Fiche de révision : Paradigmes et acteurs des relations internationales

Plan du Cours

  1. Décrire et construire un objet
  2. Ordre international et normes
  3. Contester l’ordre international
  4. Réalisme, légalité et État
  5. Interdépendance et échelles d’analyse
  6. Dépendance et facteurs explicatifs
  7. Approches critiques et postcolonialisme
  8. Big Tech et souveraineté étatique
  9. État contesté et continuité historique
  10. Multilatéralisme et formats de coopération
  11. Acteurs non étatiques et institutions européennes
  12. Espaces communs et coopérations conflictuelles

1. Décrire et construire un objet

Notions clés & Définitions

  • Description : Première étape de la recherche, qui rend compte d’une réalité en précisant son espace, son temps, son échelle et les acteurs concernés.
  • Neutralité axiologique : Max Weber - Principe selon lequel le chercheur évite d’imposer ses valeurs et opinions personnelles dans son analyse scientifique.
  • Cas : Fait social qui pose une question et recèle une énigme ou un paradoxe à expliquer.
  • Artefact : Support permettant d’appréhender et de représenter un phénomène auquel le chercheur n’accède pas nécessairement directement.

★ À maîtriser

  • La recherche en relations internationales suit trois moments successifs : description, représentation et interprétation.

📌 Les relations internationales impliquent des acteurs étatiques et non étatiques, même si l’État demeure central dans l’analyse traditionnelle héritée du système westphalien.

  • Déconstruire un thème de recherche consiste à le diviser en objets empiriquement identifiables, puis à les observer.

📌 Le changement d’échelle permet d’étudier un même phénomène à différents niveaux d’observation et fait apparaître des éléments différents.

  • L’objectivité absolue est inaccessible, car l’analyse dépend notamment du temps, de l’espace et du médium utilisé, et le chercheur est lui-même un sujet social.

Compléments

  • Les acteurs non étatiques comprennent :

    • les ONG
    • les entreprises appelées ETI dans le cours
    • la société civile
    • les médias
    • les groupes armés non étatiques
    • les associations
    • les organisations internationales comme l’ONU
  • La description scientifique n’est pas totalement neutre, car les connaissances préalables du chercheur orientent la sélection des éléments jugés pertinents.

📌 Le jugement de valeur exprime une appréciation normative, tandis que le rapport aux valeurs permet d’analyser les objectifs et les conséquences d’un phénomène sans exprimer une opinion personnelle. - Max Weber

📌 Décrire sans employer le verbe « être » aide à privilégier des actions observables, comme « cet État a lancé une offensive militaire », plutôt qu’une qualification générale comme « cet État est agressif ».

  • Les représentations peuvent être :
    • sociales
    • politiques
    • transnationales
    • mondiales

Astuce mémo

Thème → objets observables → analyse

2. Ordre international et normes

Notions clés & Définitions

  • Ordre international : Ensemble des institutions et des normes qui organisent les relations internationales entre les États.
  • Norme internationale : Règle qui encadre les comportements des États et peut contribuer à construire leur identité.
  • Norme : Règle imposée par un État ou un groupe d’États, qui leur confère une certaine légitimité.

★ À maîtriser

  • Le réalisme donne la priorité à la puissance matérielle et à la sécurité des États, tandis que le néoréalisme considère les normes comme secondaires et les États comme égaux dans un système anarchique.

  • L’ordre international repose sur un équilibre entre la légitimité, fondée sur des règles communément acceptées, et la puissance, qui correspond à un rapport de force.

  • Pour les réalistes, la puissance matérielle permet d’imposer ou de diffuser des normes, tandis que les constructivistes mettent l’accent sur les identités, les représentations et les interactions dans leur construction.

  • Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU sont :

    • les États-Unis
    • la Chine
    • le Royaume-Uni
    • la France
    • la Russie

Compléments

  • Henry Kissinger, diplomate américain de la guerre froide, conçoit l’ordre international comme une conception régionale ou civilisationnelle des arrangements justes et de la répartition du pouvoir, jugée applicable au monde entier.

  • Il n’existe pas d’autorité supérieure ni de police des États capable de limiter directement un État lorsque les règles internationales cessent d’être respectées.

  • La conception néolibérale est fondée sur :

    • le libre-échange
    • le pluralisme
    • les droits de l’homme
  • L’émergence des BRICS est située à partir de 2009 et la Nouvelle Banque de développement est créée en 2015.

3. Contester l’ordre international

Notions clés & Définitions

  • Narratif stratégique : Récit politique utilisé pour défendre une vision du monde et la légitimer.
  • Puissance révisionniste : Puissance qui cherche à remettre en cause certains aspects de l’ordre international existant.

★ À maîtriser

  • La Chine défend le principe de non-ingérence et développe ses propres institutions financières, tout en contestant certains aspects de l’ordre international existant.

📌 La contestation russe associe une dimension réaliste fondée sur la force militaire et le territoire à une dimension identitaire fondée sur un récit historique et politique alternatif à l’ordre dominé par les États-Unis.

📌 La Russie privilégie davantage la confrontation militaire et territoriale, tandis que la contestation chinoise passe aussi par les institutions, l’économie et les normes.

Compléments

  • Le rejet chinois de l’Internet classique s’accompagne d’une politique de cybersécurité et de réseaux spécifiques.

  • La contestation russe des territoires et des frontières est mise en relation avec les événements de 2008, de 2014 et de 2022, ainsi qu’avec la Crimée et l’Ukraine.

4. Réalisme, légalité et État

★ À maîtriser

📌 Le réalisme s’oppose à l’idéalisme wilsonien, qui accorde davantage de place à la coopération entre États et au droit international.

  • Raymond Aron distingue les relations internationales par la possibilité qu’ont les acteurs de recourir à la force et critique les notions imprécises de « puissance » et d’« intérêt national » chez des réalistes américains comme Hans Morgenthau.

  • L’intérêt national varie selon :

    • l’État concerné
    • la situation
    • les dirigeants
    • le contexte historique

📌 La légalité désigne la conformité au droit et aux règles existantes, tandis que la légitimité désigne le caractère jugé juste ou acceptable d’une action.

  • L’État s’inscrit dans le temps long, tandis que le gouvernement peut changer rapidement ; un dirigeant représente l’État tout en étant contraint par son histoire et ses institutions.

  • La politique étrangère de Biden combine une logique libérale fondée sur les institutions et la coopération avec une logique réaliste liée à la puissance et aux intérêts américains, ce qui est qualifié de « libéralisme empêché ».

Compléments

  • Ce libéralisme repose sur : le rôle des institutions internationales, les alliances, la défense des libertés individuelles et des droits humains, le libéralisme politique et économique, le maintien du leadership américain

Astuce mémo

Légalité : conforme au droit ; légitimité : jugée juste.

5. Interdépendance et échelles d’analyse

Notions clés & Définitions

  • Interdépendance : Liens entre États par lesquels les décisions de l’un peuvent avoir des conséquences sur les autres, notamment en économie, en énergie, en sécurité ou en matière climatique.
  • Lecture multiscalaire : Analyse d’un problème à l’échelle macro du système international, à l’échelle étatique des États impliqués et à l’échelle micro des acteurs situés en dessous ou au-delà des États.

★ À maîtriser

📌 L’interdépendance peut favoriser la coopération tout en contraignant les États, qui dépendent de leurs partenaires, de leurs alliances et de leurs engagements passés.

Compléments

  • L’OTAN repose sur une histoire et des engagements qui rendent difficile le départ rapide d’un État, tandis que le Brexit montre qu’une sortie décidée par un gouvernement peut être longue et complexe à mettre en œuvre.

📌 L’État conserve sa souveraineté, mais il doit agir dans un système de relations et de contraintes où aucun acteur international n’est véritablement placé au-dessus des États, même si des sanctions peuvent être adoptées.

  • La crise des céréales ukrainiennes en mer Noire s’analyse au niveau mondial, au niveau des États concernés et au niveau des entreprises, populations ou organisations impliquées.

  • Dans la crise céréalière ukrainienne, la concentration de l’offre chez quelques grands exportateurs, les chocs de guerre et de climat et la financiarisation des marchés contribuent à la volatilité des prix et menacent la sécurité alimentaire mondiale.

6. Dépendance et facteurs explicatifs

Notions clés & Définitions

  • Approche impérialiste : Explication des relations internationales par des rapports de domination, notamment économiques et sociaux, qui éclaire les inégalités entre pays du Nord et du Sud ainsi que les effets du capitalisme et de la mondialisation.

★ À maîtriser

  • Il faut aussi prendre en compte :
    • son histoire
    • son idéologie
    • son régime politique
    • sa culture
    • ses dirigeants
    • ses intérêts stratégiques

📌 Le réalisme met l’accent sur la puissance et les conflits, l’interdépendance sur les échanges et la coopération, et l’approche impérialiste sur les dominations économiques et sociales.

Compléments

  • Les événements de l’ex-Yougoslavie et les attentats du 11 septembre 2001 illustrent le rôle que peuvent jouer l’idéologie et les identités politiques au-delà des seuls facteurs économiques.

7. Approches critiques et postcolonialisme

Notions clés & Définitions

  • Postcolonialisme : Courant critique qui analyse l’héritage colonial et la persistance de ses effets dans les sociétés décolonisées en déconstruisant les récits universalistes et eurocentrés.

★ À maîtriser

  • Les approches critiques cherchent à révéler les rapports de domination que le réalisme et le libéralisme laissent dans l’ombre, mais elles se distinguent par leur focale : économie, savoir, genre ou héritage colonial.

📌 Le postpositivisme critique la neutralité des savoirs et les effets de pouvoir des discours, tandis que le postcolonialisme analyse l’héritage colonial et ses effets persistants.

Compléments

  • Le postcolonialisme déconstruit les catégories de développement, de modernité et de sécurité en montrant qu’elles peuvent porter des normes occidentales.

  • Le postcolonialisme rend visibles les voix subalternes et les perspectives non occidentales et éclaire les continuités entre colonialisme formel et dépendances contemporaines liées à l’aide, à la dette ou aux normes.

  • Les limites du postcolonialisme comprennent : le risque d’essentialiser les identités de colonisateur et de colonisé, la sur-extension du concept, qui affaiblit sa puissance explicative, la tension entre critique radicale et propositions gouvernables

  • Robert Cox oppose les théories de résolution de problèmes aux théories critiques et affirme : « Une théorie est toujours pour quelqu’un et pour quelque chose ».

  • Immanuel Wallerstein associe le système-monde aux notions de centre, de périphérie et de semi-périphérie.

  • Edward Said est associé au concept d’orientalisme, qui désigne la construction de l’Orient par l’Occident, et Gayatri Spivak à la question de la parole du subalterne.

8. Big Tech et souveraineté étatique

★ À maîtriser

📌 La puissance est la capacité d’agir, d’influencer et de se développer, tandis que le pouvoir souverain est la capacité d’imposer et de faire respecter des règles sur un territoire par la loi et la souveraineté étatique.

  • Les Big Tech disposent d’une forte puissance liée notamment à l’argent, aux données, aux algorithmes et aux infrastructures numériques, mais elles restent soumises au droit des États et ne possèdent pas leur souveraineté.

Compléments

  • Meta compte environ 3 milliards d’utilisateurs quotidiens et Google réalise plus de 90 % des recherches Internet dans le monde.

  • Les algorithmes des Big Tech ne sont pas neutres, car les entreprises participent à déterminer les contenus recommandés, supprimés ou mis en avant.

  • Dans la guerre en Ukraine, Starlink, entreprise de SpaceX, fournit une connexion par satellite dont l’usage a des conséquences géopolitiques et militaires.

  • Les Big Tech américaines se sont développées avec l’appui d’institutions américaines telles que la DARPA, la CIA et le Pentagone ; Google a notamment participé au programme militaire Maven consacré à l’IA pour drones.

  • Les États cherchent à reprendre le contrôle des Big Tech, notamment par des actions antitrust aux États-Unis et par le Digital Services Act et le Digital Markets Act en Europe.

Astuce mémo

Puissance d’influence des Big Tech ≠ souveraineté étatique.

9. État contesté et continuité historique

★ À maîtriser

  • La centralité de l’État est contestée par l’externalisation de certaines fonctions policières, les monnaies alternatives comme le bitcoin et la production de normes par d’autres acteurs.

Compléments

  • L’État reste un objectif pour des mouvements cherchant à accéder à un État-nation, comme l’illustre la revendication d’un État palestinien dans le conflit Israël-Hamas.

  • En 1978, le Vietnam, proche de l’URSS, envahit le Cambodge des Khmers rouges soutenus par la Chine, puis la Chine envahit le Vietnam en 1979, révélant les divisions du monde communiste.

📌 Le fascisme et le communisme sont présentés comme favorisant une forte centralisation étatique, tandis que le libéralisme pense plutôt la réduction ou la disparition de l’État.

📌 En URSS, le prolétariat est au centre et le PCUS est reconnu comme supérieur à l’État, tandis qu’en Chine plusieurs partis existent mais le Parti communiste chinois contrôle réellement le système.

10. Multilatéralisme et formats de coopération

Notions clés & Définitions

  • Multilatéralisme : Mode systémique de coopération internationale entre plusieurs acteurs, mais qui ne possède pas de définition consensuelle et dont le fonctionnement est discuté.

★ À maîtriser

📌 Les formats institutionnels, comme l’ONU, reposent sur des institutions établies et sont rigides, tandis que les formats flexibles, comme le G7, le G20, les COP et les BRICS+, n’engagent que leurs participants.

Compléments

  • L’analyse opérationnelle du multilatéralisme consiste à rendre observable le passage du concept à la pratique plutôt qu’à simplement constater l’écart entre théorie et pratique.

  • Ramel considère que le multilatéralisme est imparfait dans sa réalisation et que sa réflexion tend à conserver l’idée initiale sans tenir suffisamment compte des difficultés pratiques observées.

  • Le G7 est plus restreint que le G20, tandis que le G20 est plus représentatif ; les réunions de ces forums donnent lieu à un communiqué.

  • Les formats de coopération reposent sur une convergence des intérêts des États et varient selon leur organisation et leur degré d’institutionnalisation.

11. Acteurs non étatiques et institutions européennes

★ À maîtriser

  • Les attributs étatiques évoqués comprennent :
    • l’intangibilité des frontières
    • le fait de battre monnaie
    • le monopole légitime de la violence

Compléments

  • Les acteurs non étatiques comprennent notamment des multimillionnaires, des entreprises multinationales et des associations de la société civile.

  • L’exemple de l’Ukraine montre qu’un État qui veut exercer son monopole de la violence peut dépendre d’acteurs extérieurs, tandis que Starshield, lié à Elon Musk, peut peser sur des enjeux militaires et diplomatiques.

  • Les institutions citées sont :

    • le Parlement européen
    • la Commission européenne
    • la Banque centrale européenne
    • la Cour de justice de l’Union européenne
  • Les tensions entre certaines institutions européennes et des États membres, notamment la Hongrie et la Pologne, rendent les décisions et la coopération plus difficiles.

12. Espaces communs et coopérations conflictuelles

★ À maîtriser

📌 L’approche planétaire considère le monde comme un espace commun dans son ensemble, tandis que l’approche globale prend en compte les intérêts, les territoires et les représentations des acteurs.

📌 Les BRICS ne constituent ni un traité ni une organisation dotée d’un budget commun, mais un cadre souple de coopération où les membres peuvent conserver des positions divergentes, notamment sur la guerre en Ukraine.

  • La multiplication des formats de coopération, les intérêts propres des institutions, les intérêts des États et l’influence croissante des acteurs privés créent une tension entre l’idéal d’une coopération mondiale unifiée et la réalité des intérêts divergents.

Compléments

  • Les espaces concernés sont :

    • les zones économiques exclusives
    • la mer
    • l’espace
    • l’Antarctique
  • La Station spatiale internationale a fonctionné dans un espace qui ne peut pas être découpé entre États, tandis que le Space Act de 2015 permet davantage d’intervention des acteurs non étatiques dans l’espace.

  • Dans le détroit de Taïwan, le cadre décrit maintient l’essentiel des eaux internationales ouvert à la circulation, et le blocage d’un détroit situé dans ces eaux est présenté comme illégal.

Tableaux de synthèse

Formes de coopération internationale

FormatCaractéristiqueExemples
InstitutionnelRigide, institution déjà établieONU
FlexibleEngage les participants, organisation variableCOP, G7, G20, BRICS+

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Paradigmes et acteurs des relations internationales avec 34 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Dans quel ordre se succèdent les trois moments de la recherche en relations internationales ?

2. Une étude sur une crise internationale examine les décisions d’États, mais aussi les actions d’organisations humanitaires et de groupes sociaux. Comment cette démarche se situe-t-elle par rapport à l’approche traditionnelle centrée sur l’État ?

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Paradigmes et acteurs des relations internationales avec 93 flashcards interactives.

Quels sont les trois moments successifs de la recherche en relations internationales ?

La description, la représentation et l’interprétation.

Quels acteurs les relations internationales impliquent-elles, malgré la centralité traditionnelle de l’État ?

Des acteurs étatiques et non étatiques.

Quelles dimensions la description précise-t-elle pour rendre compte d’une réalité ?

Son espace, son temps, son échelle et les acteurs concernés.

Voir les flashcards →

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