📋 Plan du Cours
- Prémices du paradigme cinéma et vie
- Le cinéma dans les textes d’écrivains
- Regards théoriques philosophie esthétique sociologie
- Le film comme imagination et photoplay
- Statut de la représentation au cinéma
- Quatre bords de l’image et champ visuel
- Fragmentation espace-temps et continuité
- Nature visuelle du cinéma et accès au monde
- Cinéma réalité et utopie scénario d’avant-garde
- Puissances de l’imagination chez Edgar Morin
- Filmologie et fait filmique langage perceptif
- Sociologie, esthétique, sémiologie et psychanalyse
📖 1. Prémices du paradigme cinéma et vie
🔑 Notions clés & Définitions
- Théorie du cinéma : La théorie du cinéma est un ensemble de thèses plus ou moins organisées qui sert de référence à des chercheurs pour comprendre un phénomène cinématographique.
- Étymologie de théorie : L’étymologie de théorie renvoie à l’idée de regarder et d’observer, ce qui relie la théorie à une forme de vision.
- Cinématographe : Le cinématographe désigne l’invention des débuts qui produit de nouvelles images en mouvement et déclenche très tôt des discours théoriques.
- Cinéma comme image en mouvement : Le cinéma comme image en mouvement renvoie à l’idée que le mouvement filmé constitue un critère central du cinéma, distinct de la télévision.
- Cinéma comme salle de cinéma : Le cinéma comme salle de cinéma renvoie au dispositif social et économique de projection et de billetterie, qui distingue le cinéma de la simple diffusion télévisuelle.
📝 Points essentiels
- Une théorie peut être comprise comme réunion d’opinions ou de croyances, comme projet scientifique, ou comme construction axiomatique visant à expliquer et prévoir des faits.
- La théorie du cinéma se distingue de la critique et de l’analyse filmique, ainsi que de l’histoire et de la poétique, même si les frontières se superposent souvent.
- Les questions théoriques portent notamment sur la définition du cinéma, son devoir-être, le moment où il y a du cinéma, ses raisons et ses capacités.
- Les théories du cinéma sont produites par plusieurs catégories (critiques, intellectuels, cinéastes, chercheurs, philosophes), ce qui explique la diversité des approches.
- Les théories se classent en grandes périodes : institutions (1895-1915), fondatrices (1915-1945), classiques (1945-1960), modernes (1960-1980), postmodernes (1980-2000), contemporaines (2000-2020).
- Dans les prémices (1895-1915), on distingue des théories endogènes (produites de l’intérieur) et exogènes (produites de l’extérieur), par exemple par des journalistes, écrivains, intellectuels ou techniciens.
💡 Astuce mémo
Théorie = boussole : elle oriente la compréhension et le développement, comme une navigation entre ce qui existe et ce qui est possible.
📖 2. Le cinéma dans les textes d’écrivains
🔑 Notions clés & Définitions
- Cinématographe historique : Notion liée au cinéma comme source et institution de conservation, défendue dès 1898 pour produire une vision directe du passé.
- Point de vue de l’image : Notion selon laquelle l’image animée dépend toujours de choix (réalisateur, producteur, chef opérateur), donc jamais neutre.
- Illusion de réalité : Notion décrivant l’impression de présence au réel créée par la séance et la saisie des gestes, au point de dominer le spectateur.
- Royaume des ombres : Notion associant le cinéma à une vie fantomatique, sans sons ni couleurs, qui effraie par son mouvement d’ombres.
- Pulsion scopique : Notion désignant la force qui pousse le spectateur à regarder et à aimer ce qu’il voit, notamment via le hors-champ.
📝 Points essentiels
- Matuszewski (1898) défend l’idée d’un dépôt muséal pour le cinéma, capable d’aller du divertissement vers le documentaire et l’historique.
- Le cinéma peut donner une vision directe du moment, mais cette vision reste une construction car le point de vue est choisi par des acteurs de la production.
- Le fait historique peut être imprévisible et dépend aussi de contraintes (notamment économiques) qui influencent la collecte d’informations.
- L’image animée ne garantit pas l’accès à toutes les informations : l’archive et le musée impliquent des absences, car on ne peut pas tout filmer en continu.
- Urbina (1896) décrit une séance qui saisit le spectateur par l’exactitude des gestes, produisant un sentiment de réalité sans pose ni artifices.
- Gorki (1896, sous pseudonyme) présente le cinéma comme un royaume des ombres : effrayant, sans sons ni couleurs, et assimilé à une ombre de vie et de mouvement.
💡 Astuce mémo
Urbina = gestes vrais qui happent; Gorki = ombres qui effraient : même cinéma, deux expériences opposées.
📖 3. Regards théoriques philosophie esthétique sociologie
🔑 Notions clés & Définitions
- Cinématographe cérébral : Le cinématographe cérébral désigne l’idée que le cinéma fonctionne comme une métaphore de la vie de l’esprit, avec une homologie entre ce qui se passe à l’écran et dans la pensée.
- Projecteur intérieur : Le projecteur intérieur renvoie à l’idée que l’image cinématographique semble venir d’un mécanisme interne, comme si le film projetait des opérations mentales.
- Cinématographe comme outil : Le cinématographe comme outil désigne l’approche où le cinéma sert à reproduire et à rendre visibles des phénomènes de l’esprit humain.
- Cinématographe comme civilisation : Le cinématographe comme civilisation désigne l’idée que le cinéma dépasse le divertissement et devient un fait culturel structurant, lié à la modernité.
- Artifice du cinématographe : L’artifice du cinématographe désigne la construction technique qui extrait un mouvement général à partir de mouvements particuliers puis recompose l’individualité par composition.
📝 Points essentiels
- Le passage d’une image à l’autre peut produire un scintillement et une luminosité instable, ce qui réduit l’impression de matérialité et augmente la transparence perçue.
- Le cinématographe est présenté comme un « projecteur intérieur » : il donne à voir, par analogie, ce qui se déroule dans la tête.
- Une homologie est proposée entre le fonctionnement du cinéma et celui de la conscience, ce qui pose la question de savoir si le cinéma sert à imager la pensée.
- Le cinéma est rapproché de la cinéplastique et de la danse : des analogies relient des domaines différents pour comprendre du nouveau via de l’ancien.
- En 1916, un psychologue décrit le cinéma comme un outil reproduisant des phénomènes de l’esprit, avec l’exemple du flash-back.
- Giovanni Papini demande aux philosophes de s’intéresser au cinéma car il appartient au quotidien culturel et révèle des tendances de la civilisation moderne, pas seulement un divertissement de masse.
💡 Astuce mémo
Analogies = pont : écran ↔ tête (cinématographe cérébral).
📖 4. Le film comme imagination et photoplay
🔑 Notions clés & Définitions
- Photoplay : Le photoplay désigne le film envisagé comme expérience psychologique qui transforme l’espace, le temps et la causalité en formes mentales internes.
- Imagination cinématographique : L’imagination cinématographique est l’idée que le film fait travailler l’attention, la mémoire et l’émotion comme si le monde extérieur entrait dans l’esprit.
- Esthétique du cinéma : L’esthétique du cinéma regroupe l’approche qui traite le cinéma comme une beauté nouvelle à évaluer par des critères esthétiques plutôt que par des considérations pratiques.
- Sociologie du cinéma : La sociologie du cinéma étudie le film et son public comme des produits typiques d’une époque, liés aux rythmes et aux comportements sociaux.
- Ciné-Oeil : Le Ciné-Oeil est l’idée d’utiliser la caméra comme un instrument plus performant que l’œil humain pour explorer et déchiffrer les phénomènes visuels.
📝 Points essentiels
- Le montage est présenté comme un passage rapide d’une chose à l’autre dans une même séance, contribuant à une expérience qui dépasse nos habitudes perceptives.
- Le cinéma est décrit comme un spectacle moderne adapté au public contemporain, avec un potentiel de masse et une forte nécessité sociale.
- Canudo défend l’idée d’une beauté nouvelle du cinéma, dont l’évaluation relève de l’esthétique plutôt que d’une simple logique pratique.
- Munsterberg explique que le film raconte l’humain en reconfigurant l’espace, le temps et la causalité selon les formes internes (attention, mémoire, imagination, émotion).
- Munsterberg compare l’effet du cinéma à une intrusion du monde extérieur dans l’esprit, soumis alors aux lois de l’attention.
- Altenloh relie le cinéma à l’agitation nerveuse et au rythme du temps présent : le spectateur n’a pas besoin de la même concentration que pour d’autres arts.
💡 Astuce mémo
Photoplay = esprit d’abord : attention, mémoire, imagination, émotion.
📖 5. Statut de la représentation au cinéma
🔑 Notions clés & Définitions
- Cinéma du réel : Approche du cinéma centrée sur le réel, pensée comme accessible au plus grand nombre plutôt que réservée à une élite intellectuelle.
- Peuple-masse : Notion de peuple conçue comme une unité agissante, capable de déplacer l’histoire et de devenir l’objet central du cinéma.
- Œil et caméra : Dispositif reliant la vision humaine à la prise de vue, où l’image guide le regard plus que le dialogue.
- Gros plan : Procédé de cadrage qui isole et rapproche, donnant au spectateur un accès direct à la vie des choses et des corps.
- Pensée visuelle : Idée selon laquelle le cinéma peut rendre visible une pensée sans passer par les mots, grâce à la spécificité du médium.
📝 Points essentiels
- Vertov vise un cinéma du réel accessible, orienté vers le peuple-masse plutôt que vers un cinéma intellectuel réservé à quelques-uns.
- Dans la logique de Vertov, le documentaire devient une force poétique et politique, avec une idéologie communiste et une volonté d’imposer le documentaire plutôt que de le révolutionner.
- L’homme à la caméra (Dziga Vertov, 1929) réunit trois villes dans un seul film pour construire une ville idéale et montre une journée type de la vie soviétique.
- Le dispositif œil/caméra met en jeu un rapport matériel entre l’obturateur et l’œil, et le sens se construit surtout par l’image, la musique restant un plus.
- Chez Vertov, la caméra cherche à dépasser le point de vue ordinaire pour réinventer le regard et rendre le spectateur capable de “vraiment voir” le monde.
- Pour Béla Balazs, le cinéma fonctionne comme un organe sensoriel nouveau, et le gros plan sert à déchiffrer la vie en distinguant des voix et des éléments au sein d’une symphonie globale de l’existence.
💡 Astuce mémo
Vertov = Peuple + Réel (documentaire) ; Balazs = Gros plan = déchiffrement ; Dulac/Woolf = pensée/chaos visibles sans mots.
📖 6. Quatre bords de l’image et champ visuel
🔑 Notions clés & Définitions
- Champ visuel : Le champ visuel désigne la portion du monde captée par la caméra, qui conditionne ce que le spectateur peut voir et interpréter.
- Quatre bords de l’image : Les quatre bords de l’image sont les limites cadrées qui organisent le regard et structurent la lecture de la scène.
- Gros plan : Le gros plan est un cadrage rapproché qui isole un détail et intensifie l’accès à l’intériorité ou au sens.
- Photogénie : La photogénie est la capacité du cinéma à faire apparaître, par l’image, une réalité chargée de sens au-delà de l’objet filmé.
📝 Points essentiels
- Le cinéma peut faire sentir l’invisible grâce à des outils visuels comme le gros plan, qui suspend la dimension du récit et ouvre une lecture intérieure.
- Le regard de verre d’Epstein sert de métaphore de l’objectif : la caméra transforme l’inanimé en présence signifiante.
- L’animisme chez Epstein correspond à l’idée qu’un objet inerte peut sembler s’animer à l’écran et devenir symbole.
- Le montage donne le sens par enchaînement de fragments : l’essentiel n’est pas seulement le cadre, mais la syntaxe entre plans.
- Le sens d’une image dépend du contexte : un même élément change de signification selon ce qui l’entoure au montage.
- Le cadrage et le montage peuvent produire des effets émotionnels et même choquer, car le cinéma agit par la construction des impressions.
💡 Astuce mémo
Cadrage + montage = sens : le gros plan ouvre l’invisible, puis l’enchaînement “écrit” la signification.
📖 7. Fragmentation espace-temps et continuité
🔑 Notions clés & Définitions
- Montage cinématographique : Le montage est l’enchaînement de fragments d’images qui permet de passer d’une situation à une autre et de produire du sens.
- Fragmentation de la continuité espace-temps : La fragmentation de la continuité espace-temps désigne la rupture, au cinéma, de la continuité vécue ordinairement par le spectateur.
- Photogénie : La photogénie est une qualité ajoutée par la reproduction cinématographique, qui accroît la valeur morale des êtres, des choses et des âmes.
- Cinéplastique : La cinéplastique décrit le cinéma comme un art plastique, pensé comme une architecture en mouvement en équilibre avec son milieu.
- Facteurs différenciants du cinéma : Les facteurs différenciants sont des moyens formateurs qui permettent au cinéma de se définir comme art, notamment par ses propriétés visuelles et sa fragmentation.
📝 Points essentiels
- Le cinéma construit le sens par un enchaînement de fragments, et non seulement par le cadre pris isolément.
- Le montage sert de mécanisme de transition entre fragments, ce qui peut aussi produire un effet de choc.
- La fragmentation espace-temps est un facteur différenciant du cinéma, car elle s’oppose à notre expérience ordinaire de la continuité.
- Au cinéma, la représentation n’est ni strictement bidimensionnelle ni strictement tridimensionnelle, ce qui participe à l’effet d’espace-temps fragmenté.
- Le cinéma limite ou exclut les autres sens : il s’exprime d’abord par la nature visuelle des images.
- La photogénie est liée à des procédés d’image (ralenti, flou, diffraction) qui ne relèvent pas du réalisme simple mais d’une beauté cinématographique traitée.
💡 Astuce mémo
Montage = “liaison de fragments” : il coupe la continuité comme dans la vie, puis la recompose en sens.
📖 8. Nature visuelle du cinéma et accès au monde
🔑 Notions clés & Définitions
- Primat de l’image : Notion selon laquelle l’essentiel du cinéma réside dans ce que l’image donne à voir, plutôt que dans l’ingéniosité du scénario.
- Cinéma de l’âme : Idée où le cinéma se définit moins par son support matériel que par une expérience intérieure, portée par les images.
- Extériorisation du temps de l’esprit : Vision du cinéma comme moyen de rendre visible un temps intérieur, celui de la pensée humaine, à travers des images.
- Défi au figurable : Principe selon lequel le scénario doit relever le défi de représenter ce qui dépasse les mots et les formes facilement montrables.
- Réalité esthétique : Thèse où la vocation réaliste du cinéma passe par des choix de mise en scène et de montage qui préservent la continuité du réel.
📝 Points essentiels
- Fernand Léger associe le cinéma à une exploration visuelle de ce qui n’a jamais été vu ni ressenti, en faisant de l’image un instrument de découverte.
- Kirsanoff revendique un scénario minimal (sans intrigue, action ni décor) pour souligner que l’image porte l’essentiel du film.
- Kurt Pinthus affirme que l’œuvre cinématographique peut être pensée comme « cinéma de l’âme », indépendamment de son support matériel.
- Artaud conçoit le temps à l’écran comme un temps intérieur à l’homme, et les événements filmés comme des images liées à la pensée.
- Le scénario est présenté comme un défi au figurable : il doit étirer le possible jusqu’à l’impossible pour rendre visible l’invisible.
- Bazin relie la valeur du cinéma à un rapport privilégié à la réalité, où la mise en scène manipule sans trahir ce que la caméra enregistre.
💡 Astuce mémo
Image d’abord : scénario = cadre, mais le sens naît du visible (temps intérieur + réalité préservée).
📖 9. Cinéma réalité et utopie scénario d’avant-garde
🔑 Notions clés & Définitions
- Réalité cinématographique : Notion de cinéma où l’image est pensée comme un accès privilégié au réel, plutôt que comme une simple construction abstraite.
- Langage cinématographique : Ensemble des choix formels du cinéma qui transforment notre rapport à l’espace et au temps filmés.
- Plan séquence : Procédé de mise en scène qui enregistre une action sans coupure visible, pour préserver la continuité du réel.
- Profondeur de champ : Caractéristique de l’image qui rend simultanément lisibles plusieurs plans, renforçant l’impression d’un espace plus “vécu”.
- Bouclier de Méduse : Métaphore du cinéma comme intermédiaire qui protège le regard face à une réalité insupportable tout en la rendant visible autrement.
📝 Points essentiels
- Bazin oppose des cinéastes centrés sur l’image à d’autres centrés sur la réalité, et relie ces choix à l’évolution du langage cinématographique.
- Bazin développe des techniques comme le plan séquence et la profondeur de champ pour enregistrer des morceaux de réalité et rapprocher la durée du vécu.
- La profondeur de champ vise une réalité plus ample, tandis que le plan séquence réduit les ruptures et rapproche le film d’une continuité temporelle.
- Kracauer mobilise le cinéma pour “regarder l’irréregardable” : le film agit comme un bouclier contre l’insoutenable, tout en ouvrant l’accès à ce qu’on évite.
- Kracauer traite le documentaire comme la fiction, car son enjeu est le cinéma lui-même plutôt que la catégorie documentaire.
- Kracauer décrit le cinéma comme interprète de la modernité : il s’adresse à la masse et devient symptôme d’une nouvelle perception du monde, avec un public homogène de métropole par fusion dans la masse.
💡 Astuce mémo
Bazin = “continuité” (plan séquence) + “espace vivant” (profondeur de champ) ; Kracauer = “protection du regard” (bouclier de Méduse).
📖 10. Puissances de l’imagination chez Edgar Morin
🔑 Notions clés & Définitions
- Filmologie : La filmologie est une approche qui synthétise perception, éducation et esthétique pour analyser le cinéma comme fait culturel.
- Fait filmique : Le fait filmique désigne l’expression de la vie, de l’imagination et des êtres ou choses, plutôt qu’un simple assemblage d’images.
- Fait cinématographique : Le fait cinématographique correspond à la mise en circulation, dans des groupes humains, de documents de sensation, d’idées et de sentiments mis en forme par le film.
- Cinéma impur : Le cinéma impur est une théorie qui défend un dialogue fécond entre cinéma et autres arts, notamment via l’adaptation.
- Cadre centrifuge : Le cadre centrifuge décrit le cinéma comme un espace qui va du centre vers l’extérieur, faisant vivre un univers narratif au-delà du cadre.
📝 Points essentiels
- Cohen-Séat définit la filmologie comme synthèse de psycho-psychologie de la perception, sociologie/psychologie de l’éducation et esthétique filmophanique.
- Le zoom n’est pas présenté comme caractéristique filmophanique car il ne se voit pas, mais il sert à expérimenter la perception de l’image.
- Le fait filmique exprime la vie et l’imagination, avec des images visuelles (naturelles ou conventionnelles) et des images auditives (sonores ou verbales).
- Le fait cinématographique met en circulation, dans des groupes humains, un fonds de documents de sensation, d’idées et de sentiments mis en forme par le film.
- Les formalistes russes (1915-1930) élaborent l’idée que le cinéma est un langage, avec des auteurs comme Tynianov, Eikhenbaum et Chklovski.
- Mitry (1963-1965) refuse l’« immédiateté absolue » du cinéma : le cinéma signifie plus que montrer, entre signifiant et signifié (Saussure, Barthes, Metz).
💡 Astuce mémo
Filmologie = Perception + Éducation + Esthétique (P-E-E).
📖 11. Filmologie et fait filmique langage perceptif
🔑 Notions clés & Définitions
- Filmologie : La filmologie est une approche qui étudie le cinéma comme phénomène social et culturel, au-delà de la seule analyse des œuvres.
- Fait filmique : Le fait filmique désigne le cinéma envisagé comme un ensemble d’éléments concrets (techniques, institutions, publics, films) qui produisent des effets dans la société.
- Langage perceptif : Le langage perceptif correspond à la manière dont le cinéma fait passer du sens par l’organisation des perceptions (images, sons, contexte visuel) plutôt que par un discours explicite.
- Cinéma idéographique : Le cinéma idéographique est une conception selon laquelle l’image fonctionne comme un langage de signes, où la signification dépend fortement du contexte visuel.
- Sémiologie du cinéma : La sémiologie du cinéma étudie la vie des signes filmiques dans la vie sociale et explique comment signifiants et signifiés produisent du sens.
📝 Points essentiels
- L’adaptation cinéma/littérature peut viser la retranscription de la structure et de la forme tout en ajoutant une créativité permise par les moyens techniques du cinéma.
- Le cinéma devient « impur » s’il emprunte à d’autres arts (littérature, peinture, etc.), alors qu’il est « pur » quand il se limite à ses propres moyens.
- Bresson réussit en assumant le littéraire par la voix (notamment la voix off) tout en gardant une logique proprement cinématographique.
- La modernité cinématographique (Nouvelles vagues) favorise une circulation internationale et une diversification nationale des films, avec un auteur-metteur en scène plus autonome.
- La théorie du cinéma adopte des approches disciplinaires (psychologique, sociologique, sémiologique, psychanalytique) et vise une lecture systématique des éléments pertinents pour un angle donné.
- La sociologie du cinéma traite le cinéma comme fait social et économique, institution, industrie culturelle et ensemble de représentations de la société.
💡 Astuce mémo
Fait filmique = Technique + Institution + Public + Film (T I P F).
📖 12. Sociologie, esthétique, sémiologie et psychanalyse
🔑 Notions clés & Définitions
- Christian Metz : Christian Metz : théoricien majeur de la signification au cinéma, notamment sur la question cinéma langue ou langage.
- Sémiologie : Sémiologie : étude des signes en général, pensée comme plus large que la linguistique.
- Sémiotique : Sémiotique : approche des signes, ici mobilisée pour distinguer des types de signes au cinéma.
- Psychanalyse et cinéma : Psychanalyse et cinéma : mise en relation du film avec des mécanismes psychiques comme le rêve, l’identification et le désir.
- Appareil de base : Appareil de base : notion de Baudry qui désigne les composantes techniques fondamentales qui conditionnent la perception filmique.
📝 Points essentiels
- Metz distingue cinéma et langue en s’appuyant sur l’absence de double articulation (phonèmes/monèmes) et sur l’impossibilité d’une équivalence plan↔mots.
- Metz affirme que signifiant et signifié restent trop solidaires au cinéma, ce qui empêche leur décrochage et rend l’« articulation » linguistique inopérante.
- Metz soutient que le film montre davantage qu’il ne signifie, en rapprochant l’image d’une présence plutôt que d’une simple représentation.
- Metz décrit l’impression de réalité comme un effet produit par l’image photographique et renforcé par le mouvement, qui ajoute un indice de réalité et une corporalité.
- Metz relie l’universalité du cinéma à deux faces solidaires : perception visuelle relativement stable et échappement à la deuxième articulation.
- Pasolini critique l’idée d’un dictionnaire d’images et présente le cinéma comme reproduction d’un langage premier issu du comportement, des rituels et de la technique corporelle.
💡 Astuce mémo
Cinéma≠langue : pas de double articulation, donc le plan ne se découpe pas comme des mots.
📅 Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|
| 1895 | Début des discours sur le cinématographe et la confusion vie/cinéma (Le radical, 1895 ; La poste, 1895). |
| 1898 | Matuszewski défend la création d’un dépôt/musée cinématographique historique (Une nouvelle source de l’Histoire, 1898). |
| 1929 | Dziga Vertov, L’homme à la caméra (1929). |
| 1964 | Christian Metz : « Cinéma : langue ou langage ? » (Communications, 1964). |
| 1977 | Nelson Goodman : « Quand y-a-t-il de l’art » (1977). |
📊 Tableaux de synthèse
Périodes des théories du cinéma
| Période | Dates | Type |
|---|
| Institutions | 1895 - 1915 | Théories institutionnelles |
| Fondatrices | 1915 - 1945 | Théories fondatrices |
| Classiques | 1945 - 1960 | Théories classiques |
| Modernes | 1960 - 1980 | Théories modernes |
| Postmodernes | 1980 - 2000 | Théories postmodernes |
| Contemporaines | 2000 - 2020 | Théories contemporaines |
⚠️ Pièges & confusions fréquents
- Confondre théorie et critique/analyse : la théorie vise à définir/expliquer un phénomène, même si les frontières se superposent souvent.
- Croire que « cinéma = image en mouvement » suffit à définir le cinéma : le cours ajoute aussi le cinéma comme salle/dispositif (projection, économie), distinct de la télévision.
- Penser que l’image animée donne toutes les informations : archives et musées impliquent des absences, car on ne peut pas tout filmer en continu.
- Assimiler le cinéma à une langue au sens strict : Metz insiste sur l’absence de double articulation et sur l’impossibilité d’une équivalence plan↔mots.
- Réduire la photogénie au simple « réalisme » : elle est une valeur ajoutée par des procédés (ralenti, flou, diffraction) et une qualité morale via la reproduction.
- Opposer trop vite Bazin à Kracauer : tous deux travaillent le réalisme, mais avec des accents différents (montage « interdit » chez Bazin ; bouclier de Méduse chez Kracauer).
- Confondre montage et cadre : le cours insiste que le sens dépend de l’enchaînement/syntaxe des fragments, pas seulement du cadre isolé.
✅ Checklist Examen
- Définir la théorie du cinéma (trois sens) et expliquer l’étymologie de « théorie » comme « regarder/observer/examiner ».
- Expliquer en quoi le cinéma se distingue de la télévision : image en mouvement + cinéma comme salle/dispositif économique/social.
- Lister les questions théoriques : qu’est-ce que le cinéma, qu’est-ce que devrait être le cinéma, quand y a-t-il du cinéma, pourquoi le cinéma, que peut le cinéma.
- Identifier les catégories productrices de théorie (critiques, intellectuels, cinéastes, chercheurs, philosophes) et relier cette diversité à la pluralité des approches.
- Distinguer les prémices (1895-1915) endogènes vs exogènes et donner au moins un exemple de chaque (ex. techniciens/écrivains).
- Résumer les textes d’écrivains : Urbina (gestes exacts, illusion de réalité) et Gorki (royaume des ombres, effroi sans sons/couleurs).
- Expliquer la notion de point de vue de l’image : pourquoi la vision « directe » reste une construction (choix de production).
- Décrire le « cinématographe cérébral » et l’homologie esprit/écran (projecteur intérieur) ainsi que l’idée d’un outil reproduisant des phénomènes de l’esprit (flash-back).
- Expliquer le photoplay : comment le film transforme espace/temps/causalité en formes mentales (attention, mémoire, imagination, émotion).
- Expliquer le statut de la représentation : cinéma du réel (Vertov/peuple-masse) et le rôle du dispositif œil/caméra et du gros plan (déchiffrement chez Balazs).
- Expliquer comment le sens se construit par cadrage et montage : champ visuel, quatre bords de l’image, photogénie, et contexte qui change la signification.
- Expliquer la fragmentation espace-temps et le montage comme « liaison de fragments » (rupture de la continuité vécue).
- Expliquer la nature visuelle du cinéma : primat de l’image, défi au figurable, et idée que le cinéma peut rendre visible un temps intérieur (Artaud).
- Expliquer le scénario d’avant-garde comme défi au figurable et comme matrice autonome (Kirsanoff : scénario sans intrigue/action/décor ; Artaud : 18 secondes).
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