QCM : Le roman et l’existence européenne (37 questions)

Questions et réponses du QCM

1. Une communauté intellectuelle en Amérique se réclame de la tradition philosophique grecque ancienne. Comment Husserl pourrait-il interpréter son appartenance à l’identité européenne ?

Elle n’en relève pas, car cette identité naît avec les institutions politiques modernes.
Elle peut en relever, car cette identité dépasse l’Europe géographique et remonte à la philosophie grecque.
Elle en relève seulement si elle adopte les sciences modernes apparues en Europe.
Elle n’en relève pas, car cette identité se limite au territoire géographique européen.

Elle peut en relever, car cette identité dépasse l’Europe géographique et remonte à la philosophie grecque.

Explication

Pour Husserl, l’identité européenne est spirituelle, dépasse les frontières géographiques et naît avec l’ancienne philosophie grecque. La restriction géographique confond Europe spirituelle et territoire, tandis que les sciences modernes et les institutions politiques ne fondent pas cette identité.

2. Des penseurs entreprennent d’étudier le monde dans son ensemble par curiosité, sans chercher à résoudre un problème pratique immédiat. Quelle attitude Husserl associerait-il à l’ancienne philosophie grecque ?

Une interrogation globale animée par la passion de connaître.
Une exploration technique et mathématique du monde comme objet.
Une recherche circonscrite par un besoin pratique immédiat.
Une étude spécialisée qui écarte toute vision d’ensemble.

Une interrogation globale animée par la passion de connaître.

Explication

Husserl caractérise l’ancienne philosophie grecque par la saisie du monde dans son ensemble comme question, portée par la passion de connaître. Le besoin pratique inverse cette motivation, tandis que l’exploration technique et la spécialisation renvoient à d’autres aspects de la crise.

3. Une historienne situe au début des Temps modernes, chez Galilée et Descartes, l’origine d’une approche qui traite le monde comme un objet d’exploration technique et mathématique. À quelle analyse correspond-elle ?

À l’explication husserlienne des racines de la crise européenne.
À une critique de la philosophie grecque pour son souci pratique.
À la caractérisation de la naissance de l’identité spirituelle européenne.
À l’analyse de l’oubli de l’être causé par la spécialisation scientifique.

À l’explication husserlienne des racines de la crise européenne.

Explication

Husserl situe les racines de la crise au début des Temps modernes, chez Galilée et Descartes, et critique la réduction du monde à un objet technique et mathématique. L’oubli de l’être désigne chez Heidegger un effet de la spécialisation; la philosophie grecque fonde plutôt l’identité européenne et une recherche désintéressée.

4. Dans un institut, les chercheurs approfondissent chacun un domaine étroit et finissent par perdre de vue le monde dans son ensemble ainsi que leur propre place. Quel phénomène Heidegger nommerait-il ?

L’exclusion du monde de la vie.
L’oubli de l’être.
La réduction du monde à un objet technique.
La naissance de l’identité spirituelle européenne.

L’oubli de l’être.

Explication

Heidegger appelle « oubli de l’être » la perte de vue du monde dans son ensemble et de soi-même liée à la spécialisation scientifique. L’exclusion du monde concret de la vie caractérise la critique de Husserl, tandis que la réduction technique et l’identité européenne désignent d’autres notions.

5. Une critique des Temps modernes juge que les sciences et la philosophie ont négligé l’être humain. Quelle place Kundera accorde-t-il alors à Cervantès ?

Un adversaire des Temps modernes qui rejette toute exploration de l’existence.
Un fondateur des Temps modernes dont le roman explore l’être humain oublié.
Un fondateur de la philosophie moderne qui remplace Descartes.
Un représentant des sciences modernes qui étudie l’homme par des méthodes techniques.

Un fondateur des Temps modernes dont le roman explore l’être humain oublié.

Explication

Pour Kundera, Cervantès est, avec Descartes, un fondateur des Temps modernes, et le roman explore l’être humain que sciences et philosophie ont oublié. Le présenter comme un adversaire de cette époque, un remplaçant de Descartes ou un scientifique déforme ce rôle.

6. Un roman met au premier plan les sentiments intérieurs et secrets d’un personnage. À quelle étape de l’exploration romanesque européenne cette orientation correspond-elle ?

À Flaubert.
À Balzac.
À Samuel Richardson.
Aux contemporains de Cervantès.

À Samuel Richardson.

Explication

Samuel Richardson marque l’exploration de ce qui se passe à l’intérieur et de la vie secrète des sentiments. Balzac est associé à l’enracinement historique, les contemporains de Cervantès à l’aventure et Flaubert au quotidien.

7. Un romancier veut évaluer la raison d’être de son œuvre selon Hermann Broch. Quel critère devrait-il appliquer à un roman qui prétend découvrir quelque chose de l’existence ?

Il doit décrire le quotidien sans apporter de découverte nouvelle.
Il doit révéler une portion de l’existence jusque-là inconnue.
Il doit obtenir une large reconnaissance auprès des lecteurs.
Il doit reconstituer fidèlement les événements historiques connus.

Il doit révéler une portion de l’existence jusque-là inconnue.

Explication

Pour Broch, le roman a pour raison d’être de découvrir ce que seul le roman peut découvrir; s’il ne révèle aucune portion inconnue de l’existence, il est immoral. La popularité, l’exactitude historique ou la seule description du quotidien ne constituent pas ce critère.

8. Dans une société où l’autorité divine cesse d’organiser les valeurs et de distinguer le bien du mal, quelle transformation caractérise l’apparition du roman moderne ?

L’ambiguïté disparaît au profit de valeurs communes, et le roman s’efface devant la morale.
Une vérité unique se divise en vérités relatives contradictoires, et le roman naît avec cette ambiguïté.
Un ordre divin renforcé multiplie les règles, et le roman naît pour les confirmer.
Des vérités relatives se réunissent en une vérité unique, et le roman rétablit un ordre stable.

Une vérité unique se divise en vérités relatives contradictoires, et le roman naît avec cette ambiguïté.

Explication

Lorsque l’ordre et le juge suprêmes cessent de structurer le monde, la vérité divine se décompose en vérités relatives contradictoires, avec lesquelles naît le roman. Le maintien d’une vérité unique confond cette transformation avec l’ancien ordre, tandis que l’ordre moral stable et le renforcement du cadre divin vont à l’inverse de cette évolution.

9. Une étudiante oppose deux conceptions : l’une fonde la connaissance sur l’ego pensant, l’autre présente un monde où plusieurs vérités se contredisent. Quelle attribution correspond à cette distinction ?

Les deux associent l’ego pensant à une vérité absolue qui écarte les contradictions.
Descartes fonde tout sur l’ego pensant; Cervantès montre un monde de vérités relatives contradictoires.
Cervantès fonde tout sur l’ego pensant; Descartes montre un monde de vérités relatives contradictoires.
Descartes montre l’ambiguïté romanesque; Cervantès place l’homme seul face à l’univers.

Descartes fonde tout sur l’ego pensant; Cervantès montre un monde de vérités relatives contradictoires.

Explication

Descartes prend l’ego pensant pour fondement et place l’homme seul face à l’univers, tandis que Cervantès met en scène l’ambiguïté et des vérités relatives contradictoires. Attribuer l’ego à Cervantès inverse les rôles; attribuer l’ambiguïté à Descartes les inverse aussi; réduire les deux conceptions à une vérité absolue efface leur distinction.

10. Dans un roman, plusieurs personnages incarnent des vérités relatives qui se contredisent. Quelle certitude cette conception laisse-t-elle au lecteur ?

Une certitude universelle, obtenue en accordant les personnages entre eux.
Une vérité morale définitive, déduite de la cohérence du personnage principal.
L’impossibilité de chercher un sens, puisque les personnages rendent toute interprétation vaine.
La sagesse de l’incertitude, au sein de vérités contradictoires incarnées par des personnages.

La sagesse de l’incertitude, au sein de vérités contradictoires incarnées par des personnages.

Explication

Les vérités relatives contradictoires sont incorporées dans des ego imaginaires, les personnages; la seule certitude est la sagesse de l’incertitude. Une morale définitive et une vérité universelle réintroduisent une certitude absolue, tandis que renoncer à toute recherche de sens confond incertitude et absence de réflexion.

11. Face à une situation humaine complexe, un critique exige qu’une seule interprétation soit vraie et rejette toute lecture concurrente. Quelle attitude cette exigence illustre-t-elle ?

L’interrogation romanesque, qui suspend le jugement devant des vérités concurrentes.
La sagesse de l’incertitude, qui accueille la relativité et l’absence du Juge suprême.
Le « ou bien-ou bien », qui révèle l’incapacité à supporter la relativité et l’absence du Juge suprême.
La relativité assumée, qui considère chaque interprétation comme provisoire.

Le « ou bien-ou bien », qui révèle l’incapacité à supporter la relativité et l’absence du Juge suprême.

Explication

Le « ou bien-ou bien » impose qu’une seule interprétation l’emporte et manifeste ainsi la difficulté à supporter la relativité humaine et l’absence du Juge suprême. La sagesse de l’incertitude et la relativité assumée accueillent au contraire cette complexité, tandis que l’interrogation romanesque ne tranche pas d’avance.

12. Pourquoi la sagesse du roman, fondée sur l’incertitude, est-elle difficile à accepter et à comprendre ?

Parce que les humains ne parviennent pas à suivre la structure complexe des récits.
Parce que les humains peinent à supporter la relativité et l’absence d’un Juge suprême.
Parce que les humains pensent que l’incertitude exclut toute signification possible.
Parce que les humains rejettent certaines morales sans être confrontés à la relativité.

Parce que les humains peinent à supporter la relativité et l’absence d’un Juge suprême.

Explication

La sagesse romanesque est difficile à accepter parce que les humains peinent à supporter la relativité des choses humaines et l’absence d’un Juge suprême. La difficulté n’est pas présentée comme un problème de structure narrative, comme une absence totale de sens ni comme un simple désaccord moral.

13. Un héros du premier roman européen traverse librement plusieurs régions et peut décider de rentrer chez lui quand il le souhaite. Quelle conception de l’espace romanesque cette situation illustre-t-elle ?

Un horizon resserré qui transforme le monde en clôture
Un monde qui paraît illimité et reste librement parcourable
Un trajet dont les origines et la destination demeurent inconnues
Un espace dominé par les institutions sociales et leurs contraintes

Un monde qui paraît illimité et reste librement parcourable

Explication

Dans les premiers romans européens, le monde paraît illimité et le héros peut voyager librement, notamment rentrer chez lui à sa volonté. L’horizon-clôture renvoie à Emma Bovary, les contraintes institutionnelles à un autre moment de l’histoire du roman, et l’itinéraire sans origine connue au début de Jacques le Fataliste.

14. Dans l’existence d’Emma Bovary, comment les rêves prennent-ils de l’importance alors que son horizon semble se refermer ?

L’infini du monde extérieur s’élargit et relègue les rêves
Les institutions remplacent les rêveries par des objectifs imposés
Les aventures extérieures deviennent accessibles et dissipent l’ennui
L’infini de l’âme remplace celui du monde extérieur perdu

L’infini de l’âme remplace celui du monde extérieur perdu

Explication

Pour Emma Bovary, l’horizon se rétrécit comme une clôture et les rêves gagnent en importance dans l’ennui quotidien : l’infini de l’âme remplace celui du monde extérieur perdu. L’élargissement du monde inverse cette évolution, tandis que l’emprise des institutions et les aventures extérieures accessibles ne décrivent pas sa situation.

15. Un personnage est absorbé par un procès imposé par une société toute-puissante et n’arrive plus à rêver comme Emma Bovary. Quel effet cette emprise produit-elle sur l’infini de l’âme ?

Il remplace les contraintes sociales par des rêves plus intenses
Il conserve sa magie et permet d’échapper au procès
Il perd sa magie et devient un appendice presque inutile
Il se confond avec un monde extérieur sans frontières

Il perd sa magie et devient un appendice presque inutile

Explication

Lorsque l’Histoire ou une société toute-puissante s’empare de l’homme, l’infini de l’âme perd sa magie et devient presque inutile. L’intensification des rêves correspond plutôt à Emma Bovary, tandis que l’évasion intérieure et le monde sans frontières ne rendent pas compte de cette emprise.

16. Un héros qui choisissait autrefois ses aventures se retrouve, après trois siècles, contraint de régler une erreur de dossier avec l’administration. Quel paradoxe de l’aventure cette évolution met-elle en évidence ?

L’aventure choisie devient une guerre dont le but est intelligible
L’aventure imposée devient une exploration libre du monde
L’aventure choisie devient une contrainte administrative imposée
L’aventure disparaît et ne laisse place à aucun contentieux

L’aventure choisie devient une contrainte administrative imposée

Explication

Le parcours du roman présente un renversement : l’aventure autrefois choisie par Don Quichotte devient une aventure imposée, réduite à un contentieux administratif lié à une erreur de dossier. L’exploration libre inverse ce changement, l’absence totale d’aventure l’efface, et la guerre intelligible relève d’une autre distinction.

17. Dans un récit, des soldats avancent vers le front sans connaître la raison de la guerre ni s’y intéresser. En quoi leur situation diffère-t-elle de celle des combattants chez Homère ou Tolstoï ?

Ils marchent sans raison comprise ni intérêt, contrairement aux combats à sens intelligible
Ils ignorent le sens du conflit, comme les combattants d’Homère et de Tolstoï
Ils combattent pour une figure aimée, contrairement aux soldats de Tolstoï
Ils défendent une cause nationale intelligible, contrairement aux combattants d’Homère

Ils marchent sans raison comprise ni intérêt, contrairement aux combats à sens intelligible

Explication

Chez Homère et Tolstoï, la guerre possède un sens intelligible, par exemple la lutte pour Hélène ou pour la Russie. Chvéïk et ses compagnons avancent sans savoir pourquoi et sans s’y intéresser : leur attribuer ces causes ou étendre leur ignorance aux combattants d’Homère et de Tolstoï inverse la distinction.

18. Des soldats marchent vers le front sans connaître leur objectif ni s’y intéresser. Quelle logique motive cette guerre ?

La recherche du bonheur collectif par la victoire militaire
L’affirmation désintéressée de la force pour elle-même
La défense d’un idéal politique partagé par les combattants
La conquête de richesses destinées à accroître la prospérité

L’affirmation désintéressée de la force pour elle-même

Explication

Cette force ne poursuit ni richesse ni bonheur : elle veut s’affirmer pour elle-même et relève du pur irrationnel. L’enrichissement et le bonheur lui attribuent des intérêts absents, tandis que l’idéal partagé suppose une adhésion que les combattants n’éprouvent pas.

19. L’unité mondiale longtemps espérée se réalise, mais une guerre perpétuelle empêche chacun de trouver un lieu où se soustraire à son emprise. Quel paradoxe cela illustre-t-il ?

La séparation des civilisations préserve l’unité par leur autonomie
La guerre perpétuelle accomplit une unité mondiale sans issue individuelle
La liberté individuelle s’accroît avec l’interconnexion planétaire
La paix universelle accomplit l’unité en mettant fin aux conflits

La guerre perpétuelle accomplit une unité mondiale sans issue individuelle

Explication

Le paradoxe tient à ce que la guerre perpétuelle réalise l’unité de l’humanité, tout en ne laissant à personne la possibilité d’y échapper. La paix universelle et l’accroissement de la liberté inversent cette idée, tandis que la séparation des civilisations ne produit pas l’unité décrite.

20. Dans une société, la raison cartésienne a progressivement ébranlé les valeurs héritées du Moyen Âge, sans qu’un nouveau système commun soit reconnu. Quel enchaînement décrit le risque qui en découle ?

Le consensus nouveau transforme l’irrationnel en principe partagé
Les valeurs médiévales demeurent un rempart unanimement reconnu
L’absence de valeurs communes laisse le champ libre à l’irrationnel pur
La raison restaure les anciennes valeurs et bloque l’irrationnel

L’absence de valeurs communes laisse le champ libre à l’irrationnel pur

Explication

Lorsque la raison a détruit les valeurs héritées et qu’aucun système commun ne les remplace, l’irrationnel pur peut s’emparer de la scène du monde. Restaurer les anciennes valeurs inverse le processus, et ni leur maintien unanime ni un consensus nouveau ne sont posés dans cette situation.

21. Quel enchaînement caractérise la Première Guerre mondiale dans l’histoire de l’Europe centrale ?

Déclenchée par l’empire des Habsbourg, elle entraîne sa fin et déstabilise l’Europe
Déclenchée par l’empire allemand, elle entraîne sa fin et rétablit l’équilibre européen
Déclenchée par l’empire russe, elle entraîne sa fin et stabilise l’Europe
Déclenchée par l’empire des Habsbourg, elle renforce sa puissance et stabilise l’Europe

Déclenchée par l’empire des Habsbourg, elle entraîne sa fin et déstabilise l’Europe

Explication

La guerre, déclenchée par l’empire des Habsbourg, conduit à la disparition de cet empire et déstabilise durablement une Europe affaiblie. L’empire russe ou allemand comme déclencheur, le renforcement des Habsbourg et la stabilisation de l’Europe contredisent cet enchaînement.

22. Dans un roman, les personnages sont confrontés à des événements historiques extérieurs qu’ils ne peuvent ni gouverner ni prévoir, et auxquels personne n’échappe. Comment cette force est-elle caractérisée ?

Comme un conflit intérieur, prévisible, maîtrisable et intelligible
Comme un monstre impersonnel, ingouvernable, incalculable et inintelligible
Comme une menace extérieure, prévisible, évitable et clairement orientée
Comme une autorité personnelle, gouvernable, calculable et intelligible

Comme un monstre impersonnel, ingouvernable, incalculable et inintelligible

Explication

Dans ces romans, le monstre vient de l’extérieur et s’appelle Histoire : il est impersonnel, ingouvernable, incalculable et inintelligible, sans que personne lui échappe. Le conflit intérieur déplace la menace, la force gouvernable la rend maîtrisable, et la menace prévisible et évitable contredit son caractère inexorable.

23. Un lecteur présente les romans centre-européens comme des prédictions de régimes futurs, à la manière d’Orwell. Quelle correction respecte la différence entre ces approches ?

Ils révèlent comment les paradoxes terminaux transforment les catégories existentielles
Ils prédisent des régimes futurs au moyen de scénarios politiques
Ils décrivent des changements de régime sans modifier les catégories existentielles
Ils exposent des thèses politiques sous la forme d’un pamphlet

Ils révèlent comment les paradoxes terminaux transforment les catégories existentielles

Explication

Ces romanciers ne proposent pas une prophétie sociale ou politique à la manière d’Orwell : ils font voir comment les paradoxes terminaux changent le sens des catégories existentielles. La prédiction de régimes futurs et le pamphlet relèvent de l’approche écartée, tandis qu’un changement politique sans transformation existentielle manque l’enjeu romanesque.

24. Dans un régime qui interdit certains romans et impose une forte pression idéologique, quel effet cette répression peut-elle avoir sur le roman ?

Elle interrompt violemment son histoire sans effacer sa forme.
Elle transforme progressivement sa forme en un art radicalement nouveau.
Elle réduit sa diffusion sans interrompre son histoire.
Elle efface à la fois son histoire et toute forme romanesque.

Elle interrompt violemment son histoire sans effacer sa forme.

Explication

La censure et la pression idéologique peuvent arrêter violemment l’histoire du roman tout en laissant sa forme se répéter. Effacer toute forme confond la mort de son histoire avec une disparition complète; l’art nouveau renvoie au projet des avant-gardes; la baisse de popularité ne rend pas compte de la répression.

25. Une société impose une Vérité unique et rejette le doute, tandis qu’un roman explore plusieurs interprétations d’une conduite humaine. Quelle opposition fondamentale cette situation illustre-t-elle ?

La Vérité totalitaire et le roman reposent tous deux sur une interprétation unique.
Leur opposition concerne les institutions politiques, mais pas leur vision du monde.
La Vérité totalitaire exclut la relativité que l’esprit du roman explore.
La Vérité totalitaire accueille le doute que l’esprit du roman élimine.

La Vérité totalitaire exclut la relativité que l’esprit du roman explore.

Explication

Le totalitarisme fondé sur une Vérité unique exclut le doute et la relativité, alors que l’esprit du roman repose sur l’ambiguïté des choses humaines. L’absence de toute vérité déforme la relativité; inverser les principes attribue au totalitarisme l’ouverture du roman; limiter l’opposition à la politique ignore leur incompatibilité ontologique.

26. Dans une analyse de l’empire stalinien, on observe que des formes romanesques se répètent, mais que l’histoire du roman semble interrompue depuis environ cinquante ans. Quelle interprétation correspond à ce constat ?

L’histoire du roman se poursuit grâce à la répétition de formes romanesques vivantes.
L’histoire du roman s’est arrêtée, tandis que sa forme vidée de son esprit se répète.
L’histoire du roman s’est arrêtée et sa forme a entièrement disparu.
L’histoire du roman s’est arrêtée depuis environ un siècle, avec ses formes.

L’histoire du roman s’est arrêtée, tandis que sa forme vidée de son esprit se répète.

Explication

Dans l’empire du stalinisme, l’histoire du roman est décrite comme arrêtée depuis environ un demi-siècle, alors que sa forme vidée de son esprit se répète. La répétition formelle ne signifie pas que son histoire se poursuit; un siècle déforme la durée; la disparition complète de la forme contredit sa répétition.

27. Un romancier privilégie les digressions ludiques et rompt avec la chronologie rigoureuse et le décor réaliste. À quel appel du roman cette démarche se rattache-t-elle ?

À l’appel du jeu, illustré par Sterne et Diderot.
À l’appel du temps, tourné vers l’histoire européenne.
À l’appel du rêve, associé à Kafka et à l’irréel.
À l’appel de la pensée, porté par Musil et Broch.

À l’appel du jeu, illustré par Sterne et Diderot.

Explication

L’appel du jeu, illustré par Sterne et Diderot, oppose la liberté ludique aux contraintes de vraisemblance, de réalisme et de chronologie. Le rêve concerne la fusion du rêve et du réel; la pensée mobilise les moyens narratifs et méditatifs; le temps élargit le récit aux époques historiques.

28. Un romancier fait surgir des événements oniriques dans le monde quotidien sans chercher à respecter la vraisemblance. Quelle démarche caractérise cette œuvre ?

L’appel du rêve, associé à Franz Kafka.
L’appel de la pensée, associé à Robert Musil.
L’appel du jeu, associé à Laurence Sterne.
L’appel du temps, associé à l’histoire européenne.

L’appel du rêve, associé à Franz Kafka.

Explication

L’appel du rêve, associé à Franz Kafka, fusionne le rêve et le réel et libère le roman de l’impératif de vraisemblance. Le jeu renvoie à la liberté ludique face aux conventions; la pensée à une synthèse intellectuelle; le temps à l’exploration de plusieurs époques historiques.

29. Quelle démarche correspond à l’appel de la pensée porté par Musil et Broch ?

Privilégier le jeu narratif contre le décor réaliste et la chronologie rigoureuse.
Faire entrer plusieurs périodes historiques afin de raconter le temps collectif européen.
Fusionner rêve et réalité afin de libérer le récit de toute exigence de vraisemblance.
Mobiliser des moyens rationnels et irrationnels pour éclairer l’humain sans faire du roman une philosophie.

Mobiliser des moyens rationnels et irrationnels pour éclairer l’humain sans faire du roman une philosophie.

Explication

Musil et Broch mobilisent des moyens rationnels et irrationnels, narratifs et méditatifs, pour éclairer l’être humain sans transformer le roman en philosophie. La fusion du rêve et du réel relève de Kafka; le jeu contre les conventions caractérise l’appel du jeu; les périodes historiques appartiennent à l’appel du temps.

30. Un roman dépasse les souvenirs d’un seul individu et fait dialoguer plusieurs périodes de l’histoire européenne. Quel appel met-il en œuvre ?

L’appel de la pensée, qui mobilise réflexion et narration pour éclairer l’humain.
L’appel du jeu, qui rompt avec la chronologie et le réalisme.
L’appel du temps, qui élargit la mémoire personnelle à l’histoire collective.
L’appel du rêve, qui fusionne l’imaginaire et la réalité vécue.

L’appel du temps, qui élargit la mémoire personnelle à l’histoire collective.

Explication

L’appel du temps dépasse la mémoire personnelle proustienne pour explorer l’énigme du temps collectif et faire entrer plusieurs époques dans l’espace romanesque. La mémoire personnelle seule ne constitue pas cet élargissement; la rupture ludique relève du jeu; la fusion du rêve et du réel relève du rêve.

31. Dans une analyse de la société moderne, quelle chaîne de réductions correspond au processus décrit ?

La vie devient fonction politique, l’histoire se réduit à quelques événements neutres, la vie sociale à deux puissances, puis la politique à la lutte sociale.
La vie devient fonction sociale, l’histoire se réduit à quelques événements orientés, la vie sociale à la lutte politique, puis celle-ci à deux puissances planétaires.
La vie devient fonction sociale, l’histoire se réduit à quelques événements neutres, la vie sociale à deux puissances, puis celles-ci à la lutte politique.
La vie devient fonction individuelle, l’histoire se réduit à des interprétations multiples, la vie sociale à la lutte politique, puis celle-ci à plusieurs puissances planétaires.

La vie devient fonction sociale, l’histoire se réduit à quelques événements orientés, la vie sociale à la lutte politique, puis celle-ci à deux puissances planétaires.

Explication

La réduction moderne enchaîne ces resserrements : fonction sociale, événements historiques orientés, lutte politique, puis affrontement de deux puissances planétaires. Les événements neutres effacent le biais tendancieux, tandis que les autres propositions déplacent ou inversent les étapes.

32. Quelle fonction du roman Husserl permet-il de comprendre dans sa réflexion sur la vie concrète ?

Conserver les seuls faits politiques afin de protéger la mémoire collective de leur disparition.
Simplifier le monde vécu pour que ses vérités deviennent immédiatement accessibles à tous.
Relier les œuvres littéraires antérieures afin de préserver l’histoire de la forme romanesque.
Maintenir le monde de la vie sous un éclairage perpétuel et protéger contre l’oubli de l’être.

Maintenir le monde de la vie sous un éclairage perpétuel et protéger contre l’oubli de l’être.

Explication

La passion de connaître associée à Husserl éclaire la vie concrète et protège le monde de la vie contre l’oubli de l’être. Les faits politiques, la simplification et la continuité entre œuvres ne désignent pas cette fonction.

33. Dans un pays où les médias concurrents diffusent les mêmes clichés et simplifications, quelle dynamique est à l’œuvre ?

Les médias amplifient et canalisent la réduction malgré la diversité des intérêts politiques affichés.
Les médias produisent la réduction en supprimant toute divergence entre les intérêts politiques.
Les médias dissipent la réduction en diversifiant les représentations selon leurs intérêts politiques.
Les médias rétablissent la complexité en diffusant des clichés adaptés à chaque intérêt politique.

Les médias amplifient et canalisent la réduction malgré la diversité des intérêts politiques affichés.

Explication

Les médias amplifient et canalisent la réduction en répandant les mêmes simplifications et clichés, même lorsque les intérêts politiques affichés diffèrent. La diversité des intérêts ne garantit donc pas la diversité des représentations, et la diffusion des clichés n’accroît pas la complexité.

34. Face à une œuvre qui multiplie les questions et souligne la difficulté de connaître la vérité, quelle opposition entre deux esprits illustre-t-elle ?

L’esprit du roman rend la vérité facile à connaître, tandis que l’époque multiplie les questions sans réponse.
L’esprit de l’époque affirme la complexité et la difficulté de connaître la vérité, contrairement à l’esprit du roman.
L’esprit du roman écarte les questions par des réponses simples, contrairement à l’esprit de l’époque.
L’esprit du roman affirme la complexité et la difficulté de connaître la vérité, contrairement à l’esprit de l’époque.

L’esprit du roman affirme la complexité et la difficulté de connaître la vérité, contrairement à l’esprit de l’époque.

Explication

L’esprit du roman maintient la complexité des choses et la difficulté de connaître la vérité, tandis que l’esprit de l’époque privilégie les réponses simples qui écartent les questions. Les autres propositions inversent ces rôles ou réduisent la distinction à une question de difficulté de lecture.

35. Une romancière veut découvrir un aspect encore inconnu de l’expérience humaine et faire progresser le roman. Quelle orientation correspond à la position de Kundera ?

S’accorder au progrès du monde et à l’esprit de son temps pour renouveler la forme romanesque.
Reprendre les formes consacrées afin de préserver le roman des changements de son époque.
Suivre les attentes du présent afin de rendre toute découverte romanesque immédiatement familière.
Travailler contre le progrès du monde plutôt que vivre en paix avec l’esprit de son temps.

Travailler contre le progrès du monde plutôt que vivre en paix avec l’esprit de son temps.

Explication

Pour continuer à découvrir l’inconnu et à progresser comme forme, le roman doit agir contre le progrès du monde plutôt que vivre en paix avec l’esprit de son temps. L’accord avec l’époque, l’adaptation aux attentes présentes et la reprise des formes anciennes ne traduisent pas cette exigence.

36. Une avant-garde crée des œuvres difficiles et provocatrices, convaincue que l’esprit du temps lui donnera raison demain. Quelle critique Kundera formule-t-il à l’égard de cette attitude ?

Le rejet de l’avenir constitue un conformisme, car les œuvres difficiles évitent toute reconnaissance ultérieure.
Le flirt avec l’avenir constitue un conformisme qui flatte le plus fort, malgré l’audace des œuvres.
La confiance dans l’avenir montre que l’avant-garde renonce à créer des œuvres provocatrices et difficiles.
Le flirt avec l’avenir garantit l’indépendance des œuvres, puisque leur difficulté les soustrait à l’esprit du temps.

Le flirt avec l’avenir constitue un conformisme qui flatte le plus fort, malgré l’audace des œuvres.

Explication

Kundera critique la conviction avant-gardiste selon laquelle l’avenir donnera raison aux œuvres : ce flirt avec l’avenir devient un conformisme et une flatterie du plus fort. La difficulté des œuvres n’abolit pas cette attente de reconnaissance, et l’avant-garde ne renonce pas à la provocation.

37. À quel héritage Kundera affirme-t-il son attachement ?

À l’héritage décrié de Cervantès.
À l’héritage de la patrie et du peuple.
À l’héritage de l’avenir.
À l’héritage de l’Église.

À l’héritage décrié de Cervantès.

Explication

Kundera affirme son attachement à l’héritage décrié de Cervantès, et à rien d’autre. L’Église, la patrie et le peuple sont des appartenances évoquées comme possibilités écartées, tandis que l’avenir n’est pas une valeur à ses yeux.

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Selon Husserl, où s’étend l’identité spirituelle européenne au-delà de l’Europe ?

Notamment en Amérique.

Selon Husserl, de quelle tradition naît l’identité spirituelle européenne ?

De l’ancienne philosophie grecque.

Selon Husserl, quelle tradition fut la première à questionner le monde dans son ensemble ?

L’ancienne philosophie grecque.

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