Fiche de révision : Politisation des campagnes françaises

Plan du Cours

  1. Commune et souveraineté électorale
  2. Césarisme plébiscitaire du Second Empire
  3. Élections et adhésion bonapartiste
  4. Oppositions et libéralisation impériale
  5. Suffrage universel en 1848
  6. Apprentissage du vote et politisation
  7. Politisation et sociabilité rurales
  8. Élites locales et politisation rurale
  9. Conflits d’usage et troubles frumentaires
  10. Révoltes antifiscales et politisation
  11. Rébellion et manifestation politique
  12. Apprentissage du suffrage rural
  13. Le paysan comme enjeu démocratique
  14. Débats sur l’entrée en politique
  15. Modèles et temporalités de la politisation
  16. Sociabilités et apprentissages politiques
  17. Notables et pouvoir local
  18. Violences et mobilisations paysannes

Repères chronologiques

  1. 1841L’annonce d’un éventuel nouveau recensement des portes et fenêtres provoque des émeutes dans de nombreux villages du Midi. - Bourguinat, 2014
  2. 24 février 1848La Deuxième République est proclamée après la révolution de février.
  3. 10 décembre 1848Louis-Napoléon Bonaparte est élu président avec 5,6 millions de voix sur 7 millions.
  4. 1863La « Révolution de Sabres » oppose dans les Landes des métayers-gemmeurs à un grand propriétaire au sujet du partage de la résine de pin. - Lafargue, 2001
  5. 1868La rumeur d’un rétablissement de la fiscalité d’Ancien Régime provoque des troubles brutaux en Dordogne, dans les Charentes et en Gironde, malgré le ralliement de ces campagnes à l’Empire. - Ploux, 2001
  6. 11 février 1906L’encyclique Vehementer nos de Pie X condamne la loi de séparation, mais ne demande pas de résister activement aux inventaires.

1. Commune et souveraineté électorale

★ À maîtriser

  • La Commune de Paris associe l’insurrection du 18 mars 1871 à une légitimation par les élections municipales du 26 mars, puis à sa proclamation le 28 mars.

📌 Le municipalisme réclame l’autonomie politique de chaque commune, tandis que le communalisme fédère les communes et fait venir le pouvoir de la base plutôt que de l’État central.

📌 Dans la conception communarde, l’élu est un délégué soumis au contrôle et à la révocation permanents des citoyens, et non un détenteur libre de la souveraineté.

Compléments

  • La déclaration aux Français du 19 avril 1871 revendique l’autonomie de la Commune et souhaite que l’expérience parisienne s’étende aux provinces.

  • La Commune entend prolonger la citoyenneté au-delà du vote par l’intervention des citoyens dans les clubs et les débats.

Astuce mémo

La rue insurrectionnelle cherche sa légitimité dans les urnes

2. Césarisme plébiscitaire du Second Empire

Notions clés & Définitions

  • Césarisme : Régime qui fait appel au plébiscite, incarne le peuple dans un chef et rejette les corps intermédiaires.

★ À maîtriser

📌 Le Second Empire associe une légitimité issue du suffrage universel à un pouvoir personnel qui cherche à limiter les obstacles que sont la presse et les assemblées.

  • Les trois plébiscites bonapartistes ont lieu les 20 et 21 décembre 1851 sur l’approbation du coup d’État (92 % de oui), en novembre 1852 sur le rétablissement de l’Empire (97 % de oui), et le 8 mai 1870 sur les réformes (83 % de oui).

Compléments

  • Le plébiscite des 20 et 21 décembre 1851 se déroule alors que 32 départements sont en état de siège.

  • Le décret du 2 février 1852 organise les élections législatives au suffrage universel tout en les encadrant par le gouvernement.

  • Pour Juliette Glikman, le plébiscite n’est qu’un élément du système de légitimation impérial, qui comprend aussi l’acclamation populaire et l’onction providentielle.

Astuce mémo

Le peuple légitime le pouvoir, mais l’empereur gouverne personnellement

3. Élections et adhésion bonapartiste

★ À maîtriser

  • Le socle social du bonapartisme comprend notamment :

    • les paysans
    • l’Église catholique
    • l’armée
    • les notables
    • une partie des ouvriers
  • L’administration encadre le vote par la surveillance des lieux publics et des domiciles, la distribution de bulletins, les visites à domicile, l’absence d’isoloir et de bulletins non imprimés, ainsi que par un dépouillement opaque.

Compléments

  • L’adhésion à Louis-Napoléon Bonaparte s’explique notamment par :

    • la recherche d’ordre et de stabilité
    • les intérêts économiques
    • les intérêts matériels
    • la défense de la petite propriété
    • l’opposition aux anciens notables
  • L’abstention constitue une forme d’opposition pacifique au régime impérial.

  • Les plébiscites indiquent un soutien au régime dans le Nord-Est et une opposition dans les Bouches-du-Rhône, en Vendée, en Bretagne et à Paris.

  • Entre 1852 et 1870, les Français votent 15 fois, ce qui contribue à l’enracinement de la politisation.

4. Oppositions et libéralisation impériale

★ À maîtriser

  • Le discours des libertés nécessaires de Thiers défend :

    • la liberté individuelle
    • la liberté de la presse
    • la liberté de l’électeur
    • la liberté du droit de l’élu
    • la liberté de la majorité
  • Aux élections de 1869, la faible abstention et la percée républicaine dans les villes marquent une victoire du parlementarisme.

  • La République est proclamée après la défaite de 1870, et non par la disparition préalable des idées impériales.

Compléments

  • François Furet décrit le Second Empire comme « une dictature qui se libéralise par la volonté du dictateur ».

  • Vers 1868, le régime autorise la liberté de la presse et les réunions, puis les clubs politiques se multiplient en 1870.

  • Le plébiscite de 1870 enregistre 15 % d’abstention et 2 millions de votes non, tandis que l’opposition obtient environ 3 millions de voix.

Astuce mémo

Les libertés s’élargissent → l’opposition républicaine conquiert l’espace public

5. Suffrage universel en 1848

★ À maîtriser

  • Le suffrage universel masculin est instauré en 1848 et concerne les hommes de plus de 21 ans résidant depuis plus de six mois dans leur commune.

  • Le décret du 5 mars 1848 organise le vote au scrutin de liste départemental plurinominal à un tour, avec environ un député pour 40 000 habitants.

  • La Constitution de novembre 1848 combine un législatif fort, un exécutif fort, tous deux légitimés par l’élection, et la séparation des pouvoirs.

  • La loi du 31 mai 1850 restreint le suffrage en imposant trois années de résidence, excluant ainsi les électeurs les plus pauvres.

Compléments

  • Environ 9 millions d’électeurs participent à l’élargissement du corps électoral masculin en 1848, soit 26 % de la population.

  • Le suffrage universel de 1848 reste masculin, tandis que des militantes comme Eugénie Niboyet et Jeanne Deroin réclament des droits politiques pour les femmes.

  • La restriction du suffrage en 1850 suscite 7 000 pétitions réunissant plus de 500 000 signatures.

6. Apprentissage du vote et politisation

Notions clés & Définitions

  • Participation électorale : Fait d’aller voter.
  • Mobilisation électorale : Piketty et Cagé - Processus social, politique, culturel et matériel qui conduit les citoyens ayant le droit de vote à s’inscrire, à se déplacer pour voter et à reconnaître la légitimité du vote.

★ À maîtriser

  • La participation électorale atteint 88 % lors des élections d’avril 1848.

Compléments

  • En 1848, plus de 250 clubs politiques existent à Paris et servent de lieux de débat, d’éducation politique et de préparation électorale.

  • Les élections d’avril 1848 mobilisent souvent les électeurs collectivement, notamment lors de cortèges organisés après la messe de Pâques.

  • Les élections de mai 1849 donnent 450 sièges sur 700 au Parti de l’Ordre, soutenu par des orléanistes, des légitimistes, des notables et des catholiques réformateurs.

7. Politisation et sociabilité rurales

Notions clés & Définitions

  • Sociabilité rurale : Relations sociales nouées dans la convivialité, librement et hors de toute contrainte ou intérêt, dans des lieux ou des structures collectives.

★ À maîtriser

📌 La sociabilité villageoise informelle se développe dans des lieux quotidiens et festifs, tandis que la sociabilité associative se déroule dans des structures dotées de règles écrites et reconnues par les autorités publiques.

  • La sociabilité rurale est plus intense dans les régions d’habitat regroupé de l’Est et du Sud, où elle favorise une politisation plus précoce que dans les régions d’habitat dispersé de l’Ouest. - Agulhon, 1979

Compléments

  • La sociabilité informelle rurale s’exprime notamment dans :

    • les auberges
    • les débits de boissons
    • les lavoirs
    • les fontaines
    • les carnavals
    • les fêtes votives
    • les marchés
    • les foires
  • À partir du milieu du XIXe siècle, l’émigration rurale contribue au recul des tensions et de la sociabilité coutumière, tandis que les municipalités favorisent le développement des associations et le rôle de médiation du maire.

  • Sous la IIIe République, les sociétés de tir et de gymnastique se développent notamment dans le Nord et l’Est après 1870, tandis que les associations rurales renforcent souvent la domination masculine en excluant les femmes et les jeunes ou en les plaçant sous tutelle.

8. Élites locales et politisation rurale

★ À maîtriser

📌 Les hiérarchies rurales du XIXe siècle sont aussi acceptées par les paysans en fonction de leurs intérêts immédiats, et ne relèvent donc pas seulement de la soumission aux notables. - Vivier, 2021

  • La loi du 21 mars 1831 établit l’élection des conseillers municipaux au suffrage censitaire, sans que l’unanimisme villageois implique nécessairement la soumission aux notables. - Guionnet, 1997

  • Sous le Second Empire, l’affaiblissement des notables traditionnels et l’arrivée aux municipalités de médecins, d’avocats, de notaires et de gros cultivateurs fissurent progressivement l’unanimisme électoral villageois.

Compléments

  • Dès la monarchie de Juillet, les élections rurales reflètent des conflits de personnes, des rivalités et des haines locales, tandis que des solidarités contextualisées se font et se défont selon les configurations communautaires. - Le Gall, 2008

  • Durant la IIIe République, des propriétaires fonciers mobilisent l’idéologie agrarienne pour préserver leur autorité sur les populations paysannes et les intéresser à la politique nationale.

9. Conflits d’usage et troubles frumentaires

Notions clés & Définitions

  • Troubles de subsistances : Entraves à la libre circulation des grains, au cours desquelles les émeutiers réquisitionnent une cargaison et la ramènent à la mairie ou à la halle du bourg.

★ À maîtriser

  • Les conflits d’usage ruraux concernent principalement les forêts et les biens collectifs, et leur nombre et leur intensité augmentent fortement entre 1830 et 1848.

  • Le Code forestier restreint trois usages des bois communaux :

    • le ramassage du bois
    • le pacage
    • le marronage
  • Environ 500 émeutes frumentaires sont recensées dans les campagnes françaises sous la monarchie censitaire, avec des pics lors de la disette de 1816-1817 et de la crise agricole de 1846-1847. - Béliveau, 1992

Compléments

  • La forêt constitue un complément de ressources indispensable aux populations misérables, ce qui nourrit leur opposition aux restrictions étatiques.

  • La « Guerre des Demoiselles » se déroule de 1829 à 1832 dans les Pyrénées ariégeoises, avec des élites locales à la tête du mouvement contestataire. - Soulet, 1987

  • Lors d’un incident de marché, des marchands soupçonnés de s’enrichir sur les grains au détriment des pauvres sont pris à partie, surtout par les femmes ; la violence est principalement verbale, mais peut devenir physique. - Bourguinat, 2014

  • Les émeutes frumentaires visent à assurer l’approvisionnement de la communauté villageoise en modérant les prix, souvent avec la complicité des élites locales.

  • Lors des troubles de 1816-1817, 1829-1830 et 1846-1847, des placards et des cris séditieux annoncent le retour de Napoléon avec des grains destinés à nourrir le peuple affamé.

  • Le bonapartisme populaire associe le mythe du retour de l’empereur, lié aux Cent-Jours, au souvenir du maximum sur les grains imposé par Napoléon en 1812. - Ménager, 1988

10. Révoltes antifiscales et politisation

★ À maîtriser

  • Les révoltes antifiscales sont caractéristiques de la première moitié du XIXe siècle et atteignent un pic au moment de la Révolution de 1848.

  • Les « quatre vieilles » sont :

    • la contribution foncière
    • la patente
    • la contribution mobilière
    • l’impôt sur les portes et fenêtres

Compléments

  • En 1848, les résistances paysannes à l’impôt des quarante-cinq centimes suivent une logique communautaire comparable, cet impôt ayant été levé par le gouvernement provisoire pour combler le déficit budgétaire.

Astuce mémo

L’ingérence fiscale perçue → mobilisation communautaire contre l’État

11. Rébellion et manifestation politique

★ À maîtriser

📌 L’insurrection contre le coup d’État de 1851 s’effectue en défense de la légalité républicaine, tandis que les résistances aux inventaires de 1906 sont le plus souvent des manifestations pacifiques et symboliques.

  • Selon Éric Darrieux (2008), les insurgés ardéchois de 1851 sont majoritairement des suiveurs mobilisés par influence, mimétisme, obéissance ou crainte, et les réseaux familiaux et de voisinage jouent un rôle important.

Compléments

  • En Ardèche, la société secrète de Vernoux ne se révolte pas contre le coup d’État de 1851, car celui-ci est interprété comme le rétablissement du suffrage universel complet après la loi du 31 mai 1850. - Éric Darrieux, 2008

  • En Ardèche, l’interdiction préfectorale des vogues après des agressions contre des gendarmes accroît les tensions et les attaques, contribuant à créer un climat insurrectionnel en 1851. - Éric Darrieux, 2008

  • Le 9 décembre 1905, la loi de séparation des Églises et de l’État prévoit la dévolution des biens des Églises à des associations cultuelles, puis leur inventaire par des agents du fisc.

  • À Sainte-Anne, environ 400 personnes, dont le maire et son adjoint, se barricadent dans l’église le 6 mars 1906 pour s’opposer à l’inventaire, et l’affrontement avec les forces armées blesse gravement un gendarme.

12. Apprentissage du suffrage rural

★ À maîtriser

  • L’élection censitaire des conseillers municipaux instaurée en 1831 familiarise une partie des ruraux avec le vote, sans les former à la citoyenneté nationale ; le suffrage universel masculin de 1848 ne change pas immédiatement cette situation. - Guionnet, 1997

  • Sous le Second Empire, la candidature officielle conduit les agents de l’État et parfois le clergé à exercer des pressions sur les électeurs ruraux, notamment lors des législatives de 1852, 1857 et 1863. - Lagoueyte, 1991

  • Le secret du vote rural n’est garanti qu’en 1913-1914, après l’introduction de l’enveloppe, de l’urne et de l’isoloir.

Compléments

  • Dans La vie d’un simple, Tiennon vote pour un républicain aux législatives d’avril 1848 en raison de la suppression de l’impôt sur le sel, puis pour Louis-Napoléon Bonaparte en décembre afin de contrer les « rouges », qu’il soupçonne de vouloir faire baisser le prix du blé. - Guillaumin

  • Le vote au chef-lieu de canton est progressivement remplacé par le vote à la commune dès 1849, sous la pression des députés conservateurs. - Gaboriaux, 2010

  • Le scrutin de 1869 marque la généralisation des réunions libres et contradictoires et oblige les candidats à parcourir les campagnes pour convaincre les électeurs.

  • Joachim Martin, menuisier aux Crottes, vote républicain notamment par anticléricalisme et parce qu’il associe la République au développement des transports régionaux lié au plan Freycinet lancé en 1879. - Boudon, 2019

13. Le paysan comme enjeu démocratique

★ À maîtriser

  • Avec le suffrage universel masculin de 1848, les ruraux deviennent majoritaires dans un corps électoral d’environ 10 millions de personnes, faisant de la conquête du vote paysan un enjeu politique crucial.

📌 Les bonapartistes présentent la politique comme la défense des intérêts matériels paysans, tandis que les républicains la définissent d’abord par les grandes questions nationales. - Gaboriaux, 2010b

  • Après la chute du Second Empire, les républicains adoptent progressivement une conception valorisant la citoyenneté rurale, et Jules Ferry fait l’éloge du monde rural à Bordeaux en 1885. - Chloé Gaboriaux, 2010b

Compléments

  • Les premiers scrutins au suffrage universel, notamment l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte en décembre 1848 et les législatives de mai 1849, désorientent les républicains modérés face au vote paysan.

  • Après le coup d’État de 1851 et les plébiscites de 1851 et 1852, les républicains interprètent souvent le soutien rural à Napoléon III comme le signe de l’ignorance paysanne.

  • La loi municipale de 1884 renforce la démocratie rurale, que les républicains opportunistes associent à la stabilité institutionnelle et sociale de la France.

  • Édouard Lecouteux contribue à fonder la Société des agriculteurs de France en 1867, puis le gouvernement Gambetta crée la Société nationale d’encouragement à l’agriculture en 1880 pour contrer l’influence de la première sur l’électorat rural. - Hamon, 2023

Astuce mémo

Républicains : paysan « anti-citoyen » ; bonapartistes : électeur défendant ses intérêts matériels

14. Débats sur l’entrée en politique

★ À maîtriser

  • Dans Les campagnes françaises et la politique (1830-1914), Jean Vigreux présente l’intégration des campagnes à la vie politique comme un processus lié à l’élargissement du corps électoral, à la pratique du suffrage et à l’acculturation républicaine.

📌 L’entrée des paysans en politique ne se réduit pas au vote : elle inclut aussi les rapports de force, les violences, les enjeux locaux et nationaux, ainsi que la persistance de pratiques anciennes comme les émeutes. - Jean Vigreux, Les campagnes françaises et la politique (1830-1914), 2006

Compléments

  • Une première interprétation historiographique situe l’entrée politique des paysans dans la Révolution française et souligne la politisation progressive des révoltes, des luttes de subsistance aux conflits politiques.

  • Anatoli Ado met en avant sept jacqueries paysannes entre 1789 et 1794 comme des moments de prise en charge collective des affaires publiques et d’apprentissage de la citoyenneté.

  • Michel Vovelle distingue quatre espaces :

    • la « France du silence »
    • la « France de la parole »
    • la « France conservatrice »
    • la « France jacobine »

15. Modèles et temporalités de la politisation

★ À maîtriser

📌 Les trois interprétations de l’entrée des paysans en politique situent le moment fondateur dans la Révolution française (1789-1794), la IIe République (1848-1851) ou la période 1870-1914.

  • Maurice Agulhon situe l’apprentissage politique paysan entre 1848 et 1851, notamment à travers le vote démocrate-socialiste de 1849 et la résistance au coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte.

  • La politisation paysanne est un processus long et cumulatif, alimenté par les jacqueries, les cahiers de doléances, les troubles fonciers et agraires, les troubles forestiers, le suffrage universel, l’acculturation républicaine, les partis, les luttes viticoles, l’adhésion aux partis ouvriers et la militance syndicale.

📌 Maurice Agulhon met l’accent sur l’acculturation politique par l’intégration à la structure englobante, tandis que Peter Mac Phee défend une politisation par le bas, dotée de rythmes et de logiques propres au monde rural.

Compléments

  • Eugen Weber situe l’entrée tardive de la paysannerie en politique entre 1870 et 1914 et décrit une politisation républicaine en « trompe l’œil », thèse contestée notamment par Maurice Agulhon et Philippe Vigier.

  • La politisation des campagnes se joue à plusieurs échelles :

    • le hameau
    • la commune
    • le département
    • la Nation
  • Emmanuel Todd et Hervé Le Bras distinguent quatre structures familiales :

    • inégalitaire
    • égalitaire
    • souche, avec autorité paternelle
    • communautaire

Astuce mémo

« Par le haut » chez Agulhon, « par le bas » chez Mac Phee : deux voies d’intégration politique.

16. Sociabilités et apprentissages politiques

Notions clés & Définitions

  • Rite politique : Serge Berstein - Le vote est un rite politique dont la fonction identitaire contribue à une forme de sacralisation du politique.

★ À maîtriser

  • Les lieux et structures de sociabilité politique rurale comprennent :

    • les places publiques
    • les marchés
    • les cafés
    • les cérémonies publiques et privées
    • les cercles
    • les mutuelles
    • les syndicats
  • Le vote fréquent et régulier contribue à l’éveil des consciences politiques dans le monde rural.

Compléments

  • Le marché de Montréjeau a relayé la nouvelle de la proclamation de la République aux paysans des montagnes pyrénéennes les 27 et 28 février 1848, avant des troubles forestiers le lendemain.

  • Les cafés et auberges deviennent des lieux de discussion politique où les cercles se réunissent et où la lecture du journal ouvre les campagnes au monde moderne.

📌 La construction de mairies n’est obligatoire qu’à partir de 1884, et les réunions municipales se tenaient auparavant souvent dans une grange louée, chez le maire ou à l’école.

  • Jean-Marie Mayeur attribue à l’École républicaine trois objectifs :

    • fonder le progrès social
    • enraciner la République
    • libérer les consciences
  • La presse et les colporteurs diffusent l’information politique dans les campagnes, tandis que le pouvoir surveille les colporteurs.

  • En octobre 1877, Gambetta insiste sur le poids politique des paysans en affirmant que huit millions d’agriculteurs figurent parmi dix millions d’électeurs.

17. Notables et pouvoir local

Points essentiels

  • Les grands propriétaires représentent 30 % des députés en 1840.

  • Sous la monarchie de Juillet, la bourgeoisie détient 65 % des sièges à la Chambre des députés en 1837, tandis que 65 % des députés étaient nobles en 1827 sous la Restauration.

  • Sous la IIe République et le Second Empire, les propriétaires et les professions libérales regroupent respectivement 32 % et 29 % des sièges.

  • La part des nobles parmi les élus passe de 35 % en 1871 à 23 % en 1893, puis à 12 % en 1914.

  • Les professions agricoles représentent 34 % des maires en 1824 et 46 % en 1913.

  • La loi de 1884 fait du maire un pilier essentiel de la vie politique locale sous la IIIe République.

18. Violences et mobilisations paysannes

★ À maîtriser

📌 Les violences paysannes peuvent exprimer des conflits locaux contre des contraintes perçues comme extérieures tout en coïncidant avec des crises politiques majeures et en participant à la dynamique politique générale.

  • À la fin du XIXe siècle et au tournant du XXe siècle, les révoltes paysannes liées à la crise économique sont davantage encadrées par le syndicalisme de classe ou les organisations politiques révolutionnaires.

Compléments

  • Charles Tilly souligne l’importance des départements ruraux, notamment les Basses-Alpes, le Gers et le Var, dans les manifestations violentes en France de 1830 à 1960.

  • Le syndicat des Bûcherons, fondé le 29 juin 1902 à la Bourse du Travail de Bourges, dépasse rapidement 20 000 adhérents répartis dans 20 départements.

  • Le syndicat des métayers de l’Allier regroupe petits exploitants et ouvriers agricoles, et ses dirigeants privilégient une commission mixte métayers-propriétaires plutôt que la grève générale immédiate.

  • Le POF reprend des programmes issus de Marseille (1892) et de Nantes (1894), eux-mêmes inspirés de la brochure de Jules Guesde Collectivisme et Révolution, publiée en 1879.

Astuce mémo

Crise économique → révoltes davantage encadrées par les syndicats et les organisations révolutionnaires.

Tableaux de synthèse

Répertoires de contestation rurale

FormeCibleLogique principale
Conflits d’usageRestrictions forestières et biens collectifsDéfense des usages communautaires
Émeutes frumentairesCirculation et prix des grainsApprovisionnement villageois
Révoltes antifiscalesPrélèvements et intervention de l’ÉtatDéfense des affaires communales

Interprétations politiques du vote paysan

CourantLecture du paysanStratégie
Républicains avant 1870Électeur ignorant ou anti-citoyenPrivilégier les grandes questions nationales
BonapartistesÉlecteur défendant ses intérêts matérielsAdapter le discours aux intérêts ruraux
Républicains opportunistesCitoyen rural et petit propriétaireValoriser la démocratie locale et l’agrarisme
Droite agrarienneÉlectorat rural à conquérir au nom des campagnesOrganiser des groupes de pression agricoles

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Politisation des campagnes françaises avec 10 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Une chronologie de la Commune de Paris doit articuler insurrection, légitimation électorale et proclamation. Quelles propositions sont exactes ?

2. Pour analyser le système de légitimation impérial, cochez la (les) proposition(s) exacte(s) :

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Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Politisation des campagnes françaises avec 10 flashcards interactives.

Quels événements jalonnent la Commune de Paris du 18 au 28 mars 1871 ?

L’insurrection du 18 mars, les élections municipales du 26 mars, puis la proclamation du 28 mars 1871.

Quelles caractéristiques définissent le césarisme ?

Il fait appel au plébiscite, incarne le peuple dans un chef et rejette les corps intermédiaires.

Comment le Second Empire combine-t-il légitimité électorale et pouvoir personnel ?

Il associe la légitimité du suffrage universel à un pouvoir personnel qui limite la presse et les assemblées.

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