Fiche de révision : Outils et stratégies en addictologie

Plan du Cours

  1. Généralités et définitions de l’addiction
  2. Installation et facteurs de risque
  3. Repérage et troubles de l’usage
  4. Comorbidités psychiatriques et addictions
  5. Réduction des risques et SCMR
  6. Alcool, sevrage et urgences
  7. Dépendance tabagique et sevrage
  8. Entretien motivationnel
  9. Jeux et usages numériques problématiques
  10. Usages numériques et addictions comportementales
  11. Addiction sexuelle et chemsex
  12. Troubles alimentaires et substances psychoactives
  13. VHC et usagers de drogues
  14. Addictions à la cocaïne et au cannabis
  15. Traitements de substitution des opiacés
  16. Accompagnement périnatal et évaluation des risques
  17. Substances psychoactives pendant la grossesse
  18. Naloxone, pharmacovigilance et NPS

Repères chronologiques

  1. 10 janvier 1991La loi Évin renforce la lutte contre le tabagisme.
  2. 2004La réduction des risques est inscrite dans le Code de la santé publique.
  3. 2005Un référentiel national est mis en place et les CAARUD sont créés par décret en décembre.
  4. 22 mars 2016Un cahier des charges national relatif à l’expérimentation des espaces de réduction des risques par usage supervisé est approuvé.

1. Généralités et définitions de l’addiction

Notions clés & Définitions

  • Conduite addictive : Consommation de substances psychoactives exposant à des répercussions immédiates ou différées liées à ces consommations.
  • Addiction : Comportement répété et incontrôlable, recherché pour le plaisir ou le soulagement, et poursuivi malgré l’existence et la connaissance de conséquences négatives.

★ À maîtriser

  • Il n’existe pas de sociétés sans drogues, et toutes les substances psychoactives ont été expérimentées à des fins hédoniques, spirituelles ou médicales.

  • Le tabac est responsable de plus de 80 000 décès par an et l’alcool de 49 000 décès directs par an, chiffre qui double lorsque les causes indirectes sont prises en compte.

Compléments

  • Benjamin Rush définit en 1797 aux États-Unis le syndrome de la maladie alcoolique, caractérisé par une perte de contrôle.

Astuce mémo

Usage simple ≠ addiction : l’addiction associe perte de contrôle et poursuite malgré les conséquences

2. Installation et facteurs de risque

Notions clés & Définitions

  • Modèle biopsychosocial : Le modèle biopsychosocial de l’addictologie intègre les facteurs biologiques, sociologiques et psychologiques, notamment la génétique, l’environnement, la famille, la personnalité et l’histoire individuelle.

★ À maîtriser

  • Les trois composantes de la récompense sont (Berridge et Robinson):

    • le wanting, ou incitation à rechercher un stimulus
    • le liking, ou sensation de plaisir
    • le learning, ou effet de la récompense sur l’apprentissage
  • La répétition des prises favorise la tolérance, puis le liking évolue vers le wanting et enfin vers le must do, correspondant au craving compulsif.

📐 Formule — Le risque addictif dépend de l’interaction entre les caractéristiques du produit, la vulnérabilité individuelle et l’exposition : Risqueaddictif=Produit×Vulneˊrabiliteˊ×ExpositionRisque addictif = Produit \times Vulnérabilité \times Exposition.

Compléments

  • Une hérédité multigénique explique 40 à 60 % du risque addictif et constitue le substrat des polyaddictions.

  • L’inhalation produit son effet en moins de 10 secondes et constitue la modalité de consommation la plus addictogène, devant l’injection, le sniffing et l’ingestion.

Astuce mémo

Produit × vulnérabilité × exposition → risque addictif

3. Repérage et troubles de l’usage

Notions clés & Définitions

  • Craving : Besoin impérieux ou envie irrépressible de consommer, qui contribue au maintien de la consommation et à la rechute.

★ À maîtriser

📌 L’usage simple n’entraîne ni complications somatiques ou psychiques ni dommages, tandis que l’usage à risque expose à des risques immédiats ou différés, notamment l’intoxication, les violences ou l’addiction.

  • Le binge drinking correspond à la consommation d’au moins 5 verres standards chez l’homme ou 4 chez la femme en environ 2 heures, provoquant une alcoolémie d’au moins 0,8 g/L.

  • Le Haut Conseil de santé recommande au maximum 3 verres par jour pour les hommes, 2 pour les femmes, un jour d’abstinence par semaine et 4 verres au maximum en une seule occasion.

  • La dépendance psychique est obligatoire dans l’addiction, se développe progressivement et dure souvent des années, tandis que la dépendance physique est facultative, variable selon le produit et peut apparaître rapidement chez toute personne.

  • Selon le DSM-5, un trouble de l’usage est léger avec 2 ou 3 critères, moyen avec 4 ou 5 critères et sévère avec au moins 6 critères.

Compléments

  • La rémission est précoce lorsqu’elle dure de 3 à 12 mois et durable lorsqu’elle dure au moins 12 mois.

Astuce mémo

Usage → risque → nocif → dépendance

4. Comorbidités psychiatriques et addictions

Points essentiels

  • Chez les sujets souffrant d’un trouble mental, le taux de tabagisme est deux à quatre fois supérieur à celui de la population générale, et 70 à 80 % des patients schizophrènes fument.

  • En cas de comorbidité psychiatrique, l’initiation du tabac est plus précoce, la consommation et la dépendance sont plus fortes, l’arrêt est plus difficile et les comorbidités psychologiques, cognitives et médicales sont plus importantes.

  • Le cannabis peut induire des symptômes psychotiques dans 15 % des cas, avec des effets psychomimétiques plus marqués en cas de vulnérabilité et selon la dose consommée.

  • Les études longitudinales et les méta-analyses rapportent un risque deux fois plus élevé de troubles psychotiques chez les sujets dépendants au cannabis, notamment en cas de consommation avant 15 ans, d’effet dose-dépendant, de prédisposition à la schizophrénie ou de polymorphisme de la COMT.

📌 La prise en charge des comorbidités doit dépister systématiquement les troubles associés, intégrer les traitements psychiatriques et addictologiques, suivre l’évolution fluctuante de la motivation et impliquer les proches. — Bellack et al., 2006

📌 Les soins séquentiels traitent successivement les deux troubles, tandis que les soins parallèles et coordonnés les traitent simultanément avec une coopération entre intervenants.

Astuce mémo

Comorbidité → consommation accrue → sevrage plus difficile

5. Réduction des risques et SCMR

Notions clés & Définitions

  • Salle de consommation à moindre risque : Structure médico-sociale où des usagers, souvent précaires, consomment des substances illicites dans des conditions moins risquées sous la supervision de professionnels sociaux et sanitaires.

Points essentiels

📌 Dans une SCMR, l’accès est restreint aux personnes munies d’une carte d’admission, le deal est interdit, les usagers doivent apporter et déclarer ce qu’ils consomment et l’aide à l’injection par les professionnels est proscrite.

  • Les résultats des SCMR montrent moins de pratiques à risque infectieux, moins d’overdoses, moins de recours aux urgences et une diminution par trois du nombre de seringues abandonnées dans l’espace public.

Astuce mémo

SCMR : accompagner la consommation, sans l’assimiler à une salle d’injection

6. Alcool, sevrage et urgences

Notions clés & Définitions

  • Trouble de l’usage de l’alcool : Conduite addictive caractérisée notamment par le craving, la perte de contrôle et la poursuite des consommations malgré leurs conséquences.

★ À maîtriser

📌 Le sevrage alcoolique doit être accompagné, car il peut provoquer des crises épileptiques et un delirium tremens potentiellement mortel; l’accompagnement associe notamment vitamines, hydratation et benzodiazépines.

  • Selon la formule de Widmark, l’alcoolémie correspond à la quantité d’alcool absorbé en grammes divisée par l’eau totale en litres, avec une eau totale estimée par le poids multiplié par un coefficient de 0,6 chez les femmes et de 0,7 chez les hommes.

  • Une unité d’alcool correspond notamment à:

    • un demi de bière à 5 degrés
    • 10 cl de champagne
    • 10 cl de vin
    • 3 cl de pastis
    • 3 cl de whisky
    • 3 cl de spiritueux
  • Le delirium tremens est un syndrome confusionnel agité avec hallucinations qui concerne 3 à 5 % des sevrages alcooliques et se traite par benzodiazépines.

  • 🔄 La prise en charge suit cet ordre:

    1. stabiliser l’état clinique global
    2. prévenir les complications du sevrage
    3. réaliser l’intervention addictologique

Compléments

📌 L’abstinence correspond à l’arrêt total et définitif de la consommation, tandis que la gestion de consommation vise une diminution significative de la consommation selon les critères de l’OMS.

Astuce mémo

Repérer → stabiliser → sevrer → accompagner

7. Dépendance tabagique et sevrage

Notions clés & Définitions

  • Dépendance tabagique : Maladie chronique caractérisée par une perte de contrôle, un syndrome de sevrage et un craving.

★ À maîtriser

  • La nicotine se fixe aux récepteurs nicotiniques, active le système dopaminergique de récompense et entretient la dépendance.

  • Le syndrome de sevrage tabagique peut associer:

    • Une urgence à fumer
    • Des troubles du sommeil
    • De l’impatience
    • De l’irritabilité
    • De l’anxiété
    • Des troubles de la concentration
    • Une humeur dépressive
    • Une augmentation de l’appétit et une prise de poids

📌 Une valeur de monoxyde de carbone expiré inférieure à 7 ppm correspond au seuil d’abstinence, tandis qu’une valeur comprise entre 7 et 15 ppm peut évoquer un tabagisme passif ou une intoxication exogène.

  • 🔄 La prise en charge se déroule en trois phases:
    1. La préparation
    2. Le sevrage avec arrêt effectif et contrôle des dépendances
    3. Le suivi avec prévention de la reprise

Compléments

  • La demi-vie plasmatique de la nicotine est courte et variable selon les sujets, de 1 à 4 heures.

Astuce mémo

Nicotine → système de récompense → dépendance → craving et sevrage

8. Entretien motivationnel

Notions clés & Définitions

  • Entretien motivationnel : Méthode de communication directive et centrée sur le patient, utilisée pour augmenter sa motivation intrinsèque et l’aider à résoudre son ambivalence.
  • Efficacité personnelle : Degré de confiance d’un individu dans ses propres capacités à changer et composante majeure du passage à l’action.

★ À maîtriser

  • Les six stades du changement sont : (DiClemente et Prochaska):

    • La précontemplation
    • La contemplation
    • La préparation ou détermination
    • L’action
    • La maintenance
    • La régression ou rechute
  • Les principes fondamentaux de l’entretien motivationnel sont:

    • Exprimer de l’empathie
    • Explorer les contradictions entre le comportement et les valeurs
    • Composer avec la résistance sans confrontation
    • Renforcer le sentiment d’efficacité personnelle

Compléments

  • Dans 90 % des cas, le changement comportemental se fait naturellement, sans aide professionnelle.

  • La théorie de la réactance psychologique de Brehm, publiée en 1981, indique qu’une menace ressentie sur la liberté peut augmenter la résistance et les comportements inadaptés.

Astuce mémo

Précontemplation → contemplation → préparation → action → maintien

9. Jeux et usages numériques problématiques

Points essentiels

📌 Les jeux de hasard pur reposent principalement sur le hasard, tandis que les jeux à semi-contrôle, comme le poker, les paris sportifs et le PMU, donnent une place surestimée à l’expérience ou aux compétences face au hasard.

  • Les facteurs addictifs comprennent:

    • La fréquence des séquences de jeu
    • La fréquence des petits gains et des quasi-gains
    • L’accessibilité des mises
    • Les aspects pseudo-actifs
    • L’illusion de contrôle
    • L’absence de contrôle extérieur
    • La rapidité des résultats
    • La stimulation des sens
  • Selon Custer, l’évolution du jeu pathologique passe par une phase de gains, une phase de pertes puis une phase de désespoir.

  • Les critères comprennent notamment:

    • Le besoin de jouer avec des sommes croissantes
    • L’agitation ou l’irritabilité lors de la réduction ou de l’arrêt
    • Le jeu pour échapper aux difficultés ou soulager une humeur dysphorique
    • Le retour au jeu pour recouvrer les pertes
    • Les efforts infructueux pour contrôler, réduire ou arrêter
  • La prise en charge repose notamment sur:

    • L’approche motivationnelle
    • Les thérapies cognitivo-comportementales
    • La prévention de la rechute
    • L’accompagnement de l’entourage

Astuce mémo

Jeu normal : loisir contrôlé ; jeu pathologique : perte de contrôle et dommages

10. Usages numériques et addictions comportementales

Notions clés & Définitions

  • Addiction comportementale : Comportement répété entraînant des dommages ou une détresse significatifs, associé à une perte de contrôle et persistant suffisamment longtemps pour provoquer une altération fonctionnelle

★ À maîtriser

  • 93 % des foyers français sont connectés et 79 % du temps est passé sur smartphone.

  • Les comportements concernés sont:

    • les jeux de hasard et d’argent
    • les achats compulsifs
    • la pornographie et la sexualité en ligne
    • le travail
  • Le trouble du jeu vidéo est la seule forme d’addiction aux écrans officiellement reconnue dans le cours, avec une prévalence de 4 à 16 % chez les adolescents de cinq pays européens en 2023 et une moyenne de 4,7 %.

  • La prise en charge des addictions comportementales vise d’abord le contrôle plutôt que l’abstinence, et associe si besoin une approche motivationnelle, des TCC, le travail sur l’évitement expérientiel et les compétences relationnelles, ainsi qu’une implication de l’entourage.

Compléments

  • La prévalence rapportée de l’addiction à Internet varie de 0,8 % en Italie à 26,7 % à Hong Kong, tandis que celle des adultes est estimée à 2 %.

Astuce mémo

Internet est le vecteur, tandis que l’activité ou le contenu constitue le comportement problématique.

11. Addiction sexuelle et chemsex

Notions clés & Définitions

  • Chemsex : Usage de drogues dans l’intention de magnifier la sexualité, souvent entre hommes

★ À maîtriser

  • Les principales appellations sont:

    • addiction sexuelle
    • hypersexualité
    • sexualité compulsive
    • comportements sexuels excessifs
    • trouble du comportement sexuel compulsif
  • Le cycle de l’addiction sexuelle de Carnes comprend une faible estime de soi ou une dépression, des fantaisies sexuelles compensatrices, une mise en acte suivie de culpabilité, puis une lutte infructueuse pour arrêter qui renforce l’anxiété et la faible estime de soi.

  • La 3-MMC est un stimulant dérivé de l’amphétamine qui agit sur la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine, avec une demi-vie inférieure à une heure et des prises répétées de 50 à 100 mg.

📌 L’association du GHB ou de la GBL avec l’alcool ou les benzodiazépines expose à une overdose.

Compléments

  • La prévalence de l’addiction sexuelle est estimée entre 3 et 6 % aux États-Unis.

  • L’abus sexuel dans l’enfance est retrouvé chez 82 % des patients présentant une addiction sexuelle dans les données du cours.

📌 L’association des poppers avec le Viagra expose à une hypotension pouvant entraîner le décès.

Astuce mémo

Dopamine accélère, sérotonine freine : la dérégulation favorise la recherche sexuelle compulsive.

12. Troubles alimentaires et substances psychoactives

Notions clés & Définitions

  • Alliance thérapeutique : Relation de confiance entre le soignant, le patient et sa famille, fondée sur l’empathie, le non-jugement et un engagement commun dans le processus de changement

★ À maîtriser

  • L’anorexie mentale se caractérise par une restriction énergétique et une peur intense de prendre du poids, la boulimie par des accès hyperphagiques avec comportements compensatoires, et l’hyperphagie boulimique par des accès hyperphagiques sans comportements compensatoires.

  • Dans la boulimie, les accès hyperphagiques et les comportements compensatoires surviennent en moyenne au moins une fois par semaine pendant trois mois.

  • Dans l’hyperphagie boulimique, les accès surviennent en moyenne au moins une fois par semaine pendant trois mois, provoquent une souffrance marquée et ne sont pas suivis de comportements compensatoires.

  • Les trois classes sont:

    • sédatifs
    • psychostimulants
    • psychodysleptiques

📌 Pour le dépistage du VHC, un résultat anticorps positif avec ARN positif indique une infection actuelle, un résultat anticorps positif avec ARN négatif une infection antérieure, et des résultats anticorps négatif et ARN négatif l’absence d’infection antérieure connue.

  • Les antiviraux à action directe pangénotypiques permettent une guérison de l’hépatite C dans plus de 95 % des cas, quel que soit le génotype ou le degré de fibrose.

Compléments

  • L’âge moyen rapporté est de 17 ans pour l’anorexie mentale, 18 ans pour la boulimie et 21 ans pour l’hyperphagie boulimique.

Astuce mémo

Anorexie restreint, boulimie compense, BED hyperphagie sans compensation.

13. VHC et usagers de drogues

Notions clés & Définitions

  • Cirrhose : La cirrhose se recherche par les signes cliniques, les anomalies biologiques, l’imagerie, les biomarqueurs sériques et, si nécessaire, la biopsie hépatique.

Points essentiels

📌 Chez toute personne présentant une infection chronique par le VHC, une évaluation formelle de la cirrhose par des tests non invasifs est recommandée, et l’histologie hépatique n’est pas requise pour accéder au traitement antiviral.

  • Le bilan pré-thérapeutique vérifie:
    • l’infection par le VHC
    • la présence d’une cirrhose
    • l’existence d’un traitement antérieur
    • les comorbidités
    • les interactions médicamenteuses
    • les obstacles à l’observance

📌 Chez les usagers de drogues, le VHC doit être dépisté régulièrement, le traitement est indiqué y compris sous traitement de substitution ou chez les injecteurs, et le dépistage doit être poursuivi une à deux fois par an après guérison si les pratiques à risque persistent.

Astuce mémo

Dépistage insuffisant → nouvelles contaminations et accès tardif aux soins

14. Addictions à la cocaïne et au cannabis

Notions clés & Définitions

  • Système endocannabinoïde : Le système endocannabinoïde comprend notamment les récepteurs CB1, responsables des effets psychotropes, et CB2, qui contrôlent notamment la libération de cytokines.
  • Hyperémèse cannabique : L’hyperémèse cannabique associe douleurs abdominales, nausées et vomissements récurrents chez un consommateur chronique de cannabis et est calmée par les douches ou bains chauds.

★ À maîtriser

  • Le high de cocaïne associe euphorie, énergie accrue, idées de grandeur, tachypsychie, désinhibition, hypervigilance, anorexie, insomnie et augmentation de l’intérêt sexuel, puis le crash survient avec dysphorie, anxiété, fatigue, irritabilité et autodépréciation.

  • Le risque de dépendance à la cocaïne est estimé à 6-7 % durant la première année et à 20 % à long terme.

  • La cocaïne augmente le risque de syndrome coronarien aigu, avec un risque multiplié par 24 dans l’heure suivant la prise, et constitue la première cause d’infarctus du myocarde avant 50 ans.

  • Le crack peut provoquer un crack lung, syndrome pulmonaire aigu associant fièvre, hémoptysie, hypoxémie et détresse respiratoire.

📌 Il n’existe pas d’antidote spécifique de l’intoxication aiguë à la cocaïne, dont le traitement est symptomatique.

📌 Le THC est psychoactif et peut provoquer anxiété, sédation et tachycardie, tandis que le CBD n’est pas considéré comme proprement psychoactif et possède des effets antalgiques, anti-inflammatoires et anticonvulsivants.

  • L’ivresse cannabique dure généralement entre 3 et 4 heures, avec une montée en 5 à 10 minutes, plus rapide avec un bang ou une douille.

Compléments

  • La cocaïne est extraite des feuilles d’Erythroxylum coca et d’Erythroxylum novogranatense, qui contiennent environ 0,5 à 1,5 % de cocaïne.

  • Les cannabinoïdes de synthèse sont souvent plus puissants et imprévisibles que le cannabis, ne sont pas détectés par les bandelettes urinaires classiques au THC et 209 nouveaux cannabinoïdes de synthèse ont été détectés en Europe depuis 2008.

Astuce mémo

Cocaïne : stimulation puis crash ; cannabis : ivresse puis troubles cognitifs

15. Traitements de substitution des opiacés

Notions clés & Définitions

  • Traitement de substitution aux opiacés : Outil de soin destiné aux dépendances aux opiacés, qui stabilise les désordres neurobiologiques, réduit le craving et la consommation problématique et s’inscrit idéalement dans une prise en charge médico-psychosociale.

★ À maîtriser

  • Les traitements de substitution ont permis de sauver près de 3500 vies entre 1995 et 2003 et de diviser par cinq le nombre de surdoses liées à l’héroïne entre 1994 et 2002.

  • La méthadone est un agoniste pur des récepteurs opioïdes, tandis que la buprénorphine est un agoniste partiel qui limite davantage les effets dépresseurs cardio-respiratoires.

  • Lors de l’induction de la méthadone, il faut commencer bas et augmenter doucement, car le risque d’overdose augmente par accumulation jusqu’au cinquième ou sixième jour.

  • L’arrêt d’un traitement de substitution doit être envisagé en cas d’absence d’usage d’héroïne, d’abus d’autres substances, de stabilité sociale et d’absence de trouble somatique ou psychiatrique actuel, puis réalisé par diminution progressive des doses.

Compléments

  • La méthadone a une biodisponibilité orale de 80 à 95 %, atteint son pic plasmatique en 2 à 4 heures, possède une demi-vie moyenne de 24 à 36 heures et atteint l’état d’équilibre en 4 à 5 jours.

Astuce mémo

Induire prudemment, stabiliser, puis réduire progressivement

16. Accompagnement périnatal et évaluation des risques

Notions clés & Définitions

  • GEGA : Groupe pluriprofessionnel de réflexion, de partage d’expérience et de recherche consacré à la prise en charge des femmes enceintes abusant de substances psychoactives et de leurs enfants.

★ À maîtriser

  • Le repérage repose sur:
    • les formations
    • une équipe ressource territoriale
    • une hotline en addictologie
    • des permanences en addictologie
    • des consultations d’information
    • des actions d’aller-vers
    • des conseils techniques

📌 Pendant la grossesse, tout usage de substance psychoactive, même ponctuel, peut être nocif, tous les produits franchissent la barrière placentaire et peuvent être présents dans le lait maternel.

  • L’évaluation des consommations est rendue incertaine par la honte, la culpabilité, la peur du placement, la peur du jugement, les polyconsommations et le manque d’études solides distinguant corrélation et causalité.

Compléments

  • Le dispositif AMéLYON, inscrit dans un appel à candidatures de la CPAM pour 2022-2026, accompagne les publics à risque, notamment les mineurs et les majeurs de moins de 21 ans.

  • Les facteurs de protection comprennent:

    • l’attachement
    • le tempérament
    • un environnement sécurisant

Astuce mémo

Repérer tôt → coordonner les soins → réduire les risques mère-enfant

17. Substances psychoactives pendant la grossesse

Points essentiels

  • Le tabagisme pendant la grossesse est associé à un risque dose-dépendant de grossesse extra-utérine, de fausse couche spontanée avec un risque relatif de 1,8, de retard de croissance et de mort inattendue du nourrisson.

  • Dès une cigarette par jour pendant toute la grossesse, le risque de mort inattendue du nourrisson est doublé, et le tabagisme passif paternel ou maternel augmente également le risque d’un facteur 2.

📌 Les traitements substitutifs nicotiniques sont proposés selon la consommation antérieure, avec une titration progressive, et le sous-dosage doit être recherché au troisième trimestre en raison de l’augmentation du métabolisme de la nicotine et du volume sanguin.

  • Le cannabis est liposoluble, se concentre dans le lait maternel et peut être associé à un faible poids de naissance, à une hypertension, à une pré-éclampsie et à un décollement placentaire.

  • L’exposition à la cocaïne diminue le flux placentaire par hypertension et vasoconstriction intense, et multiplie par 4 ou 5 la fréquence de l’hématome rétroplacentaire.

📌 Les traitements de substitution par méthadone ou buprénorphine doivent maintenir un taux stable et ne doivent pas être diminués ou arrêtés pour prévenir le syndrome de sevrage néonatal, dont le risque n’est pas corrélé à la posologie du traitement de substitution.

  • Le trouble du spectre de l’alcoolisation fœtale concerne environ 1 à 2 enfants sur 100, tandis que le syndrome d’alcoolisation fœtale concerne environ 1 enfant sur 1 000.

Astuce mémo

Le manque opioïde menace le fœtus, tandis que les TSO stabilisent l’exposition

18. Naloxone, pharmacovigilance et NPS

Notions clés & Définitions

  • Overdose opioïde : Dépression respiratoire associée typiquement à un trouble de la conscience, une bradypnée et un myosis.
  • Naloxone : Antagoniste compétitif des récepteurs opioïdes qui déplace les opioïdes fixés, mais dont la demi-vie est courte, de 30 minutes à 1 heure au maximum.
  • Pharmacovigilance : Évaluation, après la commercialisation, de la balance bénéfice-risque des médicaments dans leurs conditions réelles d’utilisation afin d’identifier les risques et d’éviter une exposition injustifiée.
  • Réhabilitation psychosociale : Ensemble de procédés visant à aider les personnes souffrant de troubles psychiques à se rétablir sur les plans clinique, fonctionnel, social et personnel en s’appuyant sur leurs capacités préservées.
  • Réduction des risques et des dommages : Pratique d’accompagnement qui vise à diminuer les risques sanitaires et sociaux liés aux consommations sans imposer l’abstinence, dans une posture de non-jugement et d’acceptation inconditionnelle.

Points essentiels

  • En France, toute prescription d’opioïdes doit être accompagnée de naloxone selon les règles de bon usage.

  • Les nouvelles substances psychoactives ont des effets recherchés proches de ceux des drogues classiques mais une structure chimique légèrement différente, ce qui peut initialement entraîner peu de données pharmacotoxicologiques, des difficultés analytiques et un vide juridique.

📌 Les nouvelles substances psychoactives regroupent notamment les cathinones, les opioïdes de synthèse, les benzodiazépines de synthèse et les cannabinoïdes de synthèse, dont les effets et les risques varient selon leur structure et leur mode d’usage.

  • Les cathinones inhibent la recapture et augmentent la libération de noradrénaline, de dopamine et de sérotonine, provoquant un toxidrome sympathomimétique avec des signes cardiovasculaires et neuropsychiatriques, une hyperthermie possible et parfois une rhabdomyolyse ou une CIVD.

  • Les opioïdes de synthèse sont des agonistes des récepteurs opioïdes mu et peuvent être extrêmement puissants, le fentanyl étant présenté comme 100 fois plus puissant que la morphine et l’isotonitazène comme 500 fois plus puissant.

📌 Le toxidrome opioïde associe myosis, dépression du système nerveux central et dépression respiratoire, et peut répondre à la naloxone, parfois à des doses plus élevées qu’avec les opioïdes classiques.

📌 Le rétablissement implique que la personne participe aux décisions concernant ses soins, soutienne l’espoir d’une vie sereine et retrouve une place dans la communauté, quelle que soit sa situation pathologique.

  • Le plan de soins individualisé repose sur une évaluation multidisciplinaire et est construit selon les besoins, les attentes, le projet de vie et le stade de rétablissement du patient, puis modifié selon son évolution et sa motivation.

📌 Dans l’addiction, la perte de contrôle peut toucher l’inhibition, la flexibilité, la mémoire et la prise de décision, tandis que le système impulsif se manifeste notamment par le craving et les biais attentionnels envers la substance.

📌 Les risques et dommages liés à une consommation dépendent du type de substance, du mode de consommation, du contexte de consommation et de la personne.

  • Les stratégies de RDRD pour les psychostimulants comprennent avant la consommation l’analyse du produit et la limitation des doses, pendant la consommation la gestion de l’anxiété, l’hydratation et l’évitement de la conduite, puis après la consommation la prise en charge de la redescente, de l’angoisse et du sommeil.

Astuce mémo

Overdose : reconnaître → administrer la naloxone → surveiller la reprise respiratoire

Tableaux de synthèse

Dépendance psychique et physique

DimensionDépendance psychiqueDépendance physique
Nécessité dans l’addictionObligatoireNon obligatoire
ÉvolutionProgressive, souvent longueVariable selon le produit, parfois rapide
Expression cliniqueRépertoire commun des 5CSyndrome de sevrage spécifique du produit

Stades du changement et objectifs

StadeCaractéristiqueObjectif thérapeutique
PrécontemplationLa personne ne voit pas le problèmeFaire émerger le doute
ContemplationAmbivalence et réflexionExplorer l’ambivalence et renforcer la confiance
PréparationDécision d’agir prochainementChoisir une stratégie
Action et maintienModification puis stabilisation du comportementAccompagner le changement et prévenir la rechute

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Outils et stratégies en addictologie avec 69 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Quelle situation correspond à un binge drinking chez une femme selon le seuil indiqué ?

2. Quelle différence distingue l’usage simple de l’usage à risque ?

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Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Outils et stratégies en addictologie avec 89 flashcards interactives.

Quelles substances ont été expérimentées dans toutes les sociétés ?

Toutes les substances psychoactives.

Qu'est-ce qu'une conduite addictive ?

Une consommation de substances psychoactives exposant à des répercussions liées à ces consommations.

Comment se définit l'addiction ?

Un comportement répété et incontrôlable recherché pour plaisir ou soulagement malgré conséquences négatives.

Voir les flashcards →

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