Fiche de révision : Valeur de la nature en économie écologique

Plan du Cours

  1. Théories économiques de la valeur
  2. Évaluation standard et services écosystémiques
  3. Méthodes et limites de l’évaluation monétaire
  4. Travail, valeur et accumulation capitaliste
  5. Valeur biophysique et émergie
  6. Pluralité des valeurs et délibération
  7. Dispositifs et limites délibératives
  8. Pouvoir, marchandisation et critères politiques

1. Théories économiques de la valeur

★ À maîtriser

📌 L’approche marxienne conçoit la valeur comme un rapport social de production, tandis que l’approche marginaliste la rapporte à l’intensité des désirs. - Dacheux et Goujon, 2024

📌 Dans l’approche marxienne, la valeur est mesurée par le temps de travail abstrait et sa source est la force de travail, alors que l’approche marginaliste la mesure par l’utilité marginale et la rareté, issues des préférences individuelles. - Dacheux et Goujon, 2024

Compléments

  • La valeur d’échange et la valeur d’usage, ainsi que la valeur objective et la valeur subjective, sont deux grandes distinctions mobilisées pour définir la valeur en économie.

Astuce mémo

Marx : production et travail ; marginalistes : consommation et préférences.

2. Évaluation standard et services écosystémiques

Notions clés & Définitions

  • Analyse coûts-bénéfices : L’analyse coûts-bénéfices compare, dans une métrique monétaire, les gains et les pertes de bien-être associés à plusieurs scénarios.
  • Services écosystémiques : Les services écosystémiques sont les bénéfices que les humains retirent des écosystèmes.

★ À maîtriser

📌 Dans une analyse coûts-bénéfices, le scénario retenu est celui dont le bénéfice net est le plus élevé.

Compléments

📌 Dans l’analyse d’un projet, les bénéfices comprennent le développement économique, l’emploi, les revenus et l’attractivité, tandis que les coûts comprennent l’investissement et les coûts environnementaux monétarisés. - OCDE, 2018

  • Les services écosystémiques comprennent : l’approvisionnement en eau, aliments et matières premières, la régulation de la qualité de l’eau et des crues, les services culturels, les processus vitaux comme la formation des sols, le climat et la pollinisation

  • Costanza, d’Arge et al. estiment en 1997 que les services écosystémiques mondiaux valent 1,8 fois le PIB.

3. Méthodes et limites de l’évaluation monétaire

Notions clés & Définitions

  • Valeur économique totale : La valeur économique totale agrège dans une même métrique monétaire différentes valorisations du bien-être ou de l’utilité que la nature apporte aux individus.

★ À maîtriser

  • La valeur économique totale distingue :

    • l’usage direct
    • l’usage indirect
    • l’option
    • le legs
    • l’existence
  • Les principales méthodes d’évaluation monétaire sont :

    • les coûts évités
    • les coûts de remplacement
    • les coûts de déplacement
    • les prix hédoniques
    • l’évaluation contingente
    • les expériences de choix
  • L’évaluation des services écosystémiques porte sur des variations marginales d’un service et non sur la valeur de l’ensemble des écosystèmes. - Spash, 2012

Compléments

  • Les évaluations monétaires mobilisent les prix observables de biens naturels ou de substituts marchands, et construisent des marchés fictifs pour estimer les consentements à payer ou à recevoir pour des biens sans marché.

  • Les méthodes d’évaluation monétaire reposent sur la substituabilité entre les biens marchands et les ressources naturelles, ainsi que sur la possibilité de compenser les perdants d’un scénario par les gains des gagnants.

  • Les limites de l’évaluation comprennent : la complexité des interactions, le manque de connaissances, les seuils et irréversibilités, la dépendance du consentement à payer au revenu, l’importance du taux d’actualisation pour le poids accordé aux générations futures

4. Travail, valeur et accumulation capitaliste

Notions clés & Définitions

  • Richesse matérielle : Pellegris, 2021 - La richesse matérielle est l’ensemble des valeurs d’usage répondant à des besoins, produites avec la contribution de la nature et du travail concret.
  • Travail abstrait : Pellegris, 2021 - Le travail abstrait est la dimension sociale du travail dans une économie marchande, où les travaux concrets sont ramenés à du travail humain socialement comparable.
  • Valeur marchande : Pellegris, 2021 - La valeur d’une marchandise est la forme sociale du travail abstrait objectivé dans cette marchandise et s’exprime dans sa valeur d’échange.
  • Plus-value : Pirgmaier, 2021 - La plus-value est la différence entre la valeur nouvelle produite par le travail et la valeur de la force de travail, appropriée par les capitalistes.
  • Travail concret : Pellegris, 2021 - Le travail concret est une activité productive déterminée et qualitativement différenciée, comme cultiver, construire ou fabriquer.

Points essentiels

  • La grandeur de valeur d’une marchandise dépend du temps de travail socialement nécessaire à sa production, et la nature n’y contribue pas directement sauf par son influence sur la productivité du travail. - Pellegris, 2021

Astuce mémo

Richesse matérielle et valeur marchande ne désignent pas la même chose.

5. Valeur biophysique et émergie

Notions clés & Définitions

  • Émergie : Odum, 1996 - L’émergie comptabilise l’énergie disponible directement et indirectement mobilisée pour produire un bien ou un service, en remontant aux processus naturels nécessaires à cette production.

★ À maîtriser

  • Les approches biophysiques et thermodynamiques étudient les contributions matérielles et énergétiques qui rendent la production possible.

  • Selon Georgescu-Roegen (1971), les transformations économiques mobilisent des ressources matérielles et énergétiques et dégradent irréversiblement leur disponibilité.

Compléments

  • Les approches de la valeur-énergie évaluent les biens à partir de l’énergie directement et indirectement mobilisée pour les produire. - Costanza, 1980

  • La méthode de l’émergie convertit différentes formes d’énergie en une unité de référence commune, généralement le joule d’énergie solaire équivalente, à l’aide de coefficients de conversion. - Odum, 1996

  • Les résultats de l’émergie dépendent des frontières du système, des conventions comptables et des coefficients utilisés. - Odum, 1996

Astuce mémo

Remonter les transformations énergétiques jusqu’aux processus naturels qui les rendent possibles.

6. Pluralité des valeurs et délibération

Notions clés & Définitions

  • Incommensurabilité des valeurs : L’incommensurabilité des valeurs désigne l’impossibilité d’exprimer dans une métrique commune la pluralité des valeurs éthiques, esthétiques, culturelles et symboliques.
  • Délibération : O’Neill, 2007 - La délibération est un échange argumenté dans lequel les participants explicitent leurs raisons et peuvent réviser leurs jugements.
  • Institution : Vatn, 2009 - Une institution est un ensemble de règles et de conventions qui structurent les interactions.

★ À maîtriser

  • Dans la socioéconomie écologique, la valeur n’est pas donnée a priori mais est socialement construite par des processus collectifs de justification, de délibération et de création, influencés par les rapports de pouvoir, la culture et les imaginaires.

Compléments

  • Les dispositifs d’évaluation définissent qui participe, sous quel rôle et avec quels arguments, et les jugements peuvent différer selon que les personnes répondent comme consommateurs, riverains, travailleurs ou citoyens. - Vatn, 2009

  • La délibération remplit trois fonctions (O’Neill, 2007) :

    • épistémique de partage des connaissances
    • éthique de discussion des protections et compromis
    • politique d’ouverture de la décision aux voix peu entendues

7. Dispositifs et limites délibératives

★ À maîtriser

  • Les formes de délibération comprennent : les forums participatifs, l’analyse multicritère délibérative (DMCA), l’évaluation monétaire délibérative (DMV), les processus hybrides associant savoirs scientifiques et locaux

  • Les rapports de pouvoir, les inégalités culturelles ou linguistiques et la technicisation des débats peuvent limiter la participation effective et marginaliser des voix critiques. - O’Neill, 2007

Compléments

  • Les forums participatifs organisent la confrontation des arguments et des savoirs, tandis que l’analyse multicritère délibérative discute les critères et compare les options. - Spash, 2008

  • L’évaluation monétaire délibérative discute collectivement l’évaluation monétaire, tandis que les dispositifs hybrides confrontent expertises et expériences. - Spash, 2008

  • Le cadrage des options, le choix des experts et l’accès à l’information orientent la discussion, qui risque de devenir un rituel de légitimation reproduisant les hiérarchies qu’elle prétend contester. - Spash, 2008

8. Pouvoir, marchandisation et critères politiques

★ À maîtriser

  • Dans l’économie écologique politique, la monétarisation est un moment du processus de marchandisation, par lequel le capitalisme tend à transformer les valeurs d’usage en valeurs d’échange. - Harvey, Polanyi

  • Kallis, Gómez-Baggethun et Zografos proposent d’évaluer la légitimité des dispositifs de valorisation selon leurs effets plutôt que de s’en tenir à la question de monétariser ou non.

  • Un dispositif d’évaluation doit être examiné selon quatre critères (Kallis, Gómez-Baggethun et Zografos, 2013) :

    • l’amélioration environnementale
    • la justice distributive et l’égalité
    • le maintien d’une pluralité d’institutions de valeur
    • la capacité à faire face à la marchandisation de la nature dans le contexte néolibéral

Compléments

  • La valorisation monétaire de la nature s’inscrit dans un mouvement d’accumulation par dépossession. - Harvey, Polanyi

📌 L’économie standard privilégie les prix comme mesure universelle, la socioéconomie écologique met l’accent sur la pluralité des valeurs et les outils participatifs, et l’économie écologique politique analyse les rapports de pouvoir et l’accumulation.

Tableaux de synthèse

Orientations de l’économie écologique

OrientationQuestion privilégiéeLien avec la séance 1
Outils standardsComment intégrer les effets environnementaux dans les arbitrages ?Économie de l’environnement et usages en économie écologique
Lectures biophysiquesQuelles contributions de la nature et quelles contraintes matérielles ?Économie comme sous-système de la biosphère
Socioéconomie écologiqueQuelles valeurs reconnaître et par quelles institutions ?Pluralisme et réencastrement social de l’économie
Économie écologique politiqueQuels rapports sociaux et quels pouvoirs organisent la valorisation ?Justice, appropriation et critique de l’accumulation

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Valeur de la nature en économie écologique avec 24 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Quelle opposition distingue l’approche marxienne de l’approche marginaliste dans la conception de la valeur ?

2. Quelle combinaison de mesure et de source de la valeur correspond à l’approche marxienne ?

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Valeur de la nature en économie écologique avec 64 flashcards interactives.

Selon Dacheux et Goujon (2024), comment l’approche marxienne conçoit-elle la valeur ?

Comme un rapport social de production.

Selon Dacheux et Goujon (2024), à quoi l’approche marginaliste rapporte-t-elle la valeur ?

À l’intensité des désirs.

Selon Dacheux et Goujon (2024), par quoi l’approche marxienne mesure-t-elle la valeur ?

Par le temps de travail abstrait.

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