Fiche de révision : Conduites addictives et rôle infirmier

Plan du Cours

  1. Définitions et clinique des addictions
  2. Produits et risques de sevrage
  3. Circuits cérébraux et vulnérabilité
  4. Facteurs de risque et épidémiologie
  5. Évaluation clinique et outils de repérage
  6. Intervention brève et entretien motivationnel
  7. Sevrage et accompagnement thérapeutique
  8. Réduction des risques et posture soignante

1. Définitions et clinique des addictions

Notions clés & Définitions

  • Addiction : Goodman, 1990 - Comportement procurant du plaisir ou soulageant un malaise, marqué par l’échec répété à le contrôler et sa poursuite malgré des conséquences négatives.

★ À maîtriser

📌 L’usage simple est maîtrisé et sans dommage, l’usage à risque expose à un risque sans dommage présent, l’usage nocif entraîne des dommages physiques, psychiques ou sociaux, et l’addiction associe perte de contrôle et poursuite malgré les conséquences.

  • Les cinq C communs aux addictions sont (Karila, 2018) :
    • le craving
    • la perte de contrôle
    • l’activité compulsive
    • l’usage continu
    • la poursuite malgré les conséquences

📌 Le DSM-5 définit un trouble de l’usage d’une substance par au moins 2 critères sur 11 en 12 mois : 2 à 3 critères indiquent une forme légère, 4 à 5 une forme modérée et 6 ou plus une forme sévère. - APA

Compléments

  • La CIM-11 de l’OMS reconnaît le trouble du jeu d’argent et le trouble du jeu vidéo comme des addictions sans produit.

Astuce mémo

Usage à risque sans dommage, usage nocif avec dommage, addiction avec perte de contrôle

2. Produits et risques de sevrage

★ À maîtriser

📌 Les dépresseurs ralentissent l’activité cérébrale, les stimulants l’accélèrent et les perturbateurs modifient les perceptions. - Delay et Deniker

  • Les dépresseurs comprennent l’alcool, les opioïdes, les benzodiazépines, les hypnotiques et le GHB/GBL ; leur risque majeur est la surdose avec dépression respiratoire, surtout en association.

📌 Le sevrage de l’alcool et des benzodiazépines peut provoquer des convulsions et nécessite un encadrement médical, tandis que le sevrage des opioïdes est très pénible mais rarement dangereux en lui-même.

  • La triade de surdose aux opioïdes associe myosis serré, dépression respiratoire et troubles de conscience, et appelle l’administration de naloxone.

Compléments

  • Les stimulants comprennent :

    • le tabac (nicotine)
    • la cocaïne et le crack
    • les amphétamines et la méthamphétamine
    • la MDMA/ecstasy et les cathinones
  • Les perturbateurs comprennent :

    • le cannabis
    • le LSD
    • les champignons hallucinogènes
    • la kétamine
    • le protoxyde d’azote
  • Le crack est de la cocaïne base fumée ; son effet apparaît en quelques secondes et dure de 5 à 15 minutes, favorisant des consommations répétées.

Astuce mémo

Alcool et benzodiazépines : sevrage potentiellement grave ; opioïdes : manque pénible mais rarement dangereux

3. Circuits cérébraux et vulnérabilité

★ À maîtriser

  • 🔄 Le circuit dopaminergique de la récompense relie :
    1. l’aire tegmentale ventrale
    2. le noyau accumbens
    3. le cortex préfrontal

📌 La dopamine est surtout un signal de motivation et d’apprentissage indiquant qu’une expérience est importante, plutôt qu’une simple molécule du plaisir.

  • Quatre circuits interagissent dans l’addiction (Volkow) :

    • la récompense
    • la motivation ou saillance
    • la mémoire et l’apprentissage
    • le contrôle inhibiteur
  • L’usage répété entraîne tolérance et allostasie, déplace l’équilibre cérébral vers la dysphorie et peut conduire à consommer pour ne plus aller mal plutôt que pour aller bien.

  • Le cortex préfrontal, impliqué dans le contrôle et la décision, achève sa maturation vers 25 ans. - Sowell et al., 1999

Compléments

  • Le système limbique devient très réactif dès la puberté, tandis que le cortex préfrontal n’a pas encore achevé sa maturation, ce qui contribue à la vulnérabilité des adolescents. - Gogtay et al., 2004

Astuce mémo

L’accélérateur limbique réagit avant que le frein préfrontal soit mûr

4. Facteurs de risque et épidémiologie

★ À maîtriser

  • Les facteurs de risque interagissent entre eux (Rietschel et Treutlein, 2012) :

    • les facteurs neurobiologiques
    • les facteurs génétiques
    • les facteurs comportementaux
    • les facteurs développementaux
    • les facteurs environnementaux
  • La triade comprend (C. Olievenstein) :

    • le produit ou comportement
    • l’individu
    • l’environnement
  • En 2015, le tabac était attribuable à 75 320 décès et l’alcool à 41 000 décès en France. - OFDT, chiffres clés 2025

Compléments

  • Les études de jumeaux estiment que les facteurs génétiques contribuent à environ 40 à 60 % de la vulnérabilité aux addictions.

  • En France, les estimations citées indiquent 11 millions de fumeurs quotidiens, 3,3 millions d’usagers quotidiens d’alcool, 900 000 usagers quotidiens de cannabis, 1,1 million d’usagers de cocaïne dans l’année et 1,16 million de joueurs à risque. - OFDT, Drogues et addictions, chiffres clés 2025, 2025

  • En Guyane, l’expérimentation du crack à 17 ans concerne 1,3 % des jeunes, contre 0,4 % dans l’Hexagone. - OFDT, ESCAPAD Outre-mer

Astuce mémo

L’interaction des vulnérabilités individuelles et du contexte augmente le risque

5. Évaluation clinique et outils de repérage

★ À maîtriser

  • L’évaluation clinique comprend l’histoire du patient et de ses consommations, l’exploration détaillée des usages et des risques, puis un examen physique et des examens complémentaires adaptés. - HAS

  • Les outils de repérage comprennent :

    • AUDIT-C ou FACE pour l’alcool
    • Fagerström ou HSI pour le tabac
    • CAST pour le cannabis
    • ICJE pour les jeux d’argent
    • ADOSPA ou CRAFFT pour les adolescents
  • Un verre standard correspond à 10 g d’alcool pur, soit 25 cl de bière à 5°, 10 cl de vin à 12° ou 3 cl de rhum à 40°. - Santé publique France, repères, 2017

📌 Les repères français de consommation d’alcool sont au maximum 10 verres par semaine, au maximum 2 verres par jour et des jours sans consommation. - HAS, RPIB

📌 Un test de repérage positif ouvre la discussion mais ne pose pas à lui seul un diagnostic d’addiction.

Compléments

  • Les examens complémentaires peuvent comprendre (HAS) :
    • un bilan hépatique
    • des sérologies VIH
    • des sérologies VHB
    • des sérologies VHC

📌 Un test biologique positif ne permet pas de connaître la fréquence des consommations ni d’établir une perte de contrôle, et doit être réalisé avec le consentement du patient dans un but de soin.

Astuce mémo

Histoire, consommations, examen

6. Intervention brève et entretien motivationnel

★ À maîtriser

  • 🔄 L’intervention brève suit six étapes (HAS) :

    1. restituer le résultat sans jugement
    2. informer sur les risques et les repères
    3. explorer ce que la personne en pense
    4. proposer des options qu’elle choisit
    5. encourager sa confiance en sa capacité
    6. orienter vers des ressources ou un suivi
  • Le cycle du changement comprend (Prochaska et DiClemente) :

    • la pré-contemplation
    • la contemplation
    • la préparation
    • l’action
    • le maintien
    • la rechute

📌 L’entretien motivationnel fait émerger les raisons de changer propres au patient et évite d’argumenter contre lui, car le réflexe correcteur peut renforcer la résistance. - Miller et Rollnick

Compléments

  • Une intervention brève de 5 à 15 minutes peut contribuer à réduire les consommations d’alcool à risque.

  • Les outils OuVER sont (Miller et Rollnick) :

    • les questions ouvertes
    • la valorisation
    • l’écoute réflective
    • les résumés

Astuce mémo

OuVER : questions ouvertes, valorisation, écoute réflective, résumés

7. Sevrage et accompagnement thérapeutique

★ À maîtriser

  • Pour tout projet de soin, il faut définir l’objectif de consommation avec le patient, évaluer le risque de sevrage, rechercher un danger immédiat et prévoir la prévention de la rechute. - L. Karila

  • Le sevrage alcoolique peut commencer 6 à 24 heures après la dernière prise et se manifester par tremblements, sueurs, tachycardie, hypertension, agitation, anxiété, nausées et insomnie.

  • Les complications graves comprennent :

    • les crises convulsives
    • le delirium tremens
    • l’encéphalopathie de Gayet-Wernicke
  • La surveillance infirmière du sevrage alcoolique comprend l’évaluation régulière par Cushman ou CIWA-Ar, le suivi des constantes, de l’hydratation, de la glycémie et de la conscience, ainsi que la sécurisation du patient.

📌 La vitamine B1 doit être administrée avant tout apport glucosé chez un patient en sevrage alcoolique.

Compléments

  • Le traitement du sevrage alcoolique peut inclure des benzodiazépines selon prescription et selon le score de surveillance, ainsi qu’une hydratation adaptée.

8. Réduction des risques et posture soignante

Notions clés & Définitions

  • Réduction des risques et des dommages : Accompagnement de la personne là où elle en est, sans exiger l’abstinence, afin de réduire les risques sanitaires et sociaux.

★ À maîtriser

  • Les outils de réduction des risques comprennent : le matériel stérile, la naloxone contre les surdoses d’opioïdes, la méthadone et la buprénorphine comme traitements de substitution aux opioïdes, les dépistages rapides VIH et VHC, les maraudes et équipes mobiles

📌 La rechute fait partie du parcours de changement et constitue une source d’information, plutôt qu’un échec du patient ou du soignant.

📌 Une posture soignante non jugeante respecte l’autonomie, la confidentialité et la personne, et privilégie des formulations centrées sur la personne plutôt que des étiquettes stigmatisantes.

Compléments

  • L’orientation en réseau peut mobiliser :
    • les CSAPA
    • les CAARUD
    • les ELSA
    • les CJC
    • le médecin traitant

Astuce mémo

Accompagner sans exiger l’abstinence ; parler de la personne, pas la réduire au produit

Tableaux de synthèse

Profils de consommation et sevrage

ProduitRisque principalSevrage
AlcoolAtteintes d’organes et accidentsPotentiellement grave : convulsions, delirium tremens
BenzodiazépinesSomnolence, chutes, surdose en associationPotentiellement grave : convulsions
OpioïdesSurdose avec dépression respiratoireTrès pénible, rarement dangereux en lui-même
Cocaïne et crackRisques cardiovasculaires, paranoïaDescente avec risque suicidaire à surveiller

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Conduites addictives et rôle infirmier avec 30 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Une personne consomme sans dommage et garde le contrôle, puis adopte une conduite qui l’expose à un risque sans dommage actuel. Quelle catégorie correspond à cette seconde situation ?

2. Quel ensemble de caractéristiques correspond à la définition de l’addiction proposée par Goodman en 1990 ?

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Conduites addictives et rôle infirmier avec 61 flashcards interactives.

Qu’est-ce qui distingue l’usage simple de l’usage à risque ?

L’usage simple est maîtrisé et sans dommage, tandis que l’usage à risque expose à un risque sans dommage présent.

Qu’est-ce qui caractérise l’usage nocif ?

Il entraîne des dommages physiques, psychiques ou sociaux.

Quel auteur et quelle année sont associés à la définition de l’addiction ?

Goodman, 1990.

Voir les flashcards →

Cours similaires

Crée tes propres fiches de révision

Importe ton cours et l'IA génère fiches, QCM et flashcards en 30 secondes.

Générateur de fiches