Fiche de révision : Défense sociale nouvelle et modèle réhabilitatif

Plan du Cours

  1. Émergence de la défense sociale nouvelle
  2. Fondements doctrinaux de la DSN
  3. Peine et resocialisation du délinquant
  4. Réformes pénales françaises de 1945 à 1980
  5. Humanisation pénale après 1981
  6. Rayonnement international de la DSN
  7. Principes onusiens du traitement pénitentiaire
  8. Conseil de l’Europe et alternatives pénales
  9. Critiques juridiques du modèle réhabilitatif
  10. Réfutation criminologique du traitement
  11. Réponses de la DSN et évolution politique

Repères chronologiques

  1. 2 février 1945L’ordonnance relative à l’enfance délinquante consacre l’irresponsabilité pénale absolue ou relative du mineur de 18 ans, la primauté des mesures de protection, d’assistance, de surveillance et d’éducation, ainsi que le caractère exceptionnel de l’emprisonnement.
  2. 21 juillet 1949Un corps d’éducateurs est créé en prison afin de soutenir la réadaptation et la préparation au retour dans la société.
  3. 1955Le premier Congrès des Nations Unies sur la prévention du crime et le traitement des délinquants adopte à Genève les règles minima pour le traitement des détenus.
  4. 22 juin 1987La loi réaffirme que le service public pénitentiaire favorise la réinsertion et assure l’individualisation des peines.
  5. 14 décembre 1990Les règles de Tokyo favorisent les mesures non privatives de liberté et la participation de la collectivité au processus pénal.
  6. 1994L’article 132-24 du nouveau Code pénal impose à la juridiction de prononcer les peines et d’en fixer le régime en fonction des circonstances de l’infraction et de la personnalité de son auteur.
  7. 20 janvier 1994Le Conseil constitutionnel affirme que l’exécution des peines privatives de liberté vise à protéger la société et punir le condamné, mais aussi à favoriser son amendement et préparer son éventuelle réinsertion.
  8. 29 août 2002Le Conseil constitutionnel reconnaît, pour la justice des mineurs, l’atténuation de leur responsabilité pénale, la primauté de l’action éducative et la spécialisation des juridictions et procédures.
  9. 11 janvier 2006La recommandation actualise les Règles pénitentiaires européennes et rappelle que la peine privative de liberté doit être utilisée en dernier recours et favoriser la réinsertion complète.

1. Émergence de la défense sociale nouvelle

Notions clés & Définitions

  • Défense sociale nouvelle : Doctrine formalisée dans les années 1950 par le magistrat français M. Ancel, issue du croisement entre l’École classique de droit pénal et le courant de la défense sociale.

Points essentiels

📌 À la différence de la Défense sociale et de Lombroso, la Défense Sociale Nouvelle ne considère pas le passage à l’acte comme le fruit d’un déterminisme total et place la responsabilité morale au centre de la réaction contre le crime.

📌 La Défense Sociale Nouvelle rejette les peines indéterminées parce qu’elles sont arbitraires, mais elle admet le recours à la privation de liberté lorsque les amendes ou la probation sont insuffisantes.

Astuce mémo

Après 1945, le recul du classicisme → l’essor de la défense sociale nouvelle

2. Fondements doctrinaux de la DSN

Notions clés & Définitions

  • Approche humaniste : Approche de la délinquance qui refuse un système pénal principalement afflictif et exclut les peines infamantes et corporelles.

Points essentiels

  • Les facteurs du crime sont: la constitution bio-psychologique du délinquant, les conditions d’apprentissage de la déviance, l’influence du milieu

📌 La Défense Sociale Nouvelle ne fait pas de la rétribution, de la dissuasion ou de la neutralisation les finalités principales de la peine, même si elle reconnaît que la privation de liberté peut être nécessaire dans les cas les plus graves.

Astuce mémo

Responsabilité morale sans déterminisme total, mais crime expliqué par les facteurs psychosociaux

3. Peine et resocialisation du délinquant

★ À maîtriser

  • L’individualisation de la peine repose sur l’examen de l’infraction et de la personnalité du délinquant, l’évaluation scientifique de sa dangerosité, puis l’adaptation de la sanction à sa situation.

📌 La réadaptation sociale ou resocialisation doit combler la carence de socialisation du délinquant et le régime pénitentiaire doit préparer, si possible, sa réinsertion sociale.

Compléments

  • Les éléments évalués par le juge sont:
    • la constitution biologique
    • les réactions psychologiques
    • l’histoire personnelle
    • la situation sociale

Astuce mémo

Évaluer → individualiser → traiter → réinsérer

4. Réformes pénales françaises de 1945 à 1980

Points essentiels

  • La réforme pénitentiaire comprend (P. Amor): une prison-école pour jeunes détenus en 1947, un Centre national d’observation à Fresnes en 1950, un centre d’observation psychiatrique à Château-Thierry en 1950, des comités d’assistance et de placement des libérés en 1946

  • Le Code de procédure pénale de 1958 introduit:

    • l’examen de personnalité
    • le juge de l’application des peines
    • la semi-liberté
    • le sursis avec mise à l’épreuve

Astuce mémo

Protection des mineurs → réforme pénitentiaire → alternatives à l’emprisonnement

5. Humanisation pénale après 1981

★ À maîtriser

  • Le 9 octobre 1981, le gouvernement socialiste commence une politique pénale nouvelle par l’abolition de la peine de mort, soutenue par Robert Badinter.

  • Le travail d’intérêt général est créé en 1983 et le placement extérieur devient un nouvel aménagement de peine dans les années 1980.

Compléments

  • Les mesures d’humanisation comprennent:
    • les parloirs sans dispositif de séparation
    • la télévision dans les cellules
    • la disparition du costume pénal
    • l’autorisation des journaux
    • le droit de correspondance

Astuce mémo

Humanisation des prisons → alternatives et individualisation des peines

6. Rayonnement international de la DSN

★ À maîtriser

  • Le réseau international comprend notamment: l’A.I.D.P., la Société internationale de défense sociale, la Section de Défense sociale des Nations Unies, le Comité européen pour les problèmes criminels du Conseil de l’Europe

Compléments

  • Les organisations internationales diffusent la doctrine de la Défense Sociale Nouvelle par des recommandations, des plans d’action et des résolutions qui incitent les États à modifier leur politique criminelle.

7. Principes onusiens du traitement pénitentiaire

Notions clés & Définitions

  • Régime progressif : Consiste à prendre, avant la fin de la peine, les mesures nécessaires pour assurer au détenu un retour progressif à la vie en société.

Points essentiels

📌 Les règles minima de l’ONU prévoient que le régime pénitentiaire mobilise des moyens curatifs, éducatifs, moraux et spirituels selon les besoins du traitement individuel des délinquants.

Astuce mémo

Traiter individuellement → préparer progressivement → réinsérer socialement

8. Conseil de l’Europe et alternatives pénales

Points essentiels

📌 La Recommandation R(99)22 du Conseil de l’Europe préconise de faire de la privation de liberté un dernier recours, de réduire les longues peines et de remplacer les courtes peines par d’autres sanctions.

Astuce mémo

Emprisonnement en dernier recours, alternatives en priorité

9. Critiques juridiques du modèle réhabilitatif

★ À maîtriser

📌 Les critiques néo-classiques opposent le droit pénal de l’acte, qui sanctionne un comportement effectivement commis et défini comme infraction, au droit pénal de l’auteur, qui prévient ou sanctionne une personne selon sa dangerosité supposée.

  • Les principes menacés seraient: le principe de légalité, le principe d’égalité des citoyens devant la justice et la loi pénale, le principe de proportionnalité des peines

Compléments

📌 Les critiques soutiennent que l’examen de la personnalité avant le jugement ralentit la justice pénale et peut prolonger la détention provisoire de personnes présumées innocentes.

Astuce mémo

Droit pénal de l’acte ≠ droit pénal de l’auteur

10. Réfutation criminologique du traitement

★ À maîtriser

  • En 1974, Martinson affirme que, sauf quelques exceptions isolées, les efforts étudiés pour réhabiliter les délinquants n’ont pas eu d’effet appréciable sur la récidive, ce qui nourrit la thèse de l’« effet zéro » du traitement.

📌 À partir des années 1970, plusieurs États américains privilégient la protection de la société et la neutralisation des délinquants plutôt que le traitement réhabilitatif.

📌 Les néo-classiques modérés, comme Merle, Vitu, Pradel et Gassin, réhabilitent la rétribution et l’intimidation tout en acceptant l’adaptation du traitement pénitentiaire à la personnalité après le prononcé de la peine.

Compléments

  • Certains États américains suppriment la libération conditionnelle ou la probation, ferment des établissements spécialisés et instaurent des peines fixes ou des sentences obligatoires encadrées par des guidelines.

Astuce mémo

Effet thérapeutique jugé faible → retour de la neutralisation et de la rétribution

11. Réponses de la DSN et évolution politique

★ À maîtriser

  • En 1975, Pinatel conclut à l’absence de différence entre les résultats des divers traitements sur la récidive, mais refuse d’en déduire l’abandon des solutions humanitaires. — Traité de criminologie

  • Au début des années 1980, Ancel reconnaît l’échec du « mythe médical » et les faibles retombées du traitement de resocialisation, mais maintient la socialisation comme objectif essentiel de la politique criminelle.

  • Dans les années 1990, de nombreux responsables politiques réclament une répression plus affirmée, la responsabilité personnelle du délinquant et l’application systématique de la loi pénale en se référant au modèle américain de tolérance zéro.

Compléments

  • Les alternatives à l’incarcération n’ont concerné qu’environ 2 % des détenus en semi-liberté, les examens médico-psychologiques 4,8 % des mineurs et les enquêtes sociales 6,6 % d’entre eux.

Astuce mémo

Échec du traitement appliqué ≠ échec nécessaire de l’idéal de socialisation

Tableaux de synthèse

Défense sociale nouvelle et néo-classicisme

DimensionDéfense sociale nouvelleNéo-classicisme
ResponsabilitéResponsabilité morale combinée aux facteurs psychosociauxLibre arbitre et responsabilité personnelle
Finalité de la peineResocialisation et réinsertionRétribution, intimidation et protection de la société
IndividualisationAdaptation de la peine à la personnalitéRisque d’arbitraire et d’atteinte à l’égalité
EmprisonnementDernier recours et alternativesPeines fixes et neutralisation davantage privilégiées

Principales alternatives à l’incarcération

DispositifPériode ou texteFonction
Semi-libertéCode de procédure pénale de 1958Aménager l’exécution de la peine
Sursis avec mise à l’épreuveCode de procédure pénale de 1958Éviter ou encadrer l’emprisonnement
Travail d’intérêt général1983Substituer une peine non carcérale
Placement extérieurAnnées 1980Aménager l’exécution de la peine
Placement sous surveillance électroniqueAnnées 1990Favoriser la réinsertion et limiter l’incarcération

Teste tes connaissances

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1. Quelle innovation fait partie des apports du Code de procédure pénale de 1958 ?

2. Selon les règles minima de l’ONU, quels moyens le régime pénitentiaire doit-il mobiliser selon les besoins du traitement individuel ?

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Révisez avec les flashcards

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Qu'est-ce que la Défense Sociale Nouvelle selon M. Ancel ?

Une doctrine formalisée dans les années 1950 par M. Ancel.

Quelle est l'origine de la Défense Sociale Nouvelle ?

Le croisement entre l’École classique de droit pénal et le courant de la défense sociale.

Quelle différence la Défense Sociale Nouvelle a-t-elle avec la Défense sociale et Lombroso ?

Elle ne considère pas le passage à l’acte comme un déterminisme total.

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