Fiche de révision : Épistémologie et unité des sciences

Plan du Cours

  1. Définition et enjeux de l’épistémologie
  2. Origines des connaissances scientifiques
  3. Fondement empirique et induction
  4. Le modèle inductiviste de la science
  5. Validité logique et critique de l’induction
  6. Duhem et la théorie scientifique
  7. Positivisme de Comte et Cercle de Vienne
  8. Le positivisme logique du Cercle de Vienne
  9. Le falsificationnisme de Popper
  10. Les paradigmes scientifiques de Kuhn
  11. Révolutions scientifiques selon Kuhn
  12. Programmes de recherche de Lakatos
  13. Relativisme et anarchisme méthodologique
  14. Problème de Gettier et justification
  15. Fiabilisme et scepticisme épistémologique
  16. Contextualisme et alternatives pertinentes
  17. Continuité et ruptures scientifiques
  18. Généalogie des théories scientifiques

1. Définition et enjeux de l’épistémologie

Notions clés & Définitions

  • Épistémologie : Désigne à la fois la philosophie de la connaissance et l’étude des théories scientifiques, ces deux approches étant liées par l’interrogation sur l’origine et la méthode du savoir.
  • Savoir scientifique : Savoir qui prétend dire le vrai, expose les raisons qui fondent ses énoncés et se prête à la vérification.

Points essentiels

  • Le terme « epistemology » a été employé pour la première fois en 1856 par James Frederick Ferrier, tandis que le terme français « épistémologie » apparaît pour la première fois en 1901 dans la traduction d’un ouvrage de Bertrand Russell.

Astuce mémo

Épistémè : savoir vrai et justifié, doxa : opinion non assurée

2. Origines des connaissances scientifiques

Notions clés & Définitions

  • Idées platoniciennes : Platon, 427-347 av. J.-C. — Essences universelles, éternelles et intelligibles qui confèrent aux choses du monde leur être et leur détermination.
  • Rationalisme cartésien : René Descartes, 1596-1650 — Accorde la primauté à la raison et au sujet dans l’élaboration de la connaissance, au moyen d’une méthode démonstrative et a priori indépendante de l’expérience.
  • Cogito : René Descartes, Méditations Métaphysiques, 1641 — Le cogito cartésien établit que la proposition « Je suis, j’existe » est nécessairement vraie chaque fois que celui qui pense la prononce ou la conçoit.
  • Empirisme : Affirme que l’expérience est la source de la connaissance et que les idées se forment à partir des données sensibles et de l’activité de l’esprit.
  • Criticisme kantien : Kant, Critique de la Raison pure — Étudie les conditions de possibilité et les limites de la connaissance plutôt que d’étendre directement le domaine de la connaissance rationnelle.

★ À maîtriser

  • Selon Hume, l’expérience montre seulement la succession et la conjonction répétée de phénomènes, mais elle ne donne jamais accès à une connexion causale nécessaire. — David Hume

  • Pour Kant, la sensibilité reçoit les représentations dans les formes a priori de l’espace et du temps, tandis que l’entendement unifie le divers sensible au moyen de concepts et de catégories. — Emmanuel Kant, Critique de la Raison pure

  • Chez Kant, le phénomène est la réalité telle qu’elle apparaît dans les formes de l’espace et du temps et selon les catégories de l’entendement, tandis que le noumène est la chose en soi inaccessible à l’expérience.

Compléments

📌 Chez Locke, les idées simples sont reçues passivement par l’esprit à partir des sensations, tandis que les idées complexes résultent de l’activité de l’esprit qui combine ces idées simples. — John Locke, Essai sur l’entendement humain, 1690

📌 Selon Hume, toute idée qui ne dérive pas d’une impression sensible est dépourvue de signification et doit être abandonnée. — David Hume, Traité de la nature humaine, 1739

  • 🔄 L’accès platonicien à la connaissance suit plusieurs étapes (Platon):
    1. Se détourner des ombres sensibles
    2. Sortir de la caverne
    3. S’habituer à la lumière des Idées
    4. Redescendre pour libérer les autres

Astuce mémo

Platon privilégie les Idées, Locke et Hume l’expérience, Kant leur articulation

3. Fondement empirique et induction

Notions clés & Définitions

  • Induction : Raisonnement qui passe d’une série finie d’énoncés singuliers observés à l’énoncé universel d’une loi générale.

★ À maîtriser

  • Dans la démarche inductive, l’observation de faits particuliers permet d’énoncer une loi générale, puis cette loi sert à formuler des prédictions par déduction.

Compléments

  • L’observation répétée de métaux qui augmentent de volume lorsqu’ils sont chauffés conduit à l’énoncé universel selon lequel tous les métaux se dilatent lorsqu’ils sont chauffés. — Alan F. Chalmers, Qu’est-ce que la science ?, 1987

Astuce mémo

Observer des cas particuliers → induire une loi générale → prédire

4. Le modèle inductiviste de la science

Notions clés & Définitions

  • Induction : Raisonnement logique qui permet de passer d’une série finie d’énoncés singuliers à un énoncé universel.

★ À maîtriser

  • L’inductivisme naïf impose trois conditions:

    • un très grand nombre d’observations particulières
    • des observations effectuées dans des conditions très variées
    • une loi universelle valable pour tous les énoncés d’observation
  • Dans le modèle inductiviste, l’observation d’un grand nombre de faits particuliers permet d’induire une loi générale, dont on déduit ensuite des prédictions particulières.

Compléments

📌 L’empirisme inductif considère que la connaissance vient des sens et que l’observation fournit la base objective de la science.

Astuce mémo

Observations particulières → loi universelle → prédictions particulières

5. Validité logique et critique de l’induction

Notions clés & Définitions

  • Validité logique : La vérité des prémisses entraîne nécessairement la vérité de la conclusion.

★ À maîtriser

📌 Un raisonnement inductif peut partir de prémisses vraies et aboutir à une conclusion fausse, comme lorsque l’observation de nombreux cygnes blancs ne permet pas d’établir que tous les cygnes sont blancs.

📌 La rencontre d’un seul cygne noir suffit à réfuter l’énoncé universel selon lequel tous les cygnes sont blancs.

Compléments

  • L’exemple de la dinde de Bertrand Russell montre que des observations nombreuses et variées peuvent conduire à une prédiction universelle démentie par un événement imprévu. — Problèmes de philosophie, 1975

Astuce mémo

Prémisses vraies ≠ conclusion universelle garantie

6. Duhem et la théorie scientifique

Notions clés & Définitions

  • Théorie scientifique : Pierre Duhem, La théorie physique, son objet, sa structure, 1906 — Un système de propositions mathématiques destiné à représenter aussi simplement, complètement et exactement que possible un ensemble de lois expérimentales.
  • Holisme scientifique : Le holisme scientifique affirme qu’une loi ne peut pas être testée indépendamment de l’ensemble des lois et des hypothèses théoriques qui la soutiennent.

Points essentiels

📌 Selon Duhem et Quine, les faits expérimentaux ne sont pas bruts ou purs, car l’observation et l’expérience sont toujours informées par une théorie préalable.

📌 Une expérience d’application produit un effet prévu par une loi, une expérience d’épreuve tente de contester une loi, et une expérience cruciale prétend choisir entre deux théories concurrentes.

  • Dans l’exemple de Semmelweis, l’hypothèse d’une contamination par la matière cadavérique conduit à recommander le lavage des mains dans une solution de chlorure de chaux avant l’examen des patientes. — Carl G. Hempel, Eléments d’épistémologie, 1972

Astuce mémo

Théorie préalable → sélection des faits → interprétation de l’expérience

7. Positivisme de Comte et Cercle de Vienne

Notions clés & Définitions

  • Positivisme : Auguste Comte, Cours de philosophie positive, 1830-1842 — Recherche des lois et des relations constantes entre les phénomènes observés plutôt que de leurs causes absolues.

★ À maîtriser

📌 Comte affirme que l’observation et l’expérience justifient les théories, tout en reconnaissant que des vues spéculatives préalables orientent la collecte et la combinaison des observations. — Auguste Comte, Discours sur l’esprit positif, 1842

  • La loi des trois états distingue : (Auguste Comte, 1830-1842):
    • l’âge théologique
    • l’âge métaphysique
    • l’âge positif

Compléments

  • Le Cercle de Vienne se constitue autour de réunions organisées par Moritz Schlick à partir de 1925 et développe une vision scientifique du monde libre de toute métaphysique.

Astuce mémo

Recherche des causes absolues contre recherche des lois observables

8. Le positivisme logique du Cercle de Vienne

Notions clés & Définitions

  • Théorie vérificationniste de la signification : Willard V. O Quine, Two dogmas of Empiricism, 1953 — La signification d’un énoncé est la méthode par laquelle il est empiriquement confirmé ou infirmé.
  • Énoncés protocolaires : Rudolf Carnap — Des énoncés d’observation censés traduire des états de chose directement observables et servir de fondement aux autres énoncés scientifiques sans devoir eux-mêmes être justifiés.

★ À maîtriser

📌 Le positivisme logique distingue les vérités analytiques, soumises aux règles de la logique mais n’informant pas sur le réel, et les vérités synthétiques, informant sur l’état du monde mais posant un problème de validité formelle inductive.

📌 Le fondationnalisme de Carnap affirme que toute connaissance scientifique repose sur des données observationnelles et expérimentales, tandis que le cohérentisme de Neurath fait de la cohérence du système d’énoncés scientifiques le critère de validité.

  • Le projet du Cercle de Vienne consiste à dépasser la métaphysique par l’analyse logique du langage et à établir une démarcation stricte entre les énoncés scientifiques, fondés sur l’observation et contrôlables par l’expérience, et les autres énoncés.

Compléments

  • En 1929, la collaboration du Cercle de Vienne et de la Société pour une Philosophie Empirique aboutit à la parution de la revue Erkenntnis, dirigée par Rudolf Carnap et Hans Reichenbach.

Astuce mémo

Logique pour les vérités analytiques, expérience pour les vérités synthétiques

9. Le falsificationnisme de Popper

Notions clés & Définitions

  • Falsifiabilité : Karl Popper — La possibilité qu’un énoncé ou qu’un système théorique soit réfuté par des conséquences singulières soumises à un contrôle expérimental.
  • Hypothèse ad hoc : A. F. Chalmers — Une modification d’une théorie, par ajout ou changement d’un postulat, qui n’a pas de conséquences testables nouvelles par rapport à la théorie non modifiée.

Points essentiels

📌 La vérification ne peut pas établir une loi universelle à partir de cas particuliers, tandis qu’un seul cas particulier contraire peut falsifier une loi universelle, ce que Popper appelle l’asymétrie entre vérifiabilité et falsifiabilité. — Karl Popper

📌 Pour Popper, tout ce qui n’est pas falsifiable n’est pas scientifique, même si cela possède un sens politique, moral ou esthétique, car la falsifiabilité est un critère de démarcation et non un critère de sens.

  • Selon Popper, une théorie scientifique permet de déduire des prédictions singulières qui sont testées expérimentalement : si elles résistent, la théorie est confirmée provisoirement, et si elles sont falsifiées, la théorie doit être remise en cause.

Astuce mémo

Prédiction déduite → test expérimental → théorie maintenue provisoirement ou réfutée

10. Les paradigmes scientifiques de Kuhn

Notions clés & Définitions

  • Paradigme : T. S. Kuhn, La structure des révolutions scientifiques, 1962 — Une matrice disciplinaire composée de lois et d’hypothèses théoriques, de moyens permettant de les appliquer, d’instruments de vérification expérimentale et de principes généraux sur la réalité naturelle et le travail scientifique.

Points essentiels

📌 Pour Kuhn, deux paradigmes successifs sont incommensurables, car ils correspondent à deux visions du monde et à deux cadres conceptuels qui ne se mesurent pas selon une même référence neutre. — T. S. Kuhn, La structure des révolutions scientifiques, 1962

📌 Kuhn affirme que toute observation dépend d’une théorie sous-jacente, ce qui rend les énoncés d’observation faillibles et provisoires plutôt que purs et définitivement décisifs contre une théorie. — T. S. Kuhn, La structure des révolutions scientifiques, 1962

  • Pendant la science normale, les chercheurs améliorent théoriquement et instrumentalement le paradigme dominant et cherchent à résoudre les énigmes que lui oppose la nature. — T. S. Kuhn, La structure des révolutions scientifiques, 1962

  • 🔄 Le progrès scientifique kuhnien comporte quatre étapes : (T. S. Kuhn, 1962):

    1. La pré-science
    2. La science normale
    3. La crise
    4. La nouvelle science normale

Astuce mémo

Pré-science → science normale → crise → nouvelle science normale

11. Révolutions scientifiques selon Kuhn

Notions clés & Définitions

  • Paradigme : Kuhn — Matrice disciplinaire comprenant des lois et hypothèses théoriques, les moyens de les appliquer et les instruments de leur vérification, ainsi que des principes métaphysiques généraux.

★ À maîtriser

📌 Pour Kuhn, les paradigmes sont incommensurables parce qu’ils diffèrent non seulement par leurs lois et hypothèses, mais aussi par leurs options conceptuelles fondamentales.

  • Kuhn soutient que les anomalies ne falsifient pas immédiatement un paradigme, car les scientifiques modifient les lois, les définitions, les concepts ou les instruments afin de le protéger.

  • La conception kuhnienne est accusée de relativisme parce qu’une théorie n’y est pas absolument plus vraie qu’une autre, mais jugée meilleure selon les normes historiques de la communauté scientifique. — Kuhn

  • 🔄 Le développement scientifique suit plusieurs étapes (Kuhn):

    1. Science normale
    2. Accumulation d’anomalies
    3. Crise du paradigme
    4. Nouvelle science normale

Compléments

  • Le remplacement d’un paradigme s’explique en partie par des facteurs psychologiques et sociologiques, car le nouveau paradigme ne dispose pas toujours d’arguments logiques décisifs lorsqu’il apparaît. — Kuhn

Astuce mémo

Science normale → anomalies → crise → nouveau paradigme

12. Programmes de recherche de Lakatos

Notions clés & Définitions

  • Programme de recherche : Lakatos — Structure théorique organisée comprenant un noyau dur et une ceinture protectrice.
  • Noyau dur : Lakatos — Lois et hypothèses très générales et cohérentes que les chercheurs refusent de remettre en cause afin de maintenir le programme de recherche.
  • Ceinture protectrice : Lakatos — Hypothèses auxiliaires falsifiables qui complètent le noyau dur et peuvent être modifiées en cas de désaccord entre la théorie et l’expérience.

★ À maîtriser

📌 Lakatos rejette à la fois la falsification de toute la théorie et l’impossibilité de toute falsification : seules les hypothèses de la ceinture protectrice sont directement exposées à la remise en cause.

Compléments

  • L’existence de l’attraction universelle appartient au noyau dur de la mécanique newtonienne : la récuser revient à rompre avec cette théorie et à rendre impossible toute recherche menée dans son cadre. — Lakatos

Astuce mémo

Noyau dur protégé, ceinture protectrice falsifiable

13. Relativisme et anarchisme méthodologique

Points essentiels

📌 Pour Feyerabend, un penseur respectable développe un programme de recherche, obtient des résultats et les communique avec publicité et transparence, contrairement au penseur extravagant qui se contente d’une affirmation. — Paul Feyerabend

  • Paul Feyerabend soutient dans Contre la méthode qu’il n’existe pas de procédure scientifique unique, objective et rationnelle permettant de choisir entre toutes les théories, d’où sa formule « tout est bon ». — Contre la méthode. Esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance, 1979

  • Feyerabend défend une attitude humaniste centrée sur la liberté de pensée et refuse l’hégémonie de la physique comme modèle obligatoire pour toutes les disciplines. — Paul Feyerabend

Astuce mémo

Absence de règle unique → liberté méthodologique chez Feyerabend

14. Problème de Gettier et justification

Notions clés & Définitions

  • Connaissance : Dans la définition classique attribuée à Platon, un sujet S connaît une proposition p si p est vraie, si S croit que p et si S est justifié à croire que p.

★ À maîtriser

📌 L’internalisme fait dépendre la justification d’un état mental accessible au sujet, tandis que l’externalisme privilégie des données objectives ou des processus cognitifs indépendants de la conscience du sujet.

  • Gettier montre que la croyance vraie et justifiée ne suffit pas à constituer une connaissance, car une croyance peut être vraie par accident ou dépendre indirectement d’une proposition fausse. — Edmund L. Gettier, Is Justified True Belief knowledge?, 1963

  • Selon Alvin I. Goldman, le statut justificatif d’une croyance dépend de la fiabilité du processus qui la produit, c’est-à-dire de sa tendance à produire des croyances vraies plutôt que fausses. — Qu’est-ce qu’une croyance justifiée

Compléments

  • Dans le cas de Gettier, Smith croit à tort que Jones sera embauché et que Jones possède dix pièces, mais la proposition selon laquelle la personne embauchée possède dix pièces devient vraie parce que Smith, finalement embauché, possède lui-même dix pièces. — Edmund L. Gettier, Is Justified True Belief knowledge?, 1963

Astuce mémo

Croyance vraie justifiée ≠ connaissance certaine

15. Fiabilisme et scepticisme épistémologique

Notions clés & Définitions

  • Fiabilisme historique : Alvin I. Goldman, Qu’est-ce qu’une croyance justifiée — Théorie selon laquelle le statut de justification d’une croyance dépend de la fiabilité du ou des processus qui la causent, c’est-à-dire de leur tendance à produire des croyances vraies plutôt que fausses.

Points essentiels

📌 L’externalisme affirme qu’une personne peut savoir quelque chose sans savoir qu’elle le sait, car seules comptent les conditions objectives du savoir : la vérité de la proposition et la fiabilité du processus qui y conduit.

📌 Le faillibilisme admet qu’une croyance puisse être vraie et justifiée malgré une possibilité résiduelle d’erreur, tandis que l’infaillibilisme exige une connaissance exempte de tout doute ou erreur.

  • Le paradoxe de la loterie montre que des croyances chacune justifiée à 0,99 peuvent conduire, par conjonction, à une conclusion fausse selon laquelle aucun ticket ne gagnera, alors qu’un seul ticket est gagnant. — Laurence Bonjour, Les théories externalistes de la connaissance empirique

Astuce mémo

Fiabilité imparfaite → faillibilisme → risque sceptique

16. Contextualisme et alternatives pertinentes

Notions clés & Définitions

  • Mondes possibles : Alternatives pertinentes au monde dans lequel une proposition a été formulée ; une proposition est nécessairement vraie lorsqu’elle est vraie dans tous ces mondes.

★ À maîtriser

📌 Selon Lewis, la règle d’Actualité interdit d’ignorer la possibilité qui est actuellement le cas, la règle de Croyance interdit d’ignorer une possibilité que le sujet croit ou est justifié à croire, et la règle de Ressemblance interdit d’ignorer une possibilité ressemblant de manière saillante à une possibilité non négligeable. — David K. Lewis, Insaisissable connaissance

  • Le principe de clôture épistémique s’énonce ainsi : S sait que p et S sait que p implique q  S sait que q.S\ sait\ que\ p\ \text{et}\ S\ sait\ que\ p\ \text{implique}\ q\ \Rightarrow\ S\ sait\ que\ q.

Compléments

  • Dans le cas des granges factices, un sujet qui regarde une vraie grange ne sait pas qu’il voit une grange, car il ne peut pas légitimement ignorer la possibilité très ressemblante qu’il regarde une façade factice. — David K. Lewis, Insaisissable connaissance

Astuce mémo

Contexte ordinaire : savoir pratique ; contexte philosophique : doute radical

17. Continuité et ruptures scientifiques

Notions clés & Définitions

  • Obstacle épistémologique : Gaston Bachelard, La formation de l’esprit scientifique — Cause interne de stagnation ou de régression qui apparaît dans l’acte même de connaître et qu’il faut surmonter pour construire le savoir scientifique.
  • Rasoir d’Occam : Guillaume d’Occam, Quaestiones et decisiones in quatuor libros Sententiarum cum centilogio theologico, 1319 — Principe d’économie selon lequel une pluralité ne doit pas être posée sans nécessité et qu’il faut éviter de multiplier les hypothèses ou les entités explicatives.

Points essentiels

📌 Meyerson soutient qu’il existe une continuité entre connaissance ordinaire et connaissance scientifique, car toutes deux cherchent naturellement les causes des phénomènes et la science reste adossée à une ontologie issue du sens commun. — Emile Meyerson, Identité et Réalité, 1908

📌 Bachelard soutient que les sciences progressent par ruptures successives et que les connaissances empiriques quotidiennes constituent des obstacles épistémologiques à l’acquisition de connaissances scientifiques abstraites et générales. — Gaston Bachelard, La Formation de l’esprit scientifique, 1938

  • Bachelard affirme qu’il n’y a pas de transition progressive entre le système de Newton et celui d’Einstein, car le passage de l’un à l’autre exige un effort de nouveauté radicale. — Gaston Bachelard, Le nouvel esprit scientifique, 1934

Astuce mémo

Meyerson : continuité causale ; Bachelard : ruptures épistémologiques

18. Généalogie des théories scientifiques

Notions clés & Définitions

  • Révolution scientifique : Alexandre Koyré, Études galiléennes, 1939 — Pour Koyré, une révolution scientifique ne remplace pas seulement une théorie par une autre : elle substitue un monde théorique à un autre.
  • Méta-induction pessimiste : Larry Laudan, A Confutation of Convergent Realism, 1981 — Raisonnement selon lequel, puisque l’histoire des sciences est une succession de théories désormais considérées comme fausses, les théories scientifiques actuelles pourraient elles aussi être abandonnées.
  • Empirisme constructif : Sauver les phénomènes — Position de Bas Van Fraassen selon laquelle une théorie scientifique doit être empiriquement adéquate, c’est-à-dire rendre correctement compte des phénomènes observables, sans qu’il soit nécessaire de croire à la réalité des entités qu’elle postule.
  • Réduction interthéorique : Ernest Nagel — Relation entre une théorie à réduire et une théorie réductrice telle que les phénomènes de la première soient expliqués par la seconde.
  • Multiréalisabilité : Possibilité qu’un même état mental soit réalisé par des structures physiques différentes, ce qui interdit d’identifier chaque état mental à un état physiologique cérébral unique.
  • Survenance : Donald Davidson, Mental Events, 1970 — Relation dans laquelle une propriété mentale dépend d’une propriété physique suffisante pour la réaliser sans s’identifier à elle, car plusieurs propriétés physiques peuvent réaliser le même état mental.

Points essentiels

  • La notion de précurseur présente l’histoire des sciences comme une progression linéaire et cumulative du faux vers le vrai, mais elle est jugée peu féconde parce qu’elle nivelle les différences historiques, théoriques et pratiques entre les doctrines.

  • L’approche externaliste étudie les conditions sociales, professionnelles et institutionnelles du travail scientifique, tandis que l’approche internaliste s’attache principalement au contenu des savoirs scientifiques.

  • Une conception réaliste considère qu’une loi scientifique décrit un fait réel et explique nécessairement le phénomène auquel elle s’applique, tandis qu’une conception antiréaliste la traite comme une représentation utile des régularités observables.

  • Pour Duhem, les théories scientifiques ne visent pas à expliquer des entités cachées, mais à « sauver les phénomènes » en représentant mathématiquement les régularités observables et en permettant leurs prédictions. — Pierre Duhem, Sauver les apparences : essai sur la notion de théorie physique de Platon à Galilée, 2003

  • J. A. Fodor distingue le physicalisme des occurrences, selon lequel tous les événements sont physiques, du physicalisme des types, selon lequel toutes les propriétés mentionnées par les sciences sont des propriétés physiques.

  • Le dualisme cartésien distingue substantiellement le corps étendu et l’esprit immatériel, tandis que le monisme de Spinoza considère le corps et l’esprit comme deux attributs d’une même substance, la nature ou Dieu.

  • Le fonctionnalisme distingue la fonction psychologique d’un état mental de la structure physique particulière qui la réalise, ce qui permet de maintenir un physicalisme non réducteur et une certaine autonomie de la psychologie.

  • Selon le modèle de Nagel, une réduction interthéorique exige que les lois de la théorie à réduire soient logiquement déduites des lois de la théorie réductrice et que des principes-ponts traduisent ses prédicats dans le vocabulaire réducteur. — Ernest Nagel

  • La controverse entre Louis Pasteur et Félix-Archimède Pouchet, menée entre 1859 et 1864, oppose la théorie de la génération spontanée défendue par Pouchet à l’explication microbienne défendue par Pasteur. — Bruno Latour, Pasteur. Bataille contre les microbes, 1985

  • Dans l’expérience de Pasteur, les microbes apparaissent lorsque le ballon est ouvert, mais ils n’apparaissent pas lorsque le ballon possède un col long et sinueux, ce qui conduit à attribuer leur présence à une contamination par l’air ambiant.

Astuce mémo

Précurseurs → paradigmes → révolutions → méta-induction pessimiste

Tableaux de synthèse

Induction et déduction

RaisonnementPoint de départPoint d’arrivéeStatut logique
InductionÉnoncés singuliersÉnoncé universelConclusion non nécessaire
DéductionÉnoncé généralÉnoncé particulierConclusion nécessaire si les prémisses sont vraies

Vérification et falsification

CritèreType de raisonnementStatut de la théorie
VérificationInductionLa confirmation ne prouve jamais définitivement la théorie
FalsificationDéductionLa théorie est provisoirement retenue si elle n’est pas réfutée

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Qu'est-ce que l'épistémologie désigne ?

La philosophie de la connaissance et l'étude des théories scientifiques.

Quelle interrogation relie les deux approches de l'épistémologie ?

L'interrogation sur l'origine et la méthode du savoir.

Qui a employé pour la première fois le terme « epistemology » et quand ?

James Frederick Ferrier en 1856.

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