Fiche de révision : Anesthésie et temps opératoire

Plan du Cours

  1. Définition et objectifs de l’anesthésie
  2. Les quatre temps anesthésiques
  3. Risques et prévention anesthésiques
  4. Préparation pré-anesthésique
  5. Matériel et médicaments anesthésiques
  6. Induction et surveillance anesthésique
  7. Préparation chirurgicale et narcose
  8. Paramètres de surveillance peropératoire
  9. Surveillance instrumentale peropératoire
  10. Conduite pratique et apnée
  11. Surveillance du réveil animal
  12. Physiologie et évaluation de la douleur
  13. Prise en charge de la douleur
  14. Médicaments et feuille de suivi

1. Définition et objectifs de l’anesthésie

Notions clés & Définitions

  • Anesthésie : Perte générale, loco-régionale ou locale de la sensibilité, en particulier de la sensibilité à la douleur.
  • Narcose : État temporaire de conscience abolie.
  • Analgésie : Perte totale ou partielle de la sensibilité à la douleur et de la sensation douloureuse.
  • Myorelaxation : État de relâchement musculaire.

Points essentiels

  • Une anesthésie générale repose sur quatre objectifs : narcose, analgésie, myorelaxation et stabilité des fonctions vitales.

Astuce mémo

NAMA : narcose, analgésie, myorelaxation, stabilité

2. Les quatre temps anesthésiques

★ À maîtriser

  • 🔄 Les quatre temps de l’anesthésie générale sont:
    1. La pré-anesthésie avec initiation de l’analgésie
    2. L’induction de la narcose avec poursuite de l’analgésie peropératoire
    3. Le maintien de la narcose et de l’analgésie
    4. Le réveil anesthésique avec résolution de la narcose et analgésie postopératoire

Compléments

  • Une anesthésie générale permet la réalisation sans mémorisation et sans douleur d’interventions chirurgicales ou d’examens invasifs.

Astuce mémo

Préparer → induire → maintenir → réveiller

3. Risques et prévention anesthésiques

Notions clés & Définitions

  • Risque anesthésique : Probabilité de survenue de complications périopératoires.

★ À maîtriser

  • Les complications anesthésiques fréquentes sont:
    • L’hypothermie
    • L’hypotension
    • L’hypoventilation
    • Les douleurs aiguës

📌 La consultation et les examens préopératoires permettent d’évaluer le risque selon la classification ASA, de repérer les défaillances organiques et d’adapter certains médicaments.

  • La classification ASA comprend cinq niveaux : I risque minimal, II risque faible, III risque moyen, IV risque élevé et V risque très élevé chez un animal moribond pouvant mourir dans les 24 heures.

  • 80 % de la mortalité peropératoire survient au moment du réveil, ce qui impose de poursuivre l’anesthésie jusqu’au réveil complet de l’animal.

Compléments

  • Les autres complications possibles sont:

    • Les pneumonies par aspiration
    • Le reflux gastro-œsophagien
    • Les ulcères cornéens
  • La présence d’une ASV pour surveiller une anesthésie réduit d’un facteur 3 la mortalité péri-anesthésique.

Astuce mémo

Risque anesthésique ≠ risque chirurgical

4. Préparation pré-anesthésique

★ À maîtriser

  • À l’arrivée, il faut vérifier:

    • Les coordonnées du propriétaire
    • La consultation préopératoire
    • Le respect du jeûne
    • Les bilans sanguins
    • Le devis et le consentement éclairé
    • Le poids de l’animal si possible
  • Les analyses préanesthésiques minimales comprennent:

    • L’hématocrite
    • Les protéines totales
    • L’urémie
    • La créatininémie
  • Les paramètres physiologiques de référence sont:

    • La fréquence cardiaque
    • La fréquence respiratoire
    • Le pouls fémoral
    • La température rectale
    • La couleur des muqueuses
    • Le temps de recoloration capillaire
  • 🔄 La prémédication comprend:

    1. L’amenée calme de l’animal au vétérinaire
    2. L’injection d’un tranquillisant ou sédatif associé à un analgésique
    3. Le placement au calme jusqu’à l’apparition des effets
    4. La surveillance de la sédation et de la myorelaxation

Compléments

📌 L’animal doit être placé dans un environnement calme, confortable et enrichi d’objets personnels afin de minimiser son stress et de faciliter l’anesthésie.

Astuce mémo

Accueillir → hospitaliser → préparer → prémédiquer

5. Matériel et médicaments anesthésiques

★ À maîtriser

📐 Formule — Le débit de prévention d’une hypotension périanesthésique est de 3 mL/kg/h3\,\mathrm{mL/kg/h} chez le chat et de 5 mL/kg/h5\,\mathrm{mL/kg/h} chez le chien.

📌 L’intubation orotrachéale est recommandée lorsque la séquence anesthésique dépasse 20 minutes et chez tous les animaux brachycéphales.

📐 Formule — Pour un circuit réinhalatoire, le débit d’oxygène se calcule en mL/minute selon la relation 500 mL+10 mL/kg500\,\mathrm{mL}+10\,\mathrm{mL/kg}.

📐 Formule — Pour un circuit non réinhalatoire, le débit d’oxygène est de 200 mL/kg200\,\mathrm{mL/kg} avec un minimum de 1 L/minute.

  • Un protocole anesthésique associe plusieurs médicaments afin d’obtenir la narcose, la myorelaxation, l’analgésie et la stabilité des fonctions vitales.

📌 Un bolus est une injection à effet rapide mais plus ou moins limité dans le temps, tandis qu’une CRI est une administration médicamenteuse continue permettant de maintenir des effets stables.

Compléments

  • Les opioïdes sont classés par puissance analgésique croissante:
    • Le butorphanol
    • Le tramadol
    • La buprénorphine
    • La morphine
    • La méthadone
    • Le fentanyl

6. Induction et surveillance anesthésique

★ À maîtriser

  • 🔄 L’induction comprend:
    1. La pose d’une voie veineuse
    2. L’administration d’un hypnotique injectable ou inhalatoire
    3. La poursuite de l’analgésie par injections répétées ou CRI
    4. La sécurisation de l’oxygénation par masque facial, masque laryngé ou sonde endotrachéale

📐 Formule — La pression artérielle moyenne vérifie PAm=DC×RPTPAm=DC\times RPT, où DC est le débit cardiaque et RPT la résistance périphérique totale.

  • Pour une mesure oscillométrique, la largeur du brassard doit correspondre à 40 % de la circonférence du site de mesure.

  • L’oxymètre mesure la saturation de l’hémoglobine en oxygène, la SpO2, tandis que le capnographe mesure le CO2 en fin d’expiration, l’EtCO2.

Compléments

  • Les pinces ECG sont placées ainsi:
    • Rouge : avant droit
    • Jaune : avant gauche
    • Vert : bas gauche
    • Noir : bas droite

Astuce mémo

Surveillance clinique + instrumentale

7. Préparation chirurgicale et narcose

★ À maîtriser

  • 🔄 La préparation chirurgicale comprend:
    1. Le positionnement de l’animal
    2. La tonte
    3. L’installation de l’animal
    4. Le nettoyage et la détersion du site opératoire
    5. La désinfection du site opératoire
    6. La protection ophtalmique

📌 Avec les hypnotiques vrais, un réflexe palpébral présent indique une narcose trop légère, tandis qu’un réflexe absent indique une narcose satisfaisante ou trop profonde.

📌 Un tonus musculaire minimal de la mâchoire indique une narcose satisfaisante, tandis qu’un tonus absent indique une narcose trop profonde et un tonus présent une narcose trop légère.

Compléments

  • Une position de l’œil basculée indique une narcose satisfaisante, tandis qu’un œil central indique une narcose insatisfaisante ou trop profonde.

8. Paramètres de surveillance peropératoire

★ À maîtriser

  • Un temps de recoloration capillaire inférieur à 1,5 seconde évoque une atteinte cardiovasculaire, un temps d’environ 2 secondes est physiologique et un temps supérieur à 2 secondes évoque une hypotension.

  • Une fréquence respiratoire inférieure à 6 mouvements par minute évoque une bradypnée, une fréquence comprise entre 6 et 30 mouvements par minute est usuelle, et une fréquence supérieure à 30 mouvements par minute évoque une tachypnée.

  • Une absence de mouvement respiratoire pendant plus de 20 secondes définit une apnée.

  • Chez le chien, une fréquence cardiaque inférieure à 60 battements par minute évoque une bradycardie, une fréquence comprise entre 60 et 140 battements par minute est usuelle et une fréquence supérieure à 140 battements par minute évoque une tachycardie.

  • Chez le chat, une fréquence cardiaque inférieure à 140 pulsations par minute évoque une bradycardie, tandis qu’une fréquence comprise entre 140 et 180 pulsations par minute est physiologique.

Compléments

  • Pour mesurer le pouls ou la fréquence respiratoire, il faut compter les événements pendant 20 secondes puis multiplier le résultat par 3.

9. Surveillance instrumentale peropératoire

★ À maîtriser

  • La surveillance de la température est indispensable car l’hypothermie est la première complication peropératoire : une température inférieure à 37,5 °C évoque une hypothermie, une température comprise entre 37,5 °C et 38,5 °C est usuelle et une température supérieure à 38,5 °C évoque une hyperthermie.

  • Chez le chien, le pouls usuel est compris entre 60 et 140 pulsations par minute, tandis que chez le chat il est compris entre 140 et 180 pulsations par minute.

  • Une fréquence cardiaque basse peut évoquer une bradycardie liée à une narcose excessive, tandis qu’une fréquence élevée peut évoquer une tachycardie liée à une narcose ou une analgésie insuffisante ; toute anomalie confirmée doit être signalée au vétérinaire.

  • Une SpO2 inférieure à 95 % est anormale : il faut repositionner et humidifier le capteur si nécessaire, puis alerter le vétérinaire et mettre l’animal sous oxygène si la valeur basse persiste.

  • Une EtCO2 inférieure à 30 mmHg traduit une hyperventilation, une valeur comprise entre 30 et 45 mmHg est usuelle et une valeur supérieure à 45 mmHg traduit une hypoventilation.

Compléments

  • La pression artérielle permet d’évaluer la fonction cardiovasculaire et la profondeur de la narcose et de l’analgésie ; elle est mesurée en millimètres de mercure (mmHg).

Astuce mémo

Température → cœur → pression → oxygène → CO₂

10. Conduite pratique et apnée

★ À maîtriser

  • En cas d’apnée, il faut fermer la valve d’évacuation des gaz, comprimer brièvement le ballon en contrôlant une pression maximale de 12 à 15 cmH2O, rouvrir la valve pour permettre l’expiration et répéter la manœuvre 6 à 8 fois par minute en surveillant la reprise respiratoire.

  • Pendant l’anesthésie, tous les paramètres de surveillance doivent être recueillis toutes les 5 à 15 minutes sur une fiche de suivi, puis la surveillance doit continuer pendant le réveil jusqu’au retour des valeurs de référence.

Compléments

📌 L’anesthésie fixe, fondée sur des médicaments injectables, est plus rapide à préparer mais moins sûre et moins flexible sur la durée que l’anesthésie volatile, avec un réveil souvent plus lent.

Astuce mémo

Anesthésie fixe : rapide mais moins flexible ; volatile : réveil généralement plus modulable

11. Surveillance du réveil animal

★ À maîtriser

  • Près de 80 % de la mortalité anesthésique survient au moment du réveil, qui nécessite donc une surveillance clinique et instrumentale continue.

  • Le réveil doit maintenir:

    • L’oxygénation
    • La perfusion
    • L’analgésie
    • Le réchauffement

📌 L’extubation est réalisée lorsque la motricité de la langue, le réflexe palpébral, la position centrale de l’œil et le tonus de la mâchoire réapparaissent, après vérification du dégonflement du ballonnet et du retour des réflexes de toux et de déglutition.

  • Après extubation, normalisation des valeurs et arrêt de l’oxygène, l’animal est placé au calme et dans l’obscurité, tête surélevée, de préférence en décubitus sternal et sur un support confortable ; la surveillance clinique avec contrôle de la température se poursuit toutes les 15 à 30 minutes.

Compléments

📌 Chez les animaux brachycéphales, la sonde endotrachéale doit être retirée le plus tard possible, lorsque le chien bouge la tête et cherche à retirer la sonde.

Astuce mémo

Réveil insuffisamment surveillé → défaillance respiratoire, cardiovasculaire ou thermique

12. Physiologie et évaluation de la douleur

★ À maîtriser

📌 La souffrance est une émotion affective propre à l’individu, la douleur est une sensation discriminante nécessitant une intégration corticale, et la nociception correspond aux mécanismes qui produisent et transmettent les influx douloureux jusqu’au thalamus.

  • La douleur et la nociception provoquent un stress susceptible d’entraîner des modifications métaboliques, immunologiques et hormonales, un retard de cicatrisation, des comorbidités et une douleur chronique.

  • L’évaluation clinique de la douleur consiste à observer l’animal à distance, à s’approcher et interagir avec lui, puis à palper la plaie ou les lésions si possible.

📌 En peropératoire, une augmentation de la fréquence cardiaque, de la fréquence respiratoire ou de la pression artérielle lors d’une stimulation douloureuse, malgré une narcose satisfaisante, indique une analgésie insuffisante ; il faut d’abord renforcer l’analgésie plutôt que la narcose.

Compléments

  • Une douleur peut s’accompagner d’une augmentation d’au moins 20 % des fréquences cardiaque et respiratoire ainsi que de la pression artérielle, mais ces paramètres peuvent aussi être influencés par le stress, la peur et certains médicaments anesthésiques.

Astuce mémo

Douleur = intégration corticale ; nociception = influx douloureux sans intégration corticale

13. Prise en charge de la douleur

★ À maîtriser

  • La grille de Glasgow recommande une analgésie complémentaire à partir d’un score de 6 sur 24, ou de 5 sur 20 lorsque deux critères ne sont pas évaluables.

  • L’analgésie doit être précoce et multimodale pendant les temps préopératoire, peropératoire, postopératoire immédiat et postopératoire différé, puis poursuivie jusqu’à l’absence de douleur et à une réponse inflammatoire minimale.

Compléments

  • La grille 4Avet indique une douleur légère pour un score inférieur à 5, modérée pour un score de 6 à 10 et sévère pour un score supérieur à 11.

  • La Feline Grimace Scale recommande une analgésie complémentaire lorsque le score facial du chat est supérieur à 4 sur 10.

  • L’analgésie multimodale peut associer des α-2 agonistes, des opioïdes vrais comme la morphine, la méthadone et le fentanyl, ainsi que des anesthésiques locaux.

Astuce mémo

Préopératoire → peropératoire → postopératoire immédiat → postopératoire différé

14. Médicaments et feuille de suivi

★ À maîtriser

📌 Les stupéfiants doivent être conservés sous clé dans un coffre-fort avec un registre des entrées et sorties et prescrits sur une ordonnance sécurisée à duplicata.

Compléments

  • Les familles citées comprennent:

    • Les sédatifs α-2 agonistes
    • Les tranquillisants
    • Les hypnotiques vrais
    • Les hypnotiques dissociatifs
    • Les opioïdes
    • Les anti-inflammatoires non stéroïdiens
    • Les lubrifiants oculaires
    • Les anesthésiques locaux
  • La feuille de suivi comporte notamment:

    • Les données d’identification et d’admission
    • Les paramètres de narcose et d’analgésie
    • Les paramètres instrumentaux
    • Les médicaments administrés
    • Les éléments du réveil

Tableaux de synthèse

Les objectifs de l’anesthésie générale

ObjectifRôle
NarcoseAbolition temporaire de la conscience
AnalgésieSuppression ou diminution de la douleur
MyorelaxationRelâchement musculaire
Stabilité des fonctions vitalesPrévention et prise en charge des déséquilibres vitaux

Seuils instrumentaux principaux

ParamètreValeur basseValeur usuelleValeur haute
Température< 37,5 °C37,5–38,5 °C> 38,5 °C
SpO2< 95 %≥ 95 %—
EtCO2< 30 mmHg30–45 mmHg> 45 mmHg

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Qu'est-ce que l'anesthésie ?

Une perte générale, loco-régionale ou locale de la sensibilité.

Qu'est-ce que la narcose ?

Un état temporaire de conscience abolie.

Qu'est-ce que l'analgésie ?

Une perte totale ou partielle de la sensibilité à la douleur.

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