Fiche de révision : Introduction à la criminologie et ses paradigmes

📋 Plan du Cours

  1. Épistémologie et statut de la criminologie
  2. École de pensée et institutionnalisation
  3. Justice pénale avant le XVIIIe siècle
  4. Peines de l’Ancien Régime et logique punitive
  5. Réflexions réformatrices sur la prison
  6. Anthropologie criminelle et classification des criminels
  7. Dangerosité, psychiatrie et limites de l’évaluation
  8. Neurodroit et neurocriminologie en procès pénal
  9. Approche phénoménologique en criminologie clinique
  10. Approches sociales du crime et positivisme social
  11. Défense sociale et mesures selon l’état dangereux
  12. Défense sociale contemporaine et politique criminelle

📖 1. Épistémologie et statut de la criminologie

🔑 Notions clés & Définitions

  • Épistémologie : L’épistémologie est le discours qui analyse la connaissance scientifique et les modes de raisonnement utilisés pour produire des théories.
  • Épistémologue : L’épistémologue est le chercheur ou philosophe qui étudie la formation et la logique des savoirs scientifiques, notamment en criminologie.
  • Criminologie : La criminologie est le discours scientifique portant sur le crime, les criminels, la peine et plus largement l’ensemble des savoirs produits sur ces phénomènes.
  • Paradigme : Un paradigme est une matrice conceptuelle cohérente qui organise la manière de voir un objet de discipline et de construire des réponses.
  • Paradigme étiologique : Le paradigme étiologique est l’approche qui cherche les causes du passage à l’acte en étudiant criminel et crime.

📝 Points essentiels

  • L’épistémologie étudie rigoureusement les discours scientifiques pour examiner les raisonnements et la structure formelle des théories.
  • Gaston Bachelard affirme que toute connaissance répond à une question, donc sans question il n’y a pas de réponse scientifique.
  • Roger Hood présente le criminologue comme un acteur s’appuyant sur une recherche empirique rigoureuse, reproductible et fiable.
  • Pour Alvaro Pires, une discipline se reconnaît notamment par des objets d’étude sur lesquels existe un consensus.
  • L’école de criminologie de Montréal distingue cinq objets : délit, délinquant, victime, criminalité, réaction sociale.
  • La diversité d’objets peut empêcher la formation d’un paradigme criminologique, donc compliquer la conciliation des recherches sur auteur et victime.

💡 Astuce mémo

Question → Réponse : Bachelard (pas de question, pas de science).

📖 2. École de pensée et institutionnalisation

🔑 Notions clés & Définitions

  • Doctrine : La doctrine désigne l’ensemble des idées produites par juristes et universitaires pour réfléchir à une question juridique.
  • École de pensée : Une école de pensée est un courant structurant qui encadre et diffuse des savoirs en émergence.
  • Critère intellectuel : Le critère intellectuel décrit l’exigence scientifique d’avoir un objet et donc une spécialisation sur des questions précises.
  • Critère social : Le critère social affirme que l’activité scientifique est une activité de groupe organisée par des règles de confrontation des travaux.
  • Criminologie : La criminologie est un champ de savoir dont le nom et les formes d’institution varient selon les auteurs et les contextes.

📝 Points essentiels

  • En France, le terme criminologie ne s’applique pas forcément à ceux qui n’ont fait que des recherches sans diplôme, car la discipline a aussi porté d’autres appellations.
  • Lombroso ne se présentait pas comme « criminologue » mais comme anthropologue criminel, tandis que Ferry est rattaché à la sociologie pénale.
  • Garofalo publie en 1885 un ouvrage intitulé « Criminologia », montrant que le mot criminologie circule avant l’institution complète du champ.
  • Une école de pensée se comprend comme une structure d’innovation et d’encadrement qui organise des savoirs et leur transmission.
  • L’activité scientifique répond à un critère intellectuel (objet + spécialisation) et à un critère social (travail collectif avec règles et lieux de confrontation).
  • Des instruments typiques d’institutionnalisation sont un leader, des supports de diffusion (revues) et des événements (congrès, colloques).

💡 Astuce mémo

Objet→spécialisation (intellectuel) ; Groupe→règles (social).

📖 3. Justice pénale avant le XVIIIe siècle

🔑 Notions clés & Définitions

  • Justice pénale : La justice pénale désigne la manière de punir un auteur de crime et renseigne sur l’organisation sociale et le fonctionnement du pouvoir.
  • Vengeance privée : La vengeance privée est un mode de sanction où la victime ou son groupe cherche à se venger, comme dans la vendetta.
  • Loi salique : La Loi salique encadre la vengeance privée en introduisant une compensation permettant de « racheter » le droit de se venger.
  • Action publique : L’action publique est la procédure qui vise à punir l’auteur d’une infraction au nom de la puissance publique.
  • Action civile : L’action civile est l’action destinée à traiter les dommages causés à la victime devant le juge civil.

📝 Points essentiels

  • Avant le XVIIIe siècle, la justice pénale sert à comprendre comment la société organise le pouvoir et la sanction.
  • La vengeance privée (ex. vendetta) est progressivement encadrée pour éviter l’escalade de violence.
  • La compensation issue de la Loi salique permet de renoncer au droit légitime de se venger, avec possibilité de refuser dans certains cas.
  • Maurice Cusson montre qu’on passe progressivement à des négociations et à des règlements entre parties, mais au prix d’une moindre prise en compte du trouble à l’ordre public.
  • L’État reprend la main en distinguant ce qui relève des parties et ce qui relève de la puissance publique, puis en s’intercalant entre auteur et victime.
  • La théorie religieuse du péché sert à publiciser les délits privés : l’infraction devient une offense à l’ordre public, donnant lieu à une action publique.

💡 Astuce mémo

Vengeance privée → compensation (Loi salique) → État s’intercale → offense à l’ordre public (action publique).

📖 4. Peines de l’Ancien Régime et logique punitive

🔑 Notions clés & Définitions

  • Arbitraires : Les peines sous l’Ancien Régime sont dites arbitraires quand le juge décide au cas par cas de la peine la plus adaptée.
  • Sévères : Les peines sous l’Ancien Régime sont dites sévères quand elles visent à marquer et dissuader par des châtiments visibles et douloureux.
  • Doctrine de la sévérité maximal : La doctrine de la sévérité maximal désigne l’idée de punir en infligeant un marquage corporel pour déposer un signe sur le corps du condamné.
  • Alphabet des supplices : L’alphabet des supplices regroupe les mises en scène punitives destinées à rendre le châtiment exemplaire et à faire prendre conscience.
  • Rétributivisme : Le rétributivisme conçoit la peine comme un devoir moral de punir le mal pour le mal, tourné vers le passé.

📝 Points essentiels

  • Sous l’Ancien Régime, le juge pénal peut prononcer des peines différentes pour des affaires similaires, car la décision est casuistique.
  • Foucaud décrit quatre tactiques punitives : exclure l’individu, imposer une compensation, marquer l’individu, enfermer l’individu.
  • Les peines « réfléchissantes » visent à faire réfléchir le délit par le châtiment, comme la coupure de la main pour un vol.
  • Le supplice de Robert-François Damiens (tentative de régicide contre Louis XV le 5 janvier 1757) illustre une mise en scène publique extrême.
  • La sentence de Damiens est exécutée le 28 mars 1757 : tenaillage, brûlure de la main droite, plomb fondu et huile bouillante, puis écartèlement par quatre chevaux.
  • Après l’exécution, la maison natale de Damiens est rasée et sa famille est frappée de mesures d’exclusion avec menaces de mort et changement de nom pour une partie d’entre elle.

💡 Astuce mémo

Arbitre → Sévérité → Marque → Exclure/Enfermer (A-S-M-E)

📖 5. Réflexions réformatrices sur la prison

🔑 Notions clés & Définitions

  • Comparution immédiate : Procédure pénale permettant de juger et condamner rapidement, présentée comme existant depuis 1863.
  • Détention provisoire : Mesure avant jugement qui place déjà la personne sous contrainte, ce qui est critiqué car elle ressemble à une condamnation anticipée.
  • Principe de certitude : Idée selon laquelle la peine doit être prononcée puis exécutée pour produire un effet dissuasif réel.
  • Principe de modération : Principe selon lequel la sanction doit être limitée et économisée, en privilégiant des peines plus petites mais réellement appliquées.
  • Principe de proportionnalité : Exigence selon laquelle la peine doit correspondre au tort causé au bien public, et non à la seule intention.

📝 Points essentiels

  • La logique de la dissuasion exige une réponse pénale rapide et certaine, sinon la peine perd son utilité.
  • La critique de la détention provisoire vise l’effet de pré-condamnation produit pendant l’attente du jugement.
  • Beccaria affirme que le droit de punir appartient aux lois et non à un citoyen offensé, même si la victime peut renoncer à sa part.
  • Beccaria relie l’économie des peines à la certitude : mieux vaut des sanctions modestes mais inévitables que des menaces vagues.
  • Beccaria soutient qu’un châtiment modéré mais inévitable impressionne plus qu’une crainte incertaine d’un supplice terrible.
  • Le « théorème » final exige un châtiment public, prompt, nécessaire, proportionné, dicté par les lois et le moins rigoureux possible dans les circonstances.

💡 Astuce mémo

Certitude + modération = dissuasion efficace (petit mais sûr).

📖 6. Anthropologie criminelle et classification des criminels

🔑 Notions clés & Définitions

  • Anthropologie criminelle : Approche qui étudie le criminel comme un être humain, à partir de caractéristiques physiques, biologiques, psychologiques et sociales.
  • Positivisme : Courant qui privilégie l’explication par la science et l’observation, en acceptant que tout ne soit pas démontrable par la raison.
  • Physiognomonie : Idée ancienne reliant l’apparence et le caractère à la criminalité, en supposant que certains traits psychiques se lisent sur le corps.
  • Phrénologie : Théorie attribuant des comportements à la forme du crâne, associée à la cranioscopie et à Franz Joseph Gall.
  • Atavisme : Théorie biologique selon laquelle des caractères anciens peuvent réapparaître chez un individu, sans être expliqués directement par l’hérédité.

📝 Points essentiels

  • Le positivisme conduit à délaisser la question du « pourquoi » pour se concentrer sur le « comment » du crime et de la criminalité.
  • Le courant positiviste italien vise une étude du délit comme fait naturel et social, incluant d’abord le délinquant plutôt que le seul rapport juridique.
  • La phrénologie (cranioscopie) interprète les bosses comme un surdéveloppement et les creux comme une atrophie du cerveau.
  • L’atavisme sert à expliquer la criminalité comme produit d’un déterminisme biologique chez certains individus.
  • L’étude de Lombroso s’appuie sur l’observation de milliers de délinquants et aboutit à un atlas de stigmates physiques.
  • Le reproche central adressé à Lombroso est un biais méthodologique lié au fait qu’il n’étudie que des personnes déjà condamnées (prisonniers ou condamnés à mort).

💡 Astuce mémo

Positivisme = « comment » (mécanismes) plutôt que « pourquoi » (causes morales).

📖 7. Dangerosité, psychiatrie et limites de l’évaluation

🔑 Notions clés & Définitions

  • Criminels violents : Catégorie de criminels caractérisée par un manque de pitié, pouvant s’exprimer dans des comportements agressifs et influencés par des dynamiques de groupe.
  • Criminel improbe : Catégorie de criminels définie par un manque de probité, pour laquelle on manque de données permettant de trancher une éventuelle hérédité.
  • Criminel typique : Catégorie de criminels combinant un manque de pitié et de probité, illustrée par des passages à l’acte motivés par l’énervement ou le vol.
  • État dangereux : Notion visant à appréhender le délinquant à partir de sa dangerosité plutôt que seulement à partir de l’infraction commise.
  • Témibilité : Concept forgé pour désigner la perversité constante et agissante du délinquant et la quantité de mal redoutable liée à sa capacité criminelle.

📝 Points essentiels

  • Trois types de criminels sont distingués selon le manque de pitié et/ou de probité : violents, improbes, typiques.
  • Le sentiment de pitié est présenté comme ayant une dimension héréditaire, tandis que pour le manque de probité on ne dispose pas de données suffisantes.
  • Un phénomène de bande peut jouer dans la commission d’actes violents, en plus des traits individuels évoqués.
  • R. Garofalo propose de refonder le droit pénal en abandonnant les principes centrés sur la faute, l’infraction, le délit et les peines au profit d’un critère de dangerosité.
  • La témibilité sert à appréhender le criminel par l’état dangereux, en reliant la notion à la perversité agissante et au mal redouté.
  • Le passage d’un droit pénal de l’acte à un droit pénal de la personne conduit à des sanctions visant à punir mais aussi à soigner, avec une logique thérapeutique croissante.

💡 Astuce mémo

Pitié héréditaire (violents) vs Probité sans preuves (improbes) ; Garofalo = Dangerosité → Témibilité.

📖 8. Neurodroit et neurocriminologie en procès pénal

🔑 Notions clés & Définitions

  • Monomanie homicide : La monomanie homicide est une forme de manie partielle fixe, présentée comme proche du délire passion, pouvant conduire à un meurtre sous impulsion irrésistible.
  • Folie-lucide : La folie-lucide désigne des situations où l’auteur n’est pas considéré comme atteint de démence, tout en commettant des actes graves.
  • Folie sans délire : La folie sans délire renvoie à l’idée d’une absence de délire apparent, mais avec une altération de la volonté pouvant mener à des actes répréhensibles.
  • Neurodroit : Le neurodroit est l’usage des neurosciences pour répondre à des questions juridiques dans le cadre du procès pénal.
  • Neurocriminologie : La neurocriminologie est un champ qui articule neurosciences et criminologie, notamment autour de la notion de dangerosité.

📝 Points essentiels

  • La monomanie homicide est décrite comme une impulsion irrésistible menant à un acte meurtrier sans désordre intellectuel ou moral apparent, l’auteur sachant que l’acte est mal.
  • La monomanie homicide est présentée comme une pathologie de la volonté sans atteinte de l’intelligence, ce qui la distingue de la démence.
  • La réception de ces théories est conflictuelle : certains juristes raisonnent en termes d’irresponsabilité si démence, ou de responsabilité si esprit sain, ce qui bouscule la catégorie de monomanie.
  • Les neurosciences sont mobilisées via des technologies comme l’IRM fonctionnelle pour observer quelles zones cérébrales sont activées pendant des tâches.
  • Le neurodroit est illustré par des affaires où des preuves neuroscientifiques ont été tentées pour influencer la peine, sans convaincre les juges dans au moins un cas américain.
  • En France, l’imagerie cérébrale est encadrée : depuis la bioéthique du 7 juillet 2011 (art. 16-14 du Code civil), elle ne peut être utilisée qu’à des fins médicales, de recherche ou d’expertise judiciaire, avec consent e

💡 Astuce mémo

Monomanie homicide = volonté qui déborde : lucide sur le mal, incapable de résister.

📖 9. Approche phénoménologique en criminologie clinique

🔑 Notions clés & Définitions

  • Phénoménologie : Approche qui cherche le sens d’un vécu à partir de la manière dont le sujet décrit et interprète le phénomène.
  • Criminologie clinique : Démarche centrée sur le sujet, visant à comprendre le passage à l’acte et son sens à partir de l’expérience vécue.
  • Relation expert-sujet : Lien d’échange entre l’expert et l’individu, considéré comme un levier central pour accéder à la compréhension clinique.
  • Postulat thérapeutique : Idée selon laquelle la démarche clinique criminologique inclut une visée thérapeutique, indissociable de la connaissance.
  • Voir le criminel comme lui se voit : Principe attribué à Cusson selon lequel l’analyse doit partir du point de vue du criminel sur lui-même.

📝 Points essentiels

  • L’approche phénoménologique cherche la signification du phénomène à travers les mots employés par le sujet.
  • Le sujet est traité comme un point de vue à part entière, et le vécu du phénomène est pris en compte.
  • Le principe « voir le criminel comme lui se voit » (Cusson) impose de comprendre l’acte depuis l’auto-interprétation du criminel.
  • La clinique criminologique est présentée comme fondée sur un postulat thérapeutique, où la démarche thérapeutique fait partie du projet.
  • Marcel Colin insiste sur la dimension thérapeutique de la relation expert-sujet comme condition de la connaissance clinique.
  • La section met en contraste l’accès au sens (mots, vécu) avec l’accès à des marqueurs biologiques, en soulignant le risque d’illusion de certitude avec l’imagerie fonctionnelle.

💡 Astuce mémo

Sens d’abord : Mots du sujet → sens du passage à l’acte (pas seulement des marqueurs biologiques).

📖 10. Approches sociales du crime et positivisme social

🔑 Notions clés & Définitions

  • Approche phénoménologique : Approche centrée sur le sens que le sujet donne au phénomène, en tenant compte de son vécu et de son point de vue.
  • Clinique criminologique : Démarche criminologique fondée sur un postulat thérapeutique où la dimension soignante fait partie intégrante de la connaissance.
  • Personne : Notion centrale en clinique criminologique, car l’analyse vise d’abord l’individu comme sujet singulier plutôt qu’un simple objet d’expertise.
  • Loi de saturation criminelle : Principe selon lequel, dans un milieu social donné et à conditions données, le nombre de délits reste déterminé et ne varie pas au-delà d’un certain niveau.
  • Loi de sursaturation criminelle : Principe selon lequel certaines circonstances peuvent augmenter le nombre d’infractions, puis le ramener vers un taux normal quand le contexte redevient stable.

📝 Points essentiels

  • Cusson résume l’attitude phénoménologique par l’idée de voir le criminel comme il se voit lui-même.
  • Marcel Colin insiste sur la relation expert–individu et sur l’impossibilité d’un « pur » regard diagnostique sans engagement thérapeutique.
  • Daniel Lagache relie l’explication de la conduite criminelle aux relations de l’individu et aux interactions de groupes.
  • Lagache rejette l’idée que le crime serait seulement un acte anti-social : il s’agit d’un phénomène humain et donc social.
  • Ferri défend une approche scientifique du crime fondée sur l’application de la méthode expérimentale à l’étude des délits et des peines.
  • Ferri distingue des facteurs endogènes (individuels) et exogènes (sociaux) pour expliquer le passage à l’acte par leur combinaison.

💡 Astuce mémo

Phénoménologie = Sens vécu ; Positivisme social = Facteurs (endogènes + exogènes) + contexte (saturation/sursaturation).

📖 11. Défense sociale et mesures selon l’état dangereux

🔑 Notions clés & Définitions

  • Défense sociale : La défense sociale est un système de réponse au crime visant la protection de la société plutôt que la seule punition du coupable.
  • Peine fonctionnelle : La peine fonctionnelle est une peine pensée comme un outil utile, adaptable au cas, dont la finalité n’est pas la vengeance.
  • Offense à la société : L’offense à la société est l’idée de qualifier l’acte criminel comme une atteinte aux intérêts collectifs plutôt qu’un simple délit individuel.
  • Prophylaxie sociale : La prophylaxie sociale regroupe des mesures préventives destinées à réduire les causes sociales de la délinquance avant qu’elles ne se fixent.
  • Milieu social : Le milieu social désigne l’environnement de vie qui influence la formation des comportements criminels et peut favoriser leur apparition.

📝 Points essentiels

  • La réponse au crime devient plus pratique et individualisée : les mesures varient selon l’état et la typologie du délinquant.
  • Ferri critique une logique de vengeance et de dissuasion comme buts principaux et défend une approche pragmatique orientée vers l’efficacité.
  • Ferri propose de remplacer le vocabulaire de peine par celui de mesure de défense, et de traiter la délinquance plutôt que de seulement sanctionner.
  • La prévention est prioritaire : « prévenir à la source » réduit la délinquance en agissant tôt, notamment chez les jeunes.
  • Ferri attribue une part importante des infractions à des facteurs exogènes, en particulier économiques, et relie pauvreté et absence de travail à la criminalité.
  • Les mesures de prophylaxie sociale incluent l’action sur l’alcoolisme, le vagabondage et l’enfance pauvre, et peuvent être des substituts à la peine (ex. éclairage d’une rue).

💡 Astuce mémo

Défense sociale = « traiter » + prévenir : mesure adaptée (pas vengeance) et prophylaxie (agir sur milieu/conditions).

📖 12. Défense sociale contemporaine et politique criminelle

🔑 Notions clés & Définitions

  • Tarde : Tarde : sociologue dont les idées servent de base à la réflexion sur la défense sociale avant la reconnaissance plus tardive de Durkheim.
  • Durkheim : Durkheim : sociologue reconnu plus tardivement mais dont l’influence académique forme durablement des chercheurs.
  • Fauconnet : Fauconnet : auteur de l’étude sur la responsabilité qui explique pourquoi une société cherche à rendre quelqu’un responsable d’un crime.
  • Bouc-émissaire : Bouc-émissaire : symbole humain utilisé comme substitut du crime quand la société ne peut pas détruire directement le crime.
  • Défense sociale : Défense sociale : mouvement qui assigne à la peine une finalité de protection de la société plutôt qu’une seule logique de culpabilité ou de justice sévère.

📝 Points essentiels

  • Fauconnet renverse l’idée de punir le fautif en soutenant que la peine devrait viser le crime, mais qu’elle rebondit faute de pouvoir atteindre le crime lui-même.
  • Fauconnet explique la sanction comme un fait culturel : au-dessus du crime flotte un besoin social de rendre une personne responsable.
  • Le mécanisme décrit par Fauconnet repose sur un transfert : la société cherche à détruire quelque chose et remplace le crime par un symbole supportant la peine.
  • La figure du récidiviste émerge à la fin du XIXe siècle avec l’essor des statistiques criminelles (1826) et la création du casier judiciaire (1848).
  • Avant le casier, la marque (au fer rouge sur l’épaule) servait de trace symbolique de l’infraction.
  • La défense sociale devient un savoir politique en lien avec un projet d’ordre et de stabilité, et le crime passe sur l’agenda politique comme objet social et politique.

💡 Astuce mémo

Crime→peine→impossible d’atteindre le crime→transfert sur un symbole : bouc-émissaire.

📅 Repères chronologiques

DateÉvénement
1885Garofalo publie « Criminologia »
1764Beccaria, « Des délits et des peines »
5 janvier 1757Supplice de Robert-François Damiens : tentative de régicide contre Louis XV
28 mars 1757Exécution de la sentence de Damiens (tenaillage, brûlure, plomb fondu, écartèlement)

📊 Tableaux de synthèse

Paradigmes de la criminologie

ParadigmePoint de départObjet privilégié
ÉtiologiquePassage à l’acteCriminel et crime (recherche des causes)
Réaction socialeCritique du concept de crime trop variableRéaction sociale face à la déviance/non-conformité

⚠️ Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre épistémologie et criminologie : l’une analyse la connaissance scientifique, l’autre produit un discours sur le crime, les criminels, la peine.
  2. Croire que « paradigme » = simple théorie : dans le cours, c’est une matrice conceptuelle cohérente qui organise la discipline et ses réponses.
  3. Mélanger action publique et action civile : l’action publique vise à punir au nom de la puissance publique, l’action civile traite les dommages devant le juge civil.
  4. Interpréter la « sévérité maximal » comme une simple sévérité : c’est un marquage corporel destiné à déposer un signe sur le corps du condamné.
  5. Penser que la dissuasion justifie n’importe quelle peine : chez Beccaria, il faut promptitude, certitude, modération et proportionnalité, pas la cruauté.
  6. Croire que la monomanie homicide implique une démence : elle est présentée comme proche du délire passion, avec absence de désordre intellectuel ou moral apparent.
  7. Réduire les neurosciences à une preuve directe du comportement : le cours insiste sur le risque d’illusion de certitude et sur le fait que l’IRMf traduit des marqueurs physiologiques, pas un état mental/sémantique.

✅ Checklist Examen

  1. Définir épistémologie, épistémologue, criminologie, paradigme et paradigme étiologique, puis expliquer l’idée de Bachelard « question → réponse ».
  2. Expliquer comment Pires caractérise une discipline (objets d’étude + consensus) et pourquoi la diversité des objets complique la formation d’un paradigme criminologique.
  3. Présenter les deux paradigmes de la criminologie (étiologique vs réaction sociale) et donner l’idée centrale de l’école de Chicago (réaction sociale à la déviance).
  4. Expliquer les critères intellectuel et social de l’activité scientifique (objet + spécialisation ; travail de groupe avec règles de confrontation).
  5. Décrire ce qu’est une école de pensée (structure d’innovation et d’encadrement) et citer des instruments d’institutionnalisation (leader, revues, congrès/colloques, enseignement).
  6. Expliquer la justice pénale avant le XVIIIe siècle : vengeance privée, encadrement par la Loi salique, puis publicisation via la théorie religieuse du péché (action publique).
  7. Caractériser les peines de l’Ancien Régime : arbitraires vs sévères, tactiques punitives (Foucaud) et rôle du supplice de Damiens comme mise en scène extrême.
  8. Exposer la rationalité pénale moderne : rétributivisme vs utilitarisme, puis détailler les principes de Beccaria (promptitude, certitude, modération/économie, proportionnalité).
  9. Présenter les réflexions réformatrices sur la prison : Howard (observation), Fry (instruction), Bentham (panoptique) et les modèles pennsylvanien/auburnien.
  10. Expliquer l’anthropologie criminelle positiviste : abandon du « pourquoi » au profit du « comment », physiognomonie/phrénologie, et la thèse de Lombroso (homme criminel, stigmates, atavisme) avec le reproche méthodique.
  11. Présenter la classification de Garofalo (violents/improbes/typiques) et le passage à l’état dangereux via la témibilité, puis relier au passage d’un droit pénal de l’acte à un droit pénal de la personne.
  12. Exposer l’approche psycho-pathologique : démence (art. 64 CP 1804), manie/monomanie, et la monomanie homicide (impulsion irrésistible sans désordre intellectuel ou moral apparent) ainsi que la réception conflictuelle.
  13. Présenter neurodroit/neurocriminologie et les limites : encadrement en France (bioéthique 7 juillet 2011, art. 16-14), consentement, et critique du cérébro-centrisme/erreur méréologique et du risque d’illusion de certi­t
  14. Expliquer la criminologie clinique : phénoménologie (mots du sujet, vécu), relation expert-sujet et postulat thérapeutique (Colin), puis « voir le criminel comme lui se voit » (Cusson).

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1. Que désigne principalement l’épistémologie en criminologie ?

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Épistémologie — définition ?

Analyse la connaissance scientifique et ses modes de raisonnement.

Épistémologie criminologie

Analyse des connaissances scientifiques en criminologie.

École de pensée — rôle ?

Organise et diffuse des savoirs en criminologie.

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