Fiche de révision : Introduction à la criminologie et justice

📋 Plan du Cours

  1. Représentations profanes de la justice pénale
  2. Contexte contemporain du rapport profane au droit
  3. Objectifs et résultats des recherches sur la justice
  4. Méthodes qualitatives pour saisir les représentations
  5. Politique criminelle et droit pénal
  6. Évolutions du droit pénal et politique criminelle
  7. Crimes, délits et contraventions
  8. Formes et fonctions des peines
  9. Chaîne pénale et sélection des affaires
  10. Définition et objets de la criminologie
  11. Crime et criminel : Lombroso et Durkheim
  12. Frontières disciplinaires et sciences connexes

📖 1. Représentations profanes de la justice pénale

🔑 Notions clés & Définitions

  • Juridicisation des rapports sociaux : Processus social par lequel des situations de la vie quotidienne sont davantage traitées et comprises à travers le droit et les institutions juridiques.
  • Judiciarisation : Tendance à recourir plus fréquemment aux procédures judiciaires pour régler des conflits ou des problèmes sociaux.
  • Figure de la victime : Centralité croissante accordée à la victime dans les discours et les attentes envers la justice pénale.
  • Sentiment de justice et d’injustice : Évaluation subjective de l’équité des décisions et des traitements reçus, qui peut conduire à se sentir protégé ou au contraire lésé.

📝 Points essentiels

  • Les rapports au droit, à la justice et à la police s’appuient sur des cadres d’interprétation construits par la socialisation et par des expériences personnelles, l’exposition médiatique et certains discours politiques.
  • La recherche vise des représentations non seulement des justiciables, mais aussi plus largement des citoyens.
  • Les analyses croisées portent sur la confiance/défiance envers la justice et l’ordre institutionnel, ainsi que sur les finalités attribuées à la justice et aux peines.
  • Les travaux étudient aussi le rôle des images et des émotions dans la réception de la justice, et les inégalités ressenties dans l’accès au droit et au système judiciaire.
  • Le dispositif qualitatif repose sur des entretiens biographiques puis sur des focus groupes différenciés selon l’expérience de la justice, la position sociale et le positionnement politique.
  • Le dispositif quantitatif comprend 2353 répondants, interrogés environ 30 minutes, avec un questionnaire en 5 parties incluant des cas pour produire des jugements profanes et la réaction à un documentaire.

💡 Astuce mémo

Cadres d’interprétation = socialisation + vécu + médias + politique ; puis on mesure par entretiens/focus et par questionnaire/cas/documentaire.

📖 2. Contexte contemporain du rapport profane au droit

🔑 Notions clés & Définitions

  • Clémence judiciaire : Représentation profane d’une justice jugée trop indulgente, souvent associée à une baisse de la sévérité perçue des décisions.
  • Excessive mansuétude : Critique populaire d’une justice perçue comme trop clémente, focalisée sur certains types de délinquance.
  • Attente punitive : Représentation selon laquelle les peines doivent surtout gêner l’auteur et intimider pour prévenir la récidive.
  • Rétribution : Finalité attribuée à la peine où la sanction doit « embêter » ou « gêner » le condamné.
  • Désorganisation sociale : Concept de l’école de Chicago reliant la délinquance à des déséquilibres dans l’organisation de la vie collective.

📝 Points essentiels

  • Les critiques médiatiques associent souvent la « clémence » à des peines jugées trop légères, notamment quand elles ne privent pas de liberté, et évoquent aussi relaxes ou acquittements.
  • La critique de « l’excessive mansuétude » vise surtout la délinquance sexuelle, les atteintes graves aux personnes, et la délinquance des mineurs via « l’excuse de minorité ».
  • La focalisation profane se concentre fréquemment sur la délinquance des jeunes de banlieues et dénonce une impunité supposée des élites.
  • Le même regard peut produire un contraste : acharnement contre les délinquants routiers, perçus comme particulièrement sanctionnables.
  • Les représentations de la justice pénale découlent des finalités attribuées aux peines : rétribution, dissuasion, protection de la société et des victimes, puis réhabilitation et réparation du lien social.
  • Les représentations sont socialement et politiquement différenciées : les plus âgés et les moins diplômés critiquent davantage la justice pénale, tandis que l’effet du genre est peu significatif.

💡 Astuce mémo

Punir ou réhabiliter : rétribution/dissuasion d’un côté, réparation/réhabilitation de l’autre.

📖 3. Objectifs et résultats des recherches sur la justice

🔑 Notions clés & Définitions

  • Désorganisation sociale : Concept décrivant comment des transformations urbaines et sociales fragilisent les normes collectives et favorisent la délinquance.
  • Sous-culture délinquante : Notion selon laquelle certains groupes développent des normes et valeurs propres qui rendent la déviance plus probable.
  • Carrière déviante : Concept qui décrit la déviance comme un enchaînement d’étapes successives vécues par des personnes partageant un même parcours.
  • Étiquetage : Notion selon laquelle la déviance dépend aussi de la manière dont les autres interprètent et nomment les comportements.
  • Stigmate : Notion interactionnelle où le stigmate naît du regard d’autrui et de la possibilité de discréditer une personne.

📝 Points essentiels

  • La première école de Chicago explique la délinquance par la désorganisation sociale, c’est-à-dire l’affaiblissement des régulations collectives dans la ville.
  • William Thomas et Florian Znaniecki étudient le cas du « paysan polonais » en Europe et en Amérique (1918) pour analyser les effets des transformations sociales sur les conduites.
  • The City (1925) de Robert Park et Ernest Burgess relie la vie urbaine à des déséquilibres sociaux susceptibles de favoriser la déviance.
  • The gang (1927) de Frederic Thrasher analyse les gangs comme produits de dynamiques locales et de socialisations spécifiques.
  • Les critiques de la désorganisation sociale ouvrent vers une approche en termes de sous-culture délinquante, notamment via Street Corner Society (1943) de William Foote Whyte.
  • La seconde école de Chicago traite la déviance comme un processus, en insistant sur les étapes et les interactions qui construisent le parcours déviant plutôt que sur une cause unique.

💡 Astuce mémo

Chicago 1 = désordre; Chicago 2 = parcours; puis étiquette→stigmate.

📖 4. Méthodes qualitatives pour saisir les représentations

🔑 Notions clés & Définitions

  • Construction sociale du crime : Notion selon laquelle certaines incriminations résultent de choix collectifs et peuvent varier selon les contextes sociaux et politiques.
  • Criminalité apparente : Catégorie qui désigne la criminalité mesurée à partir des faits enregistrés, donc dépendante des plaintes et des révélations par les services.
  • Faits constatés : Rubrique de l’« État 4001 » qui recense des faits enregistrés après plaintes ou révélations par la police ou la gendarmerie.
  • Faits élucidés : Rubrique de l’« État 4001 » qui correspond à des faits pour lesquels une personne est mise en cause et auditionnée, même sans suite judiciaire.
  • Enquêtes de victimation : Méthode de recueil qui interroge les victimes pour estimer la criminalité vécue, en complément des statistiques administratives.

📝 Points essentiels

  • Une partie des incriminations relève de constructions sociales contingentes, tandis que d’autres correspondent à des prohibitions plus universelles.
  • Les statistiques administratives mesurent surtout la criminalité apparente, car elles dépendent des plaintes et des révélations par les services.
  • Les « faits constatés » ne recouvrent pas toute la criminalité réelle : ils reflètent ce qui est porté à la connaissance des services.
  • Les « faits élucidés » couvrent une minorité d’infractions et concernent souvent les mêmes catégories, notamment certaines infractions liées aux étrangers et aux stupéfiants.
  • L’usage politique de la catégorie « faits élucidés » peut être abusif : augmenter les arrestations peut mécaniquement améliorer le taux d’élucidation.
  • Le taux d’élucidation est calculé de façon artificielle en rapportant des faits élucidés à des faits constatés sur une même période, ce qui ne garantit pas la comparabilité des faits.

💡 Astuce mémo

Apparent = plaintes; Éludé = mise en cause; Taux = calcul politique possible.

📖 5. Politique criminelle et droit pénal

🔑 Notions clés & Définitions

  • Politique criminelle : Politique publique qui organise, de la loi aux décisions des parquets, la manière de définir les infractions, poursuivre et exécuter les sanctions.
  • Droit pénal : Branche du droit qui étudie l’incrimination et la répression par l’État des comportements troublant la société.
  • Droit pénal général : Ensemble de règles communes qui fixe les principes valables pour toutes les infractions et pour la fixation des peines.
  • Statistiques pénitentiaires : Données chiffrées utilisées pour décrire l’activité carcérale et caractériser la population détenue afin d’améliorer l’administration des prisons.
  • Enquêtes de victimation : Enquêtes anonymes interrogeant des échantillons représentatifs sur les faits délictueux subis, qu’ils aient été signalés ou non.

📝 Points essentiels

  • La célérité de la justice peut être évaluée en analysant le déroulement de la chaîne pénale, de la décision de poursuite au jugement puis à l’exécution des sanctions.
  • Les statistiques pénitentiaires distinguent la population carcérale en stock (personnes détenues à un instant T) et en flux (entrées sur une période).
  • Les statistiques pénitentiaires comptent aussi les sorties de prison et précisent le statut juridique de ces sorties.
  • Les statistiques pénitentiaires séparent les condamnés des personnes en détention provisoire.
  • Le taux d’occupation des prisons sert à mesurer la surpopulation carcérale.
  • Les enquêtes de victimation mesurent la fréquence des comportements délictueux indépendamment de l’action des pouvoirs publics et aident à expliquer pourquoi les victimes signalent ou non les faits.

💡 Astuce mémo

Politique criminelle = chaîne complète (loi → parquet → jugement → exécution) ; Droit pénal = la “forme codifiée” de cette politique.

📖 6. Évolutions du droit pénal et politique criminelle

🔑 Notions clés & Définitions

  • Rationalisation du droit pénal : Période historique marquée par une organisation plus systématique et une codification accrue du droit pénal, comme dans d’autres branches du droit.
  • Pragmatisme pénal : Approche pénale plus pragmatique qui adapte les réponses pénales à des situations sociales, avec des évolutions comme la spécialisation de certains domaines.
  • Lois Perben : Ensemble de lois (2002 et 2004) qui renforcent la réponse pénale des mineurs en ajoutant des mesures éducatives et des sanctions éducatives.
  • Peines planchers : Mécanisme de politique criminelle imposant un seuil minimal de peine, afin de limiter les décisions trop clémentes dans certains cas.
  • Criminalité organisée : Catégorie d’infractions visant des formes structurées de délinquance, notamment dans le contexte de trafics de stupéfiants et d’émeutes urbaines.

📝 Points essentiels

  • Au XIXe siècle, la rigueur du code pénal napoléonien s’atténue progressivement, notamment avec la fin des châtiments corporels au XIXe siècle, tandis que la peine de mort est abolie plus tardivement en 1981.
  • Le pragmatisme pénal se traduit par la spécialisation de domaines du droit pénal, dont l’émergence d’un droit pénal des mineurs et des mouvements de pénalisation/dépénalisation de comportements sociaux.
  • Pour les mineurs, les lois Perben (2002 et 2004) ajoutent des sanctions éducatives et créent des centres éducatifs fermés en plus des mesures éducatives.
  • Les lois Perben prévoient aussi la mise en place des peines planchers, mécanisme destiné à encadrer le niveau minimal des peines.
  • La politique criminelle contemporaine inclut un durcissement des infractions routières, une pénalisation renforcée des pratiques économiques et financières avec un régime de peine spécifique, et un renforcement des infra

💡 Astuce mémo

Rationalisation XIXe → pragmatisme → Perben (mineurs) + planchers → durcissement (routes) + spécialités (éco/fin) + nouvelles catégories (organisée/terrorisme) + violences sexuelles (2018-2019).

📖 7. Crimes, délits et contraventions

🔑 Notions clés & Définitions

  • ITT supérieure à 8 jours : Critère légal utilisé pour qualifier certaines violences commises sur un conjoint, concubin ou partenaire de Pacs en délit lorsque l’ITT dépasse 8 jours.
  • Atteinte à l’autorité de l’État : Catégorie d’infractions visant le respect de l’autorité publique, par exemple l’outrage envers une personne chargée d’une mission de service public.
  • Infraction à la santé publique : Catégorie d’infractions portant atteinte à la santé collective, par exemple la cession ou l’offre de stupéfiants en vue d’une consommation personnelle.
  • Atteinte à l’environnement : Catégorie d’infractions sanctionnant des comportements polluants, par exemple l’abandon ou le dépôt illégal de déchets par leur producteur ou détenteur.
  • Harcèlement moral au travail : Forme de harcèlement visant le milieu professionnel, caractérisée par des agissements portant atteinte à la personne au travail.

📝 Points essentiels

  • Les violences sur conjoint, concubin ou partenaire de Pacs avec ITT > 8 jours relèvent d’un délit.
  • Les atteintes aux biens incluent notamment le vol par effraction dans un local d’habitation ou un lieu d’entrepôt.
  • Les infractions de circulation et transports visent par exemple le refus d’obtempérer à une sommation d’arrêt par le conducteur.
  • Les atteintes à l’autorité de l’État incluent l’outrage à une personne chargée d’une mission de service public.
  • Les atteintes à la santé publique incluent la cession ou l’offre de stupéfiants à une personne en vue de sa consommation personnelle.
  • Les atteintes économiques, financières et sociales incluent le blanchiment via placement, dissimulation ou conversion du produit d’un délit.

💡 Astuce mémo

ITT > 8 = violences sur proche = délit.

📖 8. Formes et fonctions des peines

🔑 Notions clés & Définitions

  • Peines sur le corps du délit : Peines portant sur l’objet directement lié à l’infraction, comme un document falsifié ou des marchandises contrefaites.
  • Peines sur les choses produites par le délit : Peines visant les biens issus de l’infraction, par exemple la fausse monnaie ou des stupéfiants.
  • Peines sur les choses ayant permis le délit : Peines portant sur les moyens matériels de l’infraction, comme des armes, véhicules ou sommes d’argent.
  • Interdiction de certains droits : Peine qui prive le condamné, parmi une liste légale, de droits civiques, civils ou de famille comme le droit de vote ou les droits parentaux.
  • Interdiction d’exercer une fonction : Peine qui empêche d’exercer une fonction, un art ou une profession pour protéger la société et limiter le risque lié au professionnel.

📝 Points essentiels

  • Le juge peut prononcer des peines portant sur le corps du délit, sur les choses produites, ou sur celles qui ont permis de commettre l’infraction.
  • Les interdictions de droits visent notamment le droit de vote, l’éligibilité, et des droits parentaux, choisies dans la liste légale.
  • Les interdictions d’exercer une profession protègent la société contre le professionnel dangereux, contre lui-même, et contre l’atteinte au prestige de la profession.
  • La suspension, l’annulation ou l’interdiction d’obtenir le permis de conduire peut être prononcée par voie judiciaire, distincte de la suspension administrative provisoire et du retrait des points.
  • Le juge peut aussi prononcer l’interdiction d’émettre des chèques, l’interdiction d’utiliser des cartes de paiement, et l’exclusion des marchés publics.
  • La fermeture d’un établissement peut frapper l’établissement considéré comme dangereux.

💡 Astuce mémo

Corps → Produits → Moyens : la peine « touche l’objet » à chaque étape.

📖 9. Chaîne pénale et sélection des affaires

🔑 Notions clés & Définitions

  • Parquet : Le parquet est l’organe du ministère public chargé de représenter l’intérêt général devant les juridictions, notamment pénales et d’instruction.
  • Principe de l’opportunité des poursuites : Le principe de l’opportunité des poursuites permet au parquet de décider d’engager ou non des poursuites selon la politique pénale.
  • Classement sans suite : Le classement sans suite est la décision de ne pas poursuivre, malgré l’existence d’une plainte ou d’un signalement.
  • Médiation pénale : La médiation pénale est une alternative aux poursuites fondée sur un accord entre auteur et victime avec l’intervention d’un tiers.
  • Composition pénale : La composition pénale est une mesure proposée pour certaines contraventions et délits, qui suppose la reconnaissance de culpabilité.

📝 Points essentiels

  • Dans chaque tribunal judiciaire, le parquet comprend un procureur de la République, éventuellement des procureurs adjoints, vice-procureurs et substituts.
  • Le parquet exerce l’action pénale selon l’opportunité des poursuites, en lien avec les orientations de politique pénale définies par le Gouvernement.
  • Le parquet exécute des décisions pénales définitives et joue un rôle majeur dans la protection de l’enfance en danger.
  • Le parquet intervient aussi dans certaines procédures civiles quand la loi le prévoit, pour la défense de l’ordre public.
  • Le parquet participe aux politiques publiques locales de sécurité et de prévention de la délinquance.
  • Le classement sans suite peut s’expliquer notamment par la non identification des auteurs, des préjudices peu importants ou le désistement du plaignant.

💡 Astuce mémo

Parquet = Opportunité + Intérêt général : il choisit la suite (ou non) des affaires.

📖 10. Définition et objets de la criminologie

🔑 Notions clés & Définitions

  • Criminologie : La criminologie est un ensemble de connaissances sur le crime envisagé comme problème social, mobilisant plusieurs approches (juridique, sociologique, etc.).
  • Criminologie générale : La criminologie générale est une approche théorique qui étudie les facteurs et mécanismes de la délinquance et du crime, à travers des trajectoires et processus.
  • Criminologie clinique : La criminologie clinique est une démarche pratique et appliquée qui traite, de façon pluridisciplinaire, des cas individuels ou spécifiques.
  • Criminogenèse : La criminogenèse désigne l’enchaînement de phénomènes et d’événements expliquant le passage à l’acte criminel.
  • Réaction sociale : La réaction sociale est une approche qui considère la criminalisation comme une construction liée aux normes et aux sanctions produites par les institutions.

📝 Points essentiels

  • La criminologie peut être définie largement comme un corpus de connaissances sur le crime comme problème social, intégrant des approches juridiques, sociologiques, anthropologiques et psychologiques.
  • La criminologie peut aussi être définie de façon étroite via deux conceptions complémentaires : criminologie générale et criminologie clinique.
  • La criminologie générale s’intéresse aux trajectoires et aux processus (passage à l’acte, sortie de la délinquance, récidive).
  • La criminologie clinique vise l’analyse pluridisciplinaire de cas individuels ou spécifiques, avec une logique d’application.
  • L’éthiologie criminelle étudie les causes et processus menant au passage à l’acte, et la notion de criminogenèse est davantage utilisée à partir des années 1950.
  • La réaction sociale renvoie à une lecture critique du rôle des institutions sociales et pénales dans la criminalisation de certains comportements déviants.

💡 Astuce mémo

Générale = mécanismes collectifs ; Clinique = cas particuliers ; Éthiologie/Criminogenèse = causes→passage à l’acte ; Réaction sociale = institutions→criminalisation.

📖 11. Crime et criminel : Lombroso et Durkheim

🔑 Notions clés & Définitions

  • Réaction sociale : Approche criminologique qui explique la criminalisation comme un produit des normes et des sanctions appliquées par les institutions sociales et pénales.
  • Droit pénal : Droit normatif qui fixe ce qui doit être interdit ou ordonné et prévoit des sanctions en cas de violation.
  • Victimologie : Discipline qui étudie les conséquences du crime pour la victime et les effets des traitements institutionnels sur elle.
  • Pénologie : Science des peines qui analyse leurs formes, leur classement, leur fixation, leur exécution et leur extinction.
  • Criminalistique : Discipline appliquée par la police et la justice pour établir les faits d’une infraction grâce à la collecte et l’analyse des preuves.

📝 Points essentiels

  • La réaction sociale décrit le passage à l’acte comme inséparable de l’enchaînement des phénomènes et événements qui mènent au comportement délictueux.
  • La criminalisation de certains comportements déviants dépend des normes et des sanctions pénales en vigueur.
  • Le droit pénal dit ce qui doit être et impose des sanctions, mais il interagit avec la sociologie criminelle car les infractions deviennent un objet d’étude sociologique.
  • La victimologie pénale se distingue de la victimologie générale car elle se concentre sur les effets du traitement institutionnel des infractions.
  • La pénologie couvre aussi l’exécution et l’extinction des peines, et la carcérologie en est une sous-discipline.
  • La criminalistique vise à recueillir les preuves et à identifier l’auteur, avec des pratiques comme la médecine légale, la balistique et l’expertise psycho-criminologique.

💡 Astuce mémo

Réaction sociale = normes + sanctions qui fabriquent la criminalisation.

📖 12. Frontières disciplinaires et sciences connexes

🔑 Notions clés & Définitions

  • Positivisme en criminologie : Courant qui cherche à expliquer le crime par des causes observables, en privilégiant des méthodes scientifiques plutôt que des jugements moraux.
  • Anthropométrie : Méthode scientifique qui mesure des caractéristiques physiques pour étudier l’homme, ici appliquée à l’étude du criminel.
  • Criminel né : Thèse selon laquelle certains individus seraient déterminés à commettre des crimes par des causes anthropologiques et biologiques.
  • École du milieu social : Courant qui explique la délinquance par l’influence d’un environnement social et physique, considéré comme facteur criminogène.
  • Sociologie criminelle de Durkheim : Approche qui traite le crime comme un fait social normal, révélateur de la cohésion et de la structure d’une société.

📝 Points essentiels

  • Cesare Lombroso (1835-1909) est un professeur de médecine légale italien et présenté comme père du positivisme en criminologie.
  • Lombroso soutient que l’hérédité et des explications biologiques détermineraient la délinquance, en s’opposant aux explications par le milieu social.
  • Lombroso fonde sa théorie avec une étude par anthropométrie : 383 crânes de criminels italiens et 5907 délinquants vivants.
  • Selon Lombroso, des stigmates anatomiques, physiologiques et fonctionnels permettraient d’identifier un type criminel (ex. traits attribués au violeur, au meurtrier, au voleur).
  • La théorie du « criminel né » est rejetée pour des critiques méthodologiques, une surrinterprétation et une invisibilisation des déterminants sociaux.
  • Lombroso est aussi critiqué pour ses effets eugénistes et pour un emprunt au racisme, selon les critiques majeures rapportées.

💡 Astuce mémo

Biologie→mesures (anthropométrie)→types criminels : Lombroso cherche des « preuves » dans le corps.

📅 Repères chronologiques

DateÉvénement
1918Étude du « paysan polonais » (William Thomas et Florian Znaniecki) pour analyser les effets des transformations sociales sur les conduites
1965Howard Becker publie Outsiders (mécanismes d’étiquetage et carrières déviantes)
1975Goffman publie Stigmates (le stigmate se définit dans l’interaction)

📊 Tableaux de synthèse

Déviance vs délinquance

NotionDéfinitionLien au droit pénal
DévianceTransgression d’une norme, suscitant la stigmatisationPas nécessairement sanctionnée par le droit pénal
DélinquanceEnsemble des déviances sanctionnées par le droit pénalCorrespond aux conduites pénalisées (délinquance)

Écoles de Chicago (délinquance/déviance)

ÉcoleQuestion centraleIdée directrice
Première école de ChicagoPourquoi la délinquance ?Désorganisation sociale (affaiblissement des régulations collectives)
Seconde école de ChicagoComment la déviance se construit ?Déviance comme processus (carrières, interactions, étiquetage)

⚠️ Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre juridicisation/judiciarisation : la première renvoie à l’intégration du droit dans les rapports sociaux, la seconde au recours aux procédures judiciaires.
  2. Croire que le stigmate est un attribut « dans la personne » : il se définit dans l’interaction et dépend de la possibilité de discréditer.
  3. Assimiler déviance et délinquance : une pratique peut être déviante sans être pénalisée, et inversement un acte pénalisé peut être toléré en fait.
  4. Penser que les « faits élucidés » mesurent la criminalité réelle : ils dépendent de la mise en cause et peuvent être influencés par des usages politiques.
  5. Oublier que la criminalité est « façonnée » par la réaction sociale : sans législateur, police et justice, on ne distingue pas criminalité d’autres formes de déviance.
  6. Confondre criminologie générale et criminologie clinique : la première vise trajectoires/processus, la seconde l’analyse pluridisciplinaire de cas individuels.
  7. Croire que Lombroso prouve scientifiquement un « type criminel » : le cours insiste sur des critiques méthodologiques et sur l’invisibilisation des déterminants sociaux.

✅ Checklist Examen

  1. Définir juridicisation et judiciarisation et expliquer comment socialisation, expériences, médias et discours politiques structurent les rapports au droit, à la justice et à la police.
  2. Expliquer les objectifs de recherche sur les représentations profanes : citoyens/justiciables, confiance/défiance, finalités des peines, place de l’institution, rôle des images et émotions, sentiment de justice/injustice
  3. Décrire le dispositif qualitatif : entretiens biographiques puis focus groupes selon expérience de la justice, position sociale et positionnement politique, et ce qu’on y interroge.
  4. Décrire le dispositif quantitatif : 2353 répondants, questionnaire en 5 parties, cas pour jugements profanes et réaction à un documentaire.
  5. Restituer les résultats : sentiment de « laxisme », représentations négatives de la clémence, critique de l’excessive mansuétude (délinquance sexuelle, atteintes graves, mineurs/excuse de minorité, jeunes de banlieues, «
  6. acharnement contre délinquants routiers).
  7. Relier les finalités attribuées aux peines aux attentes profanes : rétribution, dissuasion, protection société/victimes, puis réhabilitation/réparation et prison comme « mal nécessaire ».
  8. Expliquer les différenciations sociales/politiques des représentations : plus âgés et moins diplômés critiques, effet du genre peu significatif, et la difficulté de mesurer l’effet des expériences judiciaires.
  9. Distinguer déviance et délinquance et donner l’idée de porosité entre frontière et variabilité des incriminations pénales.
  10. Expliquer la thèse de la réaction sociale : criminalité façonnée par législateur (nomination) puis police/justice (application), et variabilité des incriminations.
  11. Présenter les apports de la sociologie américaine : première école (désorganisation sociale) et seconde école (déviance comme processus, carrières, étiquetage, stigmatisation).
  12. Expliquer comment mesurer la délinquance/criminalité : rôle des statistiques administratives (police/gendarmerie via « État 4001 », judiciaires, pénitentiaires) et des enquêtes de victimation.
  13. Maîtriser les limites des sources : « faits constatés » = criminalité apparente, « faits élucidés » = minorité et usage politique possible, et limites des enquêtes de victimation (mémoire, surestimation/sous-estimation).
  14. Décrire les alternatives aux sources judiciaires : production de données universitaires sur l’activité délinquante et criminelle (séance TP « Le crime en Loire Atlantique »).

Testez vos connaissances

Testez vos connaissances sur Introduction à la criminologie et justice avec 24 questions à choix multiples avec corrections détaillées.

1. Qu’entend-on par judiciarisation dans le rapport profane à la justice pénale ?

2. Quel élément participe à la construction des cadres d’interprétation des rapports au droit, à la justice et à la police ?

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Introduction à la criminologie et justice avec 24 flashcards interactives.

Juridicisation — définition ?

Processus social intégrant le droit dans les rapports sociaux.

Judiciarisation — rôle ?

Recours accru aux procédures judiciaires pour régler conflits.

Figure de la victime — importance ?

Centralité croissante dans discours et attentes envers la justice.

Voir les flashcards →

Cours similaires

Crée tes propres fiches de révision

Importe ton cours et l'IA génère fiches, QCM et flashcards en 30 secondes.

Générateur de fiches