Fiche de révision : Éthique et recherche biomédicale

Plan du Cours

  1. Responsabilité et décisions en santé
  2. L’éthique comme aide à la décision
  3. Autonomie et délibération collective
  4. Morale, déontologie et éthique
  5. Repères éthiques en recherche biomédicale
  6. Principes du rapport Belmont
  7. Éthique et parcours de soins
  8. Responsabilité et anticipation éthiques
  9. Vulnérabilité et respect de la personne
  10. Approches hétéronomique et autonomique
  11. Évolution philosophique de la personne

Repères chronologiques

  1. 1947Le procès médical conduit à une prise de conscience internationale après les dérives et les scandales des médecins nazis dans les camps de concentration.
  2. 1964L’Association médicale mondiale a adopté la déclaration d’Helsinki, qui complète les lacunes du code de Nuremberg.
  3. 1972Le scandale de l’étude de Tuskegee, menée dans le sud des États-Unis de 1932 à 1972, a été rendu public.
  4. 1974Une commission nationale pour la protection des sujets humains dans la recherche biomédicale et béhavioriste a été créée à la suite de l’affaire de Tuskegee.
  5. 1978La commission a soumis le rapport Belmont, intitulé Principes éthiques et directives concernant la protection des sujets humains dans le cadre de la recherche.

1. Responsabilité et décisions en santé

Notions clés & Définitions

  • Responsabilité : Capacité et obligation de répondre de ses actes devant soi-même, les autres et la société.

★ À maîtriser

  • La responsabilité en santé comporte une dimension juridique et une dimension éthique, cette dernière dépassant la seule question du droit.

Compléments

  • Les domaines médicaux concernés comprennent : l’accès aux soins et les droits des patients, la procréation, l’usage de la génétique, les prélèvements et les greffes d’organes, les fichiers épidémiologiques, la recherche biomédicale, la fin de vie, l’éthique de l’expertise et l’indemnisation des victimes

  • Les questions éthiques en santé portent notamment sur l’accès aux tests génétiques, le don d’organes, les soins aux mineurs sans leurs parents, l’accès aux innovations coûteuses, l’information en recherche clinique, l’interruption médicale de grossesse en cas de cancer, le secret des dons de gamètes, l’arrêt des soins, le refus de soins, le dépistage de la trisomie 21 et l’accès au dossier médical.

2. L’éthique comme aide à la décision

★ À maîtriser

  • La démarche éthique vise à éclairer la société sur la réalité des pratiques médicales et sur les questions qu’elles soulèvent.

  • La démarche éthique analyse les pratiques, propose des pistes de régulation adaptées à la pratique médicale et prend en compte la protection et les besoins des patients.

  • En soins et en santé publique, l’éthique intervient comme outil d’aide à la décision, au même titre que les éléments cliniques, épidémiologiques et scientifiques, en lien avec les spécialités médicales et les sciences humaines.

Compléments

  • L’évaluation des pratiques et la recherche universitaire fondée sur cette évaluation peuvent faire évoluer les régulations de la médecine vers des formes mieux adaptées.

  • L. Dérobert relie médecine et choix de société à la demande des patients, aux contraintes sociales notamment économiques et culturelles, ainsi qu’à la construction des normes et des régulations juridiques.

📌 L’évaluation des pratiques aide à juger la pertinence et la nécessité de leur évolution, mais ni l’évaluation ni les normes ne peuvent répondre à toutes les situations singulières de soin. - L. Dérobert

Astuce mémo

Évaluer les pratiques → éclairer les choix → adapter les régulations

3. Autonomie et délibération collective

★ À maîtriser

  • Lorsque les capacités délibératives sont altérées, notamment en psychiatrie ou en gériatrie, des hospitalisations ou des soins peuvent être réalisés sans consentement ou malgré un refus.

📌 Face à une autonomie fragilisée, la décision peut mettre en tension le respect de l’autonomie, la responsabilité envers les personnes vulnérables et la bienfaisance.

  • Dans une grossesse triple, la réduction embryonnaire peut être proposée pour réduire le risque de prématurité sévère, mais aucun argument médical suffisamment fort ne tranche le choix entre conserver deux embryons ou un seul.

  • Le dépistage organisé du cancer du sein propose une mammographie tous les deux ans aux femmes de 50 à 74 ans.

📌 Le Code de Nuremberg exige que les recherches sur l’être humain soient soumises à des contrôles préalables et que le consentement volontaire du sujet soit obtenu après une information précise sur l’expérience, ses méthodes, ses moyens, ses dangers et ses risques.

Compléments

  • Pour la réduction embryonnaire d’une grossesse triple, l’équipe médicale est libre d’accéder ou non à la demande parentale, et les équipes qui pratiquent le geste reconnaissent le caractère subjectif et singulier de ce choix.
  • Des femmes réalisent des mammographies hors des critères du dépistage organisé, notamment avant l’âge recommandé ou plus fréquemment, et ces pratiques sont prises en charge par l’assurance maladie.

  • Les mammographies réalisées hors des critères du dépistage organisé soulèvent des questions sur leur légitimité, leur remboursement et l’éventuelle obligation de participer au dépistage organisé.

📌 Le Code de Nuremberg affirme que le sujet humain doit pouvoir interrompre librement l’expérience s’il estime avoir atteint sa limite de résistance mentale ou physique.

4. Morale, déontologie et éthique

Notions clés & Définitions

  • Morale : Aristote, 335 av JC - Ensemble de règles qui imposent de faire le bien et qui approuvent ou réprouvent, récompensent ou sanctionnent les conduites.
  • Déontologie : Ensemble des règles qui régissent la relation entre médecin et malade et qui procèdent du droit, du serment d’Hippocrate et d’éléments éthiques.
  • Éthique : G Moutel, revue soins, n°801, 2015 - Réflexion active, collective et interactive sur les valeurs humaines et les tensions entre les volontés des personnes et d’autres logiques.
  • Bioéthique : La bioéthique est l’éthique appliquée aux sciences de la vie, notion apparue dans les années 1970.

Points essentiels

  • La déontologie constitue un outil ou un code qui fixe des règles établies à un moment donné.

  • La réflexion éthique étudie les valeurs, les tensions, les hiérarchies de valeurs, les critères de choix et les scénarios possibles au moyen de l’argumentation et du débat interprofessionnel et interdisciplinaire. - Jean Bernard, 1985

  • En pratique médicale, l’éthique aide à guider les choix vers des décisions concrètes concernant une personne singulière, le patient, et contribue aussi aux choix de société et à l’évolution des normes.

  • L’éthique médicale comprend deux grands domaines : l’éthique de la recherche biomédicale et l’éthique du soin.

  • L’éthique procédurale examine comment les décisions sont prises, selon quels critères et quelles procédures, particulièrement dans les situations complexes.

  • Les structures mentionnées comprennent : le Comité consultatif national d’éthique, les comités d’éthique hospitaliers, les Comités de protection des personnes, liés à la recherche biomédicale, les groupes de recherche en éthique, qui évaluent les pratiques et réfléchissent aux limites des normes

Astuce mémo

La morale prescrit, la déontologie codifie, l’éthique délibère

5. Repères éthiques en recherche biomédicale

★ À maîtriser

  • La déclaration d’Helsinki protège davantage les personnes dont l’autonomie est diminuée et appelle à la prudence les médecins-chercheurs qui recrutent leurs propres patients.

📌 Selon la déclaration d’Helsinki, le bien-être du participant doit primer sur les intérêts de la science et de la société.

📌 La version amendée en 2000 limite les essais avec témoins sous placebo aux circonstances spéciales et ne les recommande pas lorsqu’une méthode prophylactique, diagnostique ou thérapeutique éprouvée existe.

Compléments

📌 La déclaration d’Helsinki recommande le consentement écrit et exige que les risques soient maintenus au minimum.

  • La déclaration d’Helsinki a été révisée cinq fois depuis son adoption.

📌 La déclaration d’Helsinki exige que tous les participants à une étude aient accès aux avantages susceptibles d’en découler.

6. Principes du rapport Belmont

Notions clés & Définitions

  • Respect de la personne : Reconnaît à tous les individus la capacité et le droit d’être les arbitres de leurs choix et décisions, dans le respect de leur autonomie, de leur autodétermination, de leur dignité et de leur liberté.
  • Bienfaisance : Impose au chercheur la responsabilité du bien-être physique, mental et social du participant pour tout ce qui concerne l’étude, et est aussi appelée principe de non-malfaisance.

★ À maîtriser

  • Dans l’étude de Tuskegee, plus de 400 hommes atteints de syphilis latente ont été observés au lieu d’être traités, y compris après la découverte des antibiotiques dans les années 1940.

  • Le rapport Belmont énonce trois principes fondamentaux pour la recherche sur des êtres humains :

    • le respect de la personne
    • la bienfaisance
    • la justice

📌 Le principe de justice oblige l’investigateur à peser équitablement les risques et les avantages de la participation à l’étude et à recruter les participants avec équité.

Compléments

  • Les participants de l’étude de Tuskegee étaient des Afro-Américains issus de classes économiquement défavorisées.

📌 Le principe de justice interdit d’exposer un groupe à un risque pour le seul avantage d’un autre groupe, notamment en utilisant des mineurs, des personnes démunies ou des prisonniers au bénéfice exclusif de groupes privilégiés.

7. Éthique et parcours de soins

★ À maîtriser

  • Depuis une vingtaine d’années, le soin accorde une importance croissante aux droits des patients et aux dimensions sociales de la médecine afin d’orienter la pratique vers le patient et le respect de la personne, au-delà de la seule guérison de la maladie.

Compléments

  • Cette évolution a conduit à promulguer des lois définissant les droits des personnes malades, des victimes et, plus largement, des usagers.

Astuce mémo

Reconnaître les droits du patient → orienter la médecine vers la personne

8. Responsabilité et anticipation éthiques

Notions clés & Définitions

  • Éthique de la responsabilité : Repose sur l’anticipation des conséquences de nos actions pour la vie future et refuse la négligence ou le fait accompli.

★ À maîtriser

  • Hans Jonas estime que la puissance humaine de se transformer ou de se détruire impose de nouvelles obligations et une responsabilité envers le très long terme et les générations futures. - H. JONAS

Compléments

📌 Face à une situation nouvelle aux conséquences incertaines, il est nécessaire de reconnaître son ignorance et d’évaluer les risques futurs des décisions médicales.

  • L’évaluation des pratiques et des décisions médicales constitue, dans le champ de l’éthique, une faculté de progrès des connaissances.

Astuce mémo

Puissance de transformer ou détruire → responsabilité envers l’avenir

9. Vulnérabilité et respect de la personne

★ À maîtriser

  • Chez Emmanuel Levinas et Hans Jonas, la fragilité d’autrui fonde la moralité et le devoir de protéger les plus vulnérables. - Emmanuel Levinas ou Hans Jonas

Compléments

  • La relation interhumaine, plaçant la bienfaisance au premier plan face à la vulnérabilité, doit soutenir la cohésion sociale et le respect de la dignité des personnes.

  • La protection des personnes dans les pratiques de soin et de recherche est devenue un fondement de l’éthique en santé sous l’influence des déclarations des droits de l’homme, du code de Nuremberg, de la déclaration d’Helsinki, des sciences humaines et de la bioéthique.

10. Approches hétéronomique et autonomique

★ À maîtriser

📌 L’approche hétéronomique fonde le bien sur des normes extérieures à l’homme, tandis que l’approche autonomique situe les fondements de la morale dans les lois que l’homme se donne.

  • L’approche autonomique remet en cause le fait naturel, admet que la médecine transgresse des règles historiques relatives notamment à la reproduction et à la fin de vie, et place les choix éclairés de la personne au centre des décisions.

Compléments

  • Dans l’approche hétéronomique, la nature peut être tenue pour norme du bien, tandis qu’une démarche théologique rapporte le bien à Dieu et considère la vie comme donnée et reprise par le créateur.

  • L’approche hétéronomique peut conduire au refus de :

    • la conservation des embryons
    • certains actes de réanimation
    • le clonage
    • l’euthanasie
  • L’approche autonomique est de type déontologique, rattache la morale à l’universalité de la pensée et considère que l’homme peut agir sur le cours des choses.

  • L’approche autonomique est associée notamment à Descartes, Kant, Rousseau, Hegel et Nietzsche, tandis que l’approche hétéronomique est illustrée par Aristote, saint Augustin et saint Anselme.

Astuce mémo

Hétéronomie : normes extérieures ; autonomie : lois que l’homme se donne

11. Évolution philosophique de la personne

★ À maîtriser

  • Dans le grec ancien, prosôpon désigne d’abord le visage humain, tandis qu’anthropos désigne l’homme en général et soma l’individu animé, parfois doté d’une individualité juridique.

  • La notion latine de persona s’est progressivement imposée comme désignant l’individu concret, existant et singulier, qui doit être respecté pour sa singularité et pour ce qu’il représente de l’humain.

  • Chez Kant, l’autonomie constitue l’attribut essentiel de la personne, fonde sa dignité et la rend capable de se donner sa loi morale et d’en faire son devoir.

  • Paul Ricœur définit l’éthique par le souhait d’une vie accomplie, avec et pour autrui, dans des institutions justes, et la conçoit comme une théorie de l’action portant sur qui fait ou va faire quoi, pour qui et pourquoi. - Approches de la personne, mars-avril 1990

📌 La mêmeté désigne les caractères d’une substance qui perdurent dans le temps, tandis que l’ipséité désigne l’évolution et la variabilité de la personne et se rapporte à la relation à l’autre, à la reconnaissance et à l’altérité. - Paul Ricœur, Approches de la personne

Compléments

  • Chez Cicéron, persona comprend trois dimensions :

    • une dimension relationnelle
    • une dimension sociale
    • une dimension juridique liée au rôle en justice, par opposition aux choses
  • Chez Descartes, le sujet pensant découvre la certitude de son existence par le doute méthodique et exerce son libre arbitre dans l’action.

  • L’autonomie de la personne fonde en éthique médicale le consentement et la liberté de choix, et soulève des questions lorsqu’elle est altérée ou non respectée, notamment en pédiatrie, en gériatrie, en psychiatrie, en réanimation et en soins palliatifs.

  • Paul Ricœur considère que la personne existe dans le déroulement d’une vie allant de la naissance à la mort et distingue la mêmeté du soi-même, appelé ipséité. - Approches de la personne

Tableaux de synthèse

Morale, déontologie et éthique

NotionNatureRôle
MoraleRègles normativesApprouver ou réprouver les conduites
DéontologieCode de règlesRégir la relation médecin-malade
ÉthiqueRéflexion collective et dynamiqueÉclairer les décisions et les choix de société

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Éthique et recherche biomédicale avec 11 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Que signifie être responsable de ses actes en santé ?

2. Une équipe respecte le cadre légal d’un soin, mais s’interroge sur l’équité de son choix et sur les valeurs qu’il met en jeu. Quelle dimension de sa responsabilité examine ces questions ?

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Éthique et recherche biomédicale avec 10 flashcards interactives.

Qu’est-ce que la responsabilité ?

La capacité et l’obligation de répondre de ses actes devant soi-même, les autres et la société.

Quelles dimensions comporte la responsabilité en santé ?

Une dimension juridique et une dimension éthique, qui dépasse la seule question du droit.

Que vise à éclairer la démarche éthique dans la société ?

La réalité des pratiques médicales et les questions qu’elles soulèvent.

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