Fiche de révision : Cancer du sein pour l’infirmière

Plan du Cours

  1. Épidémiologie et facteurs de risque
  2. Dépistage selon le niveau de risque
  3. Signes d’alerte et diagnostic
  4. Anatomopathologie et profils biologiques
  5. Organisation et annonce des soins
  6. Chirurgie et surveillance postopératoire
  7. Ganglions et lymphœdème
  8. Radiothérapie et chimiothérapie
  9. Thérapies systémiques et observance
  10. Soins de support et après-cancer

1. Épidémiologie et facteurs de risque

★ À maîtriser

  • En France, le cancer du sein provoque 61 214 nouveaux cas et 12 765 décès par an, avec un âge médian au diagnostic de 64 ans et une survie nette à 5 ans de 88 %. — INCa, Panorama des cancers 2026

  • Le cancer du sein concerne environ une femme sur huit au cours de la vie, tandis que les hommes représentent 1 % des cas.

  • Au diagnostic, 60 % des cancers du sein sont à un stade précoce, 33 % présentent une extension régionale et 7 % sont métastatiques d’emblée.

  • Les facteurs de risque non modifiables comprennent: l’âge, une prédisposition BRCA1, BRCA2 ou PALB2, des antécédents familiaux précoces ou nombreux, un antécédent personnel de cancer ou de lésion à risque, une irradiation thoracique dans l’enfance, une vie hormonale marquée par des règles précoces ou une ménopause tardive

Compléments

  • Les facteurs modifiables et protecteurs comprennent:
    • l’alcool
    • le surpoids surtout après la ménopause
    • la sédentarité
    • le tabac
    • un traitement hormonal substitutif prolongé
    • une grossesse avant 25 ans
    • l’allaitement
    • une ménopause précoce

Astuce mémo

Alcool, surpoids et sédentarité → une part évitable des cancers

2. Dépistage selon le niveau de risque

Points essentiels

  • Pour le risque moyen, les femmes de 50 à 74 ans bénéficient d’une mammographie avec examen clinique et double lecture tous les deux ans dans le cadre du dépistage organisé.

  • Pour le risque élevé, une mammographie avec ou sans échographie est réalisée annuellement sur prescription, notamment en cas d’antécédent personnel ou familial ou d’irradiation thoracique.

  • Pour le risque très élevé lié à une mutation BRCA1, BRCA2 ou PALB2, le suivi spécialisé associe IRM, mammographie et examen clinique, avec un suivi annuel dès 30 ans.

  • Le dépistage organisé prévoit: une invitation des femmes de 50 à 74 ans, un centre agréé choisi par la patiente, une prise en charge à 100 % sans avance de frais, une double lecture de la mammographie

  • Le dépistage organisé vise une réduction de la mortalité par cancer du sein de l’ordre de 15 à 20 % et permet d’éviter 150 à 300 décès pour 100 000 femmes participant régulièrement pendant 10 ans.

📌 La classification ACR indique que ACR 0 nécessite des investigations complémentaires, ACR 1 est normal, ACR 2 correspond à une anomalie bénigne, ACR 3 impose une surveillance à 3 ou 6 mois, et ACR 4 ou 5 conduit à une biopsie.

Astuce mémo

Risque moyen, élevé, très élevé : mammographie, suivi annuel, IRM

3. Signes d’alerte et diagnostic

★ À maîtriser

  • Les signes devant faire consulter comprennent:
    • un nodule dur, indolore et fixé
    • une rétraction de la peau ou du mamelon
    • une peau d’orange
    • une rougeur avec chaleur et œdème
    • un écoulement unilatéral spontané et sanglant
    • une adénopathie axillaire ou sus-claviculaire

📌 Une mastite qui persiste doit être considérée comme un cancer inflammatoire jusqu’à preuve du contraire.

  • 🔄 Le diagnostic suit une séquence: examen clinique des seins et des aires ganglionnaires, imagerie par mammographie et échographie avec IRM si besoin, biopsie, bilan d’extension lorsqu’il est indiqué

Compléments

📌 Le bilan d’extension n’est pas systématique et est réalisé notamment en cas de tumeur T3-T4, d’atteinte ganglionnaire ou de signes d’appel.

  • Le délai entre la biopsie et son résultat est généralement de 7 à 15 jours, période particulièrement anxiogène pour la patiente.

Astuce mémo

Clinique → imagerie → biopsie → bilan d’extension

4. Anatomopathologie et profils biologiques

★ À maîtriser

  • Un carcinome canalaire in situ conserve une membrane basale intacte, ne présente pas de risque métastatique et relève d’une chirurgie avec ou sans radiothérapie, tandis qu’un carcinome infiltrant franchit la membrane basale et peut migrer par voie lymphatique ou sanguine.

  • Dans le carcinome in situ, il n’y a généralement ni geste ganglionnaire ni chimiothérapie, alors que l’exploration ganglionnaire est obligatoire dans le carcinome infiltrant.

  • La cytoponction étudie les cellules, tandis que la biopsie étudie les cellules et leur architecture ; une cytoponction ganglionnaire est réalisée avant traitement pour les ganglions axillaires palpables ou suspects à l’échographie.

  • Les récepteurs hormonaux indiquent la sensibilité à l’hormonothérapie, HER2 constitue une cible d’anticorps et Ki67 renseigne sur la vitesse de prolifération.

  • Le profil Luminal A est RH positif, HER2 négatif et Ki67 bas, représente 50 % des cas et relève le plus souvent d’une hormonothérapie seule.

  • Le profil Luminal B est RH positif, HER2 négatif et Ki67 élevé, représente 20 % des cas et relève d’une hormonothérapie associée à une chimiothérapie, avec éventuellement un inhibiteur de CDK4/6.

  • Le profil HER2 positif correspond à une surexpression de HER2, représente 15 % des cas et relève d’une chimiothérapie associée à des anticorps anti-HER2.

  • Le profil triple négatif est RH négatif et HER2 négatif, représente 15 % des cas et relève d’une chimiothérapie avec immunothérapie et éventuellement olaparib.

Compléments

  • Le type histologique non spécifique représente 75 % des cancers infiltrants et le type lobulaire 10 à 15 %.

Astuce mémo

In situ : membrane intacte ; infiltrant : membrane franchie

5. Organisation et annonce des soins

★ À maîtriser

📌 La réunion de concertation pluridisciplinaire prend les décisions thérapeutiques avec au moins trois spécialités.

  • Le dispositif d’annonce comporte quatre temps réglementaires, dont un temps soignant consacré à reformuler, repérer les besoins et orienter la patiente.

Compléments

  • Le programme personnalisé de soins remet à la patiente le calendrier des traitements, tandis que l’infirmière de coordination assure le lien entre la ville et l’hôpital et accompagne notamment les démarches d’ALD 30.

Astuce mémo

RCP → annonce → reformulation → PPS → coordination

6. Chirurgie et surveillance postopératoire

★ À maîtriser

  • La tumorectomie est un traitement conservateur indiqué lorsque le rapport entre le volume tumoral et le volume du sein le permet, avec des berges saines et une radiothérapie obligatoire.

  • La mastectomie est privilégiée en cas de tumeur volumineuse, multifocale, récidivante ou à la demande de la patiente.

  • Un hématome postopératoire se manifeste par un sein tendu, douloureux et dont le volume augmente, ce qui impose une alerte immédiate.

  • La surveillance postopératoire recherche aussi une infection avec fièvre, rougeur ou écoulement purulent, une lymphocèle après ablation du drain et l’évolution de la quantité et de l’aspect du liquide du Redon à chaque relève.

Compléments

  • La reconstruction mammaire peut être immédiate ou secondaire, par prothèse ou lambeau, et aucune reconstruction ne peut être imposée.

Astuce mémo

Tumorectomie conservatrice contre mastectomie radicale

7. Ganglions et lymphœdème

★ À maîtriser

  • Le risque de lymphœdème est de 3 à 8 % après prélèvement du ganglion sentinelle et de 15 à 25 % après curage ganglionnaire.

📌 La protection cutanée repose sur l’hydratation, les gants, la protection solaire et la désinfection de toute plaie, tandis que l’activité physique est recommandée car l’immobilisation aggrave le risque.

📌 Une rougeur associée à de la fièvre évoque un érysipèle et impose une consultation sans délai ; une lourdeur ou une bague ou manche qui serre doit être signalée précocement.

Compléments

📌 Après une chirurgie ganglionnaire, il faut privilégier le bras controlatéral sans interdire systématiquement une prise de sang ou une tension artérielle du côté opéré si une voie nécessaire l’exige.

Astuce mémo

Curage plus étendu → risque de lymphœdème plus élevé

8. Radiothérapie et chimiothérapie

Notions clés & Définitions

  • Radiothérapie : Utilise des rayonnements ionisants pour détruire les cellules cancéreuses du sein ou de la paroi, avec ou sans complément focal, et éventuellement des aires ganglionnaires.

Points essentiels

📌 La radiothérapie est systématique après un traitement conservateur et est administrée en séances quotidiennes du lundi au vendredi, avec des protocoles de 4 à 7 semaines et des schémas courts de 1 à 3 semaines désormais standards.

  • Pendant la radiothérapie, il faut: hydrater la peau, utiliser une toilette tiède avec savon surgras, tamponner, porter du coton sans armature, conserver les repères de centrage, signaler toute desquamation

  • La chimiothérapie concerne environ 30 % des patientes et est de plus en plus souvent administrée avant la chirurgie, selon le profil biologique.

📌 En cas de neutropénie fébrile, il faut réaliser une NFS et des hémocultures et administrer des antibiotiques dans l’heure.

  • En cas d’extravasation, il faut:
    • arrêter la perfusion
    • ne pas retirer l’aiguille
    • aspirer
    • appliquer le protocole prévu

9. Thérapies systémiques et observance

★ À maîtriser

  • Les anticorps anti-HER2 sont utilisés pour les tumeurs HER2 positives et nécessitent la surveillance de la fraction d’éjection ventriculaire gauche et des réactions à la perfusion.

  • Les inhibiteurs de CDK4/6 concernent les cancers RH positifs et HER2 négatifs, notamment métastatiques ou en adjuvant, et nécessitent une surveillance de la neutropénie, de la diarrhée et de l’observance.

  • L’immunothérapie expose à:

    • des colites
    • des pneumopathies
    • des hépatites
    • des dysthyroïdies
  • L’hormonothérapie est administrée par voie orale pendant 5 à 10 ans et environ un tiers des patientes l’interrompent.

  • Le tamoxifène peut être utilisé avant et après la ménopause et expose notamment à un risque thromboembolique et à des métrorragies qui doivent être explorées.

  • Les anti-aromatases sont utilisées chez les femmes ménopausées et peuvent provoquer des arthralgies, une ostéoporose et une sécheresse vaginale ; une densitométrie et un apport en vitamine D sont nécessaires pour la santé osseuse.

  • L’hormonothérapie réduit le risque de rechute d’environ un tiers, et l’entretien de l’observance doit rechercher les arthralgies, les bouffées de chaleur et les difficultés sexuelles plutôt qu’un simple oubli.

Compléments

  • Les inhibiteurs de PARP sont utilisés en cas de mutation BRCA constitutionnelle et nécessitent une surveillance des cytopénies avec NFS mensuelle.

10. Soins de support et après-cancer

★ À maîtriser

  • Les soins de support doivent aborder:

    • la fertilité
    • la sexualité
    • l’activité physique
    • la nutrition
    • la psycho-oncologie et le social
    • la douleur
  • Dans les stades localisés, la chirurgie du sein est systématique, le geste ganglionnaire est systématique si la tumeur est infiltrante, la radiothérapie est systématique après traitement conservateur ou en cas d’atteinte ganglionnaire, et l’hormonothérapie est systématique si la tumeur est infiltrante et RH positive.

  • Dans les stades métastatiques, l’objectif devient un contrôle prolongé et la qualité de vie, avec un traitement systémique en premier, une chirurgie ponctuelle de contrôle local et une radiothérapie antalgique ou décompressive.

  • Après le traitement, la surveillance comprend un examen clinique tous les six mois pendant cinq ans puis annuel, une mammographie annuelle, sans imagerie systématique ni dosage de marqueurs tumoraux.

Compléments

  • L’après-cancer peut comporter:

    • une fatigue persistante
    • des troubles cognitifs
    • un lymphœdème
    • des douleurs
    • une raideur d’épaule
    • une ménopause induite
    • une ostéoporose
    • une peur de la récidive
    • des difficultés de retour à l’emploi
  • L’ALD 30 permet une prise en charge des soins à 100 %, et le droit à l’oubli s’applique cinq ans après la fin du protocole en l’absence de rechute.

Astuce mémo

Prévenir, traiter, accompagner, puis surveiller

Tableaux de synthèse

Dépistage selon le risque

Niveau de risquePopulation ou situationExamen et rythme
Moyen50–74 ans sans autre facteurMammographie avec examen clinique tous les 2 ans
ÉlevéAntécédent personnel ou familial, irradiationMammographie avec ou sans échographie, annuellement
Très élevéMutation BRCA1, BRCA2 ou PALB2IRM et mammographie, suivi annuel dès 30 ans

Profils biologiques et traitements

ProfilMarqueursTraitement caractéristique
Luminal ARH+ / HER2− / Ki67 basHormonothérapie seule le plus souvent
Luminal BRH+ / HER2− / Ki67 élevéHormonothérapie et chimiothérapie, éventuellement CDK4/6
HER2 positifHER2 surexpriméChimiothérapie et anticorps anti-HER2
Triple négatifRH− / HER2−Chimiothérapie et immunothérapie, éventuellement olaparib

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Combien de nouveaux cas de cancer du sein y a-t-il en France chaque année ?

61 214 nouveaux cas par an.

Quel est l'âge médian au diagnostic du cancer du sein en France ?

64 ans.

Quelle est la survie nette à 5 ans du cancer du sein en France ?

88 %.

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