★ À maîtriser
📌 La seule description formelle des signes cliniques, notamment du délire et de l’hallucination, ne suffit pas à spécifier la psychose, car des névroses peuvent présenter des symptômes formellement proches.
La clinique psychiatrique distingue trois groupes de psychoses :
Kahlbaum décrit l’hébéphrénie en 1863, puis Hecker en fournit une étude détaillée en 1871 et la distingue d’autres pathologies mentales apparaissant à la puberté.
Hecker décrit trois phases de l’hébéphrénie :
Compléments
📌 Hecker caractérise l’hébéphrénie par une faiblesse d’esprit niaise précoce, une évolution spécifique et un stade terminal, considérés comme des invariants cliniques. - L'hébéphrénie. Contribution à la psychiatrie clinique, 1871
📌 Pour Hecker, des symptômes de dissociation psychique liés aux remaniements pubertaires deviennent pathologiques lorsqu’ils persistent et s’intensifient au lieu de disparaître. - L'hébéphrénie. Contribution à la psychiatrie clinique, 1871
Les premières occurrences du terme « psychose » sont relevées chez Karl Friedrich Canstatt en 1841 puis chez Ernst von Feuchtersleben en 1845 ; le terme apparaît en France en 1850.
Jean-Claude Maleval définit les psychoses chroniques comme celles où « le sujet éprouve que l’initiative vient de l’Autre ». - Jean Claude Maleval, Logique du délire, 1997
Selon Hecker, les premiers symptômes de l’hébéphrénie apparaissent pendant la dernière phase pubertaire, située entre 18 et 22 ans. - L'hébéphrénie. Contribution à la psychiatrie clinique, 1871
Chronique, aiguë ou thymique : trois groupes cliniques distincts
★ À maîtriser
En 1874, Kahlbaum décrit la catatonie, qu’il nomme aussi folie tonique, et la classe parmi les psychoses. - La catatonie ou folie tonique
🔄 La forme grave de la catatonie évolue selon les stades suivants : (Kahlbaum, 1874) : mélancolie, manie, fréquemment présente mais absente dans la forme bénigne, attonité ou stupeur, confusion psychique, stupidité terminale
Compléments
Kahlbaum distingue trois formes de catatonie :
Les stades de la catatonie peuvent durer plusieurs mois, voire plusieurs années. - Kahlbaum, La catatonie ou folie tonique, 1874
Au stade d’attonité, la tendance aux négations peut se manifester par l’opposition aux actions, la clinophilie et le refus de manger ; elle peut parfois être liée à des hallucinations ou à un délire. - Kahlbaum, La catatonie ou folie tonique, 1874
Mélancolie → manie → attonité → confusion → stupidité
★ À maîtriser
📌 Kahlbaum considère l’héboïdophrénie comme une « demi-folie juvénile » moins grave que l’hébéphrénie, car elle n’évolue pas vers la confusion ou la démence. - De l'héboïdophrénie, 1889-1890
En 1899, Kraepelin regroupe l’hébéphrénie, la catatonie et la démence paranoïde dans la catégorie de la démence précoce. - Traité de psychiatrie
La démence précoce comprend d’abord trois formes majeures : (Kraepelin, 1899) :
Compléments
Kahlbaum rapporte que les appropriations du bien d’autrui surviennent dans de nombreux cas d’héboïdophrénie, qu’elles soient utiles ou inutiles au sujet. - De l'héboïdophrénie, 1889-1890
La « pensée à côté » de l’héboïdophrène se traduit par une compréhension imprécise ; elle ne verse pas dans le délire. - Kahlbaum, De l'héboïdophrénie, 1889-1890
Kraepelin élargit ensuite la démence précoce aux formes simple, dépressive, pseudo-périodique et démentielle, ainsi qu’à des formes liées à l’âge, infantile et présénile tardive. - Traité de psychiatrie, 1899
Héboïdophrénie : pensée « à côté » sans délire ni démence terminale
★ À maîtriser
Bleuler publie en 1911 son ouvrage sur le groupe des schizophrénies et assimile la démence précoce à ce groupe. - Dementia praecox ou Groupe des schizophrénies
Bleuler distingue neuf symptômes fondamentaux :
Bleuler distingue cinq formes de schizophrénie :
Compléments
📌 Dans la schizophrénie simple, seuls les symptômes fondamentaux sont repérables, sans délire, tandis que dans la forme paranoïde les hallucinations ou les idées délirantes sont au premier plan. - Bleuler, Dementia praecox ou Groupe des schizophrénies, 1911
Bleuler choisit le terme de schizophrénie parce qu’il considère la scission des fonctions psychiques comme l’un des caractères les plus importants du groupe. - Dementia praecox ou Groupe des schizophrénies, 1911
Les huit catégories de symptômes accessoires sont : (Bleuler, 1911) :
★ À maîtriser
📌 Freud oppose les mécanismes de reconstruction de la paranoïa et de la schizophrénie : la paranoïa recourt à la projection, tandis que la schizophrénie recourt au mécanisme hallucinatoire. - Remarques psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa (Dementia paranoïdes), 1911
📌 Dans la démence précoce, la régression libidinale va jusqu’à l’abandon de l’amour objectal et au retour à l’autoérotisme infantile, tandis que dans la paranoïa elle s’arrête au narcissisme et la libido retirée se fixe sur le moi. - Freud, Remarques psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa (Dementia paranoïdes), 1911
Compléments
📌 Freud accepte le regroupement kraepelinien de la démence précoce, mais juge ce nom mal choisi et critique le terme de schizophrénie, car la scission psychique n’est ni propre à cette affection ni son caractère essentiel. - Remarques psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa (Dementia paranoïdes), 1911
📌 Freud situe la fixation prédisposante de la démence précoce entre l’autoérotisme et l’amour objectal, tandis qu’il situe celle de la paranoïa au stade du narcissisme. - Remarques psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa (Dementia paranoïdes), 1911
Dans ses textes de 1911 sur le Président Schreber et de 1915 sur « L’inconscient », Freud propose une conception critique de la démence précoce et de la schizophrénie. - Remarques psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa (Dementia paranoïdes)
Freud propose de remplacer le terme de démence précoce par celui de paraphrénie et souligne la proximité entre démence précoce et paranoïa, qui peuvent se combiner comme le montre le cas Schreber. - Remarques psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa (Dementia paranoïdes), 1911
Freud formule pour la paranoïa que « ce qui a été aboli au dedans revient du dehors ». - Remarques psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa (Dementia paranoïdes), 1911
Freud estime que les pulsions homosexuelles ne jouent vraisemblablement pas dans la démence précoce un rôle aussi important que dans la paranoïa, attribution qu’il reconnaît ensuite comme erronée. - Remarques psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa (Dementia paranoïdes), 1911
Paranoïa : projection et narcissisme ; schizophrénie : hallucination et autoérotisme
★ À maîtriser
📌 Dans le rêve, les processus primaires portent sur les représentations de chose auxquelles les mots ont été ramenés par régression topique ; dans la schizophrénie, ils portent sur les représentations de mots préconscientes, sans cette régression. - Freud, Complément métapsychologique à la théorie du rêve, 1917
Dans le cas d’Emma, patiente de Victor Tausk, Freud formule l’hypothèse que la schizophrénie se caractérise par une prédominance de la relation de mot sur la relation de chose. - L’inconscient, 1915
Lacan décrit la béance d’un vide signifiant comme le premier pas du mouvement dialectique nécessaire à l’édification de l’ordre symbolique, pas que le schizophrène réitère en vain puisque, pour lui, tout le symbolique est réel.
Dans « L’étourdit » (1973), Lacan caractérise le sujet dit schizophrène par une position hors discours et par l’absence de tout discours établi pour prendre appui face au problème du corps et de ses organes.
Dans la schizophrénie, les processus primaires condensent les mots et déplacent leurs investissements, jusqu’à ce qu’un mot puisse représenter toute une chaîne de pensées. - Freud, L’inconscient, 1915
Compléments
📌 Jacques-Alain Miller souligne en 1993 que le sujet dit schizophrène critique radicalement les semblants de l’Autre social par l’ironie, et non par l’humour, et qu’il ne peut s’appuyer sur ces semblants pour s’en protéger.
Freud considère l’investissement des mots dans la schizophrénie comme une première tentative de restitution ou de guérison. - L’inconscient, 1915
En 1966, Lacan caractérise l’ironie schizophrénique comme une arme qui porte à la racine de toute relation sociale. - Réponse à des étudiants en philosophie
Dans le rêve, les mots régressent vers les choses ; dans la schizophrénie, la circulation est coupée.
★ À maîtriser
📌 Dans la distinction psychiatrique présentée, le délire paranoïaque est systématisé, tandis que le délire paranoïde est moins systématisé et repose sur des hallucinations.
Compléments
En 1818, Heinroth donne à la paranoïa une place dans le discours médical, tout en conservant au terme son sens général de folie.
En 1842, Heinroth, puis Kahlbaum en 1863, donnent à la paranoïa le sens psychiatrique de délire systématisé progressif.
★ À maîtriser
Dans la psychiatrie classique française, la paranoïa comprend le délire d’interprétation et les délires passionnels, subdivision adoptée traditionnellement par la clinique psychanalytique depuis Freud.
🔄 Dans sa forme pure, le délire érotomaniaque évolue selon trois stades : (Clérambault, 1921) :
Compléments
📌 Le délire de revendication égocentrique porte sur un préjudice ou des droits personnels, tandis que le délire de revendication altruiste défend des théories que le sujet souhaite voir se réaliser. - Sérieux et Capgras, 1909
Guiraud distingue quatre formes d’interprétation délirante par association verbale :
Clérambault réunit en 1921 l’érotomanie, le délire de revendication et le délire de jalousie dans la catégorie des délires passionnels morbides. - Les délires passionnels : érotomanie, revendication, jalousie
Dans les délires passionnels, l’interprétation délirante est secondaire, alors qu’elle constitue le mécanisme caractéristique du délire d’interprétation.
Érotomanie : espoir → dépit → rancune.
★ À maîtriser
Freud distingue trois modes de contradiction du fantasme « je l’aime » :
Freud situe le noyau du conflit paranoïaque chez l’homme dans le désir inconscient d’aimer un homme. - Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa, 1911
Dans le délire de persécution et l’érotomanie, la contradiction du fantasme est suivie d’une projection qui rejette la proposition sur l’autre ; cette étape n’est pas nécessaire dans le délire de jalousie. - Freud, Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa, 1911
Compléments
Dans son étude du cas Schreber, Freud considère que le déclenchement de la psychose correspond à l’incidence clinique d’un grave conflit psychique. - Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa, 1911
Freud ajoute un quatrième mode, le délire des grandeurs, qui rejette entièrement la proposition « Je n’aime que moi ». - Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa, 1911
SVO : le délire de jalousie contredit le sujet, la persécution le verbe, l’érotomanie l’objet.
★ À maîtriser
Compléments
Lacan décrit le délire d’interprétation comme un délire du quotidien et de l’espace social, alimenté par les incidents, les rencontres et les événements publics. - Structure des psychoses paranoïaques, 1931
Dans sa thèse de 1932, Lacan estime que le quérulant est particulièrement dangereux parce que l’idéal du moi et la conscience morale renforcent et justifient son impulsion homicide. - De la psychose paranoïaque dans ses rapports à la personnalité
Lacan décrit le revendicateur comme centré sur la compensation d’un préjudice qu’il ne peut accepter et qui touche à son être, jusqu’à faire de la lutte le but de sa vie.
En 1958, Lacan décrit le délire de jalousie comme une tentative d’attribuer à l’Autre un désir qui est celui du sujet. - Le séminaire, livre V. Les formations de l’inconscient
Lacan formule le délire de jalousie ainsi : « Ce n’est pas moi qu’il aime, c’est ma conjointe, il est mon rival ». - Le séminaire, livre V. Les formations de l’inconscient, 1958
★ À maîtriser
Selon Clérambault, le postulat fondamental érotomaniaque est que l’objet a commencé la relation et aime le plus ou aime seul. - Clérambault G G (de), Les délires passionnels; érotomanie; revendication, jalousie, 1921
Dans la paranoïa, l’initiative est attribuée à l’Autre, qui persécute, trompe, spolie ou cause un tort au sujet, et cette attribution s’accompagne d’une certitude délirante inébranlable, fermée au doute et à la dialectique. - Lacan, Le séminaire, livre III. Les psychoses, 1955-1956
Dans la paranoïa, l’identification d’un Autre jouisseur attribue une jouissance malsaine à un persécuteur, un voleur ou un autre amoureux, que le sujet repère dans un semblable ou petit autre. - Lacan, Présentation des Mémoires d'un névropathe, 1966
Dans la paranoïa, Lacan décrit une congélation du désir : l’objet a ne s’incarne pas dans des objets du désir et peut s’autonomiser dans le regard ou la voix, sans être séparé du sujet ni articulé au phallus. - RSI, 8 avril 1975
Le sujet paranoïaque se tient pour innocent et victime d’un Autre méchant, et peut saisir la justice ou, selon les décisions judiciaires, se faire justice lui-même par un passage à l’acte. - Hamon R, Quérulence processive et droit à jouir dans la psychose paranoïaque
Compléments
📌 Chez Freud et Lacan, la paranoïa désigne largement des délires psychotiques comprenant le délire d’interprétation, des délires paranoïdes associés à la schizophrénie et des délires passionnels. - Maleval J-C, Le champ passionnel de la psychose, 1989
📌 J.-A. A. Miller distingue les psychoses où le phénomène relève davantage du signifiant et de l’interprétation de celles où le rapport à l’objet et la revendication prévalent. - J-A A Miller
Dans l’érotomanie, le sujet attribue à une personne plus ou moins célèbre l’idée qu’elle n’est concernée que par lui, selon la formulation de Lacan à Yale le 24 novembre 1975. - Conférence à Yale University
Lacan qualifie la paranoïa d’« engluement imaginaire » dans son séminaire RSI, leçon du 8 avril 1975.
La paranoïa ne peut plus être réduite, contrairement à la thèse freudienne, à une homosexualité refusée par le sujet.
★ À maîtriser
📌 Selon Kraepelin, les paraphrénies partagent des traits avec la démence précoce, mais affectent moins nettement la structure interne de la vie psychique et constituent des formes intermédiaires entre démence précoce et paranoïa. - Kraepelin E, 1980
📌 Dans la paraphrénie systématique, un délire de persécution d’évolution continue est suivi d’idées de grandeur, parfois accompagnées d’un délire érotique, sans désintégration de la personnalité. - Kraepelin, Les paraphrénies
Compléments
📌 Les délires d’imagination de Dupré et Logre, ainsi que leurs variantes de grandeur, correspondent aux paraphrénies de Kraepelin dans la psychiatrie française. - Dupré E, Logre B, Les délires d'imagination, 1911
Joseph Guislain introduit le terme de paraphrénie en 1833 et la définit comme une « réaction fantastique », qu’il caractérise par dix impulsions bizarres. - Guislain J, Traité sur les phrénopathies, ou doctrine nouvelle des maladies mentales
Kahlbaum isole trois formes de paraphrénie : (Kahlbaum K.L., 1863) :
Les paraphrénies se caractérisent aussi par des hallucinations marquées et une coloration paranoïde du tableau clinique.
Dans la paraphrénie expansive, une mégalomanie exubérante à idées de grandeur prédominantes s’accompagne d’une légère excitation, et le délire de persécution reste en arrière-plan. - Kraepelin, Les paraphrénies
Dans la paraphrénie confabulante, les falsifications de souvenirs prédominent et donnent lieu, après un temps de repli, à des récits détaillés de persécution et de grandeur, généralement accompagnés d’une humeur joyeuse ou exaltée. - Kraepelin, Les paraphrénies
La paraphrénie fantastique produit des idées délirantes extravagantes, incohérentes et changeantes, des récits ampoulés et maniérés, des hallucinations auditives dans tous les cas et des hallucinations cénesthésiques souvent liées à un syndrome d’influence. - Kraepelin, Les paraphrénies
★ À maîtriser
📌 En 1894, Freud présente l’hystérie, l’obsession et la confusion hallucinatoire comme trois formes de défense du moi contre une représentation inconciliable, d’efficacité inégale. - Freud S, Les psychonévroses de défense
📌 En 1911, Freud affirme que dans la psychose, « ce qui a été aboli au-dedans revient du dehors » : l’abolition détruit la représentation, tandis que le refoulement la déplace dans l’inconscient. - Freud S, Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa
En 1938, Lacan décrit le sujet paraphrène mégalomane comme incorporant le monde à son moi et affirmant inclure le Tout, dont son corps et ses fonctions soutiennent l’ordre et l’existence de l’Univers. - Les complexes familiaux dans la formation de l'individu
Freud considère le délire comme une tentative de guérison qui colmate la faille initialement produite dans la relation du moi au monde extérieur. - Freud S, Névrose et psychose, 1924
Dans la psychose, le moi se retire d’un fragment de la réalité au service du ça, puis le délire tente de rétablir la relation à la réalité en ramenant la libido à l’objet. - Freud S, Remarques psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa, 1911
Compléments
Dans la conception lacanienne rapportée par Maleval, le sujet paraphrène occupe une place d’exception qui pacifie et stabilise son monde interne, comme Schreber se disant La femme de Dieu qui manque à l’univers. - L'excellence de la maladie mentale, 1992
Lacan qualifie la paraphrénie d’« excellence de la maladie mentale », formule que Maleval interprète comme une maladie mentale portant les caractéristiques du mental à leur degré d’excellence. - Miller J-A, Enseignements de la présentation de malades, juillet 1977
Dans la confusion hallucinatoire, le moi rejette la représentation insupportable avec son affect et se comporte comme si elle ne lui était jamais parvenue. - Freud S, Les psychonévroses de défense, 1894
La Verwerfung freudienne n’est pas spécifique à la structuration de la psychose, bien que Freud y pressente un mécanisme radical. - Freud S, Les psychonévroses de défense, 1894
Dans la psychose, Freud oppose l’abolition à l’intérieur au refoulement dans l’inconscient.
★ À maîtriser
Pour Lacan, la psychose se déclenche lorsque le Nom-du-Père forclos est appelé en opposition symbolique au sujet, notamment par la venue d’un père réel à une place tierce dans une relation imaginaire a-a’. - D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose, 1958
🔄 La métaphore paternelle articule trois opérations : (Lacan, 1958) :
Compléments
La forclusion du Nom-du-Père entraîne l’absence de production de la signification phallique, notée Φo, et peut être notée P0. - J-A Miller
Dans certains cas, plusieurs conditions peuvent être nécessaires au déclenchement : (Maleval J.-C) : l’entrée en jeu d’un père réel, l’ébranlement de la compensation ou pare-psychose, la rencontre de l’incomplétude de l’Autre et de son désir énigmatique
★ À maîtriser
Pour Lasègue, le délire de persécution apparaît secondairement : le sujet cherche une cause à ses impressions morbides et les attribue à un ennemi extérieur. - Lasègue C, Du délire de persécutions, 1852
En 1996, Maleval propose une évolution du délire psychotique chronique en quatre périodes P0, P1, P2 et P3, correspondant à différents rapports du sujet à la jouissance et à la construction d’une métaphore délirante. - Maleval J-C
Les phénomènes élémentaires de l’entrée dans la psychose se regroupent autour de la perplexité angoissée, du déchaînement du signifiant et de la délocalisation de la jouissance, selon une combinaison singulière chez chaque sujet.
Selon Maleval, en P0 le sujet constate que l’ordre du monde est troublé et qu’une faille centrale s’ouvre dans le symbolique, générant angoisse et perplexité. - Logique du délire
Les troubles de la chaîne signifiante comprennent :
Falret décrit le délire de persécution en trois périodes : incubation, invasion de la folie avec apparition et élaboration du délire, puis chronicité avec un délire stéréotypé et immuable. - Falret J.-P., Des maladies mentales et des asiles d’aliénés, 1864
🔄 Le délire chronique passe par quatre étapes : (Magnan V, Sérieux P, 1911) :
En P0, la perplexité initiale peut céder la place à une certitude de signification, selon laquelle le sujet ne sait pas ce que quelque chose signifie mais est certain que cela signifie quelque chose.
Compléments
📌 Dans la paraphrénie systématique de Magnan et Sérieux, le délire de persécution se systématise progressivement sous l’influence d’hallucinations sensorielles, cénesthésiques et motrices avant la période de grandeur. - Magnan V, Sérieux P, Délire chronique, 1911
La métaphore délirante s’appuie sur l’isolement d’un ou de quelques signifiants maîtres qui remédient à l’absence du Nom-du-Père et donnent sens à l’énigme de l’Autre en portant sur sa volonté de jouissance. - Maleval J-C, 1996
Le tréma initial, repéré par des auteurs allemands, est une modification de la tonalité psychique faite d’un fond ineffable de sentiments d’étrangeté, assimilable à une humeur ou ambiance délirante.
La notion de Krankhafte Eigenbeziehung a été décrite par Neisser et traduite en 1909 par Sérieux et Capgras par « signification personnelle ».
🔄 Lasègue distingue trois périodes : (Lasègue C, 1852) :
Chez Magnan : inquiétude → persécution → grandeur → démence.
★ À maîtriser
📌 Le délire passionnel circonscrit souvent d’emblée la jouissance dans une image spéculaire stable, tandis que le paranoïaque interprétatif n’y parvient que rarement ou au terme d’une élaboration délirante. - Maleval, Logique du délire
En P1, le sujet mobilise les ressources du signifiant pour résoudre l’énigme à l’origine du délire et remédier à la faille symbolique initiale. - Maleval, Logique du délire
En P2, le sujet paranoïaque identifie dans le champ de l’Autre la jouissance débridée qui trouble l’ordre du monde, puis la nomme et la localise souvent chez un persécuteur. - Maleval, Logique du délire
Compléments
📌 Lasègue et Falret expliquent la sortie de la confusion initiale par les facultés intellectuelles et le raisonnement du Moi, tandis que l’approche psychanalytique met l’accent sur la dimension subjective.
En P1, le sujet paranoïde recherche un fondement susceptible de rétablir une complétude de l’ordre symbolique, avec un appel assez régulier à un principe paternel. - Maleval, « Le schizophrène et son traitement », 1999
Lasègue décrit le passage à la seconde période délirante comme une recherche de la cause des souffrances après une période de préoccupation et de résistance, selon un raisonnement récurrent. - « Du délire de persécutions »
Falret attribue la sortie de la confusion initiale à un travail prolongé de l’esprit sur lui-même. - « Introduction », 1863
En P2, le sujet demeure exposé aux initiatives de l’Autre et peut passer à l’acte contre des incarnations du Père jouisseur. - Maleval, « La temporalité logique du délire »
Maleval considère le délire passionnel comme le délire paranoïaque disposant des soutiens imaginaires les plus élaborés pour limiter le déchaînement de jouissance. - Logique du délire
★ À maîtriser
📌 Contrairement à la conception linéaire et irréversible de Magnan et Sérieux, Maleval estime que le sujet psychotique n’est pas contraint de progresser dans les phases et peut revenir à un temps antérieur.
En P3, le sujet consent à la jouissance de l’Autre parce qu’il est certain d’avoir acquis grâce à cette expérience un savoir essentiel. - Maleval, « La temporalité logique du délire »
Maleval réserve en P3 la notion de paraphrénie à sa forme systématique, située au terme de la logique évolutive du délire et caractérisée par l’épanouissement de la mégalomanie. - « L'excellence de la maladie mentale »
Compléments
Magnan et Sérieux affirment que le délire chronique poursuit son évolution jusqu’à la mort et rapportent des débuts de psychose remontant à vingt ans, trente ans ou davantage. - Magnan V, Sérieux P., « Délire chronique », 1911
Schreber consent à être la femme de Dieu, position d’exception qui lui permet de sauver l’humanité et constitue un compromis relativement pacificateur.
★ À maîtriser
📌 Les pare-psychoses préventives se situent en amont du déclenchement, tandis que les pare-psychoses curatives protègent le sujet des effets de la rencontre avec la carence paternelle, notamment en P0.
Un sujet psychotique peut vivre sans déclencher de psychose clinique, tout en présentant des phénomènes élémentaires discrets ou isolés, situation appelée psychose non déclenchée ou psychose compensée.
Dans les années 1970, Lacan renouvelle la suppléance en définissant le symptôme comme un sinthome qui supplée au nouage non borroméen des éléments de la structure psychotique. - Le Séminaire, livre XXIII. Le sinthome, 1975-1976
Lacan présente le cas de Joyce comme une manière de suppléer au dénouement du nœud, son sinthome faisant fonction de quart élément pour empêcher le dénouement de la structure. - Le Séminaire, livre XXIII. Le sinthome, 1975-1976
Maleval associe la suppléance à une construction signifiante propre à restaurer un nouage, à cadrer la jouissance et à conserver la trace du défaut auquel elle remédie. - La forclusion du Nom-du-Père
Compléments
📌 Les suppléances constituent la modalité la plus solide des pare-psychoses, tandis qu’une béquille imaginaire peut rendre le sujet dépendant de la présence de son objet ou de sa personne d’appui.
Les béquilles imaginaires peuvent être :
Le recours à l’alcool ou aux stupéfiants est présenté comme une modalité de compensation relativement précaire.
En 1957, Lacan introduit la suppléance dans le séminaire sur la relation d’objet à propos des névroses, puis l’étend la même année à la clinique des psychoses comme suppléance de l’imaginaire au symbolique par identification. - Le Séminaire, livre V. Les formations de l’inconscient
Lacan invite à la prudence diagnostique concernant la prépsychose, car sa symptomatologie ressemble à celle de la névrose. - Le Séminaire, livre III. Les psychoses, 1955-1956
J.-A. Miller rattache les psychoses non déclenchées ou compensées à une partie des psychoses ordinaires. - J.A Miller
La conception lacanienne de la suppléance s’appuie sur la pluralisation des noms-du-père et ne réduit plus la condition du sujet à ce qui se déroule dans l’Autre. - Lacan, Le Séminaire, livre XXIII. Le sinthome, 1975-1976
Lacan relie le conditionnement du sujet aux coincements et au serrage du nœud, qui déterminent des points triples. - « RSI », 1975
Selon Lacan, le symptôme de Joyce répond à la carence radicale de son père, et Joyce compense cette carence en se voulant un nom. - Le Séminaire, livre XXIII. Le sinthome, 1975-1976
L’écriture sinthomatique de Joyce lui permet de se faire un nom et le père du nom, en s’imposant comme objet énigmatique pour les universitaires.
La béquille imaginaire dépend d’un appui ; le sinthome noue durablement la structure.
Freud : paranoïa et démence précoce
| Dimension | Paranoïa | Démence précoce |
|---|---|---|
| Mécanisme | Projection | Mécanisme hallucinatoire |
| Régression libidinale | Arrêt au narcissisme | Retour à l’autoérotisme infantile |
| Fixation prédisposante | Stade du narcissisme | Entre autoérotisme et amour objectal |
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1. Pour comprendre l’évolution des symptômes d’un patient, quelle démarche clinique permet de les examiner à la fois à un moment donné et au fil du temps ?
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Des névroses peuvent présenter des symptômes formellement proches.
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