Fiche de révision : Principes de l’éthique et bioéthique

Plan du Cours

  1. Fondements de l’approche déontologique
  2. Impératif catégorique et moralité
  3. Personne autonomie et dignité
  4. Limites de la morale kantienne
  5. Conséquentialisme et utilitarisme
  6. Utilitarisme en éthique du soin
  7. Utilitarisme et prise en charge du patient
  8. Autonomie et rémunération du don d’organes
  9. Principes de l’éthique biomédicale
  10. Responsabilité envers les générations futures
  11. Principes éthiques du numérique en santé

1. Fondements de l’approche déontologique

Notions clés & Définitions

  • Approche déontologique : Théorie éthique qui fonde la moralité d’une action sur le respect universel du devoir et de principes rationnels, indépendamment des conséquences ou des circonstances particulières.
  • Déontologie : La déontologie est étymologiquement la « science du devoir », puisqu’elle vient du grec « deontos », qui signifie « devoir ».

★ À maîtriser

📌 L’approche déontologique philosophique, inspirée de Kant, ne se confond pas avec un code de déontologie professionnelle, qui rassemble les règles applicables aux membres d’une profession.

Compléments

  • Emmanuel Kant (1724-1804), philosophe allemand des Lumières, a profondément inspiré l’approche déontologique et les conceptions modernes occidentales du droit et du statut de la personne.

Astuce mémo

Devoir universel contre adaptation aux circonstances

2. Impératif catégorique et moralité

Notions clés & Définitions

  • Impératif catégorique : Emmanuel Kant, Fondements de la Métaphysique des Mœurs, 1997 — Principe kantien qui permet de tester la moralité d’une maxime en exigeant que chacun puisse vouloir qu’elle devienne une loi universelle.

Points essentiels

  • Les impératifs hypothétiques sont des règles adoptées pour atteindre un résultat déterminé, tandis que l’impératif catégorique commande l’action morale indépendamment de tout résultat recherché.

  • Agir conformément au devoir consiste à accomplir extérieurement une obligation, tandis qu’agir par devoir suppose de vouloir véritablement que la maxime de l’action soit conforme à la loi morale. — Emmanuel Kant, Fondements de la Métaphysique des Mœurs, 1997

  • Selon le test d’universalité, une action est morale seulement si l’on peut vouloir sans contradiction que sa maxime devienne une loi universelle de la nature. — Emmanuel Kant, Fondements de la Métaphysique des Mœurs, 1997

Astuce mémo

Maxime → universalisation → devoir

3. Personne autonomie et dignité

Notions clés & Définitions

  • Personne : Emmanuel Kant, Fondements de la Métaphysique des Mœurs, 1997 — Être rationnel et raisonnable qui constitue une fin en soi et ne peut jamais être traité simplement comme un moyen.
  • Autonomie : Emmanuel Kant, Les fondements de la métaphysique des mœurs — Capacité de se donner à soi-même sa propre loi par une volonté libre et rationnelle orientée par le devoir, plutôt que par des désirs subjectifs.

★ À maîtriser

📌 Traiter l’humanité comme une fin et jamais simplement comme un moyen fonde le respect de l’autonomie, de la responsabilité et de la dignité de chaque personne. — Emmanuel Kant, Fondements de la Métaphysique des Mœurs, 1997

Compléments

  • Le principe kantien de non-patrimonialité et d’inviolabilité du corps humain a influencé le droit français et les chartes de bioéthique.

Astuce mémo

Rationalité → autonomie → dignité

4. Limites de la morale kantienne

★ À maîtriser

📌 La morale kantienne privilégie l’universalité rationnelle, tandis que l’éthique du soin doit aussi prendre en compte la vulnérabilité, la souffrance et les situations concrètes des patients.

  • Dans l’annonce d’une maladie grave, l’application stricte de l’interdiction kantienne du mensonge peut entrer en tension avec le droit du patient à ne pas savoir et avec la nécessité de réserve, de tact et de discernement. — Emmanuel Hirsch, La révolution hospitalière, une démocratie du soin, 2002

Compléments

📌 Dans les situations de grande vulnérabilité, l’accompagnement de la décision peut nécessiter une délibération collective associant le médecin, la famille et les pairs.

  • Les critiques de Kant lui reprochent de ne pas prendre suffisamment en compte le bien-être, la douleur et les préférences individuelles dans les décisions éthiques.

Astuce mémo

Universalisme formel contre vulnérabilité concrète

5. Conséquentialisme et utilitarisme

Notions clés & Définitions

  • Conséquentialisme : Théorie téléologique qui évalue moralement une action selon les conséquences probables qu’elle produit et recommande l’action jugée capable de produire les meilleurs résultats.
  • Utilitarisme : Doctrine morale qui vise à maximiser le bien-être, le plaisir ou le bonheur du plus grand nombre en évaluant l’utilité des conséquences d’une action.

★ À maîtriser

📌 Le conséquentialisme évalue les résultats probables d’une action sans principe moral a priori, tandis que l’utilitarisme constitue une forme de conséquentialisme fondée sur le bien-être comme critère d’évaluation.

📌 Le principe utilitariste du plus grand bonheur affirme qu’une action est bonne selon sa contribution au bonheur de chacune des personnes qu’elle affecte. — A. Leplège, Médecine, santé et sciences humaines

Compléments

  • L’utilitarisme anglo-saxon est principalement représenté par Jeremy Bentham (1748-1832) et John Stuart Mill (1806-1873).

Astuce mémo

Devoir kantien contre conséquences et bien-être

6. Utilitarisme en éthique du soin

Notions clés & Définitions

  • Santé : Selon l’Organisation mondiale de la santé en 1948, la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et non seulement l’absence de maladie ou d’infirmité.
  • Douleur : En 1974, l’International Association for the Study of Pain la définit comme une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite en des termes évoquant une telle lésion.

★ À maîtriser

📌 Bentham développe une approche quantitative de l’utilité fondée sur le calcul des conséquences, tandis que Mill y ajoute une dimension qualitative et reconnaît l’autonomie comme une source de bien-être.

📌 L’utilitarisme peut maximiser l’utilité globale au détriment de certains patients, tandis qu’un principe de justice vise à corriger les inégalités d’accès aux soins produites par ce calcul. — Suzanne Rameix, Soins de santé et justice un point de vue philosophique, 2002

  • 🔄 Le raisonnement utilitariste en santé publique suit une évaluation: évaluer les risques probables, évaluer les bénéfices probables, arbitrer entre les intérêts particuliers et le bien-être collectif

Compléments

  • Dans la méthode du « time trade-off », si vivre en pleine santé vaut 1 et être mort vaut 0, vivre avec un rein greffé vaut 0,84, vivre sous dialyse itérative à l’hôpital vaut 0,57 et vivre avec une angine de poitrine sévère vaut 0,50. — A. Fagot-Largeault, Médecine et Philosophie

Astuce mémo

Calcul bénéfices-risques → bien-être collectif ou sacrifices individuels

7. Utilitarisme et prise en charge du patient

★ À maîtriser

📌 L’approche déontologique interdit formellement le mensonge, tandis que l’approche utilitariste peut autoriser une vérité partielle si elle améliore l’état psychique du patient.

📌 La recherche du bien-être collectif peut produire des sacrifices individuels, des ruptures d’égalité ou des restrictions de liberté, comme lors d’un confinement destiné à ralentir une épidémie.

  • Le soulagement de la douleur et la mesure des sensations douloureuses permettent de réduire les conséquences négatives des pathologies sur le bien-être des patients.

Compléments

📌 Le code de déontologie médicale et l’exigence d’autonomie conduisent à adapter le discours, le degré d’information et l’empathie à la situation individuelle du patient.

Astuce mémo

Bien-être collectif contre souffrance individuelle

8. Autonomie et rémunération du don d’organes

Notions clés & Définitions

  • Liberté individuelle : De la liberté — Dans la perspective utilitariste inspirée de John Stuart Mill, la liberté individuelle permet à chacun de disposer de lui-même tant qu’il n’entrave pas la liberté d’autrui.

★ À maîtriser

  • Les partisans de la rémunération du don d’organes considèrent que le corps ne se confond pas avec la personne et que la dignité repose sur la capacité à prendre des décisions rationnelles. — Valérie Gateau, Pour une philosophie du don d’organes, 2009

  • L’approche conséquentialiste évalue la rémunération du don d’organes selon les conséquences des choix et leur traduction en résultats sociaux, tandis que l’approche déontologique l’évalue à partir de principes indépendants des conséquences.

  • L’utilitarisme de Bentham vise la maximisation du bien collectif, tandis que l’utilitarisme de Mill met davantage l’accent sur l’expression de la liberté individuelle.

Compléments

  • John Stuart Mill affirme que chacun est le gardien naturel de sa propre santé physique, mentale et spirituelle. — De la liberté

Astuce mémo

Mill : disposer de soi ; Kant : obéir à la loi morale

9. Principes de l’éthique biomédicale

Notions clés & Définitions

  • Principisme : Tom L. Beauchamp et James F. Childress, Les Principes de l’Éthique Biomédicale — Le principisme de Beauchamp et Childress fonde la décision médicale sur quatre principes : autonomie, bienfaisance, non-malfaisance et justice.

★ À maîtriser

📌 Lorsque le consentement du patient est impossible, la bienfaisance prend la forme négative de la non-malfaisance, qui impose de ne pas exposer le malade à un mal non compensé par le rétablissement ou le maintien de sa santé. — Pierre le Coz, Médecine, santé et sciences humaines

📌 Le principe de justice exige l’égalité d’accès aux soins sans distinction et vise à réguler l’allocation des ressources et des moyens limités, notamment les organes de transplantation et les budgets de santé. — M. Marzano, L’éthique appliquée, 2018

  • En 1978, le Rapport Belmont énonce les principes de respect de la personne, de bienfaisance et de justice pour la recherche impliquant des sujets humains.

Compléments

📌 Le refus de l’obstination déraisonnable ou de l’acharnement thérapeutique s’appuie sur l’articulation entre bienfaisance et non-malfaisance.

  • En 1973, le gouvernement américain crée la Commission nationale pour la protection des sujets humains et la recherche biomédicale et comportementale afin d’élaborer des principes éthiques pour la recherche.

Astuce mémo

ABNJ : autonomie, bienfaisance, non-malfaisance, justice

10. Responsabilité envers les générations futures

Notions clés & Définitions

  • Principe responsabilité : Le principe responsabilité de Hans Jonas vise à préserver toutes les dimensions du vivant menacées par les interventions humaines et par un progrès scientifique non raisonné.

Points essentiels

  • Chez Jonas, la responsabilité envers les générations futures est un engagement inconditionnel et non réciproque de l’humanité actuelle, qui doit préserver leur possibilité d’être une véritable humanité. — H. Jonas, Le Principe Responsabilité, 1990

  • L’impératif de Jonas demande d’agir de manière que les effets de l’action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre le plus longtemps possible. — Hans Jonas, Le Principe Responsabilité, 1990

  • Le CCNE recommande de limiter la thérapie génique aux cellules somatiques et d’interdire toute modification délibérée du génome des cellules germinales susceptible de transmettre une modification du capital génétique humain.

  • 🔄 L’heuristique de la peur consiste à : (S. Rameix): évaluer les dangers probables, anticiper les dangers possibles, même improbables, éviter ce qui peut conduire à ces dangers

Astuce mémo

Progrès non maîtrisé → dangers possibles pour le vivant

11. Principes éthiques du numérique en santé

Notions clés & Définitions

  • Principe d’explicabilité : Le principe d’explicabilité exige de comprendre le fonctionnement d’un dispositif numérique et les interprétations qu’il peut délivrer, notamment pour renforcer le consentement et l’information éclairée.
  • Garantie humaine : CCNE — Le principe de garantie humaine rassemble l’application des principes éthiques au numérique et vise à encadrer l’usage des outils numériques dans le soin, notamment en matière de diagnostic.

★ À maîtriser

📌 Dans l’éthique du numérique, l’autonomie correspond au contrôle des outils et à la responsabilité des utilisateurs, tandis que la bienfaisance et la non-malfaisance placent l’utilisateur et le bénéficiaire au centre de l’attention.

📌 L’application du principe de justice au numérique vise à éviter les discriminations et à maintenir l’équité entre les patients.

Compléments

  • La téléconsultation, l’intelligence artificielle, le traitement des données et la télésurveillance transforment les outils de diagnostic et les pratiques de soin.

Astuce mémo

Autonomie, bienfaisance, non-malfaisance, justice, explicabilité

Tableaux de synthèse

Déontologie et utilitarisme

DimensionApproche déontologiqueApproche utilitariste
Critère moralRespect du devoir et des principes universelsConséquences et bien-être
PersonneFin en soi, non instrumentalisableÉvaluée selon les effets sur le bien-être collectif
DécisionMaxime universalisableCalcul des risques et bénéfices
LimiteFormalisme et faible prise en compte du contexteRisque de sacrifice et d’injustice

Les quatre principes biomédicaux

PrincipeExigence principale
AutonomieContrôle du patient et consentement
BienfaisanceRechercher le bien du patient
Non-malfaisanceNe pas exposer le patient à un mal injustifié
JusticeGarantir l’égalité d’accès et l’équité

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Principes de l’éthique et bioéthique avec 38 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Quel critère l’approche déontologique utilise-t-elle pour évaluer la moralité d’une action ?

2. Quelle distinction oppose correctement la déontologie philosophique au code de déontologie professionnelle ?

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Principes de l’éthique et bioéthique avec 76 flashcards interactives.

Qu'est-ce que l'approche déontologique en éthique ?

Une théorie fondant la moralité sur le respect universel du devoir et des principes rationnels.

Quelle différence y a-t-il entre l'approche déontologique et un code de déontologie professionnelle ?

L'approche déontologique est philosophique, le code rassemble les règles d'une profession.

Qui a profondément inspiré l'approche déontologique moderne ?

Emmanuel Kant, philosophe allemand des Lumières.

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