Fiche de révision : Nippologies et design japonais

Plan du Cours

  1. Les expositions comme représentations du Japon
  2. Trois expositions parisiennes de design
  3. Mélanges d’objets et scénographies
  4. Les marqueurs d’une identité japonaise
  5. Les nippologies comme discours prescriptif
  6. Pilotage des expositions japonaises
  7. Construction de l’identité en miroir
  8. Exclusion et ambition universelle
  9. Portée politique du modèle japonais

1. Les expositions comme représentations du Japon

Notions clés & Définitions

  • Mise en exposition : Benoît de l’Estoile, Le goût des autres - La mise en exposition traduit spatialement et sensoriellement des conceptions du monde et contribue à produire des cadres d’interprétation de la réalité.

★ À maîtriser

  • Jean Davallon affirme dans L’exposition à l’œuvre que l’exposition est un propos construit, sous-tendu par une vision du monde, qui indique comment regarder les objets.

Compléments

  • Les trois expositions parisiennes étudiées se sont tenues dans le cadre de la commémoration du cent-cinquantième anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la France et le Japon.

  • L’analyse ethnographique des expositions s’appuie sur l’observation des lieux, des objets, de la scénographie, des panneaux et supports écrits, des discours des organisateurs, des communiqués de presse et de la réception médiatique.

Astuce mémo

Mettre en scène les objets → orienter le regard et produire une vision du monde.

2. Trois expositions parisiennes de design

★ À maîtriser

  • Le Musée du quai Branly a présenté L’esprit mingei au Japon : de l’artisanat populaire au design du 30 septembre 2008 au 11 janvier 2009, en collaboration avec le Mingeikan, musée fondé par Yanagi Sōetsu.

  • La Maison de la culture du Japon à Paris a présenté Wa : l’harmonie au quotidien, design japonais d’aujourd’hui du 22 octobre 2008 au 31 janvier 2009, dans le cadre d’une exposition élaborée par le siège tokyoïte de la Fondation du Japon.

  • Le Musée des Arts décoratifs a accueilli Kansei : Japan design exhibition du 12 au 21 décembre 2008, exposition montée par le ministère japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie (METI) et l’Organisation japonaise du commerce extérieur (JETRO).

Compléments

📌 Les trois expositions ont été organisées indépendamment et sans concertation, mais les deux dernières ont été presque entièrement conçues par des acteurs japonais, tandis que celle du quai Branly l’a été en partie avec le Mingeikan.

  • Wa présentait environ cent soixante objets, majoritairement créés entre 1980 et 2008, regroupés en douze catégories fonctionnelles et six mots-clés japonais.
  • Kansei réunissait cent quatre objets du quotidien récents, répartis autour des thèmes « l’expression », « le geste » et « le cœur », ainsi que des espaces consacrés à des artisans et graphistes japonais.

3. Mélanges d’objets et scénographies

★ À maîtriser

📌 Les expositions juxtaposent des objets d’époques, d’origines et de fonctions diverses, mais font émerger une représentation homogène du Japon.

  • Les discours des expositions attribuent aux Japonais des valeurs communes, notamment l’harmonie, et présentent le design comme l’expression d’un esprit partagé.

Compléments

  • Dans les expositions de la MCJP et des Arts décoratifs, les objets sont parfois présentés sans explication suffisante de leur fonction ou de leur origine dans la salle, les informations complémentaires étant renvoyées aux brochures.

  • Au quai Branly, les cartels sommaires et leur système de numérotation rendent les informations sur les objets difficiles d’accès, et aucune information n’est donnée sur leur usage.

  • Dans les trois expositions, l’écriture japonaise, souvent incompréhensible pour les visiteurs français, contribue surtout à l’unité visuelle plutôt qu’à la compréhension des concepts.

Astuce mémo

Objets hétéroclites dans les vitrines, mais Japon présenté comme homogène.

4. Les marqueurs d’une identité japonaise

★ À maîtriser

📌 Les trois expositions présentent une continuité entre passé et présent, en rapprochant artisanat traditionnel et design contemporain.

  • Les matériaux naturels, notamment le bambou, le papier, la laque et les fibres de riz, servent à construire une identité japonaise des objets présentée comme liée à la nature.

  • Les expositions mobilisent des concepts japonais présentés comme spécifiques ou difficilement traduisibles, notamment wa, kansei et kokoro.

  • Les discours des expositions associent l’harmonie, wa, à la fusion entre ancien et moderne ou entre industrie et artisanat, et en font une origine de la qualité du design japonais.

Compléments

  • Les objets liés à l’alimentation comprennent notamment :

    • des bols
    • des théières
    • des autocuiseurs de riz
    • des baguettes
    • des fouets à thé
  • Dans les expositions, kokoro désigne le cœur comme lieu de l’esprit japonais et comme dimension intuitive ou émotionnelle reliant le créateur à l’utilisateur.

5. Les nippologies comme discours prescriptif

Notions clés & Définitions

  • Nippologies : Jacqueline Pigeot - Les nippologies, ou nihonjin-ron, sont des essais japonais consacrés à l’analyse des particularités nationales, de la société et de la culture japonaises.
  • les nippologies sont des « guides de l'identité japonaise ». Bien qu'elles prétendent décrire scientifiquement la culture du pays, elles s'apparentent plutôt à une forme de nationalisme culturel visant à célébrer (et à imposer) une vision idéale et uniforme du Japon.
  • c'est donc une "science dérivée
  • En résumé, les nippologies sont des « guides de l'identité japonaise ». Bien qu'elles prétendent décrire scientifiquement la culture du pays, elles s'apparentent plutôt à une forme de nationalisme culturel visant à célébrer (et à imposer) une vision idéale et uniforme du Japon.

★ À maîtriser

📌 Selon Harumi Befu, les nippologies présentent comme de simples observations des caractères japonais qui fonctionnent en réalité comme des normes ou des idéaux à diffuser.

  • Les motifs récurrents des nippologies sont : l’immutabilité de l’essence japonaise, des concepts japonais réputés difficiles à traduire, l’intuition, l’harmonie, le kokoro

  • Les expositions analysées reprennent des schémas des nippologies en organisant des objets hétéroclites autour de paradigmes présentés comme japonais, tels que le mingei, le wa et le kansei.

Compléments

  • Le genre des nippologies apparaît après-guerre et se développe fortement à partir des années 1960, avec la haute croissance économique.

  • Harumi Befu décrit les nippologies comme un continuum allant des travaux scientifiques aux essais populaires, incluant ouvrages, articles académiques, magazines et journaux.

6. Pilotage des expositions japonaises

Notions clés & Définitions

  • Valeur prescriptive : La valeur prescriptive des nihonjin-ron, selon Befu, consiste à présenter des observations comme un idéal positif qui transforme les caractères attribués aux Japonais en standards normatifs.

★ À maîtriser

  • L’exposition Kansei des Arts décoratifs a été organisée de bout en bout par le METI, dans le cadre de la promotion industrielle à l’étranger « Kansei et création de valeur », lancée par ce ministère en mai 2007.

  • Pour l’exposition itinérante Wa, le siège japonais de la Fondation du Japon a piloté le choix et le transport des objets, les contacts avec les entreprises, le commissariat et la scénographie, tandis que l’équipe française devait seulement traduire des textes de signalétique raccourcis.

Compléments

📌 Pigeot décrit les nippologies qui insistent sur le consensus social moins comme des objets d’analyse que comme des « formules conjuratoires ».

  • La Fondation du Japon a voulu que les objets de Wa soient « parlants » afin de donner à voir et d’imposer au public parisien une vision intuitive du Japon apparentée aux nippologies.

7. Construction de l’identité en miroir

Notions clés & Définitions

  • Identité en miroir : L’identité japonaise se construit dans une confrontation permanente avec l’étranger et par un jeu réciproque de projections entre le Japon et l’Occident.

★ À maîtriser

  • Les expositions Mingei, Wa et Kansei ont diffusé en France un discours d’identité culturelle construit par le Japon, y compris lorsque la conception de Mingei au Musée du quai Branly était présentée comme indépendante.

  • Les motifs de cette image du Japon sont :

    • la sensibilité
    • la compréhension intuitive
    • l’harmonie
    • l’atemporalité

Compléments

  • La presse consacrée aux trois expositions a repris les formulations des communiqués de presse, parfois à l’identique, et un article d’Architectural Digest a repris la rhétorique des nippologies.

  • Selon Befu, la définition de soi proposée par les nippologies ne vaut que si elle est acceptée par l’extérieur, ce qui explique l’énergie consacrée à leur diffusion à l’étranger.

Astuce mémo

Un miroir renvoie au Japon l’image qu’il présente à l’Occident.

8. Exclusion et ambition universelle

★ À maîtriser

📌 Les nippologies présentent l’identité japonaise comme purement japonaise et inaccessible aux étrangers, tout en attribuant à son essence spirituelle une vocation universelle de diffusion.

Compléments

  • Au Musée du quai Branly, une anecdote sur Yanagi Sōetsu et les objets achetés par Charlotte Perriand suggérait que les étrangers ne pouvaient comprendre les concepts japonais.

  • Dans l’article consacré au design japonais, les notions japonaises sont présentées comme nécessaires pour comprendre sa spécificité, tandis que leur opacité est mobilisée comme marque d’exotisme et d’inaccessibilité.

  • L’article de Shiraha Akemi dans Mingei attribue le pouvoir de fascination de l’exposition à son « discours universel » et à une « vérité commune avec l’Occident » exprimée par les objets.

  • La brochure de Kansei présente la sensibilité kansei comme un concept élucidé par le Japon et destiné à être diffusé dans le monde.

Astuce mémo

Identité inaccessible aux étrangers, mais essence à diffuser dans le monde.

9. Portée politique du modèle japonais

★ À maîtriser

📌 Stevens juge nécessaire la prudence face aux implications politiques de l’essence japonaise universelle, tout en considérant cette idée féconde dans certains domaines comme l’esthétique. - « Ambitions japonaises, nouvel asiatisme et dépassement de la modernité », 1995

  • Bernard Stevens estime que le discours sur le dépassement de la modernité par le Japon peut réactiver une coloration idéologique dangereuse. - « Ambitions japonaises, nouvel asiatisme et dépassement de la modernité », 1995

  • Dans les années 1930-1940, les philosophes de l’école de Kyōto ont mobilisé le dépassement de la modernité pour justifier l’ultranationalisme et l’impérialisme, en plaçant le Japon au terme ultime de l’avènement de l’Esprit. - Bernard Stevens, « Ambitions japonaises, nouvel asiatisme et dépassement de la modernité », 1995

Compléments

  • Selon Stevens, le « nouvel asiatisme » devient inquiétant lorsque les néo-nationalistes relient la puissance économique du Japon à la vocation universelle de sa culture.

  • L’analyse des expositions Mingei, Wa et Kansei montre que le design sert de support privilégié à la rhétorique d’une essence japonaise universelle.

  • Retracer la sélection des objets permet de mettre au jour la vision du monde qui les sous-tend, tandis que l’histoire rappelle que la construction de l’identité japonaise peut avoir des implications dépassant les musées.

Astuce mémo

L’universalisme essentialisé peut réactiver le dépassement de la modernité et ses usages nationalistes.

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Nippologies et design japonais avec 26 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Comment la mise en exposition contribue-t-elle à orienter l’interprétation de la réalité ?

2. Selon Jean Davallon, que fait une exposition lorsqu’elle présente des objets au public ?

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Nippologies et design japonais avec 70 flashcards interactives.

Selon Benoît de l’Estoile, que traduit spatialement et sensoriellement la mise en exposition ?

Des conceptions du monde.

Qui développe cette conception dans *Le goût des autres* ?

Benoît de l’Estoile.

Selon Jean Davallon, que construit une exposition dans *L’exposition à l’œuvre* ?

Un propos sous-tendu par une vision du monde.

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