Fiche de révision : État de droit et formes de l’État

Plan du Cours

  1. Les éléments constitutifs de l’État
  2. Population, peuple et nation
  3. Les attributs de l’État
  4. L’État créateur et soumis au droit
  5. Droit naturel et droits fondamentaux
  6. Origines de la société et du pouvoir
  7. Formation historique et rôle de l’État
  8. État unitaire et organisation territoriale
  9. Évolutions récentes de la décentralisation
  10. Caractéristiques de l’État régional
  11. Notion d’État fédéral
  12. Origines historiques et juridiques
  13. Confédération, fédération et État fédéral
  14. Principe de superposition juridique
  15. Le principe d’autonomie fédérale
  16. Participation des États fédérés
  17. Évolutions de l’État fédéral
  18. Formes de l’État

Repères chronologiques

  1. Au Moyen ÂgeL’État se forme progressivement en Angleterre et en France par l’affaiblissement des autorités inférieures face à l’autorité royale.
  2. fin du XVIIIᵉ siècleLe positivisme concurrence le jusnaturalisme.
  3. depuis la Seconde Guerre mondialeLa conception matérielle ou substantielle de l’État de droit prend en compte le contenu des règles et la garantie des droits fondamentaux.
  4. 1982-1983Les lois transfèrent des compétences de l’État aux communes, départements et régions.
  5. 2003-2004L’acte II de la décentralisation modifie la Constitution pour inscrire que l’organisation de la République est décentralisée.
  6. 22 septembre 2025À l’Assemblée générale de l’ONU, Emmanuel Macron a annoncé que la France reconnaissait l’État de Palestine.
  7. 7 février 2026Le Conseil présidentiel de transition haïtien a remis le pouvoir exécutif au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.

1. Les éléments constitutifs de l’État

Notions clés & Définitions

  • Territoire : Espace délimité par des frontières à l’intérieur duquel l’État exerce la plénitude de ses compétences.

★ À maîtriser

  • Le territoire de l’État comprend trois composantes :
    • terrestre (sol et sous-sol)
    • maritime (eaux intérieures et mer territoriale)
    • aérienne, située au-dessus des territoires terrestre et maritime

Compléments

  • Le mot « État » apparaît à la Renaissance et Machiavel l’emploie dans Le Prince.

  • La souveraineté maritime s’exerce sur chaque côte et s’affaiblit à mesure que l’on s’éloigne, jusqu’aux eaux internationales.

  • La France possède le deuxième territoire maritime du monde grâce à l’outre-mer, ce qui lui donne accès à davantage de ressources.

  • Les frontières peuvent être naturelles, comme une montagne ou un cours d’eau, ou artificielles, comme une ligne droite dans le désert.

  • Les frontières peuvent être fixées par accord multilatéral, imposées unilatéralement par un pays ou déterminées par un juge en cas de litige entre États.

2. Population, peuple et nation

Notions clés & Définitions

  • Population : Ensemble des individus vivant sur un territoire donné, qu’ils soient nationaux ou étrangers.
  • État-nation : Association fréquente d’un État et d’une nation, dont la France est un cas typique.

★ À maîtriser

📌 Le peuple ne comprend que les nationaux, tandis que la population comprend aussi les étrangers présents sur le territoire ; Monaco compte davantage d’étrangers que de nationaux.

📌 Toute nation est une population, mais toute population n’est pas une nation, car une population peut être hétérogène.

Compléments

📌 En France, l’État a précédé la nation, tandis qu’en Italie la nation a précédé l’État.

  • Les dissociations entre État et nation comprennent : les nations sans État, comme la Palestine ou l’Écosse, les nations réparties sur plusieurs États, comme les Kurdes, les États comprenant plusieurs nations, comme l’ex-Yougoslavie, qui réunissait cinq nations

  • Au moment de cette annonce, au moins 145 des 193 États membres de l’ONU reconnaissaient l’État de Palestine, selon le décompte de l’AFP.

Astuce mémo

La population inclut les étrangers ; le peuple ne rassemble que les nationaux.

3. Les attributs de l’État

Notions clés & Définitions

  • Légitimité : Acceptation et consentement suscités par une autorité ; elle s’apprécie notamment selon que l’autorité est instituée par le droit ou par la force.
  • Personne morale : Organisation distincte des personnes physiques, titulaire de droits et d’obligations ; l’État est un sujet de droit international pouvant agir à l’international.
  • Gouvernement : Pouvoir central qui s’exerce dans un pays.

★ À maîtriser

  • L’autorité politique doit être :

    • effective
    • exclusive
    • légitime
  • La personnalité morale de l’État distingue l’institution du dirigeant, évite l’appropriation du pouvoir par les dirigeants et maintient la continuité du droit.

Compléments

📌 Une autorité effective parvient à se faire obéir, alors que les autorités haïtiennes, soudanaises et somaliennes rencontrent des difficultés à cet égard.

📌 Une autorité est exclusive lorsqu’aucun autre organe ne prétend exercer le pouvoir à sa place ; Daech prétendait se substituer à l’État, notamment en levant des impôts.

  • Les gangs contrôleraient environ 90 % de Port-au-Prince, ce qui illustre la difficulté de l’autorité haïtienne à être effective.

  • L’État dispose notamment d’un patrimoine, d’un budget et d’un droit de propriété, peut ester en justice et contracter, et doit répondre de ses actes en réparant les dommages causés.

📌 Comme personne morale de droit public, l’État sert et protège l’intérêt général, peut imposer des obligations par des actes unilatéraux sans le consentement de leurs destinataires et se distingue des établissements publics et des collectivités territoriales.

  • Les missions comprennent notamment :
    • l’éducation
    • la sécurité
    • la justice
    • la police

Astuce mémo

Personnaliser le pouvoir → distinguer l’institution du dirigeant et assurer la continuité du droit.

4. L’État créateur et soumis au droit

Notions clés & Définitions

  • Jusnaturalisme : Doctrine selon laquelle un droit naturel supérieur au droit positif et aux autorités publiques ou privées est immuable et universel.
  • Positivisme juridique : Affirme que le seul droit est celui posé par des hommes, qu’ils soient autorités publiques ou privées, et nie l’existence d’un droit naturel.

★ À maîtriser

📌 L’État produit le droit par ses autorités, notamment par les lois votées par le Parlement et les règlements, mais il est également soumis au droit qu’il contribue à créer.

Compléments

  • Le droit présente un pluralisme juridique, mais les normes produites par des personnes privées, comme les contrats, ont un lien avec l’autorité publique parce que la loi leur reconnaît le statut de règle de droit.

  • Selon Kelsen, le droit crée l’État en produisant l’ordre juridique, tandis que l’État produit à son tour le droit par ses autorités.

  • Le jusnaturalisme classique fait provenir le droit naturel de la volonté de Dieu, tandis que le jusnaturalisme moderne le rattache à la conscience de chacun concernant le juste et l’injuste.

  • Le positivisme se développe au XXᵉ siècle avec Kelsen, associé au positivisme normativiste, et Duguit est également cité comme positiviste.

Astuce mémo

Le jusnaturalisme pose un droit supérieur ; le positivisme ne reconnaît que le droit posé par des hommes.

5. Droit naturel et droits fondamentaux

Notions clés & Définitions

  • État de droit : La soumission de l’État au droit.

★ À maîtriser

  • Le droit constitutionnel fait la jonction entre le droit naturel et le droit positif.

📌 La conception formelle de l’État de droit vérifie l’existence de mécanismes sanctionnant la méconnaissance du droit sans examiner son contenu, tandis que la conception matérielle ou substantielle prend en compte le contenu des règles et exige qu’elles proclament et garantissent les droits fondamentaux.

  • Le juge constitutionnel contrôle le respect par la loi des normes supérieures et s’assure que le Parlement respecte les libertés fondamentales.

Compléments

  • Les droits fondamentaux, comme la liberté d’opinion et d’expression, transcrivent dans le droit positif des exigences du droit naturel.

  • En rédigeant la DDHC, les révolutionnaires entendaient proclamer des droits universels.

  • La conception formelle de l’État de droit suppose une justice effective, notamment le recours au juge.

  • L’État nazi constitue un exemple d’État de droit purement formel, insuffisant parce qu’il peut soumettre l’État à un droit injuste.

  • L’État de droit matériel n’est pas parfait, car toutes les règles ne sont pas appliquées et l’effectivité de nombreuses règles est limitée par les limites inhérentes de la police et de la justice.

6. Origines de la société et du pouvoir

★ À maîtriser

📌 La thèse de l’origine naturelle considère que la société résulte de la tendance naturelle de l’être humain à rechercher la compagnie de ses semblables, tandis que la thèse contractuelle explique la société par un contrat conclu entre les individus.

  • Pour Aristote, l’homme est un animal politique : les familles forment des villages, qui forment une société politique.

  • Chez Hobbes, les individus confrontés à l’état de nature, caractérisé par une guerre de tous contre tous, concluent un contrat de société et confient leur part de souveraineté à l’État, qui exerce un pouvoir absolu pour assurer leur protection. - Léviathan

  • Chez Hobbes, la justification de l’État est la sécurité. - Léviathan

  • Chez Rousseau, le contrat social lie chacun à la société, qui exprime la volonté générale dont la loi est l’émanation. - Du contrat social, 1762

  • Pour Rousseau, le contrat social garantit la sécurité et la liberté, car chacun participe à la volonté générale et demeure libre en obéissant à la loi qu’il s’est prescrite. - Du contrat social, 1762

Compléments

  • La thèse de l’origine naturelle de la société se retrouve chez saint Thomas d’Aquin.

📌 Dans les doctrines de l’origine naturelle, la société est naturelle, mais le gouvernement relève d’un choix et peut faire l’objet d’un contrat de gouvernement.

  • À la fin du XVIIᵉ siècle, Locke reprend l’idée du contrat social.

  • Les théories du contrat social sont des explications logiques de l’origine de l’État et ne prétendent pas décrire des faits historiques.

Astuce mémo

Chez Aristote, familles → villages → société politique.

7. Formation historique et rôle de l’État

Notions clés & Définitions

  • Gallicanisme : Une doctrine officielle qui promeut l’indépendance du roi de France vis-à-vis du pape.

★ À maîtriser

  • Philippe le Bel lève l’impôt sur le clergé de France, s’oppose au pape et convoque les premiers États généraux en 1302 pour le soutenir.

  • À la fin du XIXᵉ siècle, l’État gendarme se concentre sur la souveraineté et la justice.

  • Au XXᵉ siècle, l’État providence développe un rôle social et redistributif et atteint une taille considérable, particulièrement en France.

Compléments

  • En France, le roi affermit son autorité face aux seigneurs féodaux et étend son territoire, notamment sous Philippe Auguste.

  • Au XIIIᵉ siècle, la légitimité royale française est rattachée à la sainteté, notamment avec saint Louis.

  • Philippe le Bel réorganise l’administration territoriale française aux XIIIᵉ-XIVᵉ siècles.

  • Le roi de France affirme sa souveraineté face à l’empereur du Saint-Empire en se présentant comme « empereur en son royaume ».

  • Aujourd’hui, le néolibéralisme conjugué à la mondialisation interroge le rôle de l’État, qui apparaît en retrait.

Astuce mémo

État gendarme : souveraineté et justice ; État providence : rôle social et redistributif.

8. État unitaire et organisation territoriale

Notions clés & Définitions

  • État unitaire : Se caractérise par l’unité de l’ordre juridique et politique.
  • Déconcentration : Une délégation de compétences d’une autorité étatique centrale à une autorité étatique locale au sein d’une même personne morale.
  • Décentralisation : Le transfert de compétences de l’État vers d’autres personnes morales de droit public.
  • Collectivité territoriale : Une personne morale de droit public qui administre librement un territoire par des autorités locales élues au suffrage universel.
  • Délocalisation : Le simple transfert géographique du siège d’une institution de la capitale vers la province.

★ À maîtriser

  • L’unité de l’ordre juridique de l’État unitaire comprend une seule Constitution et une seule souveraineté, la Constitution étant à la tête de l’ordre juridique étatique.

📌 La déconcentration transfère des compétences à l’intérieur d’une même personne morale, tandis que la décentralisation les transfère entre plusieurs personnes morales.

Compléments

  • L’unité de l’ordre politique de l’État unitaire repose sur un pouvoir central unique, comprenant un seul pouvoir exécutif, législatif et judiciaire, ainsi que sur un seul peuple, en tout cas en France.

  • Dans un État unitaire, les autorités locales peuvent prendre des règlements, mais elles ne disposent pas du pouvoir constituant et ne peuvent pas adopter de Constitution.

  • Le transfert d’un pouvoir du ministre au préfet constitue un exemple de déconcentration : la décision reste nationale, mais est prise au niveau local.

  • Odilon Barrot résume la déconcentration par la formule : « C’est toujours le même marteau qui frappe, mais on en a raccourci le manche. »

📌 La décentralisation par service transfère des compétences à des établissements publics chargés de gérer un service public, tandis que la décentralisation territoriale les transfère à des collectivités territoriales.

  • La décentralisation ne retire pas à l’État sa souveraineté : il conserve « la compétence de sa compétence ».

  • Édith Cresson, Première ministre en 1991-1992, déplace l’ENA à Strasbourg : cet exemple relève de la délocalisation.

9. Évolutions récentes de la décentralisation

★ À maîtriser

  • Présenté en Conseil des ministres le 20 mai 2026, le texte « Renforcement de l’État local » ne contenait aucune mesure de décentralisation et portait uniquement sur la déconcentration, en renforçant le rôle du préfet.

Compléments

  • La plupart des pays sont aujourd’hui des États unitaires décentralisés, et l’Europe tend vers la décentralisation, notamment sous l’influence de l’Union européenne.

  • Selon une note de la commission des lois de l’Assemblée nationale de février 2026, l’« acte III » désigne la séquence ouverte par la loi de réforme des collectivités territoriales de 2010 et approfondie par les lois MAPTAM de 2014 et NOTRe de 2015.

  • En septembre 2025, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé un « grand acte de décentralisation ».

  • Critiqué comme recentralisateur par des associations d’élus et des sénateurs, le texte « Renforcement de l’État local » a été retiré de l’ordre du jour du Sénat le 25 juin 2026 au profit du projet de loi « Relance logement », qui comportait des mesures de décentralisation.

  • Le 25 juin 2026, le Sénat a adopté un projet de loi de simplification des normes applicables aux collectivités.

Astuce mémo

Le préfet renforcé relève de la déconcentration ; les compétences transférées relèvent de la décentralisation.

10. Caractéristiques de l’État régional

Notions clés & Définitions

  • État régional : Forme d’État où des collectivités territoriales élues disposent d’une autonomie politique et normative importante, notamment d’un pouvoir législatif, sans pouvoir adopter de Constitution.

★ À maîtriser

📌 L’État régional se distingue de l’État unitaire décentralisé par l’existence de plusieurs pouvoirs législatifs, exercés par les autorités locales en plus de leur pouvoir administratif.

  • Dans l’État régional, l’autonomie normative des régions est garantie par la Constitution, et la Cour constitutionnelle contrôle les lois régionales.

📌 En Italie, les régions à statut normal, comme la Toscane, et celles à statut spécial, comme la Sicile, disposent toutes deux d’un pouvoir législatif, mais l’autonomie financière est plus importante pour les régions à statut spécial.

  • En Espagne, les communautés autonomes, comme l’Andalousie, disposent d’un pouvoir législatif et de leurs propres statuts, mais elles n’ont ni Constitution ni véritable pouvoir constituant, et leurs statuts doivent être approuvés par le Parlement national.

Compléments

  • Les régions d’un État régional peuvent s’organiser elles-mêmes en adoptant des statuts élaborés en concertation avec l’État central.

📌 Certains auteurs considèrent l’État régional comme une catégorie intermédiaire entre l’État unitaire et l’État fédéral, tandis que le professeur le considère comme un État unitaire parce qu’il n’existe qu’une seule Constitution.

  • En Italie, la Constitution de 1947 divise le territoire en régions et son article 117 attribue l’exercice du pouvoir législatif à l’État et aux régions.

📌 En Italie, les statuts régionaux doivent être approuvés par le Parlement italien et l’autonomie des régions est contrôlée par la Cour constitutionnelle.

  • Au Royaume-Uni, la dévolution, engagée à la fin des années 1990, est asymétrique parce qu’elle accorde des niveaux d’autonomie différents selon les territoires.

  • En 2022, la Cour suprême du Royaume-Uni a jugé que le Parlement écossais ne pouvait organiser un nouveau référendum sans l’accord de Westminster.

  • L’Écosse ne possède pas la « compétence de sa compétence », ce qui illustre la limite de la dévolution.

  • Tocqueville présentait la décentralisation comme une école de la démocratie et établissait ainsi un lien entre démocratie et décentralisation.

  • La décentralisation rapproche le pouvoir du citoyen en le faisant exercer à l’échelon le plus proche.

  • La différenciation territoriale adapte les compétences aux particularités géographiques ou culturelles des territoires, certains recevant davantage de compétences que d’autres.

  • Aux élections du Parlement écossais de mai 2026, le SNP de John Swinney a remporté une cinquième victoire consécutive et disposait, avec les Verts, de 73 sièges sur 129.

11. Notion d’État fédéral

Notions clés & Définitions

  • État fédéral : État composé de plusieurs États fédérés, qui possèdent chacun leur Constitution.

★ À maîtriser

📌 L’État unitaire est un seul État, tandis que l’État fédéral est composé de plusieurs États fédérés.

  • Dans La politique méthodiquement exposée, rédigée en 1603, Johannes Althusius expose une pensée considérée comme un précurseur intellectuel du fédéralisme.

  • 🔄 La hiérarchie des groupements va (Johannes Althusius) :

    1. de la famille aux groupements publics
    2. des groupements publics aux villes
    3. des villes aux provinces
    4. des provinces aux royaumes
    5. des royaumes à une association d’États
  • Althusius conçoit le fédéralisme comme un moyen de concilier l’autonomie de la personne, celle de chaque entité et le bien commun. - Johannes Althusius

Compléments

  • L’État fédéral répond à la question de la conciliation entre l’unité et la diversité sur un territoire donné, en intégrant la pluralité sans que l’unité ou la diversité n’écrase l’autre.

  • Les États-Unis et la Russie sont des États fédéraux, tandis que la Chine est un État unitaire.

📌 Chez Althusius, la famille est une structure privée qui ne procède pas de la volonté, tandis que les groupements plus vastes sont des structures publiques formées par la volonté, comme les corps de métier ou les villes. - Johannes Althusius

Astuce mémo

L’État unitaire concentre l’État ; l’État fédéral réunit plusieurs États fédérés.

12. Origines historiques et juridiques

★ À maîtriser

📌 L’État fédéral par association résulte de la réunion d’États indépendants, tandis que l’État fédéral par dissociation résulte de la transformation d’un État unitaire.

  • La Belgique est un exemple d’État fédéral par dissociation, car elle est passée d’un État unitaire à une organisation fédérale pour préserver son unité tout en laissant davantage de liberté aux Flamands et aux Wallons.

  • Un État fédéral naît généralement d’un acte unilatéral, c’est-à-dire d’une Constitution, et non d’un traité de droit international conclu entre plusieurs entités.

Compléments

  • Les États-Unis, la Suisse et l’Allemagne sont présentés comme des États fédéraux issus de l’association d’États indépendants.

Astuce mémo

Association : des États s’unissent ; dissociation : un État unitaire se décompose

13. Confédération, fédération et État fédéral

★ À maîtriser

  • La confédération est une organisation internationale composée d’États qui restent souverains, tandis que l’État fédéral est un véritable État dont les États fédérés ont abandonné leur souveraineté.

  • La confédération repose sur un traité entre États indépendants, tandis que l’État fédéral repose sur une Constitution.

  • Pour Olivier Beaud, l’État fédéral est souverain, tandis que la fédération ne l’est pas et constitue une catégorie intermédiaire entre la confédération et l’État fédéral. - Théorie de la fédération, 2007

Compléments

  • La Communauté des États indépendants, qui gravite autour de la Russie, associe notamment la Russie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan.

  • Le Commonwealth regroupe 56 États, pour la plupart d’anciennes colonies britanniques, et certains reconnaissent le monarque britannique comme leur souverain.

  • En 2022, Olivier Beaud estimait que les traités européens ne répondaient pas aux critères du pacte fédératif et que l’Union européenne n’était donc pas pleinement une fédération.

Astuce mémo

Confédération : États souverains ; État fédéral : État souverain

14. Principe de superposition juridique

★ À maîtriser

  • Dans un État fédéral, l’État fédéral et les États fédérés se superposent, ce qui distingue cette organisation de l’État unitaire.

  • La superposition fédérale comprend deux ordres juridiques, l’ordre fédéral et l’ordre fédéré, dont chacun a sa Constitution.

📌 La différence entre l’État unitaire décentralisé, l’État régional et l’État fédéral tient notamment à l’existence de règlements locaux dans le premier, d’une législation locale dans le deuxième et d’une Constitution locale dans le troisième.

📌 Dans un État fédéral, le droit fédéral prime le droit fédéré, qui doit lui être conforme.

  • Dans un État fédéral, les niveaux fédéral et fédéré disposent chacun de pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, ce qui produit une double séparation des pouvoirs.

Compléments

  • La Belgique constitue une exception à la superposition de deux niveaux, car son organisation comporte l’État fédéral, les régions et les communautés définies sur le plan linguistique.

📌 La Belgique présente une construction plutôt ternaire, avec l’État fédéral, les régions et les communautés, ce qui explique que ses entités fédérées n’aient pas toutes leur propre Constitution.

  • L’Union européenne n’est pas un État fédéral, mais sa primauté du droit présente une logique fédérale commune avec le fédéralisme.

  • Aux États-Unis, la police existe aux niveaux fédéral, fédéré et municipal, tandis que la justice comprend un système fédéral et un système propre à chaque État, notamment des cours suprêmes d’État.

  • Le mimétisme institutionnel désigne la reproduction par les États fédérés du paysage institutionnel fédéral, comme les gouverneurs des États américains, équivalents au niveau fédéré du président fédéral.

Astuce mémo

Deux Constitutions superposées, celle de l’État fédéral et celle des États fédérés

15. Le principe d’autonomie fédérale

Notions clés & Définitions

  • Autonomie : La capacité à se fixer ses propres normes et, pour un État fédéré, consiste à disposer de compétences propres protégées et respectées, notamment en cas de conflit.
  • Clé de répartition des compétences : Les dispositions fondamentales qui organisent la répartition des compétences entre les niveaux fédéral et fédéré.

★ À maîtriser

  • Les compétences propres des États fédérés sont prévues par la Constitution fédérale et s’exercent sans ingérence des autorités fédérales.

  • Un fédéralisme est symétrique lorsque les entités fédérées disposent de pouvoirs identiques ou globalement similaires, et asymétrique lorsque leurs compétences sont différenciées et qu’elles ne sont pas placées sur un pied d’égalité.

  • Une répartition matérielle attribue un domaine précis à un niveau de pouvoir, tandis qu’une répartition fonctionnelle répartit les pouvoirs selon les fonctions étatiques, notamment la législation et l’exécution.

  • Une compétence exclusive relève d’un seul niveau de pouvoir, tandis qu’une compétence partagée implique les niveaux fédéral et fédéré.

  • Dans une compétence concurrente, les deux niveaux sont compétents mais l’un ou l’autre intervient ; dans une compétence complémentaire, les deux interviennent et l’action des États fédérés s’exerce en application des lois fédérales.

  • Les juges constitutionnels tranchent les conflits de compétences entre l’État fédéral et les États fédérés, après avoir pu être saisis par l’un ou l’autre niveau.

📌 L’autonomie d’un État fédéré ne signifie pas son indépendance : il dépend de l’État fédéral, qui détient la souveraineté externe.

Compléments

  • Le Canada et la Russie sont des exemples de fédéralisme asymétrique, car leurs entités fédérées n’ont pas toutes les mêmes pouvoirs.

  • Dans une répartition matérielle, les affaires étrangères et la diplomatie relèvent généralement de l’État fédéral, tandis que l’enseignement et la culture peuvent relever des États fédérés.

  • Aux États-Unis, ces matières relèvent des États fédérés plutôt que de l’État fédéral :

    • la peine de mort
    • le mariage
    • l’avortement

📌 Le fédéralisme est dit législatif ou exécutif selon que la législation revient pour l’essentiel à l’État fédéral et l’exécution aux États fédérés, ou inversement.

  • Aux États-Unis, l’État fédéral dispose souvent de compétences d’attribution expressément énumérées, tandis que les États fédérés détiennent la compétence de droit commun, dite de principe ou résiduelle.

  • Au Canada, les États fédérés disposent de compétences d’attribution et l’État fédéral de la compétence de droit commun, qui couvre ce qui reste.

  • En Allemagne, tant que l’État fédéral n’exerce pas son droit de légiférer dans un domaine concurrent, les Länder peuvent légiférer.

Astuce mémo

Autonomie ≠ indépendance : les États fédérés fixent des normes, mais ne détiennent pas la souveraineté externe.

16. Participation des États fédérés

★ À maîtriser

  • Selon le principe de participation, les États fédérés prennent part à l’exercice de certains pouvoirs de l’État fédéral, notamment les pouvoirs législatif, exécutif et constituant.

  • Dans un État fédéral, les États fédérés sont représentés au Parlement fédéral.

  • Le Parlement fédéral est en principe bicaméral, avec une seconde chambre destinée à représenter les États fédérés, mais il existe des exceptions.

  • Aux États-Unis, le Sénat représente les 50 États à raison de deux sénateurs par État, soit 100 sénateurs, quelle que soit la population de chaque État.

📌 Dans la plupart des États fédéraux, le bicamérisme est inégalitaire et la chambre haute représentant les États fédérés dispose souvent de moins de pouvoirs que la chambre basse représentant les citoyens, tandis qu’aux États-Unis le Sénat a des pouvoirs aussi importants, voire plus importants, que la Chambre des représentants.

📌 Les États fédérés peuvent participer au pouvoir constituant fédéral : aux États-Unis, une révision de la Constitution fédérale doit être ratifiée par les trois quarts des États fédérés.

Compléments

  • En Belgique, le fédéralisme est qualifié de bipolaire en raison de la parité entre les ministres flamands et les ministres francophones.

  • Au Canada et en Suisse, les États fédérés sont représentés au sein de l’exécutif fédéral, tandis qu’aux États-Unis ils jouent un rôle important dans l’élection du président.

  • La participation des États fédérés au pouvoir judiciaire n’est pas présentée comme un mécanisme de participation fédérale, même si des juges sont élus dans certains pays comme les États-Unis.

17. Évolutions de l’État fédéral

Notions clés & Définitions

  • Fédéralisme coopératif : Recherche l’équilibre, la coopération et le compromis entre les niveaux fédéral et fédéré, l’Allemagne en étant l’exemple type.
  • Sécession : Séparation d’un ou de plusieurs États fédérés qui quittent l’État fédéral.
  • Dislocation totale : Désagrégation de l’État fédéral, qui fait passer les États fédérés de l’autonomie à l’indépendance.

★ À maîtriser

  • Les trois évolutions possibles de l’État fédéral sont :

    • l’intégration
    • la coopération
    • la dislocation
  • L’intégration renforce l’État fédéral au détriment des États fédérés et peut aller jusqu’à transformer l’État fédéral en État unitaire.

📌 La coopération loyale comprend la coopération horizontale entre États fédérés et la coopération verticale entre les États fédérés et l’État fédéral.

📌 Le droit international reconnaît aux peuples un droit à l’autodétermination, notamment pour les peuples colonisés ou exploités, mais la plupart des Constitutions ne reconnaissent pas un droit à la sécession.

Compléments

📌 L’intégration de l’État fédéral peut être financière lorsque les États fédérés dépendent des finances fédérales, ou juridique lorsque la jurisprudence constitutionnelle accroît les compétences fédérales.

  • Dans un arrêt de 1819, la Cour suprême des États-Unis consacre la théorie des pouvoirs implicites, selon laquelle certains pouvoirs fédéraux découlent implicitement de la Constitution.

  • Depuis les années 1990, la jurisprudence de la Cour suprême des États-Unis s’est montrée plus protectrice des droits des États fédérés, notamment en évoquant une souveraineté partagée dans l’arrêt Printz de 1997.

  • En 2022, la Cour suprême des États-Unis a renvoyé la réglementation de l’avortement au niveau des États fédérés, permettant une diversité des législations sur l’accès à l’avortement.

  • La coopération loyale est également consacrée par le droit de l’Union européenne.

  • En Allemagne, la coopération fédérale est équilibrée : malgré certains aspects centralisateurs, notamment en matière de droits fondamentaux, la jurisprudence défend aussi les compétences des Länder.

  • La coopération entre niveaux de gouvernement peut avoir un effet centralisateur, même si cet effet doit être nuancé.

  • Le Canada ne reconnaît pas au Québec un droit à la sécession, et l’Espagne ne reconnaît pas ce droit à la Catalogne, bien qu’elle soit un État régional et non fédéral.

  • Le Tribunal constitutionnel allemand a interdit un référendum d’autodétermination en Bavière.

Astuce mémo

Intégration vers le centre, dislocation vers la séparation ; la coopération cherche l’équilibre.

18. Formes de l’État

Points essentiels

📌 Les formes de l’État se distinguent selon l’existence d’autorités locales élues par les citoyens et l’étendue des pouvoirs qui leur sont reconnus.

  • La gradation des formes de l’État va de :
    • l’État unitaire centralisé
    • l’État unitaire décentralisé
    • l’État unitaire régional
    • l’État fédéral

📌 Dans l’État unitaire décentralisé, les collectivités territoriales disposent d’un pouvoir administratif ; dans l’État unitaire régional, elles disposent d’un pouvoir législatif ; dans l’État fédéral, les États fédérés disposent d’un pouvoir constituant.

Tableaux de synthèse

Jusnaturalisme et positivisme

CourantConception du droitFondement
Jusnaturalisme classiqueDroit naturel supérieur, immuable et universelVolonté de Dieu
Jusnaturalisme moderneDroit naturel supérieur, immuable et universelConscience individuelle du juste et de l’injuste
PositivismeSeul existe le droit posé par des hommesAutorités publiques ou privées

Les formes de la décentralisation

FormeDestinataireObjet
Par serviceÉtablissements publicsGestion d’un service public
TerritorialeCollectivités territorialesAdministration libre d’un territoire

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur État de droit et formes de l’État avec 40 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Un litige porte sur une frontière passant dans le désert. Concernant les frontières de l’État, cochez la (les) proposition(s) exacte(s) :

2. Sur un territoire, les résidents sont nationaux ou étrangers, et leur population est hétérogène. Parmi les propositions suivantes concernant population, peuple et nation, lesquelles sont exactes ?

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de État de droit et formes de l’État avec 95 flashcards interactives.

Qu’est-ce que le territoire d’un État ?

L’espace délimité par des frontières où l’État exerce la plénitude de ses compétences.

Quelles composantes forment le territoire d’un État ?

Les composantes terrestre, maritime et aérienne.

Qu’est-ce que la population d’un territoire ?

L’ensemble des individus qui y vivent, nationaux ou étrangers.

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