Fiche de révision : Décentralisation et droit constitutionnel

Plan du Cours

  1. Pouvoir politique et constitution
  2. Contrat social et légitimité politique
  3. État, souveraineté et constitutionnalisme
  4. Formation historique de la souveraineté étatique
  5. Sens de la souveraineté étatique
  6. Personnalité juridique de l’État
  7. Composantes matérielles de l’État
  8. Légitimité et État de droit
  9. Formes de l’État unitaire
  10. Institutions et contrôle décentralisés
  11. L’État régional
  12. Principes de l’État fédéral
  13. Conceptions de la Constitution
  14. Typologies constitutionnelles
  15. Pouvoir constituant
  16. Principes du constitutionnalisme
  17. Séparation des pouvoirs
  18. Prééminence constitutionnelle

Repères chronologiques

  1. 1215La Magna Carta impose au roi anglais le principe du consentement à l’impôt, à la suite d’une exigence des barons et seigneurs réunis dans la curia legis.
  2. 1513Le concept moderne d’État apparaît au début du XVIe siècle et se repère dans Le Prince de Machiavel.
  3. 1539L’ordonnance de Villers-Cotterêts oblige les autorités à utiliser la langue française sur le territoire.
  4. 1576Jean Bodin publie Les six livres de la République, ouvrage qui associe gouvernement soumis au droit, maîtrise de la chose publique et souveraineté.
  5. 1905La loi établit en France la séparation des Églises et de l’État et donne naissance au principe de laïcité.
  6. 1982Après l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, une succession de lois adoptées entre mars et juillet, dites lois Defferre du nom du ministre de l’Intérieur Gaston Defferre, enclenche la décentralisation en France.
  7. 1998Le Scotland Act et le Government of Wales Act créent des parlements régionaux en Écosse et au pays de Galles.
  8. 2001Une révision constitutionnelle confie un pouvoir législatif autonome aux régions italiennes.
  9. 2003Une réforme constitutionnelle constitutionnalise l’existence de la région et élargit la portée du principe de libre administration des collectivités territoriales.

1. Pouvoir politique et constitution

Notions clés & Définitions

  • Pouvoir politique : Relation asymétrique entre gouvernants et gouvernés, fondée sur l’acceptation de règles communes et visant à préserver l’identité, la cohérence et la permanence du groupe social.
  • Constitution : Acte juridique et politique fondateur qui rassemble principalement les règles d’organisation et de fonctionnement de l’État et exprime la volonté du souverain de les établir.

Points essentiels

  • Le pouvoir politique a pour objet de construire, consolider et conserver un groupe social, notamment en déterminant le statut des individus par la citoyenneté.

  • Dans certaines traditions politiques, notamment l’exception anglaise, les règles constitutionnelles peuvent relever de pratiques coutumières plutôt que d’un document écrit.

2. Contrat social et légitimité politique

★ À maîtriser

  • Les trois œuvres inauguratrices des théories classiques du contrat social sont :

    • le Léviathan de Thomas Hobbes (1651)
    • le Second traité sur le gouvernement civil de John Locke (1690)
    • Le contrat social de Jean-Jacques Rousseau (1762)
  • Pour Thomas Hobbes, l’état de nature est marqué par la violence de tous contre tous, résumée par la formule « L’homme est un loup pour l’homme ». - Le Léviathan, 1651

  • Chez Hobbes, les individus consentent à confier tous leurs pouvoirs et toutes leurs forces à un seul homme ou à une seule assemblée afin que le Léviathan assure leur sécurité et protège leurs propriétés. - Thomas Hobbes, 1651

  • Pour John Locke, les individus jouissent paisiblement de l’état de nature, mais concluent un pacte afin que l’autorité politique assure la paix sociale tout en protégeant leurs droits naturels fondamentaux. - Le Second traité sur le gouvernement civil, 1690

  • Pour Rousseau, les individus se soumettent à la volonté générale, qui exprime la volonté du peuple et l’intérêt général dès lors que la majorité s’est exprimée. - Le contrat social, 1762

Compléments

  • John Locke défend la division des pouvoirs et le droit de résistance à l’oppression lorsque l’autorité politique dépasse ses compétences. - Le Second traité sur le gouvernement civil, 1690

  • Tocqueville développe l’idée de tyrannie de la majorité, tandis que Benjamin Constant et Tocqueville critiquent les conceptions de Rousseau.

  • Les notions d’élection, de mandat et de responsabilité organisent les rapports entre représentants et représentés dans le cadre contractuel du pouvoir politique.

Astuce mémo

Chez Hobbes, l’autorité protège de la violence ; chez Locke, elle est limitée par les droits naturels.

3. État, souveraineté et constitutionnalisme

Notions clés & Définitions

  • Constitutionnalisme : Conception de la constitution comme texte qui protège les libertés individuelles en limitant l’exercice du pouvoir étatique.
  • État : Autorité politique souveraine exerçant des compétences sur une population et à l’échelle d’un territoire donné.

★ À maîtriser

  • La constitution fixe les règles de la compétition politique pacifique, encadre la conquête et l’exercice du pouvoir dans l’État et énumère les libertés fondamentales opposables au pouvoir étatique.

Compléments

  • L’État demeure un objet central du droit constitutionnel moderne malgré la concurrence de l’Union européenne et de forces économiques parfois plus puissantes que certains États.

  • La constitution établit les règles fondamentales de la vie en société et habilite les organes de l’État à exercer leurs fonctions.

4. Formation historique de la souveraineté étatique

Notions clés & Définitions

  • Sécularisation : Processus par lequel l’origine du pouvoir cesse d’être fondée sur une justification mystique ou religieuse.
  • Indisponibilité de la couronne : L’indisponibilité de la couronne signifie que le roi n’est pas propriétaire de sa fonction royale et ne peut ni y renoncer ni céder son pouvoir politique à une puissance étrangère.

★ À maîtriser

  • La théorie des deux corps du roi distingue le corps physique du monarque et son corps mystique, qui incarne l’institution titulaire de la souveraineté et survit à la mort de l’individu. - Kantorowicz

Compléments

  • Les règles fondamentales de succession au trône mentionnées sont :

    • la masculinité
    • la primogéniture
    • la catholicité
  • La centralisation monarchique française s’est appuyée sur l’unification du droit et l’imposition de la langue française sur le territoire.

  • Selon Ernest Renan, la nation transcende les particularités locales dans une volonté commune de vivre ensemble.

Astuce mémo

Institutionnalisation, centralisation, sécularisation : trois transformations de la souveraineté.

5. Sens de la souveraineté étatique

Notions clés & Définitions

  • Compétence de la compétence : Jellinek - Pouvoir de définir librement l’étendue de ses propres compétences, sous réserve de ne pas entraver la souveraineté d’un autre État.
  • État : Hans Kelsen - Ordre juridique centralisé qui produit des normes et habilite des institutions à les appliquer sous contrainte.

★ À maîtriser

📌 La souveraineté externe signifie que l’État n’est subordonné à aucune puissance extérieure, tandis que la souveraineté interne désigne la primauté de sa volonté sur les volontés individuelles ou collectives à l’intérieur de son territoire. - Raymond Carré de Malberg

Compléments

  • La souveraineté externe est une indépendance à l’égard des puissances extérieures, alors que la souveraineté interne est une puissance suprême exercée sur le territoire étatique.

  • La souveraineté interne et la souveraineté externe sont interdépendantes, car la reconnaissance extérieure exprime la souveraineté interne que l’État est censé exercer.

  • Selon Jellinek, l’État s’autolimite en s’engageant à respecter l’ordre juridique qu’il a lui-même instauré, principe au fondement de l’État de droit.

6. Personnalité juridique de l’État

Notions clés & Définitions

  • Continuité de l’État : Fait que l’État perdure au-delà de la vie de ses agents et des changements de gouvernants, ce qui permet notamment la validité durable des conventions internationales et la permanence des services publics.
  • Personne morale : Entité dotée de la personnalité juridique, titulaire de droits et d’obligations distincts de ceux des personnes physiques qui la composent.

★ À maîtriser

  • La personnalité morale de l’État lui permet de posséder un patrimoine propre et de répondre des dommages causés par ses agents dans leur mission de service public, notamment selon un régime de responsabilité sans faute.

Compléments

  • La personnalité juridique permet à l’État de conclure des conventions internationales en son nom propre.

7. Composantes matérielles de l’État

★ À maîtriser

  • Les trois éléments matériels classiquement retenus pour constituer un État sont :

    • un territoire
    • une population
    • une autorité politique souveraine
  • Le territoire étatique est en principe le cadre de la compétence souveraine de l’État, mais celui-ci peut consentir à limiter certaines compétences territoriales par coopération internationale.

Compléments

  • Le territoire étatique peut connaître des transformations par :

    • agrandissement
    • cession
    • sécession
    • fusion
    • disparition liée au réchauffement climatique
  • Les accords de Schengen de 1985 organisent la libre circulation des biens et des personnes entre leurs États parties.

  • L’Acte unique européen de 1986 acte la libre circulation au sein de l’Union européenne, mise en application concrète par le traité de Maastricht de 1992.

  • En France, le Parlement détermine les conditions d’attribution de la nationalité en vertu de l’article 34 de la Constitution.

  • La nationalité française peut être acquise : par filiation, par naissance sur le territoire français, par naturalisation acceptée par les autorités selon les critères définis par la loi

  • La citoyenneté européenne permet à un ressortissant d’un État membre de l’Union européenne résidant dans un autre État membre de participer aux élections municipales et européennes de cet État dans les mêmes conditions que ses ressortissants, sans condition générale de résidence préalable de trois ans.

8. Légitimité et État de droit

★ À maîtriser

  • Max Weber distingue trois types de légitimité politique :

    • traditionnelle
    • charismatique
    • légale-rationnelle
  • La légitimité légale-rationnelle repose sur la croyance dans le droit, l’État de droit et l’utilité d’une bureaucratie administrativement structurée.

  • Dans l’État de droit, chaque autorité étatique ne peut prendre que les décisions pour lesquelles une norme l’habilite et demeure soumise au contrôle de légalité du juge.

Compléments

  • L’État de droit suppose une hiérarchie des normes qui oblige chaque autorité à respecter les normes supérieures à sa norme d’habilitation.

  • Les droits fondamentaux permettent aux justiciables d’en demander le respect devant un juge et encadrent les compétences des autorités étatiques lorsqu’ils figurent dans la constitution ou dans des conventions internationales.

9. Formes de l’État unitaire

Notions clés & Définitions

  • État unitaire : État dans lequel une seule autorité politique existe sur un même territoire et un seul droit s’applique à la population.
  • Déconcentration : Exécution, dans des circonscriptions territoriales, des décisions du centre par des agents qui représentent l’État et ne disposent pas d’autonomie ni de personnalité morale.

★ À maîtriser

  • L’ordre public garanti par le préfet comprend :
    • la tranquillité publique
    • la sécurité publique
    • la salubrité publique
    • la dignité de la personne humaine

📌 Le maire est à la fois une autorité déconcentrée, comme représentant de l’État chargé de l’ordre public communal, et une autorité décentralisée, car il est élu au suffrage universel et dispose d’une autonomie politique et budgétaire communale.

Compléments

  • En France, la déconcentration est un héritage de l’époque napoléonienne et s’exerce notamment par les préfets de département et de région, les recteurs d’académie et, dans une certaine mesure, les maires.

  • Les autorités déconcentrées, à l’exception du maire, sont nommées et révoquées par le pouvoir central.

  • Le contrôle hiérarchique sur les autorités déconcentrées peut prendre la forme : d’un pouvoir disciplinaire de sanction, de suspension ou de révocation, d’un contrôle des actes par approbation, d’un contrôle des actes par annulation, d’un contrôle des actes par substitution

Astuce mémo

La déconcentration transmet le pouvoir du centre ; la décentralisation confie des compétences à des institutions élues.

10. Institutions et contrôle décentralisés

Notions clés & Définitions

  • Décentralisation : Processus dans lequel des institutions élues au suffrage universel local exercent des compétences locales définies selon un modèle commun prévu par la loi.
  • Décision : Acte juridique susceptible de faire grief.

★ À maîtriser

  • Les conseils départementaux et régionaux sont des institutions politiques élues qui peuvent manifester des choix politiques particuliers dans les limites de leurs compétences constitutionnelles et légales.

📌 Le préfet vérifie que les autorités décentralisées respectent le cadre de leurs compétences et que leurs délibérations ne sont pas entachées d’illégalité.

Compléments

  • Le conseil départemental exerce notamment des compétences relatives à l’entretien des collèges, des routes départementales et à des matières environnementales, culturelles et touristiques.

  • Les collectivités territoriales disposent d’un pouvoir réglementaire pour exercer leurs compétences.

  • La réforme de 2003 permet aux collectivités territoriales d’exercer expérimentalement certaines compétences du domaine législatif en prenant des décisions matériellement législatives adaptées à l’échelle locale, selon une logique de subsidiarité.

  • L’expérimentation législative des collectivités est encadrée : le Parlement national peut s’y opposer et le Conseil constitutionnel exerce un contrôle strict.

11. L’État régional

★ À maîtriser

📌 L’État régional constitue une forme intermédiaire entre l’État unitaire décentralisé et l’État fédéral, en maintenant une structure unitaire tout en reconnaissant une autonomie locale approfondie.

  • Dans l’État régional, l’autonomie des collectivités territoriales est politique et institutionnelle, et certaines compétences propres de nature législative sont garanties par la Constitution.

  • La Constitution espagnole de 1978 reconnaît une forte autonomie aux communautés, notamment à la Catalogne, au Pays basque et à la Galice, et prévoit des procédures d’accès à l’autonomie ainsi qu’un droit à l’autogouvernement pour toutes les communautés.

  • Chaque communauté autonome espagnole dispose des institutions suivantes : un parlement régional législatif monocaméral, un exécutif dirigé par un président et ses conseillers, une administration publique appliquant le droit administratif local, un tribunal supérieur de justice rattaché à l’État central

📌 Le Parlement écossais possède un pouvoir législatif ordinaire dans des domaines délimités, tandis que le Parlement gallois exerce un pouvoir législatif plus restreint et délégué, soumis à un contrôle plus étroit du Parlement britannique.

Compléments

  • Les régions italiennes peuvent appliquer le droit européen à leur échelle, ce qui peut créer des différences d’application, notamment pour la transposition des directives.

  • La révision italienne de 2001 énumère les communes, les provinces et les régions au même niveau que l’État italien dans la composition de la République.

  • En Espagne, les communautés autonomes ne disposent pas d’une constitution régionale, mais bénéficient d’une représentation politique au Sénat, seconde chambre nationale, et le Tribunal constitutionnel national veille à l’uniformité des dispositions constitutionnelles.

📌 Les relations internationales restent monopolisées par les institutions politiques de l’État central espagnol.

📌 Les parlements écossais et gallois restent inscrits dans un système centralisé et soumis à la souveraineté du Parlement britannique, auquel ils ne peuvent s’opposer.

  • L’État régional recouvre des situations institutionnelles différentes, et une autonomie inégalitaire peut favoriser les tensions indépendantistes, comme l’a illustré la situation catalane à la fin des années 2010.

Astuce mémo

L’autonomie régionale s’approfondit sans faire disparaître la structure unitaire

12. Principes de l’État fédéral

Notions clés & Définitions

  • Principe fédéral : Principe visant à faire coexister des entités territoriales sans supprimer leurs caractéristiques propres, tout en imposant un cadre normatif commun.
  • Principe d’autonomie : Le principe d’autonomie suppose que l’entité territoriale affirme son existence politique et juridique, définisse son rattachement à l’unité politique et établisse un champ de compétences propre.
  • Principe de participation : Principe permettant aux entités fédérées de prendre part aux décisions et aux institutions de la fédération.
  • Principe de juxtaposition : Principe caractérisant l’État fédéral par la coexistence de deux ordres juridiques concurrents.

★ À maîtriser

  • Georges Scelle théorise deux principes structurels du fédéralisme : l’autonomie et la participation.

📌 Un État fédéral peut se former par agrégation d’États auparavant séparés ou par ségrégation, lorsque la décentralisation reconnaît aux entités locales une autonomie constitutionnelle et législative.

Compléments

📌 La participation fédérale est fonctionnelle lorsque les représentants se réunissent ponctuellement pour régler des problèmes communs, et institutionnelle lorsqu’une représentation permanente des États existe dans une structure fédérale.

  • La participation fédérale concerne :
    • l’établissement de la Constitution fédérale
    • la révision de la Constitution fédérale
    • la législation fédérale
    • l’exécution des lois
    • la fonction juridictionnelle

📌 L’acte fondateur d’un État fédéral est une constitution ou un traité international qui doit être approuvé par tous les États souhaitant intégrer la fédération.

📌 Une confédération est une entente entre États où les décisions sont prises à l’unanimité, ce qui permet à chaque État de bloquer une décision, tandis que la souveraineté dans l’État fédéral pose une difficulté théorique entre l’État fédéral et les États fédérés.

13. Conceptions de la Constitution

Notions clés & Définitions

  • Conception rationnelle : Conception faisant de la Constitution un texte écrit choisi par la nation pour organiser les institutions et énoncer les droits inhérents à la personne humaine.
  • Conception historique : Conception envisageant la Constitution comme la représentation sociologique ou symbolique de la société et de son histoire nationale, parfois assimilée à l’esprit du peuple.

★ À maîtriser

  • Dans La Politique, Aristote distingue trois dimensions de la Constitution :
    • institutionnelle, car elle organise les pouvoirs
    • organique, car elle reproduit les forces sociales
    • finaliste, car elle poursuit l’intérêt découlant de l’organisation des pouvoirs

📌 La Constitution anglaise repose principalement sur une tradition historique, coutumière et conventionnelle, tout en comprenant des textes historiques et des lois parlementaires de portée constitutionnelle.

Compléments

  • Dès le Ve siècle av. J.-C., des textes attribués à Aristote décrivent les institutions dans une perspective principalement historique.

  • Le principe du consentement à l’impôt posé par la Magna Carta est présenté comme un fondement du régime représentatif.

  • L’Habeas corpus de 1679 et le Bill of Rights de 1688 expriment une conception individualiste de la liberté et une méfiance envers le pouvoir royal, en protégeant notamment la sûreté individuelle et la propriété privée.

  • Sous l’influence de John Locke, se développe une réflexion sur la division des pouvoirs et leur contrôle par les représentants de la nation anglaise réunis dans la Chambre des communes.

  • La Constitution des États-Unis est adoptée à Philadelphie en 1787, tandis que les premières constitutions écrites et codifiées françaises et polonaise datent de 1791.

Astuce mémo

La conception rationnelle choisit un texte ; la conception historique représente une société vivante

14. Typologies constitutionnelles

★ À maîtriser

  • La Constitution écrite est codifiée dans un texte, tandis que la Constitution coutumière repose sur des pratiques politiques répétées et admises au cours de l’histoire.

  • La Constitution matérielle est identifiée par le contenu de ses règles, notamment l’organisation des pouvoirs publics et la garantie des droits fondamentaux, tandis que la Constitution formelle est identifiée par la procédure d’adoption et l’appartenance au texte constitutionnel.

  • Selon James Bryce, une Constitution est souple lorsque sa révision suit la même procédure que l’adoption d’une loi, et rigide lorsque sa révision obéit à une procédure contraignante.

  • L’initiative d’une révision constitutionnelle française appartient aux parlementaires ou au président de la République sur proposition du Premier ministre, et le texte doit être voté dans les mêmes termes par l’Assemblée nationale et le Sénat.

Compléments

  • La distinction entre Constitution écrite et coutumière est insuffisante, car des pratiques peuvent transformer le sens de constitutions écrites et le modèle anglais comprend aussi des textes constitutionnels et des lois parlementaires de portée constitutionnelle.

  • La distinction entre Constitution matérielle et formelle présente des chevauchements : certains droits fondamentaux figurent dans des textes internationaux, la dignité peut être matériellement constitutionnelle sans figurer formellement dans la Constitution, et la procédure d’adoption des lois peut être formellement constitutionnelle sans être matériellement constitutionnelle.

  • En Angleterre, une loi ordinaire du Parlement souverain peut modifier la Constitution, tandis que la Constitution française de la Ve République prévoit une procédure de révision rigide à l’article 89.

  • Pour une révision proposée par l’exécutif, le président peut choisir le référendum ou le Congrès réuni à Versailles, où l’adoption exige les trois cinquièmes des suffrages exprimés.

  • Une proposition de révision d’origine parlementaire doit être ratifiée par référendum, et aucune révision n’a été initiée par des parlementaires depuis 1958.

  • L’article 89 interdit une révision constitutionnelle lorsqu’elle porte atteinte à l’intégrité du territoire ou à la forme républicaine du gouvernement.

15. Pouvoir constituant

Notions clés & Définitions

  • Pouvoir constituant dérivé : Compétence de réviser la Constitution selon la procédure instituée par le pouvoir constituant originaire.
  • Supra-constitutionnalité : Hypothèse où des dispositions constitutionnelles intangibles seraient supérieures aux autres dispositions de la Constitution dans la hiérarchie des normes.

★ À maîtriser

📌 Le pouvoir constituant originaire fonde un nouvel ordre constitutionnel de manière inconditionnée, tandis que le pouvoir constituant dérivé modifie la Constitution en vertu d’une habilitation constitutionnelle et demeure encadré par elle. - Olivier Beaud

Compléments

  • Le pouvoir constituant originaire peut s’exprimer lors d’une révolution ou, dans un cadre démocratique, par le peuple directement ou avec l’intervention préalable d’assemblées représentatives.

  • Le plébiscite constituant fait ratifier au peuple une Constitution élaborée sans sa participation ni celle de ses représentants, comme en 1799 et en 1958.

  • Dans le modèle de l’Assemblée constituante, une assemblée élue élabore et adopte la Constitution, comme pour la Constitution de 1791 et les lois constitutionnelles de 1875.

  • Dans le référendum constitutionnel, une assemblée représentative élabore la Constitution puis le peuple la ratifie, comme pour la Constitution de 1946.

  • Georges Vedel soutient que limiter le pouvoir constituant dérivé est théoriquement problématique puisque la révision exprime la volonté du peuple souverain, ce qui conduit à une aporie sur la capacité du pouvoir originaire à contraindre éternellement le pouvoir dérivé.

Astuce mémo

Originaire : il fonde ; dérivé : il révise dans le cadre prévu

16. Principes du constitutionnalisme

Notions clés & Définitions

  • Constitutionnalisme : Mouvement politique et juridique libéral faisant de la Constitution un rempart contre l’absolutisme en limitant les pouvoirs et en protégeant les droits et libertés fondamentales.

★ À maîtriser

  • Le constitutionnalisme retient trois principes de protection des libertés :
    • la séparation des pouvoirs
    • la prééminence de la norme constitutionnelle
    • le contrôle de constitutionnalité

Compléments

  • Montesquieu affirme que toute personne qui a du pouvoir est portée à en abuser.

  • Benjamin Constant qualifie la Constitution d’« acte de défiance ». - B. Constant

17. Séparation des pouvoirs

★ À maîtriser

📌 Montesquieu distingue les fonctions législative, exécutive et judiciaire, mais ne présente pas la séparation des pouvoirs comme une séparation fonctionnelle absolue. - De l’esprit des lois

📌 La séparation souple associe les pouvoirs par leur interdépendance et leur collaboration, tandis que la séparation stricte prétend les rendre indépendants et spécialiser leurs fonctions.

  • La séparation stricte est souvent associée au régime présidentiel, mais le système américain repose aussi sur une collaboration contrainte des pouvoirs par les checks and balances.

Compléments

  • Montesquieu développe sa réflexion sur l’organisation des pouvoirs au chapitre 6 du livre XI de De l’esprit des lois, en présentant la Constitution anglaise comme modèle du bon gouvernement.

  • Dans la conception de Montesquieu, le pouvoir législatif crée les lois, le pouvoir exécutif les applique et prend les décisions liées aux relations internationales et à l’ordre public, tandis que le pouvoir judiciaire applique fidèlement la loi. - De l’esprit des lois

  • Beccaria résume la conception du juge tenu d’appliquer strictement la loi par la formule « le juge est la bouche de la loi ».

📌 La faculté de statuer permet d’ordonner par soi-même ou de corriger ce qui a été ordonné par autrui, tandis que la faculté d’empêcher permet de rendre nulle une décision prise par autrui. - Montesquieu, De l’esprit des lois

  • Montesquieu envisage que le roi puisse opposer son veto aux lois et que le pouvoir législatif contrôle l’application des lois, notamment en refusant le budget de l’administration royale. - De l’esprit des lois

  • Dans le régime parlementaire, l’exécutif peut dissoudre l’assemblée et l’assemblée peut provoquer la démission du gouvernement en engageant sa responsabilité politique.

  • Dans le régime parlementaire, l’exécutif peut proposer des lois et le pouvoir législatif contrôle l’activité gouvernementale, notamment sur le plan budgétaire.

📌 Le président des États-Unis peut opposer son veto aux lois votées par le Congrès, mais celui-ci peut renverser le veto à la majorité des deux tiers de ses membres.

  • Le Congrès peut refuser les crédits de l’administration fédérale, tandis que le Sénat contrôle les nominations fédérales et à la Cour suprême et peut s’opposer à la ratification d’un traité international.

Astuce mémo

Imaginez deux pouvoirs capables de se bloquer mutuellement pour empêcher l’arbitraire

18. Prééminence constitutionnelle

Points essentiels

  • La prééminence de la norme constitutionnelle se mesure notamment par le triomphe théorique de la conception normative de la Constitution et par la supériorité formelle de la Constitution dans l’ordonnancement juridique français.

Tableaux de synthèse

Les formes d’autonomie territoriale

ModèleStructureAutonomie
État décentraliséUnitaireAdministrative et locale, dans le cadre légal
État régionalUnitairePolitique et institutionnelle, avec certaines compétences législatives
État fédéralFédéraleAutonomie des entités et participation aux institutions fédérales

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Décentralisation et droit constitutionnel avec 52 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Quelle caractéristique distingue le pouvoir politique des relations ordinaires entre individus ?

2. Dans un pacte, des individus auparavant paisibles instituent une autorité afin de préserver la paix sociale et leurs droits naturels fondamentaux : quelle théorie ce cas illustre-t-il ?

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Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Décentralisation et droit constitutionnel avec 92 flashcards interactives.

Quelle relation caractérise le pouvoir politique entre gouvernants et gouvernés ?

Une relation asymétrique.

Quel objectif le pouvoir politique poursuit-il pour le groupe social ?

Préserver son identité, sa cohérence et sa permanence.

Qu’est-ce que la constitution ?

L’acte juridique et politique fondateur de l’État.

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