédicats « bon » et « mauvais » s’interprètent relativement au but associé au nom, ce qui permet notamment d’évaluer un lecteur électronique selon sa capacité à rendre le texte lisible.

Astuce mémo

C-D-B-O : Composition, Distinction, But, Origine

6. Limites et transfert du prédicat

★ À maîtriser

📌 Le lexique génératif explique « Je suis garé en bas » en attribuant à « tu » ou « je » une interprétation liée au véhicule, tandis que le transfert du prédicat maintient l’individu comme argument et transforme le prédicat en relation avec le véhicule qu’il possède ou utilise.

  • Le lexique génératif associe plusieurs types à certains lexèmes et retient, dans un contexte, les types compatibles avec les propriétés des autres mots de la phrase.

Compléments

  • Dans « Je suis garé en bas et particulièrement bien nettoyé aujourd’hui », la lecture obtenue attribue les deux prédications au locuteur, ce qui appuie l’analyse par transfert du prédicat.

  • Le lexique génératif évite de lister une infinité de lectures, mais conserve une forme d’énumération des types possibles et ne rend pas compte de tous les changements d’interprétation, comme « Tu es garé en bas ? ».

Astuce mémo

Lexique génératif : l’argument change de type ; transfert : la prédication change

7. Aspect lexical et grammatical

Notions clés & Définitions

  • Aspect : Comrie, 1976 - Constitution temporelle interne d’une situation, contrairement au temps grammatical qui la met en relation avec un autre moment.

★ À maîtriser

📌 L’aspect lexical, ou Aktionsart, est encodé au niveau du groupe verbal ou de la sémantique lexicale du verbe, tandis que l’aspect grammatical, ou aspect de point de vue, est encodé au niveau du temps grammatical.

Compléments

  • Dans « Cunégonde mourait du cancer », sa survie reste possible, tandis que « Cunégonde mourut du cancer » implique qu’elle est morte.

Astuce mémo

Lexical : contenu du verbe ; grammatical : point de vue porté par le temps

8. Aspect lexical et aspect grammatical

★ À maîtriser

📌 Pour Comrie (1976: 5), le temps grammatical relie le temps de la situation à un autre moment, tandis que l’aspect concerne la constitution temporelle interne de cette situation.

Compléments

  • Dans « Cunégonde mourait du cancer », l’imparfait n’implique pas qu’elle soit morte, contrairement au passé simple de « Cunégonde mourut du cancer », qui asserte la transition vers la mort.

Astuce mémo

Lexical : constitution interne ; grammatical : point de vue du temps verbal

9. Classes de l’aspect lexical

★ À maîtriser

📌 La classification de Smith (1991), inspirée de Vendler (1957), distingue les états permanents et transitoires, ainsi que les événements ponctuels téliques ou atéliques et les événements duratifs téliques ou atéliques.

📌 Sur la phase centrale d’un événement, « en X temps » convient aux événements téliques et « pendant X temps » aux événements atéliques.

  • Les achèvements sont des événements ponctuels téliques, les sémelfactifs des événements ponctuels atéliques, les accomplissements des événements duratifs téliques et les activités des événements duratifs atéliques. - Smith, 1991

Compléments

📌 Les événements duratifs acceptent « arrêter de » sur une seule occurrence, tandis que les événements ponctuels ne l’acceptent pas sur une seule occurrence, comme dans « arrêter de tousser ».

  • La combinaison avec « être en train de » sert à distinguer états et événements, mais peut coercer un état en événement d’entrée dans cet état.

10. Composition et rôles thématiques

★ À maîtriser

  • Un syntagme nominal est cumulatif si l’addition de deux référents qui le satisfont le satisfait encore, et quantisé si aucun référent qu’il décrit ne peut être une sous-partie stricte d’un autre référent qu’il décrit.

  • Un thème incrémental permet de mesurer la progression de l’événement par sa propre modification monotone, comme la crêpe qui diminue dans « manger une crêpe » ou la maison qui se construit dans « construire une maison ». - Dowty, 1991

  • Dans le modèle de Verkuyl, un verbe [+add to] produit un événement, un verbe [–add to] produit un état, et une phrase est terminative ou télique si le verbe est [+add to] et tous ses arguments sont [+sqa].

  • Selon Verkuyl (1972, 1993, 1999), le type d’aspect lexical peut dépendre des arguments du verbe : « manger le sandwich » est un accomplissement, mais « manger des sandwichs » est une activité.

Compléments

📌 Un syntagme nominal [+sqa] dénote une quantité spécifiée, comme « trois poires », tandis qu’un syntagme nominal [–sqa] dénote une quantité non spécifiée, comme « des poires ». - Verkuyl, 1972

Astuce mémo

Thème incrémental mesurable → progression de l’événement

11. Décomposition des événements

★ À maîtriser

📌 Avec « ouvrir la fenêtre de nouveau », la lecture restitutive porte sur l’état résultant et n’exige pas un événement antérieur d’ouverture, tandis que la lecture répétitive porte sur l’événement et exige une ouverture antérieure.

📌 Dans l’analyse de Dowty (1979), un achèvement correspond à become(état) ou cause(become(état)), une activité à do, et un accomplissement à do(cause(become(état))), tandis que l’état est traité comme primitif.

Compléments

📌 Un anticausatif comme « la fenêtre s’est ouverte » n’exprime pas de cause externe et n’accepte pas de complément en « par », tandis que son alternant transitif comme « Cunégonde a ouvert la fenêtre » peut comporter une cause.

  • Dans l’analyse décomposée, « tuer » peut être représenté par x cause(become(mort(y))), ce qui implique que y meurt et que x cause cet événement.

Astuce mémo

État → become ; activité → do ; accomplissement → do-cause-become

12. Aspect grammatical perfectif et imperfectif

★ À maîtriser

📌 L’aspect grammatical provient du temps grammatical et peut modifier les propriétés de l’aspect lexical, auquel il est généralement représenté comme supérieur dans la structure.

📌 Selon Smith (1991), l’aspect perfectif rend visible l’éventualité entière, y compris ses bornes initiale et finale, tandis que l’aspect imperfectif ne rend visible qu’une partie interne sans montrer ces bornes.

Compléments

  • L’aspect perfectif peut coercer un état en achèvement, comme dans « Pierre a connu Cunégonde », qui reçoit une lecture d’entrée dans l’état de connaissance.

  • « Jean se noyait, mais il ne s’est pas noyé » n’est pas contradictoire, contrairement à « Jean se noya, mais il ne s’est pas noyé », qui l’est.

Astuce mémo

L’objectif perfectif cadre l’événement entier ; l’imperfectif en laisse les bornes hors champ

13. Points de vue perfectif et imperfectif

★ À maîtriser

📌 L’aspect perfectif présente globalement une éventualité, en rendant visibles son point initial et son point final. - Smith

📌 L’aspect imperfectif présente les phases internes d’une situation sans rendre visibles son début ni sa fin. - Smith

Compléments

  • « Jean se noyait, mais il ne s’est pas noyé » n’est pas contradictoire, car l’imparfait n’implique pas que l’événement télique ait atteint son terme.

Astuce mémo

Perfectif : l’événement entier ; imperfectif : seulement son déroulement interne

14. Coercition et aspect résultatif

Notions clés & Définitions

  • Coercion : Transformation d’un type d’aspect en un autre sous la pression d’un opérateur dont les contraintes d’entrée diffèrent de celles de l’aspect initial.

★ À maîtriser

📌 L’aspect résultatif rend visible l’état subséquent d’un événement et peut être exprimé par certaines utilisations du passé composé, du plus-que-parfait et du futur antérieur.

  • Avec un état permanent, l’aspect perfectif peut le transformer en achèvement marquant l’entrée dans cet état, comme dans « Pierre a connu Cunégonde ». - de Swart, 1998

Compléments

📌 Dans l’usage résultatif, le passé composé ou le plus-que-parfait explique un état présent ou situé au point de référence, plutôt que de s’intégrer à une séquence d’actions passées.

Astuce mémo

Perfectif transforme parfois l’état en achèvement ; résultatif montre l’état qui suit l’événement

15. Aspect et organisation narrative

★ À maîtriser

📌 Dans un récit, les temps imperfectifs fournissent généralement des informations d’arrière-plan, tandis que les temps perfectifs fournissent des informations de premier plan.

  • Les temps perfectifs font avancer le récit en introduisant de nouveaux points de référence temporels, tandis que les temps imperfectifs reprennent un point de référence existant.

Compléments

  • Dans « Quand Pierre est arrivé, Cunégonde chantait », le chant est déjà en cours lors de l’arrivée, tandis que dans « Quand Pierre est arrivé, Cunégonde a chanté », il se produit après l’arrivée. - Pollak, 1960

Astuce mémo

Perfectif au premier plan, imparfait en arrière-plan

16. Localisation et système temporels

Notions clés & Définitions

  • Temps grammatical : Comrie, Tense, 1985 - Expression grammaticalisée de la localisation dans le temps.

★ À maîtriser

📌 Les temps relatifs purs reposent uniquement sur une localisation temporelle anaphorique, tandis que les temps absolu-relatifs combinent localisation déictique et anaphorique. - Comrie, Tense, 1985

Compléments

  • Le plus-que-parfait et le futur antérieur sont des temps absolu-relatifs.

Tableaux de synthèse

Types d’adjectifs

TypeInférence vers le nomInférence vers l’adjectif
IntersectifSystématiqueSystématique
SubsectifSystématiqueNon systématique
Non intersectifNon systématiqueNon systématique

Points de vue aspectuels

AspectPartie visibleEffet discursif
PerfectifÉventualité entière, bornes inclusesTend à faire avancer le récit
ImperfectifPhases internes, sans début ni fin visiblesTend à fournir l’arrière-plan
RésultatifÉtat subséquent de l’événementExplique un état au point de référence

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Aspect verbal et composition avec 11 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Dans « X est un médecin compétent », quelle inférence distingue un adjectif subsectif d’un adjectif non intersectif ?

2. Comment la compositionnalité permet-elle aux locuteurs de comprendre et de produire un nombre illimité de sens ?

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Aspect verbal et composition avec 10 flashcards interactives.

Que distingue la sémantique lexicale de la sémantique phrastique et discursive ?

La sémantique lexicale étudie les lexèmes, la sémantique phrastique les phrases et la sémantique discursive les suites de phrases ou unités plus grandes.

Quel auteur est associé au principe de compositionnalité ?

Frege.

Selon Cruse (2000), qu’est-ce qu’un constituant sémantique ?

Un élément remplaçable par un élément de même classe grammaticale, produisant des contrastes de sens qui se reproduisent dans un autre contexte.

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