Fiche de révision : Sources et contrôle de la légalité

Plan du Cours

  1. Organisation des juridictions administratives
  2. Compétences et conflits de juridiction
  3. Recours contre les actes administratifs
  4. Contentieux des personnes et réparation
  5. Recours et recevabilité contentieuse
  6. Délais et stabilité des décisions
  7. Pouvoirs du juge administratif
  8. Sources et hiérarchie de la légalité
  9. Pouvoir réglementaire et actes individuels
  10. Traités et hiérarchie des normes
  11. Droit de l’Union européenne
  12. Contrôle de légalité et compétence
  13. Forme et procédure des actes
  14. Contrôle de la légalité interne
  15. Fondements de la responsabilité administrative
  16. Faute personnelle et faute de service
  17. Faute de service et responsabilité
  18. Gravité de la faute administrative

1. Organisation des juridictions administratives

★ À maîtriser

  • Les tribunaux administratifs sont les juges de droit commun en premier ressort, les cours administratives d’appel sont les juges d’appel de droit commun et le Conseil d’État est la juridiction suprême de l’ordre administratif.

📌 Le Conseil d’État exerce une fonction consultative, qui conseille le Gouvernement, et une fonction juridictionnelle, qui participe au jugement des litiges et à l’unification de la jurisprudence administrative.

📌 En application de l’article 39 de la Constitution, le Gouvernement doit consulter le Conseil d’État sur tout projet de loi, mais l’avis rendu ne le lie pas.

Compléments

  • Créées par la loi du 31 décembre 1987 et mises en place en 1989, les cours administratives d’appel sont au nombre de huit.

  • Les tribunaux administratifs ont succédé aux conseils de préfecture en vertu du décret-loi du 30 septembre 1953 et sont au nombre de 42.

  • Les juridictions administratives spécialisées disposent de compétences attribuées par un texte particulier et leurs décisions rendues en dernier ressort relèvent en principe de la cassation devant le Conseil d’État, conformément au principe dégagé par l’arrêt d’Assemblée D’Aillières du 7 février 1947. - D’Ailières

2. Compétences et conflits de juridiction

★ À maîtriser

📌 Les tribunaux administratifs sont compétents en premier ressort sauf lorsqu’un texte attribue le litige à une autre juridiction, et leur compétence territoriale dépend en principe du ressort où siège l’autorité qui a pris la décision ou conclu le contrat contesté.

📌 Le juge d’appel rejuge l’affaire au fond, tandis que le juge de cassation contrôle la décision rendue par les juges du fond sans constituer un troisième degré de juridiction.

  • Le Conseil d’État est juge de cassation des décisions rendues en dernier ressort par les juridictions administratives et contrôle notamment la compétence, les vices de forme et de procédure, l’erreur de droit et l’erreur de qualification juridique des faits.

📌 Le juge administratif connaît en principe du contentieux des actes administratifs et des contrats administratifs, tandis que certaines matières sont réservées au juge judiciaire, notamment par nature ou en vertu d’une attribution législative.

📌 Depuis l’arrêt SCEA du Chéneau du 17 octobre 2011, le juge judiciaire non répressif peut apprécier lui-même la légalité d’un acte administratif si une jurisprudence administrative établie a déjà tranché la question ou si la légalité dépend de sa compatibilité avec le droit de l’Union européenne. - SCEA du Chéneau c/ INAPORC

Compléments

  • Si le jugement de première instance est irrégulier, le juge d’appel l’annule puis peut statuer au fond par évocation ; s’il est régulier ou que sa régularité n’est pas contestée, il réexamine le litige par l’effet dévolutif de l’appel.

  • Le Tribunal des conflits règle les conflits de compétence entre les deux ordres de juridiction et est composé à parité de membres issus du Conseil d’État et de la Cour de cassation.

Astuce mémo

Conflit positif : le préfet élève le conflit ; conflit négatif : les deux ordres se déclarent incompétents.

3. Recours contre les actes administratifs

★ À maîtriser

  • Le recours pour excès de pouvoir demande principalement l’annulation d’un acte administratif, tandis que le recours de pleine juridiction permet au juge d’exercer des pouvoirs plus étendus, comme la réformation ou l’indemnisation.

  • Le recours pour excès de pouvoir est ouvert même sans texte contre toute décision administrative, conformément au principe général du droit consacré par l’arrêt d’Assemblée Dame Lamotte du 17 février 1950.

  • L’annulation d’un acte administratif produit en principe un effet rétroactif et une autorité absolue de chose jugée, l’acte étant retiré de l’ordonnancement juridique pour tous.

Compléments

  • La distinction classique entre recours pour excès de pouvoir et recours de pleine juridiction est complétée par les contentieux de l’interprétation et de la répression, selon la présentation exposée par E. Laferrière dans le Traité de la juridiction administrative et des recours contentieux de 1887.

📌 Le juge peut moduler dans le temps les effets d’une annulation en maintenant certains effets passés de l’acte lorsque les intérêts publics et privés en présence le justifient, selon l’arrêt d’Assemblée Association AC ! du 11 mai 2004.

📌 Le juge peut neutraliser un vice de procédure qui n’a pas influé sur le sens de la décision, selon l’arrêt d’Assemblée Danthony du 23 janvier 2011.

Astuce mémo

Annulation : retirer l’acte ; réformation : le modifier.

4. Contentieux des personnes et réparation

★ À maîtriser

📌 Le contentieux des personnes est subjectif et porte sur la lésion de droits subjectifs, tandis que le contentieux des actes examine principalement la légalité objective d’un acte administratif.

📌 Toute illégalité d’une décision administrative constitue une faute susceptible d’engager la responsabilité de l’administration, selon l’arrêt Ville de Paris c/ Sieur Driancourt du 26 janvier 1973.

Compléments

📌 Un requérant peut combiner dans une même requête un recours pour excès de pouvoir contre une décision illégale et une demande de réparation des préjudices causés par cette illégalité, conformément à l’arrêt Blanc, Argaing, Bézie du 31 mars 1911.

  • En matière de responsabilité de la puissance publique, le juge peut être saisi d’une demande d’indemnisation fondée sur une responsabilité pour faute ou sans faute.

  • Depuis l’arrêt Société Atom du 16 février 2009, le contentieux des sanctions administratives générales relève de la pleine juridiction et le juge peut notamment réduire la sanction contestée.

5. Recours et recevabilité contentieuse

Notions clés & Définitions

  • Intérêt à agir : Intérêt lésé dont le demandeur doit justifier ; le juge l’apprécie concrètement à la date du recours et au regard de son objet.

★ À maîtriser

  • Dans le recours de pleine juridiction en réformation, le juge peut modifier l’acte administratif et se substituer à l’administration, en appréciant la situation à la date de sa décision.

  • Le requérant peut réunir dans une même requête un recours pour excès de pouvoir et une demande indemnitaire, mais doit présenter deux demandes respectant chacune les règles propres à son recours. - Marcou, 9 décembre 2011

  • Une requête contre une décision administrative doit en principe être dirigée contre une décision préalable ; une demande de paiement n’est recevable qu’après une décision de l’administration sur une demande préalable, sauf le contentieux de la répression.

Compléments

📌 En urbanisme, une association n’est recevable à agir contre une décision relative à l’occupation ou à l’utilisation des sols que si ses statuts ont été déposés en préfecture au moins un an avant l’affichage en mairie de la demande du pétitionnaire.

Astuce mémo

Le REP contrôle la légalité ; le recours de pleine juridiction peut modifier ou réparer.

6. Délais et stabilité des décisions

★ À maîtriser

  • Le délai de droit commun du recours contentieux est de deux mois à compter de la notification ou de la publication de la décision attaquée, et il est franc.

  • Selon l’article R. 421-5 CJA, les délais de recours ne sont opposables que si la notification de la décision mentionne les voies et délais de recours.

  • Selon CE, Ass., 13 juillet 2016, M. Czabaj, une décision individuelle notifiée ou dont le destinataire a eu connaissance ne peut être contestée au-delà d’un an à compter de cette notification ou de cette connaissance établie.

  • L’exception d’illégalité permet de contester indirectement un acte réglementaire définitif à l’occasion du recours contre une décision individuelle prise sur son fondement, sans obtenir l’annulation du règlement lui-même.

Compléments

📌 Le délai de recours est un délai de procédure, tandis que la prescription quadriennale concerne en règle générale les créances, notamment indemnitaires.

📌 La théorie de la connaissance acquise fait courir le délai de recours à partir du jour où il est établi que le requérant a connu l’existence et le contenu de la décision.

Astuce mémo

Publicité régulière → délai de recours ; défaut d’information → délai Czabaj d’un an.

7. Pouvoirs du juge administratif

★ À maîtriser

  • L’administration doit abroger un acte réglementaire illégal, que l’illégalité soit originelle ou résulte d’un changement de circonstances de fait ou de droit. - Cie Alitalia, 3 février 1989

  • Le juge administratif ne peut en principe statuer ultra petita, mais il peut soulever d’office certains moyens d’ordre public, notamment l’incompétence et la responsabilité sans faute.

  • Depuis la loi du 8 février 1995, le juge administratif peut, lorsqu’une décision implique nécessairement une mesure d’exécution déterminée, enjoindre à l’administration de la prendre et, le cas échéant, fixer un délai.

  • Le référé-suspension suppose une urgence et un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision ; il peut être demandé avec un recours en annulation ou en réformation.

  • Le référé-liberté permet au juge d’ordonner toute mesure nécessaire pour sauvegarder une liberté fondamentale victime d’une atteinte grave et manifestement illégale imputable à une personne publique ou à un organisme privé chargé d’un service public.

Compléments

📌 Les jugements sont exécutoires dès leur notification ; l’autorité de la chose jugée est en principe relative, mais l’annulation d’un acte administratif produit un effet erga omnes et une autorité absolue.

8. Sources et hiérarchie de la légalité

Notions clés & Définitions

  • Bloc de légalité : Ensemble hiérarchisé des normes de référence que l’administration doit respecter, les normes inférieures étant subordonnées aux normes supérieures.
  • Principes généraux du droit : Aramu et autres, 26 octobre 1946 - Règles non écrites dégagées par le Conseil d’État et dont le respect s’impose aux autorités administratives.

Points essentiels

  • Le bloc de constitutionnalité comprend notamment :
    • la Constitution de 1958
    • son préambule
    • la DDHC
    • le préambule de 1946
    • la Charte de l’environnement

📌 Selon la théorie de la loi-écran, le juge administratif ne peut annuler un acte administratif pour inconstitutionnalité lorsque la loi dont il fait application s’interpose entre l’acte et la norme constitutionnelle invoquée. - Arrighi, 6 novembre 1936

  • La QPC, prévue à l’article 61-1 de la Constitution, permet de contester a posteriori une disposition législative au regard des droits et libertés que la Constitution garantit.

📌 Une ordonnance prise sur habilitation parlementaire est un acte administratif réglementaire avant sa ratification expresse et acquiert une valeur législative après cette ratification.

Astuce mémo

La pyramide de Kelsen : chaque norme inférieure doit respecter celle qui la surplombe.

9. Pouvoir réglementaire et actes individuels

Notions clés & Définitions

  • Décision individuelle : Acte administratif dont les destinataires sont nommément désignés et qui produit des effets subjectifs à leur égard.

★ À maîtriser

  • Le pouvoir réglementaire peut être reconnu à tout chef de service sans texte pour organiser le service, à condition que les mesures ne dépassent pas son champ, selon CE, sect., 7 février 1936, Jamart.

  • Selon l’article 37, alinéa 1, de la Constitution, les matières autres que celles du domaine de la loi ont un caractère réglementaire, ce qui fonde des règlements autonomes.

  • Une décision individuelle doit respecter les normes qui lui sont supérieures et les actes réglementaires applicables, même lorsque ceux-ci ont été pris par une autorité subordonnée à l’auteur de la décision.

Compléments

📌 Les autorités administratives indépendantes ne peuvent recevoir un pouvoir réglementaire que si la portée des mesures est limitée dans leur contenu et leur champ d’application, selon CC, 17 janvier 1989, Loi modifiant la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, n° 88-248 DC.

📌 L’article 21 de la Constitution confie au Premier ministre le pouvoir réglementaire nécessaire à l’exécution des lois.

Astuce mémo

Le règlement organise en général ; la décision individuelle vise des destinataires nommés.

10. Traités et hiérarchie des normes

Notions clés & Définitions

  • Dualisme juridique : Coexistence de deux ordres distincts, l’ordre interne dominé par la Constitution et l’ordre international dominé par les traités.

★ À maîtriser

📌 Selon l’article 55 de la Constitution, les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés et publiés ont une autorité supérieure aux lois, sous réserve de leur application par l’autre partie, condition dite de réciprocité.

  • Le Conseil constitutionnel s’est déclaré incompétent pour contrôler la conformité des lois aux traités dans sa décision CC, 15 janvier 1975, IVG.

  • Les juges judiciaire et administratif sont les juges de droit commun de la conventionalité des lois : le juge peut écarter une loi inconventionnelle sans l’annuler, comme l’illustrent Cass. Ch. Mixte, 24 mai 1975, Société des cafés Jacques Vabre et CE, Ass., 20 octobre 1989, Nicolo.

📌 Dans l’ordre interne, les traités ne prévalent pas sur la Constitution, selon CE, Ass., 30 octobre 1998, Sarran, Levacher et autres, et C. Cass., plén., 2 juin 2000, Fraisse.

📌 Le juge administratif peut annuler un acte administratif réglementaire directement contraire à une stipulation conventionnelle, selon CE, Ass., 30 mai 1952, Dame Kirkwood.

Compléments

📌 La coutume internationale s’applique dans l’ordre interne sauf dispositions législatives contraires, selon CE, Sect., 14 octobre 2011, Saleh et autres.

Astuce mémo

En droit interne, la Constitution domine ; dans l’ordre international, les traités priment.

11. Droit de l’Union européenne

Notions clés & Définitions

  • Règlement européen : Acte de portée générale, obligatoire dans tous ses éléments et directement applicable dans les États membres après sa publication au Journal officiel de l’Union européenne.
  • Directive européenne : Acte qui lie les États membres quant au résultat à atteindre, leur laisse le choix de la forme et des moyens, et doit être transposé dans un délai fixé, présenté dans le cours comme étant de deux ans.

★ À maîtriser

  • Le droit primaire de l’Union comprend le TUE et le TFUE, tandis que le droit dérivé comprend notamment les règlements et les directives adoptés par les institutions européennes sur le fondement des traités.

  • Dans l’ordre interne, les traités européens prévalent sur la loi mais restent subordonnés à la Constitution, selon CE, 3 décembre 2001, Syndicat national de l’industrie pharmaceutique.

  • Les dispositions claires, précises et inconditionnelles des traités européens ont un effet direct vertical, permettant aux requérants de les invoquer contre un acte administratif, et horizontal, permettant leur invocation entre justiciables, selon CJCE, 5 février 1963, Van Gend en Loos.

  • En vertu de l’article 267 TFUE, le juge administratif doit renvoyer une question d’interprétation à la CJUE si elle est nécessaire à la solution du litige et présente une difficulté sérieuse, sauf si la question a déjà été tranchée ou si l’application du droit de l’Union ne laisse aucun doute raisonnable.

  • Les dispositions précises et inconditionnelles d’une directive non transposée dans les délais peuvent être invoquées contre un acte administratif non réglementaire, selon CE, Ass., 30 octobre 2009, Mme Perreux.

Compléments

📌 Après l’expiration du délai de transposition, l’administration doit abroger un acte réglementaire incompatible avec les objectifs d’une directive, selon CE, Ass., 3 février 1989, Compagnie Alitalia.

Astuce mémo

Le règlement s’applique directement ; la directive fixe un résultat à transposer.

12. Contrôle de légalité et compétence

Notions clés & Définitions

  • Incompétence : Inaptitude juridique d’une autorité administrative à prendre une décision dans le domaine qui lui est attribué ; elle constitue un moyen d’ordre public que le juge peut soulever d’office.

★ À maîtriser

📌 La légalité externe porte sur les conditions d’élaboration de l’acte et comprend l’incompétence, le vice de forme et le vice de procédure, tandis que la légalité interne concerne son dispositif, ses motifs et son but.

  • Les moyens de légalité interne comprennent :

    • la violation directe de la légalité
    • l’erreur de droit
    • l’erreur de fait
    • le détournement de pouvoir
  • L’incompétence s’apprécie selon trois dimensions :

    • ratione materiae, selon la matière
    • ratione loci, selon le lieu
    • ratione temporis, selon le moment

📌 La délégation de pouvoirs transfère une compétence au titulaire d’un poste, qui agit en son propre nom et dessaisit le délégant, tandis que la délégation de signature est accordée à une personne nommément désignée, qui agit au nom du délégant sans le dessaisir.

Compléments

  • La légalité externe et la légalité interne constituent deux causes juridiques distinctes ; après le délai de recours, un requérant qui n’a invoqué des moyens relevant que de l’une ne peut plus invoquer ceux relevant de l’autre, selon CE, Sect., 20 février 1953, Société Intercopie.

  • Les délégations de compétence doivent être autorisées par un texte, expresses et publiées ; selon l’article L. 2122-18 du CGCT, le maire peut déléguer certaines fonctions à ses adjoints ou à des membres du conseil municipal.

  • La théorie du fonctionnaire de fait permet de maintenir certains actes pris par un agent irrégulièrement investi lorsque les apparences ont fait croire à une investiture plausible, notamment pour garantir la sécurité juridique.

Astuce mémo

Légalité externe : élaboration ; légalité interne : contenu, motifs et but.

13. Forme et procédure des actes

★ À maîtriser

📌 Depuis la décision Association des Américains accidentels du 19 juillet 2019, le juge apprécie au jour où il statue la légalité du refus d’abroger un règlement dont l’auteur, incompétent lors de son édiction, est devenu compétent entre-temps. - CE, Ass.

📌 Un vice de forme résulte de la méconnaissance d’une formalité substantielle de présentation de l’acte, tandis que l’absence de date ou une erreur dans les visas n’entraîne pas à elle seule son illégalité si l’acte repose sur une base juridique correcte.

  • La motivation explicite les motifs de droit et de fait d’une décision ; elle relève de la légalité externe, alors que le contrôle de ces motifs relève de la légalité interne.

  • L’article L. 211-2 du CRPA impose notamment la motivation des décisions qui : restreignent l’exercice des libertés publiques ou constituent une mesure de police, infligent une sanction, retirent ou abrogent une décision créatrice de droits, refusent une autorisation, rejettent un recours administratif préalable obligatoire

📌 Selon la jurisprudence Danthony du 23 décembre 2011, un vice de procédure entraîne l’illégalité s’il a pu influencer le sens de la décision ou s’il a privé les intéressés d’une garantie, sauf si l’omission affecte la compétence de l’auteur de l’acte. - CE, Ass.

Compléments

📌 La théorie des apparences permet au juge de tenir pour régulièrement investi l’agent dont la nomination n’a pas été annulée lorsque l’acte pouvait légalement être pris par un agent régulièrement investi et que les formes rendaient l’investiture plausible.

  • Le 7 août 1893, la Cour de cassation valide les mariages de Montrouge célébrés par un conseiller municipal irrégulièrement investi, car les formes permettaient de croire à une investiture plausible.

📌 Selon l’article L. 211-5 du CRPA, la motivation exigée doit être écrite et énoncer les considérations de droit et de fait fondant la décision ; en cas d’urgence absolue, les motifs doivent être communiqués dans le mois suivant la demande de l’intéressé.

Astuce mémo

Forme = présentation de l’acte ; procédure = étapes préalables

14. Contrôle de la légalité interne

★ À maîtriser

  • La violation directe de la légalité suppose une contradiction directe entre le dispositif de l’acte et une norme supérieure, tandis que l’erreur de droit affecte les fondements juridiques retenus par l’administration.

  • L’erreur de droit consiste soit à fonder une décision sur une norme inexistante ou abrogée, soit à mal interpréter une norme applicable, notamment en se croyant à tort incompétent ou en utilisant une procédure inadaptée.

  • Le juge vérifie toujours l’exactitude matérielle des faits fondant une décision ; une décision reposant sur des faits inexistants, non prouvés, prescrits ou amnistiés est entachée d’erreur de fait. - CE, Camino, 14 janvier 1916

  • En compétence discrétionnaire, le juge contrôle en principe la qualification des faits sous l’angle de l’erreur manifeste ; en compétence liée, il exerce un contrôle normal, qui peut être approfondi.

  • Le contrôle normal approfondi vérifie l’adéquation et la proportionnalité de la décision aux faits ; il s’applique notamment aux sanctions disciplinaires, tandis que les sanctions administratives générales relèvent du plein contentieux depuis la décision Société ATOM du 16 février 2009. - CE

  • Le détournement de pouvoir existe lorsque l’administration poursuit un intérêt privé ou un but d’intérêt général différent de celui que les textes assignent à ses compétences.

Compléments

📌 Le juge peut substituer d’office une base légale si le nouveau fondement pouvait légalement justifier la décision et garantit à l’intéressé une protection équivalente, conformément à la décision Ministre de l’intérieur c/ El Bahi du 3 décembre 2003. - CE, Sect.

📌 À la demande de l’administration, le juge peut substituer des motifs si ceux-ci peuvent légalement fonder la décision et si l’administration aurait pris la même décision en s’appuyant initialement sur eux, selon la décision Mme Hallal du 6 février 2004. - CE, Sect.

15. Fondements de la responsabilité administrative

Notions clés & Définitions

  • Faute administrative : Manquement à une obligation préexistante, apprécié par le juge au regard de l’écart entre le comportement attendu et celui de l’administration.

★ À maîtriser

  • L’arrêt Blanco du Tribunal des conflits affirme que la responsabilité de l’État pour les dommages causés par ses agents dans le service public obéit à des règles spéciales, distinctes des principes du Code civil.

  • L’engagement de la responsabilité pour faute suppose : un fait générateur fautif, un préjudice réparable, un lien de causalité entre la faute et le préjudice

📌 Toute illégalité d’un acte administratif constitue une faute susceptible d’engager la responsabilité de l’administration, mais l’indemnisation exige aussi un préjudice et un lien de causalité, selon la décision Ville de Paris c/ Sieur Driancourt du 26 janvier 1973. - CE, Sect.

Compléments

📌 La responsabilité administrative peut viser à sanctionner une faute et à réparer un préjudice ; elle repose sur la responsabilité pour faute, la responsabilité sans faute et, dans certains cas, l’indemnisation par des fonds.

  • Le 29 février 1908, le Tribunal des conflits étend aux collectivités territoriales le principe de responsabilité administrative établi pour l’État dans l’arrêt Feutry. - TC

Astuce mémo

Fait générateur → préjudice → causalité

16. Faute personnelle et faute de service

★ À maîtriser

📌 La faute de service révèle un dysfonctionnement impersonnel de l’administration ou une faute commise par un agent dans l’exercice normal de ses fonctions, tandis que la faute personnelle révèle les faiblesses, passions ou imprudences propres à l’agent.

  • Une faute personnelle commise hors du service peut néanmoins être rattachée au service lorsqu’elle n’aurait pas pu être commise sans les moyens ou l’occasion fournis par celui-ci, comme dans l’affaire Sadoudi du 26 octobre 1973. - CE, Ass.

📌 L’administration peut voir sa responsabilité engagée pour une faute personnelle de l’agent lorsque cette faute conserve un lien avec le service.

Compléments

  • Dans l’affaire Dame veuve Roustan du 13 juillet 1962, le militaire qui détourne son trajet vers son poste de garde et blesse un collègue avec son arme personnelle commet une faute personnelle détachable du service. - CE

Astuce mémo

Service impersonnel, faute personnelle révélatrice de l’agent

17. Faute de service et responsabilité

★ À maîtriser

📌 La faute de service, qui révèle un dysfonctionnement impersonnel de l’administration, engage la responsabilité administrative, tandis que la faute personnelle révèle les faiblesses, passions ou imprudences de l’agent, selon LAFERRIERE dans ses conclusions sur TC, 5 mai 1877, Laumonnier-Carriol.

  • La faute de service peut résulter d’une mauvaise organisation, notamment d’un manque de personnel, d’un personnel non formé ou d’une fermeture prématurée, ou d’une faute commise par un agent dans le cadre normal de ses fonctions.

📌 Une faute personnelle commise hors du service et sans lien avec celui-ci relève du juge judiciaire et du droit commun, tandis qu’une faute de service relève du juge administratif et du droit administratif.

📌 Le cumul de fautes désigne la contribution au dommage de fautes personnelle et de service distinctes, tandis que le cumul de responsabilités permet d’engager l’administration pour une faute personnelle rattachable au service sans faute de service distincte.

  • En cas de cumul, la victime peut demander la réparation intégrale à l’administration devant le juge administratif ou à l’agent devant le juge judiciaire ; le condamné peut ensuite exercer une action récursoire et la charge finale est répartie selon la gravité des fautes respectives.

Compléments

  • Dans l’arrêt CE, Ass., 26 octobre 1973, Sadoudi, une faute commise hors des fonctions a été rattachée au service parce que l’agent avait utilisé son arme de service, que le service lui avait fourni et qu’il devait conserver en tout temps et en tout lieu.

Astuce mémo

Faute de service : le fonctionnement ; faute personnelle : l’agent avec ses faiblesses

18. Gravité de la faute administrative

Notions clés & Définitions

  • Causalité adéquate : Consiste à retenir comme cause juridique le fait raisonnablement de nature à provoquer le dommage, en écartant les autres faits ayant concouru à sa survenance.
  • Force majeure : Événement extérieur à l’administration, imprévisible dans sa survenance et irrésistible dans ses effets, dont les trois caractères cumulatifs entraînent l’exonération totale de l’administration.
  • Perte de chance : Disparition certaine d’une probabilité favorable ; en matière médicale, son indemnisation est proportionnelle à l’ampleur de la chance perdue.

Points essentiels

📌 La faute lourde dépasse un seuil de gravité qui conditionne la responsabilité de l’administration dans certains domaines, tandis que la faute simple suffit en principe à engager cette responsabilité.

  • L’exigence de faute lourde a reculé dans les services de police, les actes médicaux et chirurgicaux, les services pénitentiaires et le service fiscal, où la faute simple suffit désormais dans les domaines concernés.

  • L’équivalence des conditions retient comme causes tous les faits sans lesquels le dommage ne se serait pas produit, tandis que la proximité de la cause ne retient que le dernier fait ayant rendu le dommage possible.

  • Une cause étrangère exonère totalement l’administration si elle est seule à provoquer le dommage et partiellement si elle s’ajoute à un fait imputable à l’administration.

  • La faute de la victime peut exonérer l’administration si elle a contribué au préjudice, mais un comportement de la victime sans lien causal avec le préjudice ne peut lui être opposé.

  • Le dommage est l’atteinte objective à une personne, un bien ou un intérêt, tandis que le préjudice désigne les conséquences subjectives de cette atteinte pour une victime donnée.

  • Le préjudice réparable doit être direct, certain et évaluable en argent ; les préjudices futurs certains sont réparables, contrairement aux préjudices éventuels dont la réalisation demeure incertaine.

  • Les préjudices patrimoniaux sont économiques ou financiers, tandis que les préjudices extrapatrimoniaux sont personnels ou moraux ; en matière corporelle, la nomenclature Dintilhac proposée en 2005 a été adoptée par le Conseil d’État dans l’arrêt Hamblin du 7 octobre 2013. - J-P. Dintilhac

  • Les victimes directes ont droit à la réparation intégrale de leur préjudice, mais le juge peut refuser ou réduire la réparation si leur intérêt est illégitime, si elles occupent le domaine public dans une situation précaire et révocable ou si elles ont accepté les risques.

  • La victime directe, ou primaire, subit un dommage immédiat causé par l’administration, tandis que la victime indirecte subit par ricochet un dommage lié à celui d’une personne avec laquelle elle entretient un lien juridique ou une relation suffisamment stable et continue.

  • La faute de la victime directe peut réduire le droit à réparation de la victime indirecte, car les fautes de la victime directe lui sont opposables.

  • Le principe de réparation intégrale impose de réparer tout le préjudice, mais rien que le préjudice, en principe par équivalent monétaire sous forme de capital ou de rente éventuellement indexée sur l’inflation.

  • Depuis CE, Sect., 6 décembre 2019, Association des copropriétaires du Monte Carlo Hill, n°417167, le juge administratif peut, s’il en est saisi, enjoindre à l’administration de prendre des mesures pour remédier aux causes d’un dommage ou en pallier les effets, à condition qu’une carence fautive ait laissé le dommage perdurer.

Astuce mémo

Le recul de la faute lourde → l’admission progressive de la faute simple

Tableaux de synthèse

Voies de recours juridictionnelles

VoieObjet ou pouvoir du juge
AppelRejuge l’affaire au fond
CassationContrôle la décision des juges du fond
Recours pour excès de pouvoirVise principalement l’annulation d’un acte
Pleine juridictionPeut permettre réformation ou indemnisation

Délégations de compétence

CritèreDélégation de pouvoirsDélégation de signature
BénéficiaireTitulaire d’un poste désigné abstraitementPersonne nommément désignée
Action du délégataireEn son propre nomAu nom et pour le compte du délégant
Effet sur le délégantDessaisissement des compétences transféréesLe délégant conserve sa compétence

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1. Quelle juridiction administrative juge normalement en premier ressort, et quelle juridiction constitue le sommet de cet ordre ?

2. Quelle distinction caractérise les fonctions du Conseil d’État ?

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Quel est le rôle des tribunaux administratifs dans l’ordre administratif ?

Ils sont les juges de droit commun en premier ressort.

Quel est le rôle des cours administratives d’appel dans l’ordre administratif ?

Elles sont les juges d’appel de droit commun.

Quelles fonctions le Conseil d’État exerce-t-il ?

Une fonction consultative et une fonction juridictionnelle.

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