★ À maîtriser
La sociologie des médias étudie les relations entre technique, pouvoir, culture et société ainsi que la manière dont les institutions médiatiques et la société se façonnent mutuellement.
L’analyse des médias porte sur cinq dimensions :
Compléments
La production médiatique s’analyse notamment par les structures économiques, les modèles de financement, les acteurs, les contraintes et les méthodes de fabrication de l’information.
Les dispositifs techniques ne sont jamais neutres, car ils conditionnent la manière dont les médias sont perçus.
L’influence des médias n’est pas uniforme : l’analyse de la réception étudie à la fois ce que les individus font aux médias et ce que les médias font aux individus.
Marshall McLuhan conçoit le média comme une extension du corps et analyse son rapport à la biologie humaine plutôt que sa seule fonction d’information.
Dans l’approche déterministe de McLuhan, la technique redéfinit l’être humain, ses valeurs et sa manière de voir le monde.
Selon McLuhan, « le médium est le message » : l’outil technique transforme la société indépendamment des contenus qu’il véhicule.
Le médium transforme la société indépendamment du contenu qu’il véhicule.
★ À maîtriser
Theodor Adorno et Max Horkheimer développent le concept d’industrie culturelle pour critiquer la transformation de la culture en marchandise sous l’effet de l’industrialisation.
Pour l’École de Francfort, les médias sont des industries capitalistes qui contribuent à reproduire l’idéologie dominante et à fabriquer le consentement des masses.
Compléments
L’École de Francfort critique la dimension marchande de la culture et estime que sa marchandisation lui fait perdre son aura.
Adorno et Horkheimer abordent la dépendance et la critique des médias dans leur ouvrage « la dialectique de la raison ». - Adorno et H
Marchandisation de la culture → perte de son aura et reproduction de l’idéologie dominante.
★ À maîtriser
Les Cultural Studies se développent en Grande-Bretagne à partir des années 1950 et 1960 et déplacent notamment l’analyse de la production vers la réception et les usages dans les années 1970 et 1980.
Selon Hall et Hoggart, les individus ne reçoivent pas tous les discours médiatiques de la même manière, car le décodage varie notamment selon leurs prédispositions et leur profil sociologique.
Compléments
Le public n’est pas passif : il décode et réapproprie les messages.
★ À maîtriser
📌 L’approche socio-technique distingue la dimension technico-matérielle des médias de leur dimension socio-symbolique, tout en les considérant comme indissociables. - Rémy Rieffel, 2005
Compléments
La définition des médias est dynamique : elle évolue avec le temps, l’espace et les groupes sociaux qui s’en servent. - Rémy Rieffel
La catégorie des médias s’est élargie des journaux, du cinéma et des livres à Internet, développé à partir des années 1970 et popularisé dans les années 1990, puis aux réseaux sociaux.
La démarche socio-technique de Rieffel part des techniques de production et de transmission pour analyser l’organisation économique, sociale et symbolique des médias.
★ À maîtriser
Benoît Lafon propose le modèle ME.D.I.A.TS comme une grille d’analyse globale qui intègre simultanément les différentes dimensions du phénomène médiatique.
Selon Lafon, les médias ne sont ni seulement des stratégies économiques, ni une œuvre, un discours, une organisation institutionnalisée ou un ensemble de techniques, mais tout cela à la fois.
Les cinq piliers du modèle ME.D.I.A.TS sont (Benoit Lafon, 2019) :
Compléments
Dans ME.D.I.A.TS, le Modèle économique concerne le financement et la pérennité, notamment par la publicité, l’abonnement et la valorisation des données. - Benoit Lafon, 2019
Dans ME.D.I.A.TS, le Discours recouvre les contenus produits et diffusés, notamment leurs genres, récits, aspects sémiotiques et lignes éditoriales. - Benoit Lafon, 2019
Dans ME.D.I.A.TS, l’Institution concerne le cadre légal, la déontologie et la responsabilité sociale des médias. - Benoit Lafon, 2019
Dans ME.D.I.A.TS, les Acteurs comprennent les journalistes, les producteurs et les publics actifs ou ciblés. - Benoit Lafon, 2019
Dans ME.D.I.A.TS, les Techniques en société comprennent les supports, les terminaux et les réseaux, ainsi que leur matérialité, leurs affordances et leur diffusion. - Benoit Lafon, 2019
ME.D.I.A.TS : Modèle économique, Discours, Institution, Acteurs, Techniques en société.
L’empirisme américain se développe aux États-Unis dans les années 1930-1950, avec l’essor de la radio, de la presse et du cinéma de masse.
Les acteurs politiques et économiques cherchent alors à mesurer l’impact de leurs campagnes de publicité et de propagande.
Les méthodes empiriques mobilisent :
Les quatre fonctions sociétales des médias sont (Lasswell, Wright) :
★ À maîtriser
📌 Le modèle de Lasswell est linéaire parce qu’il décrit une communication unidirectionnelle allant de l’émetteur au récepteur sans retour en arrière.
Compléments
La formule des 5W d’Harold Lasswell est présentée comme un cadre conceptuel de communication linéaire élaboré dans le contexte de l’analyse de l’influence et de la persuasion en période de guerre.
Entre 1940 et 1941, Lasswell se voit confier un projet financé par des fonds publics portant sur les effets des médias sur les individus en période de guerre.
Tout discours modifie le rapport au monde et possède ainsi une dimension performative.
Les médias sont présentés comme le quatrième pouvoir et les réseaux sociaux comme le cinquième pouvoir.
★ À maîtriser
📌 Le two-step flow rompt avec l’idée d’un public passif et manipulable en soulignant le rôle des réseaux sociaux primaires, comme la famille, les collègues et les amis.
Compléments
The People’s Choice (1944) et Personal Influence (1955) sont les ouvrages clés associés au modèle du two-step flow of communication.
Le modèle du two-step flow est critiqué parce qu’il est parfois trop rigide et sous-estime les flux directs ou à plusieurs niveaux ainsi que l’imprégnation culturelle des médias à long terme.
Médias de masse → leaders d’opinion → individus
★ À maîtriser
📌 À partir du tournant des années 1970, la question théorique passe de « que font les médias aux gens ? » à « que font les gens avec les médias ? ».
La théorie des usages et gratifications considère l’audience comme active, orientée par des besoins individuels, et les médias comme concurrents d’autres sources de satisfaction.
Les besoins auxquels les médias peuvent répondre sont : (Katz, Blumler, Gurevitch, décennie 1970) :
Compléments
Les besoins cognitifs correspondent à l’acquisition d’informations, de connaissances et de savoirs afin de mieux comprendre l’environnement et de réduire l’incertitude.
Les besoins affectifs et esthétiques visent la recherche d’une expérience émotionnelle, tandis que les besoins d’évasion permettent d’échapper à la routine et de gérer le stress et la culpabilité.
Les besoins d’intégration personnelle renforcent le statut, la confiance en soi, la crédibilité ou la stabilité identitaire, tandis que les besoins d’intégration sociale consolident les liens avec les amis, la famille ou la société.
Des effets des médias aux usages que les publics en font
★ À maîtriser
📌 L’agenda médiatique hiérarchise les sujets par les choix de une, le temps d’antenne et l’ordre des titres, tandis que l’agenda public hiérarchise les préoccupations jugées prioritaires par l’opinion publique.
Compléments
L’agenda dit à quoi penser ; le cadrage oriente comment l’interpréter
★ À maîtriser
📌 Le pouvoir journalistique persiste grâce aux rédactions, aux compétences de vérification et d’enquête, à une certaine légitimité et à des médias capables de toucher un large public.
Compléments
À l’ère numérique, les influenceurs, les créateurs de contenu et les relais algorithmiques peuvent prolonger le fonctionnement du flux à deux niveaux.
Les usages médiatiques numériques procurent des gratifications immédiates, notamment par les likes, les partages et les boucles de dopamine, et s’accompagnent d’une hyper-personnalisation.
📌 Les modèles d’agenda-setting, d’agenda-building et de framing restent utiles pour comprendre la construction de l’information, mais doivent intégrer les réseaux sociaux, les algorithmes, les influenceurs, les utilisateurs, les plateformes et leurs rapports de force.
Le pouvoir journalistique ne disparaît pas : il se transforme et se fragmente
★ À maîtriser
L’éthique et la déontologie journalistiques reposent sur des règles visant l’indépendance, la vérification des faits et le refus des conflits d’intérêts, notamment dans la Charte de Munich de 1971.
Jacques Le Bohec analyse les mythes professionnels des journalistes comme des dispositifs d’auto-légitimation qui construisent une image d’indépendance et de neutralité absolues.
Compléments
L’affaire du Watergate et les Panama Papers sont cités comme exemples d’investigation journalistique d’intérêt public.
La recherche d’objectivité est présentée comme un principe directeur et une promesse morale distinguant le journalisme de l’opinion, de la publicité et de la rumeur.
📌 Jacques Le Bohec distingue la rhétorique professionnelle de la réalité des contraintes économiques, temporelles et organisationnelles, et critique le fétichisme de l’objectivité ainsi que l’autonomie déplacée. - Les mythes professionnels des journalistes, 2000
Le journaliste chien de garde surveille les pouvoirs au nom du public
★ À maîtriser
Dans Les nouveaux chiens de garde (1997), Serge Halimi dénonce la proximité sociologique entre les élites politiques, industrielles et les grands journalistes, ainsi que le rôle des médias dominants comme relais des intérêts économiques de leurs propriétaires.
Erick Neveu rejette la vision des journalistes comme pouvoir absolu ou caste omnipotente et critique le discours sur la médiacratie lorsqu’il néglige les autres milieux de pouvoir.
Compléments
Serge Halimi décrit le journaliste comme passant du rôle de contre-pouvoir à celui de gardien de l’ordre établi. - Les nouveaux chiens de garde, 1997
Selon Erick Neveu, l’information est produite par des routines professionnelles et des contraintes économiques plutôt que par des manipulations orchestrées.
★ À maîtriser
Dans « Les journalistes ont-ils encore du pouvoir ? » (2003), Arnaud Mercier et Jean-Marie Charon décrivent l’érosion du monopole journalistique d’accès à l’information et la fin du gatekeeping exclusif des rédactions classiques.
La multiplication des sources redéfinit le rôle des médias, qui passe de la diffusion exclusive de l’actualité à la vérification et à l’explication.
La plateformisation redistribue le pouvoir journalistique, négocié face aux contraintes économiques, politiques et professionnelles, et oblige la profession à réinventer ses modes d’intermédiation et de légitimation.
Compléments
La généralisation d’Internet à partir de 2000 a fait émerger de nouveaux acteurs de l’espace public, dont les créateurs de contenu, les influenceurs web, les lanceurs d’alertes et les journalistes citoyens.
La communication directe permet aux acteurs politiques et économiques de contourner le filtre journalistique pour s’adresser à leurs audiences.
Dans La démocratie internet, Dominique Cardon associe Internet à une libération de la parole et à une communication horizontale où le public est à la fois récepteur et producteur d’information.
📌 L’hybridation des agendas correspond à la compétition et aux influences croisées entre les tendances des réseaux sociaux, comme TikTok ou X, et les médias classiques.
Dans L’économie de l’attention, Yves Citton présente le temps cognitif disponible comme la ressource rare dans un monde saturé d’informations et décrit la captation de l’attention comme une source de valeur économique.
Patrick Le Lay déclare que TF1 vend à Coca-Cola du « temps de cerveau humain disponible » afin d’aider la marque à vendre son produit.
Les émissions de divertissement captent l’attention et préparent le spectateur à recevoir les messages publicitaires diffusés entre les séquences.
Le fact-checking, c’est-à-dire la vérification de l’information, a pris un essor considérable depuis l’avènement des réseaux sociaux numériques.
La désintermédiation → fragmentation du pouvoir et hybridation des agendas
| Modèle | Mécanisme | Effet principal |
|---|---|---|
| Two-step flow | Médias → leaders d’opinion → individus | Les relais orientent la circulation des messages |
| Agenda-setting | Hiérarchie médiatique des sujets | Influence l’importance accordée aux sujets |
| Framing | Sélection et mise en saillance d’aspects | Oriente l’interprétation du sujet |
| Notion | Acteurs | Fonction |
|---|---|---|
| Agenda-setting | Médias et opinion publique | Hiérarchiser les sujets et les préoccupations |
| Agenda-building | Acteurs politiques, groupes de pression, journalistes | Faire entrer un sujet dans les agendas médiatique et politique |
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1. Quelle définition correspond au fait social chez Émile Durkheim ?
2. Dans l’approche de Rémy Rieffel, que désigne un média au-delà de la technique qui transmet des messages ?
Mémorisez les concepts clés de Théories du pouvoir médiatique avec 89 flashcards interactives.
Comment Émile Durkheim définit-il le fait social ?
Une manière d’agir, de penser et de sentir extérieure à l’individu, qui exerce sur lui une pression ou une influence inconsciente.
Dans quel ouvrage Émile Durkheim définit-il le fait social ?
Les règles de la méthode de sociologie.
Qu’étudie la sociologie des médias ?
Les relations entre technique, pouvoir, culture et société, ainsi que leurs influences mutuelles avec les institutions médiatiques.
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