Fiche de révision : Morale et bonheur

Plan du Cours

  1. La valeur morale d’une personne
  2. Définir le bonheur durable
  3. Vertu et accomplissement humain
  4. Bonheur individuel et responsabilité collective
  5. Contentement et qualité du bonheur
  6. Bonheur et capacités supérieures
  7. Utilitarisme et bonheur collectif
  8. Hédonisme et débat sur le plaisir
  9. Nietzsche et critique des idéaux moraux
  10. Pessimisme et oscillation de la vie
  11. L’impossibilité du bonheur chez Schopenhauer
  12. Renoncer à soi et à l’existence
  13. La joie comme création chez Bergson

1. La valeur morale d’une personne

Notions clés & Définitions

  • Quelqu’un de bien : Une personne dont les actions sont jugées moralement valables par les autres et témoignent d’un effort remarquable pour répondre à des attentes extérieures.
  • Action moralement bonne : Lorsque son auteur fait son devoir, c’est-à-dire ce qui doit être fait, indépendamment de son avantage personnel ou de la réussite de l’action.

★ À maîtriser

📌 Être une bonne personne relève de la valeur morale, tandis qu’être un bon chirurgien, un bon joueur ou un grand homme peut relever de l’efficacité, de la réussite ou du prestige.

Compléments

📌 Le devoir moral se distingue du devoir juridique ou civique : aider une personne dans le besoin peut être moralement requis sans être imposé par la loi.

📌 La morale ne se réduit pas aux mœurs : certaines coutumes peuvent guider l’action morale, mais le devoir moral peut aussi exiger de les enfreindre.

2. Définir le bonheur durable

Notions clés & Définitions

  • Bonheur : Un état durable de satisfaction totale dans lequel il ne reste rien à craindre ni à désirer.

★ À maîtriser

📌 Le bonheur se distingue de la joie et du plaisir, qui sont des sentiments agréables passagers et personnels, tandis qu’il désigne un état stable et universellement recherché.

Compléments

📌 La diversité des moyens par lesquels les individus cherchent le bonheur ne prouve pas que le bonheur lui-même diffère d’une personne à l’autre.

  • Dans la problématique du cours, être quelqu’un de bien semble d’abord s’opposer à la satisfaction personnelle, mais paraît aussi pouvoir rendre possible un accomplissement durable.

Astuce mémo

Joie et plaisir passent ; le bonheur vise un état durable

3. Vertu et accomplissement humain

Notions clés & Définitions

  • Souverain bien : ARISTOTE, Éthique à Nicomaque - La fin suprême à laquelle les autres biens sont ordonnés et qui peut être choisie pour elle-même, jamais en vue d’autre chose.
  • Fonction humaine : ARISTOTE, Éthique à Nicomaque - Une activité de l’âme conforme à la raison ou qui ne peut s’exercer sans elle.

★ À maîtriser

📌 Pour Aristote, les actions humaines sont orientées vers des fins, et certaines activités sont des moyens poursuivis en vue d’une fin distincte. - Éthique à Nicomaque

  • Aristote identifie le bonheur au souverain bien, une fin parfaite choisie pour elle-même plutôt qu’en vue d’un autre bien. - Éthique à Nicomaque

  • Pour Aristote, le bien humain consiste dans une activité de l’âme conforme à la vertu, menée au cours d’une vie accomplie jusqu’à son terme. - Éthique à Nicomaque

Compléments

📌 Chez Aristote, la souffrance n’est pas mauvaise simplement parce qu’elle déplaît, mais parce qu’elle peut placer l’individu dans des dispositions contraires à la vertu. - Éthique à Nicomaque

  • Aristote distingue trois formes de vie :

    • La vie nutritive, commune aux végétaux
    • La vie sensible, commune aux animaux
    • La vie liée à la partie rationnelle de l’âme, propre à l’être humain
  • Aristote présente le juste milieu comme un optimal situé entre deux excès et propre à la fonction de chaque chose. - Éthique à Nicomaque

Astuce mémo

Fonction humaine accomplie par la raison et la vertu → bonheur

4. Bonheur individuel et responsabilité collective

★ À maîtriser

📌 Selon Illouz, la conception individualiste du bonheur transforme l’existence en performance personnelle et fait de chacun le responsable de son propre malheur. - Eva Illouz, Happycratie, 2018

  • Eva Illouz critique dans Happycratie (2018) les injonctions à être soi-même et à devenir la meilleure version de soi-même pour atteindre le bonheur.

  • Pour Illouz, être quelqu’un de bien consiste à viser un accomplissement universel valable pour soi et pour les autres, ce qui peut exiger des efforts douloureux et des changements politiques et économiques majeurs. - Eva Illouz, Happycratie, 2018

Compléments

  • Illouz conteste l’idée que l’expérience individuelle soit plus concrète qu’un accomplissement collectif, car les sentiments, les idées, les principes et les désirs individuels peuvent être construits socialement. - Eva Illouz, Happycratie, 2018

  • Illouz souligne que tenir toute satisfaction individuelle pour équivalente risque de légitimer la quête du bonheur de chacun au détriment des autres et de laisser les rapports de force régler leurs conflits. - Eva Illouz, Happycratie, 2018

  • La théorie des 40 % évoquée par Illouz attribue 50 % du bonheur à des facteurs génétiques et 10 % à des facteurs sociaux et économiques. - Eva Illouz, Happycratie, 2018

  • Selon Illouz, faire dépendre le bonheur de la seule responsabilité individuelle peut disqualifier la souffrance, décourager la remise en question de l’ordre établi et accroître la culpabilité personnelle. - Eva Illouz, Happycratie, 2018

Astuce mémo

Bonheur-performance individuel ≠ accomplissement partagé

5. Contentement et qualité du bonheur

Notions clés & Définitions

  • Contentement : John Stuart Mill, L’utilitarisme, 1861 - La satisfaction ressentie lorsque le manque signalé par un désir ou un besoin est apaisé.

★ À maîtriser

📌 Mill soutient que certains mécontentements sont préférables à certains contentements, car tous les contentements ne correspondent pas à des vies également désirables. - John Stuart Mill, L’utilitarisme, 1861

  • John Stuart Mill distingue le bonheur du contentement dans L’utilitarisme (1861).

  • Mill résume sa thèse en affirmant qu’il vaut mieux être un homme insatisfait qu’un porc satisfait et Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait. - John Stuart Mill, L’utilitarisme, 1861

Compléments

📌 Pour Mill, renoncer à un contentement facile et choisir une insatisfaction liée à des objectifs difficiles ne revient pas à renoncer au bonheur. - John Stuart Mill, L’utilitarisme, 1861

Astuce mémo

Socrate insatisfait plutôt qu’un imbécile satisfait

6. Bonheur et capacités supérieures

★ À maîtriser

📌 Un être doué de facultés supérieures demande davantage pour être heureux et peut souffrir plus profondément qu’un être de type inférieur, sans que sa préférence pour une vie supérieure signifie qu’il sacrifie son bonheur.

  • John Stuart Mill soutient que l’utilitarisme n’atteindra son but que lorsque la noblesse de caractère sera généralement cultivée, même si l’individu ne bénéficie que de celle des autres.

Compléments

  • Selon John Stuart Mill, un être supérieur peut apprendre à supporter l’imperfection de ses plaisirs et ne devient pas jaloux de l’être inférieur qui n’en a pas conscience. - L’utilitarisme, 1861

Astuce mémo

Socrate insatisfait plutôt que l’imbécile satisfait

7. Utilitarisme et bonheur collectif

Notions clés & Définitions

  • Bonheur : L’utilitarisme, 1861 - Le bonheur désigne le plaisir et l’absence de douleur, tandis que le malheur désigne la douleur et la privation de plaisir, selon John Stuart Mill.
  • Moralité : L’utilitarisme, 1861 - La moralité est l’ensemble des règles de conduite dont le respect assure, dans la plus large mesure possible, une existence riche en satisfactions et aussi dépourvue de souffrance que possible à l’humanité et aux créatures capables de sensation, selon John Stuart Mill.

Points essentiels

📌 Selon le principe d’utilité de John Stuart Mill, une action est moralement bonne dans la mesure où elle tend à promouvoir le bonheur, et mauvaise dans la mesure où elle tend à produire son contraire. - L’utilitarisme, 1861

📌 Le critère utilitariste est la plus grande somme de bonheur au total, et non le plus grand bonheur de l’agent lui-même. - John Stuart Mill, L’utilitarisme, 1861

Astuce mémo

La morale universelle rend possible le bonheur de tous

8. Hédonisme et débat sur le plaisir

Notions clés & Définitions

  • Hédonisme : Courant philosophique qui soutient que le plaisir constitue le but de la vie.

★ À maîtriser

📌 Dans le Gorgias de Platon, Socrate défend une vie consacrée au devoir et à l’examen de soi, tandis que Calliclès défend une vie consistant à se faire plaisir.

📌 Calliclès soutient que suivre ses désirs permet d’obtenir le bonheur, tandis que Socrate objecte que le désir naît du manque et entretient la souffrance en se renouvelant après chaque satisfaction.

Compléments

📌 Calliclès soutient que supprimer le manque reviendrait à mener une existence de pierre ou de cadavre, tandis que Socrate estime que la poursuite de tout plaisir peut mener à une vie animale et indigne.

  • Dans Extrêmement fort et incroyablement près (2005), Jonathan Safran Foer formule l’idée qu’on ne peut se protéger du malheur sans se protéger en même temps du bonheur.

  • Socrate compare la satisfaction des désirs à l’effort pour remplir un tonneau percé, car chaque désir satisfait est remplacé par un nouveau désir.

Astuce mémo

Le tonneau percé de Socrate figure le désir qui se renouvelle

9. Nietzsche et critique des idéaux moraux

Notions clés & Définitions

  • Nihilisme : Friedrich NIETZSCHE, Par-delà le Bien et le Mal, 1882 - Le nihilisme est une posture consistant à ne croire en rien et à ne rien aimer ; Nietzsche l’associe aussi au sacrifice de la vie réelle au profit d’un idéal.
  • Arrière-monde : Friedrich NIETZSCHE, Ainsi parlait Zarathoustra, 1883 - Un arrière-monde est un monde idéal imaginé comme supérieur à la vie présente, qui conduit à dénigrer cette vie et à s’en détourner, selon Nietzsche.
  • Éternel retour : Friedrich NIETZSCHE, Le gai savoir, 1882 - L’éternel retour est l’hypothèse selon laquelle une vie recommencerait infiniment à l’identique, dans le même ordre, avec chaque douleur, plaisir et pensée, selon Nietzsche.

★ À maîtriser

📌 Face à l’éternel retour, la détresse révèle le rejet de sa vie au profit d’un arrière-monde espéré, tandis que l’approbation suppose d’aimer suffisamment sa vie pour vouloir la revivre à l’identique. - Friedrich NIETZSCHE, Le gai savoir, 1882

Compléments

  • Nietzsche distingue trois étapes du sacrifice religieux (Friedrich NIETZSCHE, 1882) :
    • des hommes sont sacrifiés aux dieux
    • les instincts violents et la nature propre sont sacrifiés
    • tout ce qui console et sanctifie, jusqu’à Dieu lui-même, est sacrifié au néant

Astuce mémo

L’arrière-monde fuit la vie présente ; l’éternel retour la confirme

10. Pessimisme et oscillation de la vie

Notions clés & Définitions

  • Pessimisme : Le pessimisme est une approche philosophique qui considère le monde avec lucidité comme relevant du pire plutôt que d’un bien ou d’un mieux.

★ À maîtriser

📌 Dans Le monde comme volonté et comme représentation (1818), Arthur Schopenhauer soutient que le bonheur n’est pas un état positif mais l’absence momentanée de malheur.

  • Schopenhauer résume le mouvement de la vie par l’image d’un pendule qui oscille de la souffrance à l’ennui. - Arthur SCHOPENHAUER, Le monde comme volonté et comme représentation, 1818

  • Selon Schopenhauer, le désir naît d’un manque qui provoque la souffrance, sa satisfaction apporte un soulagement temporaire, puis un nouveau désir apparaît et ramène à la souffrance. - Arthur SCHOPENHAUER, Le monde comme volonté et comme représentation, 1818

Compléments

📌 Lorsque tout désir est momentanément satisfait, l’absence de nouveau projet conduit à l’ennui plutôt qu’à une joie véritable, selon Schopenhauer. - Arthur SCHOPENHAUER, Le monde comme volonté et comme représentation, 1818

  • Selon Schopenhauer, les sensations naissent des impacts et des chocs matériels subis par le corps ; le bonheur conçu comme plénitude ne se sent donc pas comme une sensation positive.

Astuce mémo

Désir, souffrance, satisfaction, ennui, puis nouveau désir

11. L’impossibilité du bonheur chez Schopenhauer

★ À maîtriser

  • Les états heureux que Schopenhauer cite sont :

    • la bonne santé
    • la jeunesse
    • la liberté
  • Pour Schopenhauer, seule la faculté de souffrir peut s’accroître, tandis que l’aptitude à se réjouir diminue à mesure que les jouissances deviennent habituelles. - Le monde comme volonté et comme représentation, 1818

Compléments

  • Schopenhauer soutient que le temps paraît plus lent dans les moments pénibles et plus rapide dans les moments agréables ; l’ennui rend le temps perceptible, contrairement aux instants agréables. - Le monde comme volonté et comme représentation, 1818

  • Chez Schopenhauer, la possession accroît la mesure des besoins et la disparition d’un plaisir devenu habituel produit une impression douloureuse. - Le monde comme volonté et comme représentation, 1818

Astuce mémo

Douleur ressentie, absence de douleur inaperçue

12. Renoncer à soi et à l’existence

Points essentiels

📌 Dans le texte de Schopenhauer, le suicide n’est pas une négation de la volonté : il en est une affirmation énergique, car celui qui se tue préférerait vivre si la vie était telle qu’il la désire. - Arthur SCHOPENHAUER, Le monde comme volonté et comme représentation, 1818

  • Selon Schopenhauer, renoncer à l’individualisation et aux désirs permet d’échapper au manque qu’ils engendrent et d’atteindre la paix plutôt que le bonheur. - Le monde comme volonté et comme représentation, 1818

Astuce mémo

Renoncer à l’individualisation → accéder à la paix

13. La joie comme création chez Bergson

Notions clés & Définitions

  • Joie : Pour Bergson, la joie est le sentiment éprouvé lorsque la vie réussit à travers nous et que nous participons à une création qui nous dépasse.

★ À maîtriser

📌 Dans L’énergie spirituelle (1919), Bergson distingue le plaisir, artifice naturel destiné à conserver la vie, de la joie, signe que la vie a réussi et remporté une victoire. - Henri BERGSON

📌 Chez Bergson, le bonheur et le plaisir relèvent de la satisfaction et de la conservation, tandis que la joie relève du dépassement et de la création inattendue. - L’énergie spirituelle, 1919

Compléments

  • Bergson illustre la joie créatrice par : la mère qui voit grandir son enfant, l’entrepreneur dont l’entreprise prospère, le scientifique qui fait une découverte significative, l’artiste qui crée une œuvre

  • Bergson distingue dans la vie un mouvement ascendant de création, de nouveauté et de multiplicité, et un mouvement descendant de stabilisation, d’immobilité et d’unité.

  • Bergson rapproche le bonheur du mouvement descendant de conservation et la joie du mouvement ascendant de dépassement créateur.

  • Bergson présente la création de soi par soi comme une forme de création humaine qui peut se poursuivre à tout moment chez tous les hommes.

Astuce mémo

Le bonheur conserve ; la joie dépasse et crée

Tableaux de synthèse

Bonheur et joie chez Bergson

DimensionBonheurJoie
DynamiqueConservation et stabilisationDépassement et création
Rapport à l’attenteSatisfaction de ce qui était attenduExpérience de l’inattendu
SigneÉtat de satisfaction durableRéussite créatrice de la vie

Teste tes connaissances

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1. Qu’est-ce qui caractérise une personne considérée comme quelqu’un de bien ?

2. Une chirurgienne réalise des opérations avec une grande habileté, mais cette compétence suffit-elle à établir qu’elle est une bonne personne ?

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Qu’est-ce qu’une personne « de bien » selon les autres ?

Une personne dont les actions sont jugées moralement valables.

Quel effort remarquable caractérise une personne « de bien » ?

Un effort pour répondre à des attentes extérieures.

De quoi relève le fait d’être une bonne personne ?

De la valeur morale.

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