★ À maîtriser
En psychomotricité, l’espace et le temps sont à la fois un cadre général et une zone d’expressivité.
Le vécu de l’espace et du temps mobilise plusieurs dimensions :
En psychomotricité, l’intérêt porte sur la représentation, l’utilisation et l’investissement subjectifs de l’espace et du temps, plutôt que sur leurs valeurs absolues.
Compléments
Leibniz et Poincaré associent l’espace à l’intégration de toutes les places que nous avons occupées. - Leibniz, Poincarré
Pour Roupnel (1927), le temps n’a qu’une réalité, celle de l’instant.
★ À maîtriser
Les boucles sensorimotrices relient le monde extérieur et le monde intérieur par des afférences et des efférences, et permettent à l’être vivant de percevoir le corps dans le monde et d’agir sur lui.
🔄 Le passage vers une organisation intentionnelle du monde suit cette chaîne :
La différenciation entre dedans et dehors permet au sujet de se distinguer de l’environnement et d’autrui, pose une limite et inaugure la spatialisation.
Compléments
📌 La spatialisation repose sur l’équilibre entre être-soi et être avec, ainsi qu’entre se distinguer et rester en lien.
La membrane cellulaire, ni totalement hermétique ni trop perméable, filtre les échanges entre milieux intérieur et extérieur et permet à la cellule de créer de l’ordre par son métabolisme interne.
Prochiantz (2012) décrit le rapport entre le vivant et son milieu comme une relation adaptative où chacun pénètre et modifie l’autre.
Les interactions entre milieux se déclinent à trois niveaux :
Chez le bébé, l’acquisition de la distinction entre l’autre et soi constitue une première opération de spatialisation.
En psychomotricité, les dimensions expérientielle et physiologique relient le monde intérieur et le monde extérieur et participent aux mécanismes thérapeutiques.
Le monde extérieur est évalué à partir de ses effets sur le corps, notamment les modulations toniques, métaboliques, hormonales et neuro-hormonales.
Merleau-Ponty décrit le corps comme étant en résonance interne et externe, dans un entrelacement avec le monde.
Ces moyens favorisent la spatialisation :
La membrane sépare le dedans tout en régulant les échanges avec le dehors.
★ À maîtriser
Chez l’enfant, l’espace s’unifie progressivement par la manipulation d’objets et l’implication de schèmes sensorimoteurs, selon Piaget.
Selon Poincaré (1908), un point se définit par la suite des mouvements nécessaires pour l’atteindre et l’espace est relatif à une position initiale du corps, non absolu. - Poincarré
Selon Berthoz (2004), l’empathie implique de se projeter vers autrui et d’imaginer son point de vue tout en conservant le sentiment de soi et sa propre situation.
Compléments
L’espace devient un ensemble de rapports constitué par la coordination progressive des actions de l’enfant sur son environnement.
L’enfant peut changer de référentiel spatial en passant d’un référentiel égocentré à un référentiel allocentré.
Un trouble spatial peut reposer sur une difficulté relationnelle à se situer par rapport à autrui, à le situer ou à le considérer comme distinct.
★ À maîtriser
Le schéma corporel s’appuie sur plusieurs impressions sensorielles (Ajuriaguerra, 1974) :
L’appareil vestibulaire, grâce au système des canaux semi-circulaires, permet l’intégration des trois plans de l’espace.
Les perceptions vestibulaires contribuent à établir et réguler la posture, notamment la verticalité, et permettent les mouvements d’exploration de l’environnement.
Le corps polarise l’espace selon trois axes :
Compléments
La construction du cadre spatial intéresse : l’identité, l’histoire tonico-émotionnelle et tonico-posturale, la capacité relationnelle, la capacité à repérer les différents plans de l’espace
Dans une axialité intégrée, le corps est relié à toutes les directions de l’espace.
📌 Le plan frontal est associé à l’être-avec, le plan sagittal à la confrontation et à la négociation, et le plan transversal aux rotations, à la conversation et à la confidence.
Une insuffisance tonique peut entraîner un effondrement, souvent dans des situations émotionnelles de face-à-face.
Des défauts d’intégration spatiale peuvent se manifester par des clivages gauche/droite, où le sujet avance avec un hémicorps, ou des collages gauche/droite, marqués par des mouvements symétriques ; le clivage avant/arrière est observé dans les stéréotypies de balancement du TSA.
La stimulation de la jonction pariéto-temporale a modifié le schéma corporel d’une patiente et a provoqué, lors de stimulations ultérieures, des expériences de sortie de corps avec autoscopie, selon Nakul et Lopez (2017). - Nakul E and Lopez C, Commentary: Out-of-Body Experience during Awake Craniotomy
En psychomotricité, le travail sur la spatialité sociale peut explorer la rencontre et la coexistence de deux bulles, leur différenciation depuis une bulle commune et le partage de sa bulle.
Le changement de référentiel spatial peut être travaillé par : le passage du centre à la périphérie dans une configuration en cercle, la référence aux murs, des directions personnelles en référentiel égocentré ou allocentré
★ À maîtriser
La perte de l’orientation temporelle peut faire perdre le fil du temps et la conscience de son écoulement, et déliter la continuité de soi ainsi que la cohérence temporelle qui soutient l’identité et la projection dans le futur.
La mesure du temps comme métrique fournit des repères indispensables à la socialisation.
Selon Piaget, la construction du temps opératoire chez l’enfant repose étroitement sur la compréhension des liens entre temps et espace ; ce qui va vite arrive avant ce qui va lentement ou arrive plus loin.
Compléments
Le temps est une matière vivante qui tisse une continuité entre les moments de vie et peut désigner le temps qui passe, le temps qu’il fait, le temps qu’on se donne, prend, tue, accorde, perd ou gagne, ainsi que le temps qui s’étire, manque ou fuit.
Selon Merleau-Ponty, la conscience permet la projection vers ce que l’être n’est pas encore et ce qu’il adviendra, tandis que le présent relie l’avant et l’après.
Lesage (2018) décrit la présence comme une promesse plutôt que comme une immobilité plate.
Bachelard (1931) affirme qu’il faut construire la perspective des instants pour désigner le passé et l’avenir.
Selon Savadon, la maîtrise du devenir et la constitution du passé forgent les dimensions temporelles ; le temps est un objet de notre action, et la mesure du temps fournit des paliers instrumentaux pour les choix.
Le développement de l’ère industrielle s’accompagne d’une multiplication de la mesure du temps et du contrôle des durées, faisant du temps une modalité sociale prépondérante.
Le temps post-industriel est décrit comme éclaté, fragmenté, incertain et aléatoire, alternant des moments denses et des passages à vide ; sa perception dépend de la densité des événements qui le composent.
📌 Les cultures occidentales accordent de l’importance au temps linéaire et aux indices temporels associés à l’agentivité, tandis que certaines cultures orientales conçoivent le temps comme cyclique et utilisent moins ces indices ; les étudiants mongols s’appuient moins sur les indices temporels que les étudiants autrichiens, selon Bart et al. (2024). - Bart VKE, Sharavdorj E, Boldbaatar E, Bazarvaani K, Rieger M, When time does not matter: cultures differ in their use of temporal cues to infer agency over action effects
★ À maîtriser
📌 Le temps objectif ou opératoire permet l’adaptation à l’environnement, la prise de décision et la planification, tandis que la temporalité subjective soutient l’expressivité, le langage, la relation à autrui et l’identité.
Dès la naissance, l’enfant fait l’expérience de rythmes : qui lui sont propres : veille/sommeil et rythme cardiaque, qui viennent de l’environnement : jour/nuit, issus des relations avec l’environnement : faim/satiété et présence/absence de l’autre
Le traitement du rythme peut mobiliser des informations (Coste, 1980) :
La psychomotricité temporelle travaille :
Compléments
La temporalité subjective renvoie : au temps du monde physique, au temps de la matière vivante, aux rythmes biologiques, dont les rythmes circadiens, au temps cellulaire lié à l’horloge cellulaire
Dès 3 mois, l’enfant peut synchroniser ses mouvements au discours de l’adulte ou moduler son rythme de succion.
Au-delà de l’éducation au temps opératoire, la psychomotricité vise à permettre une temporalité subjective et peut alterner synchronie et désynchronie par la musique, la danse et la poésie.
La frénésie hyperactive empêche la rêverie et la flânerie et se manifeste par l’impossibilité d’attendre, la précipitation et l’impatience ; l’immédiateté contemporaine peut accentuer ce comportement.
Le retard permanent place le sujet à contretemps.
La fixation dans le passé, qu’elle soit traumatique ou nostalgique, et la projection permanente vers un futur prometteur sont décrites comme des formes de déshabitation du présent.
Les sujets perdus dans leur temps personnel peuvent manifester nonchalance, insouciance et difficulté à se synchroniser au temps d’autrui ou au temps social, ce qui peut amorcer une perte de contact avec la réalité.
★ À maîtriser
📌 Les interventions psychomotrices ne doivent pas se réduire à une rééducation exclusivement opératoire qui se limiterait au cadre spatio-temporel ; ce cadre doit aussi permettre l’expression de la spatialité et de la temporalité subjectives, relationnelles, expressives et singulières.
Compléments
Selon Sami-Ali (1990), le temps et l’espace subjectifs, qualitatifs et d’abord relationnels peuvent se transformer en un système contraignant et rigide.
Selon J. C. Coste (1980), la structuration spatio-temporelle favorise l’adaptation, le mouvement et l’orientation dans l’espace, l’enchaînement des gestes, la coordination de l’activité et l’organisation de la vie quotidienne. - J.C. Coste
Chez le jeune enfant, les mouvements maternels, les premières séparations, les regards et les expériences sensorielles contribuent à intégrer progressivement la temporalité, le rythme et la spatialité des êtres et des choses, tout en participant à la capacité relationnelle, à l’intégrité psychique et à la constitution du moi.
Le cadre opératoire mesure et organise ; le vécu subjectif exprime une relation singulière.
★ À maîtriser
📌 Chez Piaget, la période perceptive ou sensori-motrice de l’espace va de la naissance à 18-24 mois, tandis que la construction représentative, liée au développement du langage, s’étend de 2 ans à l’adolescence.
Entre 2-3 ans et 7-8 ans, l’enfant développe l’orientation spatiale en s’appuyant encore sur son corps propre, localise des objets, reproduit des trajectoires, commence à orienter son espace en droite et gauche et reconnaît des formes géométriques simples.
À partir de 8-9 ans, la structuration spatiale devient plus projective et intellectualisée : l’enfant prend des repères extérieurs à son corps, intériorise et projette des formes, et commence à maîtriser distances, volumes et rapports entre temps et espace.
Les stades spatiaux se succèdent ainsi : (Piaget) :
Compléments
À 8 mois, le redressement progresse vers les jambes, la rotation atteint le bassin et la préhension devient possible dans l’espace controlatéral, tandis que les coordinations oculo-manuelles établissent des corrélations.
Dans l’espace topologique, les relations considérées sont le voisinage, le dedans et le dehors, ainsi que le devant et le derrière, sans prise en compte des distances. - Piaget
La construction de l’espace se développe en parallèle avec le schéma corporel et la latéralité, et dépend de l’intégration multisensorielle.
La proxémie décrit les bulles spatiales autour des individus, dont la dimension varie selon la relation et qui comprennent l’espace intime, personnel, social et public. - Hall, 1978
Topologique → projectif → euclidien : de l’espace vécu à l’espace mesuré.
★ À maîtriser
S’orienter dans l’espace exige une représentation mentale du milieu et des repères égocentriques ou allocentriques permettant d’organiser l’espace, de se déplacer et de percevoir les changements d’orientation.
La perception de l’espace repose sur la transmodalité sensorielle et soutient les habiletés visuoperceptives, qui reconnaissent un stimulus, et visuospatiales, qui localisent les éléments dans l’espace.
Compléments
Les compétences spatiales comprennent l’organisation des activités motrices et des déplacements, le repérage et l’orientation dans l’environnement ou sur un plan, ainsi que l’ajustement aux distances pour agir.
Les compétences visuo-constructives permettent de dessiner et de s’organiser dans l’espace de la feuille en 2D, ainsi que d’assembler, de construire et de manipuler dans l’espace en 3D.
Les compétences spatiales sociales permettent d’ajuster les distances avec les partenaires selon la situation et la relation, et d’être alerté lorsque cette distance n’est pas respectée.
Stades du développement spatial
| Stade | Âge | Caractéristique |
|---|---|---|
| Topologique | Naissance à 7-8 ans | Relations spatiales sans coordination logique |
| Projectif | 8 à 11 ans | Début de la structuration de l’espace |
| Euclidien | Après 11-12 ans | Espace métrique, distances et angles coordonnés |
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1. Quelle fonction l’espace et le temps remplissent-ils en psychomotricité ?
2. Quelles dimensions sont mobilisées dans le vécu psychomoteur de l’espace et du temps ?
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En psychomotricité, quels rôles l’espace et le temps remplissent-ils ?
Un cadre général et une zone d’expressivité.
Quelles dimensions mobilise le vécu de l’espace et du temps ?
Les dimensions affective, cognitive, relationnelle, perceptive et motrice.
En psychomotricité, que privilégie l’étude de l’espace et du temps ?
Leur représentation, leur utilisation et leur investissement subjectifs.
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