Fiche de révision : Introduction aux théories du cinéma

📋 Plan du Cours

  1. Prémices du paradigme cinéma et vie
  2. Le cinéma dans les textes d’écrivains
  3. Regards théoriques philosophie esthétique sociologie
  4. Le film comme imagination et photoplay
  5. Statut de la représentation au cinéma
  6. Quatre bords de l’image et champ visuel
  7. Fragmentation espace-temps et continuité
  8. Nature visuelle du cinéma et accès au monde
  9. Cinéma réalité et utopie scénario d’avant-garde
  10. Puissances de l’imagination chez Edgar Morin
  11. Filmologie et fait filmique langage perceptif
  12. Sociologie, esthétique, sémiologie et psychanalyse

📖 1. Prémices du paradigme cinéma et vie

🔑 Notions clés & Définitions

  • Théorie du cinéma : La théorie du cinéma est un ensemble de thèses plus ou moins organisées qui sert de référence à des chercheurs pour comprendre un phénomène cinématographique.
  • Étymologie de théorie : L’étymologie de théorie renvoie à l’idée de regarder et d’observer, ce qui relie la théorie à une forme de vision.
  • Cinématographe : Le cinématographe désigne l’invention des débuts qui produit de nouvelles images en mouvement et déclenche très tôt des discours théoriques.
  • Cinéma comme image en mouvement : Le cinéma comme image en mouvement renvoie à l’idée que le mouvement filmé constitue un critère central du cinéma, distinct de la télévision.
  • Cinéma comme salle de cinéma : Le cinéma comme salle de cinéma renvoie au dispositif social et économique de projection et de billetterie, qui distingue le cinéma de la simple diffusion télévisuelle.

📝 Points essentiels

  • Une théorie peut être comprise comme réunion d’opinions ou de croyances, comme projet scientifique, ou comme construction axiomatique visant à expliquer et prévoir des faits.
  • La théorie du cinéma se distingue de la critique et de l’analyse filmique, ainsi que de l’histoire et de la poétique, même si les frontières se superposent souvent.
  • Les questions théoriques portent notamment sur la définition du cinéma, son devoir-être, le moment où il y a du cinéma, ses raisons et ses capacités.
  • Les théories du cinéma sont produites par plusieurs catégories (critiques, intellectuels, cinéastes, chercheurs, philosophes), ce qui explique la diversité des approches.
  • Les théories se classent en grandes périodes : institutions (1895-1915), fondatrices (1915-1945), classiques (1945-1960), modernes (1960-1980), postmodernes (1980-2000), contemporaines (2000-2020).
  • Dans les prémices (1895-1915), on distingue des théories endogènes (produites de l’intérieur) et exogènes (produites de l’extérieur), par exemple par des journalistes, écrivains, intellectuels ou techniciens.

💡 Astuce mémo

Théorie = boussole : elle oriente la compréhension et le développement, comme une navigation entre ce qui existe et ce qui est possible.

📖 2. Le cinéma dans les textes d’écrivains

🔑 Notions clés & Définitions

  • Cinématographe historique : Notion liée au cinéma comme source et institution de conservation, défendue dès 1898 pour produire une vision directe du passé.
  • Point de vue de l’image : Notion selon laquelle l’image animée dépend toujours de choix (réalisateur, producteur, chef opérateur), donc jamais neutre.
  • Illusion de réalité : Notion décrivant l’impression de présence au réel créée par la séance et la saisie des gestes, au point de dominer le spectateur.
  • Royaume des ombres : Notion associant le cinéma à une vie fantomatique, sans sons ni couleurs, qui effraie par son mouvement d’ombres.
  • Pulsion scopique : Notion désignant la force qui pousse le spectateur à regarder et à aimer ce qu’il voit, notamment via le hors-champ.

📝 Points essentiels

  • Matuszewski (1898) défend l’idée d’un dépôt muséal pour le cinéma, capable d’aller du divertissement vers le documentaire et l’historique.
  • Le cinéma peut donner une vision directe du moment, mais cette vision reste une construction car le point de vue est choisi par des acteurs de la production.
  • Le fait historique peut être imprévisible et dépend aussi de contraintes (notamment économiques) qui influencent la collecte d’informations.
  • L’image animée ne garantit pas l’accès à toutes les informations : l’archive et le musée impliquent des absences, car on ne peut pas tout filmer en continu.
  • Urbina (1896) décrit une séance qui saisit le spectateur par l’exactitude des gestes, produisant un sentiment de réalité sans pose ni artifices.
  • Gorki (1896, sous pseudonyme) présente le cinéma comme un royaume des ombres : effrayant, sans sons ni couleurs, et assimilé à une ombre de vie et de mouvement.

💡 Astuce mémo

Urbina = gestes vrais qui happent; Gorki = ombres qui effraient : même cinéma, deux expériences opposées.

📖 3. Regards théoriques philosophie esthétique sociologie

🔑 Notions clés & Définitions

  • Cinématographe cérébral : Le cinématographe cérébral désigne l’idée que le cinéma fonctionne comme une métaphore de la vie de l’esprit, avec une homologie entre ce qui se passe à l’écran et dans la pensée.
  • Projecteur intérieur : Le projecteur intérieur renvoie à l’idée que l’image cinématographique semble venir d’un mécanisme interne, comme si le film projetait des opérations mentales.
  • Cinématographe comme outil : Le cinématographe comme outil désigne l’approche où le cinéma sert à reproduire et à rendre visibles des phénomènes de l’esprit humain.
  • Cinématographe comme civilisation : Le cinématographe comme civilisation désigne l’idée que le cinéma dépasse le divertissement et devient un fait culturel structurant, lié à la modernité.
  • Artifice du cinématographe : L’artifice du cinématographe désigne la construction technique qui extrait un mouvement général à partir de mouvements particuliers puis recompose l’individualité par composition.

📝 Points essentiels

  • Le passage d’une image à l’autre peut produire un scintillement et une luminosité instable, ce qui réduit l’impression de matérialité et augmente la transparence perçue.
  • Le cinématographe est présenté comme un « projecteur intérieur » : il donne à voir, par analogie, ce qui se déroule dans la tête.
  • Une homologie est proposée entre le fonctionnement du cinéma et celui de la conscience, ce qui pose la question de savoir si le cinéma sert à imager la pensée.
  • Le cinéma est rapproché de la cinéplastique et de la danse : des analogies relient des domaines différents pour comprendre du nouveau via de l’ancien.
  • En 1916, un psychologue décrit le cinéma comme un outil reproduisant des phénomènes de l’esprit, avec l’exemple du flash-back.
  • Giovanni Papini demande aux philosophes de s’intéresser au cinéma car il appartient au quotidien culturel et révèle des tendances de la civilisation moderne, pas seulement un divertissement de masse.

💡 Astuce mémo

Analogies = pont : écran ↔ tête (cinématographe cérébral).

📖 4. Le film comme imagination et photoplay

🔑 Notions clés & Définitions

  • Photoplay : Le photoplay désigne le film envisagé comme expérience psychologique qui transforme l’espace, le temps et la causalité en formes mentales internes.
  • Imagination cinématographique : L’imagination cinématographique est l’idée que le film fait travailler l’attention, la mémoire et l’émotion comme si le monde extérieur entrait dans l’esprit.
  • Esthétique du cinéma : L’esthétique du cinéma regroupe l’approche qui traite le cinéma comme une beauté nouvelle à évaluer par des critères esthétiques plutôt que par des considérations pratiques.
  • Sociologie du cinéma : La sociologie du cinéma étudie le film et son public comme des produits typiques d’une époque, liés aux rythmes et aux comportements sociaux.
  • Ciné-Oeil : Le Ciné-Oeil est l’idée d’utiliser la caméra comme un instrument plus performant que l’œil humain pour explorer et déchiffrer les phénomènes visuels.

📝 Points essentiels

  • Le montage est présenté comme un passage rapide d’une chose à l’autre dans une même séance, contribuant à une expérience qui dépasse nos habitudes perceptives.
  • Le cinéma est décrit comme un spectacle moderne adapté au public contemporain, avec un potentiel de masse et une forte nécessité sociale.
  • Canudo défend l’idée d’une beauté nouvelle du cinéma, dont l’évaluation relève de l’esthétique plutôt que d’une simple logique pratique.
  • Munsterberg explique que le film raconte l’humain en reconfigurant l’espace, le temps et la causalité selon les formes internes (attention, mémoire, imagination, émotion).
  • Munsterberg compare l’effet du cinéma à une intrusion du monde extérieur dans l’esprit, soumis alors aux lois de l’attention.
  • Altenloh relie le cinéma à l’agitation nerveuse et au rythme du temps présent : le spectateur n’a pas besoin de la même concentration que pour d’autres arts.

💡 Astuce mémo

Photoplay = esprit d’abord : attention, mémoire, imagination, émotion.

📖 5. Statut de la représentation au cinéma

🔑 Notions clés & Définitions

  • Cinéma du réel : Approche du cinéma centrée sur le réel, pensée comme accessible au plus grand nombre plutôt que réservée à une élite intellectuelle.
  • Peuple-masse : Notion de peuple conçue comme une unité agissante, capable de déplacer l’histoire et de devenir l’objet central du cinéma.
  • Œil et caméra : Dispositif reliant la vision humaine à la prise de vue, où l’image guide le regard plus que le dialogue.
  • Gros plan : Procédé de cadrage qui isole et rapproche, donnant au spectateur un accès direct à la vie des choses et des corps.
  • Pensée visuelle : Idée selon laquelle le cinéma peut rendre visible une pensée sans passer par les mots, grâce à la spécificité du médium.

📝 Points essentiels

  • Vertov vise un cinéma du réel accessible, orienté vers le peuple-masse plutôt que vers un cinéma intellectuel réservé à quelques-uns.
  • Dans la logique de Vertov, le documentaire devient une force poétique et politique, avec une idéologie communiste et une volonté d’imposer le documentaire plutôt que de le révolutionner.
  • L’homme à la caméra (Dziga Vertov, 1929) réunit trois villes dans un seul film pour construire une ville idéale et montre une journée type de la vie soviétique.
  • Le dispositif œil/caméra met en jeu un rapport matériel entre l’obturateur et l’œil, et le sens se construit surtout par l’image, la musique restant un plus.
  • Chez Vertov, la caméra cherche à dépasser le point de vue ordinaire pour réinventer le regard et rendre le spectateur capable de “vraiment voir” le monde.
  • Pour Béla Balazs, le cinéma fonctionne comme un organe sensoriel nouveau, et le gros plan sert à déchiffrer la vie en distinguant des voix et des éléments au sein d’une symphonie globale de l’existence.

💡 Astuce mémo

Vertov = Peuple + Réel (documentaire) ; Balazs = Gros plan = déchiffrement ; Dulac/Woolf = pensée/chaos visibles sans mots.

📖 6. Quatre bords de l’image et champ visuel

🔑 Notions clés & Définitions

  • Champ visuel : Le champ visuel désigne la portion du monde captée par la caméra, qui conditionne ce que le spectateur peut voir et interpréter.
  • Quatre bords de l’image : Les quatre bords de l’image sont les limites cadrées qui organisent le regard et structurent la lecture de la scène.
  • Gros plan : Le gros plan est un cadrage rapproché qui isole un détail et intensifie l’accès à l’intériorité ou au sens.
  • Photogénie : La photogénie est la capacité du cinéma à faire apparaître, par l’image, une réalité chargée de sens au-delà de l’objet filmé.

📝 Points essentiels

  • Le cinéma peut faire sentir l’invisible grâce à des outils visuels comme le gros plan, qui suspend la dimension du récit et ouvre une lecture intérieure.
  • Le regard de verre d’Epstein sert de métaphore de l’objectif : la caméra transforme l’inanimé en présence signifiante.
  • L’animisme chez Epstein correspond à l’idée qu’un objet inerte peut sembler s’animer à l’écran et devenir symbole.
  • Le montage donne le sens par enchaînement de fragments : l’essentiel n’est pas seulement le cadre, mais la syntaxe entre plans.
  • Le sens d’une image dépend du contexte : un même élément change de signification selon ce qui l’entoure au montage.
  • Le cadrage et le montage peuvent produire des effets émotionnels et même choquer, car le cinéma agit par la construction des impressions.

💡 Astuce mémo

Cadrage + montage = sens : le gros plan ouvre l’invisible, puis l’enchaînement “écrit” la signification.

📖 7. Fragmentation espace-temps et continuité

🔑 Notions clés & Définitions

  • Montage cinématographique : Le montage est l’enchaînement de fragments d’images qui permet de passer d’une situation à une autre et de produire du sens.
  • Fragmentation de la continuité espace-temps : La fragmentation de la continuité espace-temps désigne la rupture, au cinéma, de la continuité vécue ordinairement par le spectateur.
  • Photogénie : La photogénie est une qualité ajoutée par la reproduction cinématographique, qui accroît la valeur morale des êtres, des choses et des âmes.
  • Cinéplastique : La cinéplastique décrit le cinéma comme un art plastique, pensé comme une architecture en mouvement en équilibre avec son milieu.
  • Facteurs différenciants du cinéma : Les facteurs différenciants sont des moyens formateurs qui permettent au cinéma de se définir comme art, notamment par ses propriétés visuelles et sa fragmentation.

📝 Points essentiels

  • Le cinéma construit le sens par un enchaînement de fragments, et non seulement par le cadre pris isolément.
  • Le montage sert de mécanisme de transition entre fragments, ce qui peut aussi produire un effet de choc.
  • La fragmentation espace-temps est un facteur différenciant du cinéma, car elle s’oppose à notre expérience ordinaire de la continuité.
  • Au cinéma, la représentation n’est ni strictement bidimensionnelle ni strictement tridimensionnelle, ce qui participe à l’effet d’espace-temps fragmenté.
  • Le cinéma limite ou exclut les autres sens : il s’exprime d’abord par la nature visuelle des images.
  • La photogénie est liée à des procédés d’image (ralenti, flou, diffraction) qui ne relèvent pas du réalisme simple mais d’une beauté cinématographique traitée.

💡 Astuce mémo

Montage = “liaison de fragments” : il coupe la continuité comme dans la vie, puis la recompose en sens.

📖 8. Nature visuelle du cinéma et accès au monde

🔑 Notions clés & Définitions

  • Primat de l’image : Notion selon laquelle l’essentiel du cinéma réside dans ce que l’image donne à voir, plutôt que dans l’ingéniosité du scénario.
  • Cinéma de l’âme : Idée où le cinéma se définit moins par son support matériel que par une expérience intérieure, portée par les images.
  • Extériorisation du temps de l’esprit : Vision du cinéma comme moyen de rendre visible un temps intérieur, celui de la pensée humaine, à travers des images.
  • Défi au figurable : Principe selon lequel le scénario doit relever le défi de représenter ce qui dépasse les mots et les formes facilement montrables.
  • Réalité esthétique : Thèse où la vocation réaliste du cinéma passe par des choix de mise en scène et de montage qui préservent la continuité du réel.

📝 Points essentiels

  • Fernand Léger associe le cinéma à une exploration visuelle de ce qui n’a jamais été vu ni ressenti, en faisant de l’image un instrument de découverte.
  • Kirsanoff revendique un scénario minimal (sans intrigue, action ni décor) pour souligner que l’image porte l’essentiel du film.
  • Kurt Pinthus affirme que l’œuvre cinématographique peut être pensée comme « cinéma de l’âme », indépendamment de son support matériel.
  • Artaud conçoit le temps à l’écran comme un temps intérieur à l’homme, et les événements filmés comme des images liées à la pensée.
  • Le scénario est présenté comme un défi au figurable : il doit étirer le possible jusqu’à l’impossible pour rendre visible l’invisible.
  • Bazin relie la valeur du cinéma à un rapport privilégié à la réalité, où la mise en scène manipule sans trahir ce que la caméra enregistre.

💡 Astuce mémo

Image d’abord : scénario = cadre, mais le sens naît du visible (temps intérieur + réalité préservée).

📖 9. Cinéma réalité et utopie scénario d’avant-garde

🔑 Notions clés & Définitions

  • Réalité cinématographique : Notion de cinéma où l’image est pensée comme un accès privilégié au réel, plutôt que comme une simple construction abstraite.
  • Langage cinématographique : Ensemble des choix formels du cinéma qui transforment notre rapport à l’espace et au temps filmés.
  • Plan séquence : Procédé de mise en scène qui enregistre une action sans coupure visible, pour préserver la continuité du réel.
  • Profondeur de champ : Caractéristique de l’image qui rend simultanément lisibles plusieurs plans, renforçant l’impression d’un espace plus “vécu”.
  • Bouclier de Méduse : Métaphore du cinéma comme intermédiaire qui protège le regard face à une réalité insupportable tout en la rendant visible autrement.

📝 Points essentiels

  • Bazin oppose des cinéastes centrés sur l’image à d’autres centrés sur la réalité, et relie ces choix à l’évolution du langage cinématographique.
  • Bazin développe des techniques comme le plan séquence et la profondeur de champ pour enregistrer des morceaux de réalité et rapprocher la durée du vécu.
  • La profondeur de champ vise une réalité plus ample, tandis que le plan séquence réduit les ruptures et rapproche le film d’une continuité temporelle.
  • Kracauer mobilise le cinéma pour “regarder l’irréregardable” : le film agit comme un bouclier contre l’insoutenable, tout en ouvrant l’accès à ce qu’on évite.
  • Kracauer traite le documentaire comme la fiction, car son enjeu est le cinéma lui-même plutôt que la catégorie documentaire.
  • Kracauer décrit le cinéma comme interprète de la modernité : il s’adresse à la masse et devient symptôme d’une nouvelle perception du monde, avec un public homogène de métropole par fusion dans la masse.

💡 Astuce mémo

Bazin = “continuité” (plan séquence) + “espace vivant” (profondeur de champ) ; Kracauer = “protection du regard” (bouclier de Méduse).

📖 10. Puissances de l’imagination chez Edgar Morin

🔑 Notions clés & Définitions

  • Filmologie : La filmologie est une approche qui synthétise perception, éducation et esthétique pour analyser le cinéma comme fait culturel.
  • Fait filmique : Le fait filmique désigne l’expression de la vie, de l’imagination et des êtres ou choses, plutôt qu’un simple assemblage d’images.
  • Fait cinématographique : Le fait cinématographique correspond à la mise en circulation, dans des groupes humains, de documents de sensation, d’idées et de sentiments mis en forme par le film.
  • Cinéma impur : Le cinéma impur est une théorie qui défend un dialogue fécond entre cinéma et autres arts, notamment via l’adaptation.
  • Cadre centrifuge : Le cadre centrifuge décrit le cinéma comme un espace qui va du centre vers l’extérieur, faisant vivre un univers narratif au-delà du cadre.

📝 Points essentiels

  • Cohen-Séat définit la filmologie comme synthèse de psycho-psychologie de la perception, sociologie/psychologie de l’éducation et esthétique filmophanique.
  • Le zoom n’est pas présenté comme caractéristique filmophanique car il ne se voit pas, mais il sert à expérimenter la perception de l’image.
  • Le fait filmique exprime la vie et l’imagination, avec des images visuelles (naturelles ou conventionnelles) et des images auditives (sonores ou verbales).
  • Le fait cinématographique met en circulation, dans des groupes humains, un fonds de documents de sensation, d’idées et de sentiments mis en forme par le film.
  • Les formalistes russes (1915-1930) élaborent l’idée que le cinéma est un langage, avec des auteurs comme Tynianov, Eikhenbaum et Chklovski.
  • Mitry (1963-1965) refuse l’« immédiateté absolue » du cinéma : le cinéma signifie plus que montrer, entre signifiant et signifié (Saussure, Barthes, Metz).

💡 Astuce mémo

Filmologie = Perception + Éducation + Esthétique (P-E-E).

📖 11. Filmologie et fait filmique langage perceptif

🔑 Notions clés & Définitions

  • Filmologie : La filmologie est une approche qui étudie le cinéma comme phénomène social et culturel, au-delà de la seule analyse des œuvres.
  • Fait filmique : Le fait filmique désigne le cinéma envisagé comme un ensemble d’éléments concrets (techniques, institutions, publics, films) qui produisent des effets dans la société.
  • Langage perceptif : Le langage perceptif correspond à la manière dont le cinéma fait passer du sens par l’organisation des perceptions (images, sons, contexte visuel) plutôt que par un discours explicite.
  • Cinéma idéographique : Le cinéma idéographique est une conception selon laquelle l’image fonctionne comme un langage de signes, où la signification dépend fortement du contexte visuel.
  • Sémiologie du cinéma : La sémiologie du cinéma étudie la vie des signes filmiques dans la vie sociale et explique comment signifiants et signifiés produisent du sens.

📝 Points essentiels

  • L’adaptation cinéma/littérature peut viser la retranscription de la structure et de la forme tout en ajoutant une créativité permise par les moyens techniques du cinéma.
  • Le cinéma devient « impur » s’il emprunte à d’autres arts (littérature, peinture, etc.), alors qu’il est « pur » quand il se limite à ses propres moyens.
  • Bresson réussit en assumant le littéraire par la voix (notamment la voix off) tout en gardant une logique proprement cinématographique.
  • La modernité cinématographique (Nouvelles vagues) favorise une circulation internationale et une diversification nationale des films, avec un auteur-metteur en scène plus autonome.
  • La théorie du cinéma adopte des approches disciplinaires (psychologique, sociologique, sémiologique, psychanalytique) et vise une lecture systématique des éléments pertinents pour un angle donné.
  • La sociologie du cinéma traite le cinéma comme fait social et économique, institution, industrie culturelle et ensemble de représentations de la société.

💡 Astuce mémo

Fait filmique = Technique + Institution + Public + Film (T I P F).

📖 12. Sociologie, esthétique, sémiologie et psychanalyse

🔑 Notions clés & Définitions

  • Christian Metz : Christian Metz : théoricien majeur de la signification au cinéma, notamment sur la question cinéma langue ou langage.
  • Sémiologie : Sémiologie : étude des signes en général, pensée comme plus large que la linguistique.
  • Sémiotique : Sémiotique : approche des signes, ici mobilisée pour distinguer des types de signes au cinéma.
  • Psychanalyse et cinéma : Psychanalyse et cinéma : mise en relation du film avec des mécanismes psychiques comme le rêve, l’identification et le désir.
  • Appareil de base : Appareil de base : notion de Baudry qui désigne les composantes techniques fondamentales qui conditionnent la perception filmique.

📝 Points essentiels

  • Metz distingue cinéma et langue en s’appuyant sur l’absence de double articulation (phonèmes/monèmes) et sur l’impossibilité d’une équivalence plan↔mots.
  • Metz affirme que signifiant et signifié restent trop solidaires au cinéma, ce qui empêche leur décrochage et rend l’« articulation » linguistique inopérante.
  • Metz soutient que le film montre davantage qu’il ne signifie, en rapprochant l’image d’une présence plutôt que d’une simple représentation.
  • Metz décrit l’impression de réalité comme un effet produit par l’image photographique et renforcé par le mouvement, qui ajoute un indice de réalité et une corporalité.
  • Metz relie l’universalité du cinéma à deux faces solidaires : perception visuelle relativement stable et échappement à la deuxième articulation.
  • Pasolini critique l’idée d’un dictionnaire d’images et présente le cinéma comme reproduction d’un langage premier issu du comportement, des rituels et de la technique corporelle.

💡 Astuce mémo

Cinéma≠langue : pas de double articulation, donc le plan ne se découpe pas comme des mots.

📅 Repères chronologiques

DateÉvénement
1895Début des discours sur le cinématographe et la confusion vie/cinéma (Le radical, 1895 ; La poste, 1895).
1898Matuszewski défend la création d’un dépôt/musée cinématographique historique (Une nouvelle source de l’Histoire, 1898).
1929Dziga Vertov, L’homme à la caméra (1929).
1964Christian Metz : « Cinéma : langue ou langage ? » (Communications, 1964).
1977Nelson Goodman : « Quand y-a-t-il de l’art » (1977).

📊 Tableaux de synthèse

Périodes des théories du cinéma

PériodeDatesType
Institutions1895 - 1915Théories institutionnelles
Fondatrices1915 - 1945Théories fondatrices
Classiques1945 - 1960Théories classiques
Modernes1960 - 1980Théories modernes
Postmodernes1980 - 2000Théories postmodernes
Contemporaines2000 - 2020Théories contemporaines

⚠️ Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre théorie et critique/analyse : la théorie vise à définir/expliquer un phénomène, même si les frontières se superposent souvent.
  2. Croire que « cinéma = image en mouvement » suffit à définir le cinéma : le cours ajoute aussi le cinéma comme salle/dispositif (projection, économie), distinct de la télévision.
  3. Penser que l’image animée donne toutes les informations : archives et musées impliquent des absences, car on ne peut pas tout filmer en continu.
  4. Assimiler le cinéma à une langue au sens strict : Metz insiste sur l’absence de double articulation et sur l’impossibilité d’une équivalence plan↔mots.
  5. Réduire la photogénie au simple « réalisme » : elle est une valeur ajoutée par des procédés (ralenti, flou, diffraction) et une qualité morale via la reproduction.
  6. Opposer trop vite Bazin à Kracauer : tous deux travaillent le réalisme, mais avec des accents différents (montage « interdit » chez Bazin ; bouclier de Méduse chez Kracauer).
  7. Confondre montage et cadre : le cours insiste que le sens dépend de l’enchaînement/syntaxe des fragments, pas seulement du cadre isolé.

✅ Checklist Examen

  1. Définir la théorie du cinéma (trois sens) et expliquer l’étymologie de « théorie » comme « regarder/observer/examiner ».
  2. Expliquer en quoi le cinéma se distingue de la télévision : image en mouvement + cinéma comme salle/dispositif économique/social.
  3. Lister les questions théoriques : qu’est-ce que le cinéma, qu’est-ce que devrait être le cinéma, quand y a-t-il du cinéma, pourquoi le cinéma, que peut le cinéma.
  4. Identifier les catégories productrices de théorie (critiques, intellectuels, cinéastes, chercheurs, philosophes) et relier cette diversité à la pluralité des approches.
  5. Distinguer les prémices (1895-1915) endogènes vs exogènes et donner au moins un exemple de chaque (ex. techniciens/écrivains).
  6. Résumer les textes d’écrivains : Urbina (gestes exacts, illusion de réalité) et Gorki (royaume des ombres, effroi sans sons/couleurs).
  7. Expliquer la notion de point de vue de l’image : pourquoi la vision « directe » reste une construction (choix de production).
  8. Décrire le « cinématographe cérébral » et l’homologie esprit/écran (projecteur intérieur) ainsi que l’idée d’un outil reproduisant des phénomènes de l’esprit (flash-back).
  9. Expliquer le photoplay : comment le film transforme espace/temps/causalité en formes mentales (attention, mémoire, imagination, émotion).
  10. Expliquer le statut de la représentation : cinéma du réel (Vertov/peuple-masse) et le rôle du dispositif œil/caméra et du gros plan (déchiffrement chez Balazs).
  11. Expliquer comment le sens se construit par cadrage et montage : champ visuel, quatre bords de l’image, photogénie, et contexte qui change la signification.
  12. Expliquer la fragmentation espace-temps et le montage comme « liaison de fragments » (rupture de la continuité vécue).
  13. Expliquer la nature visuelle du cinéma : primat de l’image, défi au figurable, et idée que le cinéma peut rendre visible un temps intérieur (Artaud).
  14. Expliquer le scénario d’avant-garde comme défi au figurable et comme matrice autonome (Kirsanoff : scénario sans intrigue/action/décor ; Artaud : 18 secondes).

Testez vos connaissances

Testez vos connaissances sur Introduction aux théories du cinéma avec 24 questions à choix multiples avec corrections détaillées.

1. Quel sens fondamental de la théorie du cinéma correspond à un ensemble plus ou moins organisé de thèses servant de référence pour comprendre un phénomène cinématographique ?

2. Dans les débuts du cinématographe, que désigne l’opposition entre théories endogènes et exogènes ?

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Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Introduction aux théories du cinéma avec 24 flashcards interactives.

Théorie du cinéma — définition ?

Ensemble de thèses pour comprendre le phénomène cinématographique.

Étymologie de théorie — sens ?

Regarder, observer, examiner.

Cinématographe — invention ?

Dispositif produisant des images en mouvement.

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