Fiche de révision : Introduction à la rachianesthésie

Plan du Cours

  1. Anesthésie médullaire et techniques
  2. Anatomie rachidienne et méninges
  3. Principes généraux et contre-indications
  4. Rachianesthésie : définition et indications
  5. Facteurs du bloc et procédure
  6. Adjuvants de la rachianesthésie
  7. Céphalées post-rachianesthésie
  8. Prise en charge par blood patch
  9. Surveillance et conclusion

1. Anesthésie médullaire et techniques

Notions clés & Définitions

  • Anesthésie médullaire : Technique d’anesthésie médullaire où des anesthésiques locaux sont administrés au voisinage de la moelle épinière.
  • Rachianesthésie : Technique consistant à injecter un anesthésique local dans l’espace intra-thécal ou sous-arachnoïdien pour anesthésier la partie inférieure du corps.
  • Anesthésie péridurale : Technique où l’anesthésique local est administré dans l’espace péridural, directement ou via un cathéter, pour diffuser vers des structures nerveuses.
  • Anesthésie caudale : Technique où l’anesthésique local est injecté dans l’espace péridural par la voie du hiatus sacré.

Points essentiels

  • La technique comprend 3 variantes classiquement distinguées : rachianesthésie, péridurale et caudale.
  • Une intervention sous ALR ne dispense pas la surveillance anesthésique et l’application des standards minimaux de sécurité.
  • L’apport d’oxygène durant une ALR est recommandé.

Astuce mémo

Médullaire = 3 voies : ra(c)h i, péri-durale, caudale (du haut au bas).

2. Anatomie rachidienne et méninges

Notions clés & Définitions

  • Ligamentum flavum : Ligament jaune formé de fibres élastiques qui constitue la limite postérieure de l’espace péridural.
  • Dure-mère : Méninge épaisse et résistante composée de fibres collagènes et élastiques, terminant en cul-de-sac au niveau de S2.
  • Arachnoïde : Membrane mince et avasculaire accolée à la face interne de la dure-mère, séparée par un espace virtuel.
  • Espace sous-arachnoïdien : Espace situé entre l’arachnoïde et la pie-mère qui contient le LCR.

Points essentiels

  • La moelle s’étend de C1 à L2 chez l’adulte puis se termine par le cône terminal et le filum terminale.
  • La dure-mère est fixée au coccyx par le filum terminale, et sa terminaison supérieure est fixée au niveau du trou occipital.
  • Les espaces médullaires comprennent péridural, sous-dural (virtuel) et sous-arachnoïdien (contenant le LCR).
  • La pie-mère tapisse intimement toute la surface de la moelle et est très vascularisée.

Astuce mémo

Sous-arachnoïdien = LCR ; péri-dural = séparation dure-mère ; sous-dural = virtuel.

3. Principes généraux et contre-indications

Notions clés & Définitions

  • ALR : Anesthésie locorégionale regroupant des techniques où l’anesthésique agit localement pour bloquer une région.
  • Contre-indication absolue : Situation où la réalisation d’une anesthésie locorégionale n’est pas acceptable en raison du risque accru pour le patient.
  • Contre-indication relative : Situation où une anesthésie locorégionale peut être discutée en pondérant le risque et le bénéfice selon le contexte.
  • Régression inhabituelle du bloc : Évolution anormale où le bloc moteur persiste malgré l’attendu, évoquant une complication neurologique mécanique ou chimique.

Points essentiels

  • Une régression inhabituelle avec persistance du bloc moteur impose de suspecter une complication et d’organiser une consultation neurologique/neurochirurgicale rapide avec imagerie.
  • Les standards de sécurité et la surveillance restent nécessaires même pour une chirurgie réalisée sous ALR.
  • Contre-indications absolues : coagulopathie/anticoagulant (TP < 50% ou INR > 1,5, TCA > 40 s, plaquettes < 50 000/mm3), infection au point de ponction, sepsis, hypertension intracrânienne, instabilité hémodynamique.
  • Contre-indications relatives : TP 50–75% ou INR 1,3–1,5, TCA 35–40 s, plaquettes 50 000–100 000/mm3, à nuancer selon bénéfice et comorbidités.
  • L’arrêt des antivitamines K peut nécessiter un relais par héparine non fractionnée ou de bas poids moléculaire selon comorbidités.

Astuce mémo

Chiffres à retenir : absolu = TP<50, INR>1,5, TCA>40, plaquettes<50k ; relatif = TP 50–75, INR 1,3–1,5, TCA 35–40, plaquettes 50–100k.

4. Rachianesthésie : définition et indications

Notions clés & Définitions

  • Bloc sympathique : Bloc autonome lié à l’extension du bloc médullaire, se fixant en moyenne deux niveaux au-dessus du bloc sensitif lors d’une rachianesthésie.
  • Rachianesthésie en selle : Rachianesthésie où le niveau d’anesthésie est bas, touchant la région lombaire basse et sacrée.
  • Rachianesthésie haute : Rachianesthésie dont le niveau correspond à T4 et aux mamelons.
  • Rachianesthésie totale : Complication grave correspondant à une remontée trop haute de l’anesthésie dans le LCR avec hypotension sévère, bradycardie et trouble de la conscience.

Points essentiels

  • La chronologie d’installation suit : fibres B (sympathique) puis fibres C/Aδ (thermoalgie) puis fibres Aβ (épicritique) puis fibres Aα (motricité).
  • La régression du bloc se fait en sens inverse de l’installation.
  • Niveaux : basse = T10 (ombilic), moyenne = T6 (apophyse xiphoïde), haute = T4 (mamelons).
  • Indications : chirurgie abdominale basse, césarienne, curetage, chirurgie périnéale, chirurgie urologique et chirurgie des membres inférieurs.

Astuce mémo

Install = B → C/Aδ → Aβ → Aα ; Regresse = Aα → Aβ → C/Aδ → B.

5. Facteurs du bloc et procédure

Notions clés & Définitions

  • Baricité : Propriété du produit anesthésique décrite par le rapport de sa densité sur la densité du LCR, qui influence l’étendue du bloc.
  • Solution hyperbare : Solution dont la baricité favorise une extension du bloc influencée par la gravité.
  • Ligne de Tuffier : Repère reliant les deux crêtes iliaques et coupant l’espace L3–L4 (4%), l’épineuse L4 (48%), l’espace L4–L5 (30%), l’épineuse L5 (13%) ou l’espace L5–S1 (5%).
  • Reflux de LCR : Retour de liquide céphalorachidien observé après ponction, utilisé pour vérifier que l’extrémité de l’aiguille n’a pas été déplacée.

Points essentiels

  • Baricité : densité LCR = 1,003–1,007 ; hyperbare = extension selon gravité, hypobare = extension opposée, isobare = influence faible.
  • Paramètres majeurs : baricité, propriétés pharmacologiques, dose, position (assise/gynécologique, décubitus), taille, site de ponction, âge, anatomie, vitesse d’injection et barbotage.
  • Si une douleur apparaît lors de l’injection, elle doit faire suspecter une injection intraneurale et impose un arrêt immédiat puis une reprise au début.
  • Repère et ponction : installation en décubitus latéral ou assise, ligne de Tuffier pour situer le niveau de ponction avant désinfection et champ stérile.
  • Aiguilles 25–27 G réduisent le risque de céphalées liées à la brèche dure-mérienne, et l’aiguille 22–23 G peut être nécessaire chez la personne âgée.

Astuce mémo

Baricité = densité vs LCR (1,003–1,007) : hyperbare suit la gravité, hypobare l’inverse, isobare presque pas.

6. Adjuvants de la rachianesthésie

Notions clés & Définitions

  • Opioïdes lipophiles : Opioïdes qui pénètrent rapidement dans la cellule, sont surtout absorbés par voie systémique et durent environ 2 à 8 heures.
  • Opioïdes hydrophiles : Opioïdes surtout absorbés par les granulations sous-arachnoïdiennes, avec une durée de 6 à 24 heures pour des métamères plus éloignés.
  • Agonistes α-adrénergiques : Adjuvants augmentant durée et qualité du bloc sensitif via vasoconstriction locale et action sur les récepteurs médullaires α2.
  • Clonidine : Agoniste α2 utilisé avec une posologie donnée dans le cours, pouvant augmenter le bloc sensitif tout en exposant à un risque d’hypotension.

Points essentiels

  • Les opioïdes intrathécaux/périduraux prolongent le bloc sensitif sans modifier le bloc moteur, et permettent des doses plus faibles d’anesthésiques locaux.
  • Opioïdes lipophiles : indiqués pour des métamères proches du niveau de ponction ; exemples fentanyl et sufentanil.
  • Opioïdes hydrophiles : indiqués pour des métamères à distance ; exemple morphine avec risque de dépression respiratoire tardive nécessitant une surveillance adéquate.
  • Agonistes α-adrénergiques : adrénaline utilisée en épidurale mais controversée en rachianesthésie.
  • Clonidine : 0,5–1 μg/kg avec attention à un risque augmenté d’hypotension.

Astuce mémo

Lipophile = proche du point, court (2–8 h) ; Hydrophile = loin, long (6–24 h).

7. Céphalées post-rachianesthésie

Notions clés & Définitions

  • Brèche dure-mérienne : Effraction de la dure-mère (souvent avec l’arachnoïde) responsable d’une fuite de LCR et d’une hypotension intracrânienne.
  • Céphalée post-ponction : Céphalée dépendante de la position, apparaissant 24 à 48 h après la ponction, souvent bilatérale fronto-occipitale.
  • Blood patch : Traitement curatif consistant à injecter dans l’espace péridural du sang autologue pour fermer la brèche et soulager les céphalées.
  • Réflexe de traction méningée : Mécanisme d’hypotension intracrânienne provoquant une traction méningée caudale et une dilatation vasculaire cérébrale.

Points essentiels

  • Une brèche dure-mérienne survient involontairement dans 0,5–1% des péridurales, avec une incidence de céphalées de 70–90%.
  • Les céphalées sont dépendantes de la position et apparaissent 24 à 48 h après la ponction, bilatérales frontales ou occipitales avec irradiation vers la nuque.
  • Facteurs de risque : jeune âge, sexe féminin, grossesse, obésité, pathologies du rachis, antécédent de brèche, inexpérience, taille et type d’aiguille.
  • Traitement symptomatique : repos strict au lit, hydratation maximale, antalgiques dont AINS, paracétamol 1 g 4 fois/j, codéine 0,5–1 mg/kg 6 fois/j, caféine 150–300 mg 3–4 fois/j.
  • Blood patch : 10–20 ml de sang autologue injectés lentement avec arrêt si pression céphalique ou douleur « en barre » ; alitement 2 h ; possible répétition à 24 h avec succès 70% puis 90% au second.

Astuce mémo

Timing + position : 24–48 h et pire vertical ; “sang dans péridurale” = blood patch pour boucher.

8. Prise en charge par blood patch

Notions clés & Définitions

  • Espace péridural : Espace situé entre le fourreau ostéo-ligamentaire rachidien et la dure-mère, utilisé pour l’injection du blood patch.
  • Injection autologue : Injection de sang prélevé stérilement chez la même personne, utilisée comme mécanisme de colmatage dans le blood patch.
  • Succès du premier blood patch : Taux de réussite annoncé pour le premier blood patch après échec du traitement symptomatique.
  • Effets secondaires du blood patch : Complications possibles incluant lombalgies et fièvre transitoire après la procédure.

Points essentiels

  • Le blood patch est indiqué en cas d’échec du traitement symptomatique mené 24–48 h, ou en cas d’atteinte des nerfs crâniens.
  • La procédure se fait avec injection de 10–20 ml de sang du patient, lentement, en interrompant à l’apparition d’une pression ou d’une douleur « en barre » dorsale.
  • La patiente reste alitée 2 h après la procédure de blood patch.
  • Si le premier blood patch est insuffisant, il peut être répété une fois après 24 h.
  • Le blood patch peut provoquer des lombalgies et une fièvre transitoire.

Astuce mémo

10–20 ml, arrêt sur “pression/douleur en barre”, puis 2 h alité : le sang fait le joint.

9. Surveillance et conclusion

Notions clés & Définitions

  • Standards minimaux de sécurité : Ensemble de mesures garantissant la sécurité du patient pendant et après une anesthésie locorégionale.
  • Surveillance per-opératoire : Contrôle des paramètres cliniques et de la sécurité pendant l’acte chirurgical sous ALR.
  • Surveillance post-opératoire : Suivi après l’intervention pour détecter précocement les complications de l’ALR.
  • Courbe d’apprentissage rapide : Capacité à maîtriser plus vite certaines techniques grâce à une pratique structurée et progressive.

Points essentiels

  • La chirurgie sous ALR impose une surveillance per- et post-opératoire comme pour toute anesthésie, avec application des standards minimaux de sécurité.
  • L’ALR médullaire présente de nombreux avantages cliniques évoqués dans le cours, mais nécessite une vigilance renforcée.
  • Connaitre indications et contre-indications avant toute procédure fait partie du socle de sécurité.
  • La formation/maîtrise est décrite comme à courbe d’apprentissage rapide dans le cours.

Astuce mémo

Après l’acte : surveillance continue et sécurité = indications + contre-indications + standards.

Tableaux de synthèse

Rachianesthésie vs péridurale

CritèreRachianesthésiePéridurale
AdministrationInjection dans l’espace intra-thécal ou sous-arachnoïdienInjection dans l’espace péridural, directe ou via cathéter
Installation du blocInstallation avec une chronologie définie selon fibresInstallation plus lente du bloc
Bloc moteurBloc moteur attendu avec séquencement sensitif puis moteurBloc moteur inconstant et peut être asymétrique ou en « mosaïque »
Risque de toxicité systémiqueRisque présent mais moins décrit comme majeurRisque de toxicité systémique plus important car doses plus importantes

Pièges & confusions fréquents

  1. Une douleur pendant l’injection en rachianesthésie doit faire suspecter une injection intraneurale et impose d’arrêter et de reprendre immédiatement la procédure.
  2. Confondre céphalées post-rachianesthésie avec des céphalées tensionnelles : ici la composante posturale et l’irradiation nuque sont typiques.
  3. Sous-estimer une régression inhabituelle avec persistance du bloc moteur : cela peut traduire une complication nécessitant avis neurologique/neurochirurgical et imagerie.
  4. Mélanger rachianesthésie et péridurale sur le niveau de ponction : la ligne de Tuffier situe L3–L4 à L5–S1 avec des pourcentages précis, alors que la péridurale dépend de l’abord chirurgical.
  5. Oublier que la régression du bloc se fait en sens inverse de l’installation : mémoriser l’ordre d’installation seul peut inverser l’interprétation clinique.
  6. Retenir un seul mécanisme de céphalées : elles sont liées à la fuite de LCR, hypotension intracrânienne, traction méningée et dilatation vasculaire.

Checklist Examen

  1. Définir l’anesthésie médullaire et citer ses 3 techniques : rachianesthésie, péridurale et caudale.
  2. Replacer anatomie et fonctions des méninges : dure-mère (terminaison S2), arachnoïde (accollée), pie-mère (vascularisée) et espace sous-arachnoïdien (LCR).
  3. Lister les 3 espaces médullaires et caractériser l’espace sous-dural comme virtuel.
  4. Donner le domaine d’extension de la moelle chez l’adulte (de C1 à L2) et la terminaison par cône terminal puis filum terminale.
  5. Connaître le mécanisme d’alerte : régression inhabituelle avec persistance du bloc moteur et conduite avec avis neurologique/neurochirurgical + imagerie rapide.
  6. Savoir les contre-indications absolues chiffrées : TP<50% ou INR>1,5, TCA>40 s, plaquettes<50 000/mm3, et les autres absolues (infection au point, sepsis, HIC, instabilité hémodynamique).
  7. Savoir les contre-indications relatives chiffrées : TP 50–75% ou INR 1,3–1,5, TCA 35–40 s, plaquettes 50 000–100 000/mm3.
  8. Définir la rachianesthésie et la chronologie d’installation des fibres (B puis C/Aδ puis Aβ puis Aα) et le sens de régression.
  9. Citer les niveaux d’extension rachidienne : basse = T10 (ombilic), moyenne = T6 (xiphoïde), haute = T4 (mamelons), et la notion de rachianesthésie en selle.
  10. Expliquer l’influence de la baricité (densité LCR 1,003–1,007) et distinguer hyperbare, hypobare et isobare sur l’effet de la gravité.
  11. Maîtriser les étapes de base de la procédure de rachianesthésie : position, repérage (ligne de Tuffier), désinfection/champ, anesthésie locale, ponction, reflux LCR, injection lente et test du niveau sensitif.
  12. Savoir les critères à l’arrêt pendant la rachianesthésie : douleur à l’injection = suspect d’injection intraneurale et reprise immédiate.
  13. Connaître les effets indésirables systémiques majeurs à surveiller en rachianesthésie : hypotension liée au bloc sympathique, bradycardie et mécanismes incluant Bezold-Jarish.
  14. Définir et distinguer les opioïdes lipophiles (2–8 h, proche) et hydrophiles (6–24 h, loin), ainsi que l’agoniste α2 (clonidine 0,5–1 μg/kg) et son risque d’hypotension.

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1. Quel élément fait partie du socle de sécurité avant de réaliser une anesthésie locorégionale médullaire ?

2. Quelle conduite faut-il adopter si une douleur apparaît pendant l’injection lors d’une rachianesthésie ?

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Anesthésie médullaire — définition ?

Injection d’anesthésique près de la moelle épinière.

Rachianesthésie — technique ?

Injection d’anesthésique dans l’espace sous-arachnoïdien.

Anesthésie péridurale — localisation ?

Dans l’espace péridural, sous la dure-mère.

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