Fiche de révision : Syndrome de renutrition et nutrition entérale

Plan du Cours

  1. Indications de nutrition entérale et sécurité des sondes
  2. Gastrostomies et sécurité des connectiques entérales
  3. Composition des formules entérales et adaptations pathologiques
  4. Choix des formules, immunonutrition et nutrition artisanale
  5. Pneumopathies d’inhalation
  6. Complications digestives de la nutrition entérale
  7. Désobstruction des sondes entérales
  8. Mécanismes et manifestations du syndrome de renutrition
  9. Évaluation du risque et conduite de la renutrition
  10. Adaptation de la nutrition entérale
  11. Besoins hydriques et micronutriments
  12. Rythmes et débits de nutrition entérale
  13. Insulinothérapie sous nutrition entérale
  14. Marqueurs biologiques et suivi nutritionnel
  15. Règles cliniques de sécurité

1. Indications de nutrition entérale et sécurité des sondes

★ À maîtriser

📌 La SFNCM indique la nutrition entérale lorsque le tube digestif est fonctionnel et que les ingesta restent inférieurs à 60 % pendant plus de 7 à 10 jours.

  • Les contre-indications comprennent :
    • l’occlusion aiguë
    • l’ischémie
    • le choc
    • la fistule à haut débit
  • Pour un soutien de court terme inférieur à 4 semaines, l’accès naso-digestif par sonde nasogastrique ou nasojéjunale est proposé ; au-delà de 4 semaines, une stomie percutanée gastrique ou jéjunale est envisagée. - NICE, CG32, 2006, maj. 2017

  • Le site gastrique, choisi en première intention, offre un réservoir physiologique et tolère les débits et l’osmolarité ; le site jéjunal post-pylorique est indiqué en cas de gastroparésie, de reflux gastro-œsophagien sévère ou d’obstacle et impose une pompe.

  • La position d’une sonde naso-digestive doit être contrôlée par une radiographie centrée sur le diaphragme, qui constitue la méthode de référence.

Compléments

  • La nutrition entérale contribue au maintien des villosités et de la barrière muqueuse (GALT), à la prévention de la translocation bactérienne et à la réduction des sepsis par rapport à la nutrition parentérale ; elle coûte moins cher que celle-ci.

  • Les sondes nasogastriques et nasojéjunales sont souples, en polyuréthane radio-opaque, mesurent 8 à 12 CH et portent une règle NOX.

  • L’auscultation après insufflation d’air au stéthoscope peut donner de faux positifs et ne permet donc pas de confirmer de façon fiable la position de la sonde.

  • La fixation se fait en trois points :

    • le nez
    • la joue
    • le cou

📌 Les sondes d’aspiration ou de décompression de type Salem® sont en PVC rigide, à double voie et de gros calibre, de 14 à 18 CH, contrairement aux sondes naso-digestives souples de 8 à 12 CH. - NICE, CG32, 2006, maj. 2017

Astuce mémo

Gastrique : réservoir et débits tolérés ; jéjunal : post-pylorique et pompe obligatoire.

2. Gastrostomies et sécurité des connectiques entérales

★ À maîtriser

  • La gastrostomie percutanée endoscopique est utilisée pour un soutien de plus de 4 semaines, notamment en oncologie ORL ou de l’œsophage et en neurologie, par exemple après un AVC ou en cas de SLA.

  • Une sonde jéjunale PEG-J ne doit jamais être tournée, car elle risque de s’enrouler.

  • En cas d’arrachement ou de déplacement suspecté d’une sonde de gastrostomie, il faut suspendre son utilisation tant que sa position n’a pas été vérifiée. - Gkolfakis et al., ESGE, 2021

  • La norme ISO 80369-3 ENFit utilise un vissage inversé réservé au matériel de nutrition entérale afin de prévenir l’injection de nutrition entérale par voie intraveineuse.

Compléments

  • La technique Pull de Gauderer consiste à tirer la sonde sous contrôle endoscopique et permet une pose durable.

📌 Un bouton de gastrostomie, situé au ras de la peau et décrit comme esthétique et confortable, se pose après 8 à 12 semaines de gastrostomie, une fois la stomie cicatrisée ; ce délai n’est pas absolu.

  • Dès le septième jour de cicatrisation, une sonde PEG posée par technique Pull est tournée quotidiennement à 360° sur son axe, puis mobilisée chaque semaine par un mouvement de va-et-vient de 2 à 10 cm dans l’estomac, selon les consignes du fabricant et le protocole local. - Bischoff et al., ESPEN, 2022

📌 Les soins du site de PEG comprennent le nettoyage à l’eau et au savon doux suivi d’un séchage soigneux, l’application du protocole local pendant la cicatrisation initiale et l’évitement des tractions et d’une compression excessive de la collerette ; un pansement n’est pas systématiquement nécessaire si le site est propre et sec après cette phase. - Bischoff et al., ESPEN, 2022

  • Les complications locales ou mécaniques de PEG comprennent (Gkolfakis et al., 2021) :

    • l’infection péristomiale
    • l’enfouissement de la collerette
    • le bourgeon charnu
    • l’obstruction de la sonde
    • les lésions cutanées péristomiales
    • les fuites péristomiales
    • l’arrachement ou le déplacement de la sonde
    • les lésions de pression liées au dispositif
  • Les complications de PEJ comprennent (Arvanitakis et al., 2021) :

    • l’hémorragie ou la lésion intestinale
    • la fuite ou la fistule persistante
    • l’infection locale
    • le déplacement ou la migration de la sonde
  • Les seringues violettes ENFit sont compatibles avec l’administration de médicaments et les rinçages entéraux. - documentation technique officielle ENPlus

  • Le système ENPlus utilise un connecteur en croix (+) étanche pour les poches et les tubulures de nutrition entérale. - documentation technique officielle ENPlus

3. Composition des formules entérales et adaptations pathologiques

★ À maîtriser

  • Les solutions entérales normocaloriques apportent 0,9 à 1,2 kcal/ml, tandis que les solutions hypercaloriques apportent plus de 1,2 kcal/ml. - ESPEN, 2006, 2022

  • Une solution est qualifiée d’hyperprotéinée lorsque les protéines représentent au moins 20 % de l’AET ; elle peut être normocalorique ou hypercalorique. - ESPEN, 2006, 2022

  • Pour le diabète, l’adaptation présentée associe des glucides complexes, tels que l’amidon de tapioca, et du fructose, un glucide simple, à 60–70 % de lipides sous forme de MUFA. - ESPEN, R42

  • En pré-dialyse, une formule hypoprotéinée et pauvre en potassium et en phosphore est indiquée.

  • Pour les escarres et la cicatrisation, une formule hyperprotéinée avec des micronutriments ciblés, notamment zinc, sélénium, vitamines C et E et arginine, est proposée.

  • Chez le patient critique en soins intensifs, une formule hyperprotéinée et normoénergétique ou hyperénergétique est proposée.

Compléments

  • Les solutions polymériques standards existent avec ou sans fibres.

  • Les seuils de classification et les valeurs des formules peuvent varier selon les fabricants et la définition d’ESPEN.

  • En dialyse, une formule hyperprotéinée est indiquée.

  • Une formule végétale à base de pois ou de soja, de PDCAAS égal à 1,0, peut être choisie en cas d’APLV ou par choix éthique végétalien.

  • En cas de sepsis ou de traumatisme en soins intensifs, une formule hyperprotéinée, éventuellement hyperénergétique, avec des micronutriments ciblés — zinc, sélénium, cuivre et vitamines C et E — est proposée.

4. Choix des formules, immunonutrition et nutrition artisanale

Notions clés & Définitions

  • Nutrition entérale artisanale : Un mélange d’aliments naturels mixés au domicile, susceptible de répondre à des préférences culturelles, familiales ou personnelles.

★ À maîtriser

📌 Les formules polymériques conviennent lorsque le tube digestif est fonctionnel et que la digestion et l’absorption sont suffisamment conservées, tandis que les formules semi-élémentaires ont des indications validées en cas d’épanchement chyleux ou de maldigestion ou malabsorption sévère.

  • Le choix d’un produit de nutrition entérale prend en compte (Bischoff et al., 2022) : la pathologie, l’état nutritionnel et le risque de syndrome de renutrition inappropriée, les possibilités d’alimentation orale, la fonctionnalité du tube digestif, le site d’administration, le degré d’agression, la durée prévue de nutrition entérale, les besoins hydriques, les données de médecine fondée sur les preuves

  • L’immunonutrition associe notamment arginine, oméga-3 AEP/DHA et nucléotides afin de moduler la réponse inflammatoire ou immunitaire de l’hôte face à l’agression.

Compléments

  • Une formule polymérique contient des protéines entières, des lipides principalement sous forme de triglycérides à longue chaîne et des glucides complexes, qui nécessitent respectivement digestion protéique, digestion et absorption lipidiques normales et digestion enzymatique.

  • Une formule semi-élémentaire contient principalement des protéines hydrolysées en peptides ou oligopeptides, souvent une proportion importante de triglycérides à chaînes moyennes et des glucides généralement facilement digestibles.

  • Les formules semi-élémentaires n’ont pas démontré de supériorité sur les formules polymériques en routine. - Barnoud et al., Nutr Clin Métabolisme, 2017

  • Les formules semi-élémentaires présentent une osmolarité élevée, susceptible de provoquer une diarrhée osmotique, et un coût financier élevé.

  • Un protocole d’immunonutrition peut comporter trois flacons ou poches d’Impact® par jour pendant cinq à sept jours préopératoires.

  • L’ESPEN recommande l’immunonutrition avec un grade A pour la chirurgie oncologique majeure ORL et digestive haute. - Weimann et al., 2021

  • Les indications de l’immunonutrition comprennent la chirurgie majeure, notamment oncologique, le polytraumatisme et les troubles de la cicatrisation. - Weimann et al., 2021

  • La nutrition entérale artisanale comporte des risques de contamination bactérienne, de variabilité des préparations et d’obstruction.

📌 La nutrition entérale artisanale nécessite une sonde de grand diamètre, d’au moins 12–14 CH, ou une GPE.

  • L’encadrement de l’hygiène, l’équilibrage des recettes ou la proposition d’une alimentation mixte constituent des mesures d’accompagnement de la nutrition entérale artisanale. - Epp et al., 2023

5. Pneumopathies d’inhalation

Notions clés & Définitions

  • Pneumopathie d’inhalation : Une infection pulmonaire secondaire à l’aspiration de contenu gastrique ou oropharyngé dans les voies aériennes inférieures.

★ À maîtriser

  • Les facteurs de risque majeurs d’inhalation comprennent (SFNEP / ESPEN) :
    • les troubles de la conscience
    • une maladie neurologique ou neuromusculaire
    • l’abolition du réflexe de toux
    • un antécédent d’inhalation
    • les vomissements
    • un reflux gastro-œsophagien sévère
    • la gastroparésie
    • le décubitus dorsal strict à 0°

📌 Pour prévenir l’inhalation, maintenir le patient en position semi-assise à 30°–45° pendant l’instillation et au moins une heure après son arrêt. - Singer et al., 2023

Compléments

  • L’incidence des pneumopathies d’inhalation varie de 10 % à 70 % selon le terrain, et leur gravité peut être vitale.

📌 Pour prévenir l’inhalation, privilégier un débit lent et continu administré par nutripompe. - Singer et al., 2023

📌 En cas de reflux gastro-œsophagien ou de stase gastrique réfractaire, une conversion vers un site jéjunal post-pylorique par sonde nasojéjunale ou jéjunostomie peut être envisagée, selon une recommandation ESPEN de grade GPP avec un consensus de 95 %. - Singer et al., 2023

Astuce mémo

RGO ou stase gastrique réfractaire → envisager une voie jéjunale

6. Complications digestives de la nutrition entérale

Notions clés & Définitions

  • Diarrhée sous nutrition entérale : Au moins trois selles molles ou liquides par jour pendant plus de 48 heures.

★ À maîtriser

  • 🔄 La conduite à tenir devant une diarrhée sous nutrition entérale consiste à (Bischoff et al., 2022) : exclure une infection à Clostridioides difficile et un fécalome pouvant provoquer une fausse diarrhée, réduire le débit sans arrêter la nutrition en première intention, vérifier que le mélange est à température ambiante, envisager une formule enrichie en fibres solubles ou une formule semi-élémentaire si une malabsorption est avérée

Compléments

  • Les causes possibles de diarrhée sous nutrition entérale comprennent : les antibiotiques à large spectre, les laxatifs, le magnésium, un débit d’instillation trop rapide, une solution hyperosmolaire administrée en jéjunal, une hypoalbuminémie sévère

📌 Une formule enrichie en fibres solubles, notamment en gomme de guar hydrolysée, est recommandée pour la diarrhée sous nutrition entérale avec un grade ESPEN A. - Bischoff et al., 2022

📌 Un apport supplémentaire de sodium pour la diarrhée ne peut être envisagé qu’après évaluation clinique et validation médicale, et doit être administré en Y plutôt que dans la poche.

  • Les causes de constipation sous nutrition entérale comprennent :

    • un apport hydrique insuffisant
    • l’absence de fibres
    • l’alitement
    • les morphiniques
  • 🔄 La conduite à tenir en cas de constipation sous nutrition entérale consiste à (Bischoff et al., 2022) : réévaluer le bilan hydrique d’eau libre, envisager une formule avec un mélange de fibres, favoriser la mobilisation

  • En cas de stase gastrique, reflux ou vomissements sous nutrition entérale, le patient doit être redressé à au moins 30°–45°, le repère externe de la sonde nasogastrique vérifié et le débit réduit immédiatement. - Bischoff et al., 2022

📌 En cas de stase gastrique, reflux ou vomissements, privilégier une nutrition continue sur pompe et proscrire les bolus à la seringue ou les débits rapides par gravité. - Bischoff et al., 2022

  • Si le volume total pose problème en cas de stase gastrique, reflux ou vomissements, une formule hyperénergétique de 1,5 à 2,0 kcal/ml permet d’administrer un volume liquide moindre. - Bischoff et al., 2022

📌 En cas de stase gastrique, reflux ou vomissements, la poche doit être administrée à température ambiante, entre 18 et 25 °C. - Bischoff et al., 2022

📌 En cas de reflux gastro-œsophagien sévère associé à une stase gastrique, un prokinétique peut être prescrit avec un antiémétique ou un inhibiteur de la pompe à protons. - Bischoff et al., 2022

7. Désobstruction des sondes entérales

★ À maîtriser

  • Les principales causes d’obstruction d’une sonde sont (HUG, Pharmacie clinique) : un rinçage insuffisant de moins de 30 ml d’eau tiède avant ou après l’administration de médicaments ou l’arrêt, le broyage inadéquat des comprimés, l’administration de formes incompatibles comme les formes effervescentes ou à enrobage plastique, la coagulation des protéines par contact avec des liquides acides

  • 🔄 Le protocole HUG de désobstruction consiste à (HUG, Pharmacie clinique) : vérifier l’absence de coudure ou de torsion externe, injecter 15 à 20 ml d’eau chaude à température buvable avec une seringue ENFit de 20 ml, clamper cinq minutes et exercer des mouvements doux de va-et-vient par pression-réaspiration, en cas de résistance, clamper avec de l’eau chaude pendant 20 minutes puis répéter la manœuvre

Compléments

📌 Ne jamais utiliser une seringue de moins de 10 ml pour la désobstruction, car le risque de surpression peut rompre la sonde. - HUG, Pharmacie clinique, Guide d’administration des médicaments par sonde et protocole de désobstruction

📌 L’utilisation d’un mandrin métallique pour désobstruer une sonde est strictement interdite en raison du risque de perforation de la sonde et des muqueuses. - HUG, Pharmacie clinique, Guide d’administration des médicaments par sonde et protocole de désobstruction

  • Aucun bénéfice de désobstruction n’est prouvé pour le Coca-Cola®, le jus d’orange, le bicarbonate ou le Créon®, qui exposent à des risques de précipitation acide ou de corrosion des sondes en polyuréthane. - HUG, Pharmacie clinique, Guide d’administration des médicaments par sonde et protocole de désobstruction

Astuce mémo

Vérifier la torsion → injecter de l’eau chaude → clamper → mobiliser doucement

8. Mécanismes et manifestations du syndrome de renutrition

Notions clés & Définitions

  • Syndrome de renutrition inappropriée : Un ensemble de perturbations métaboliques et hydro-électrolytiques aiguës survenant lors de la reprise des apports nutritifs chez un patient en dénutrition sévère ou après un jeûne prolongé.

★ À maîtriser

  • Lors de la renutrition, l’insuline stimule la pompe Na+/K+-ATPase et entraîne l’entrée brutale dans les cellules du glucose, du potassium, du magnésium et du phosphate.

  • L’hypophosphorémie sévère épuise l’ATP et peut provoquer une insuffisance cardiaque aiguë, une insuffisance respiratoire par faiblesse diaphragmatique et une rhabdomyolyse.

  • L’hypokaliémie et l’hypomagnésémie peuvent entraîner des troubles du rythme ventriculaire, un arrêt cardiaque et une tétanie.

  • Les manifestations cardiaques du syndrome de renutrition comprennent l’hypotension, les troubles du rythme et la défaillance cardiaque.

Compléments

  • 🔄 La cascade métabolique du syndrome de renutrition inappropriée suit ces étapes : le jeûne prolongé ou la dénutrition entraîne un catabolisme et l’épuisement des réserves intracellulaires de potassium, la réintroduction du glucose provoque un pic de sécrétion d’insuline, un déplacement intracellulaire massif des nutriments survient

  • La consommation de thiamine (vitamine B1) pendant la renutrition peut entraîner une encéphalopathie de Wernicke et une acidose lactique.

  • La rétention hydro-sodée liée au syndrome de renutrition peut provoquer un œdème aigu du poumon et une défaillance multiviscérale.

  • Les manifestations neurologiques du syndrome de renutrition comprennent la confusion, les convulsions et le coma.

  • Les manifestations digestives du syndrome de renutrition comprennent les nausées, la diarrhée et la constipation.

  • Les manifestations neuromusculaires comprennent la faiblesse musculaire, les crampes et la rhabdomyolyse.

  • Les manifestations respiratoires comprennent la faiblesse diaphragmatique, l’insuffisance respiratoire et l’œdème pulmonaire.

  • Les autres manifestations comprennent :

    • une anémie hémolytique
    • une thrombocytopénie
    • une hypophosphatémie
    • une hypokaliémie
    • une hypomagnésémie
    • une dysfonction hépatique
    • une insuffisance rénale
    • une rétention hydrique

Astuce mémo

Insuline → entrée intracellulaire d’électrolytes → effondrement plasmatique et défaillances.

9. Évaluation du risque et conduite de la renutrition

★ À maîtriser

📌 Selon les critères NICE, le risque de syndrome de renutrition est élevé si au moins un critère majeur est présent ou si au moins deux critères mineurs sont présents. - CG32, 2006, maj. 2017

  • Les critères majeurs NICE sont : un IMC < 16 kg/m², une perte de poids involontaire > 15 % en 3 à 6 mois, des apports nuls ou très limités depuis > 10 jours, une hypokaliémie, une hypophosphorémie ou une hypomagnésémie initiale avant la renutrition

  • Les critères mineurs NICE sont : un IMC entre 16 et 18,5 kg/m², une perte de poids involontaire > 10 % en 3 à 6 mois, des apports nuls ou très limités depuis > 5 jours, un antécédent d’éthylisme chronique ou de traitements dépléteurs, notamment les diurétiques ou la chimiothérapie

📌 La thiamine (vitamine B1) doit être administrée à 300 mg/jour par voie IV ou PO pendant 3 à 5 jours, en commençant avant la première goutte de nutrition.

  • 🔄 Pendant la phase d’initiation J1–3 :

    1. Débuter à 10 à 15 kcal/kg de poids actuel par jour.
    2. Ne pas dépasser 500 à 700 kcal/24 h chez le dénutri extrême.
    3. Limiter l’apport de glucose à < 1,5 g/kg/jour.
    4. Administrer en débit continu lent sur 24 heures.
  • 🔄 Pendant la phase progressive J4–10 :

    1. Augmenter par paliers de 250 kcal tous les 2 jours si la biologie est stable.
    2. Atteindre entre J7 et J10 la cible de 25 à 30 kcal/kg/jour.
    3. Atteindre entre J7 et J10 la cible de 1,2 à 1,5 g de protéines/kg/jour.

📌 Le phosphate, le potassium et le magnésium doivent être dosés quotidiennement pendant les 3 à 5 premiers jours de renutrition.

📌 Si le phosphate chute sous 0,6 mmol/L ou si le potassium chute, il faut recharger immédiatement les électrolytes par voie IV ou orale et arrêter la progression du débit de nutrition entérale, ou le réduire de 50 %, jusqu’à normalisation biologique.

Compléments

  • Le bilan biologique pré-renutrition comprend :

    • le potassium
    • le magnésium
    • le phosphate
    • le calcium
    • la créatinine
    • la glycémie
  • La surveillance de la renutrition comprend le suivi biologique, la recherche d’œdèmes et la surveillance d’une prise pondérale rapide.

Astuce mémo

Un critère majeur suffit ; pour les critères mineurs, il en faut deux.

10. Adaptation de la nutrition entérale

★ À maîtriser

📌 La progression de la nutrition entérale doit être adaptée à la pathologie, à l’état nutritionnel et à la tolérance du patient, en tenant compte du fait qu’une progression plus lente augmente le déficit énergétique et le risque de dénutrition.

Compléments

  • Chez les patients de soins intensifs ou de neurologie, la progression est souvent très lente et étroitement surveillée en raison du risque accru de broncho-aspiration.

  • Après une chirurgie digestive, la progression dépend de la tolérance, notamment des diarrhées, des nausées et des douleurs abdominales.

  • En ORL, la progression est généralement rapide, sauf chez les patients dénutris exposés au syndrome de renutrition.

📌 Avant la pose d’une sonde nasogastrique, il faut expliquer au patient le but de la nutrition entérale, la technique de pose et les désagréments possibles afin de favoriser son acceptation.

  • Les interruptions hospitalières peuvent être dues à : une mise à jeun, une reprise au bloc, une sonde bouchée, des examens, des séances de physiothérapie ou de radiothérapie, des soins, des visites, des promenades

  • Les objectifs à définir sont : une nutrition entérale de complément associée à l’alimentation orale ou à une nutrition parentérale, une nutrition entérale totale temporaire ou définitive, un poids cible à atteindre, une poursuite de la nutrition entérale à domicile avec apprentissage préalable

11. Besoins hydriques et micronutriments

★ À maîtriser

  • Les mélanges normocaloriques de 1 à 1,2 kcal/ml contiennent 80 à 86 % d’eau libre, les mélanges hypercaloriques de 1,5 à 2 kcal/ml en contiennent 69 à 78 %, et les mélanges hypocaloriques de moins de 1 kcal/ml peuvent en contenir environ 91 %.

📐 Formule - Les besoins hydriques totaux sont estimés à 30 aˋ 35 ml/kg/jour30\text{ à }35\ \mathrm{ml/kg/jour}, à adapter selon la situation clinique. - Bischoff et al., 2022

📐 Formule - L’eau apportée par la poche se calcule par volume de poche (ml)×pourcentage d’eau du produit\text{volume de poche (ml)}\times\text{pourcentage d’eau du produit}.

  • L’eau libre complémentaire à prescrire se calcule par besoins hydriques totaux−(eau de la poche+eau de rinc¸age des meˊdicaments)\text{besoins hydriques totaux}-(\text{eau de la poche}+\text{eau de rinçage des médicaments}).

Compléments

📌 Un rinçage systématique de 30 ml est recommandé avant et après chaque administration de médicament et après chaque changement de poche, ce qui représente environ 150 à 300 ml d’eau par 24 heures. - Bischoff et al., 2022

📌 La teneur en eau de la formule doit être calculée à partir de la fiche technique du produit prescrit, et les volumes de rinçage dépendent du dispositif, des médicaments et du protocole.

  • L’eau complémentaire peut être :

    • de l’eau du robinet
    • de l’eau minérale non gazeuse
    • de l’eau de source
  • Les micronutriments comprennent :

    • les vitamines A, D, E et K
    • les vitamines B et C
    • le fer
    • le zinc
    • le cuivre
    • le sélénium
    • l’iode
    • le manganèse

📌 Les apports de référence en micronutriments dépendent de la formule administrée et du volume quotidien reçu, et une adaptation peut être nécessaire en cas de pertes importantes, de carences ou de situations cliniques particulières.

📌 La couverture des besoins en micronutriments doit être vérifiée, et toute supplémentation supplémentaire doit être individualisée selon l’évaluation clinique et les recommandations applicables.

12. Rythmes et débits de nutrition entérale

★ À maîtriser

📌 La nutrition entérale continue sur 20 à 24 heures est indiquée en début de renutrition ou chez un patient instable ou fragile, favorise la tolérance digestive et utilise un débit indicatif de 20 à 100 ml/h.

📌 La nutrition entérale cyclique nocturne sur 12 heures libère la journée, favorise l’activité physique et l’appétit diurne, facilite le retour à domicile et peut compléter l’alimentation ; son débit indicatif est de 50 à 120 ml/h.

  • En site gastrique, le débit maximal recommandé est de 150 à 180 ml/h, tandis qu’en site jéjunal il est plus faible et très régulier, avec un maximum de 100 à 120 ml/h.

Compléments

📐 Formule - Pour une nutrition entérale continue sur 24 heures, le débit en ml/h se calcule par volume total prescrit (ml)/24 heures\text{volume total prescrit (ml)}/24\text{ heures} ; par exemple, 1 500 ml sur 24 heures correspondent à 62,5 ml/h, réglés à 63 ml/h sur pompe.

  • Pour une nutrition entérale cyclique, le débit en ml/h se calcule par volume total prescrit (ml)/dureˊe du cycle (h)\text{volume total prescrit (ml)}/\text{durée du cycle (h)} ; par exemple, 1 500 ml sur 12 heures correspondent à 125 ml/h, de 20 h à 08 h.

📌 La nutrition intermittente diurne en 2 à 4 prises reproduit le rythme des repas et peut être totale ou complémentaire, avec une administration par pompe ou gravité de 20 à 180 minutes par prise.

📌 Le bolus diurne convient au patient à domicile, actif et autonome, peut offrir une bonne tolérance digestive, se donne en 3 à 6 prises de 10 à 15 minutes par seringue ou par gravité et doit être évité en cas de risque important d’inhalation.

  • La tolérance dépend notamment de :
    • du volume
    • de la densité énergétique
    • du patient
    • de la situation clinique

Astuce mémo

Gastrique : débit plus élevé ; jéjunal : débit plus faible et régulier.

13. Insulinothérapie sous nutrition entérale

★ À maîtriser

  • Sous nutrition entérale cyclique nocturne, une insuline d’action intermédiaire de 12 à 18 heures ou une insuline mixte (rapide et intermédiaire) peut être administrée au début de la poche pour couvrir la poussée glycémique nocturne.

📌 Les consignes SFNEP / HUG recommandent de faire coïncider exactement la durée d’action de l’insuline avec la durée de passage de la poche de nutrition entérale.

Compléments

📌 L’insuline d’action intermédiaire peut prolonger son effet le matin après l’arrêt de la pompe et entraîner une hypoglycémie si le patient ne prend pas de petit-déjeuner.

  • Le choix de l’insuline dépend notamment des facteurs suivants :
    • le traitement habituel
    • le contexte hospitalier
    • le risque d’hypoglycémie
    • la fonction rénale
    • la conduite prévue en cas d’arrêt de la pompe

14. Marqueurs biologiques et suivi nutritionnel

Notions clés & Définitions

  • Préalbumine : Marqueur de renutrition à court terme, avec une demi-vie de 2 jours.
  • Albumine : Marqueur de dénutrition à long terme et de sévérité, avec une demi-vie de 20 jours.

★ À maîtriser

  • Le suivi biologique comprend :
    • l’ionogramme sanguin (Na+, K+)
    • le phosphore
    • le magnésium
    • la glycémie
    • l’urée
    • la créatinine

📌 L’albumine et la préalbumine sont influencées par l’inflammation et doivent être interprétées dans le contexte clinique, notamment avec la CRP, sans être utilisées seules pour diagnostiquer la dénutrition.

Compléments

  • Le dosage de la préalbumine est recommandé 1 à 2 fois par semaine, sans que cette fréquence soit universelle.

  • Le dosage de l’albumine est recommandé toutes les 2 à 3 semaines, sans que cette fréquence soit universelle.

  • L’osmolarité peut être suivie pour évaluer l’hydratation.

  • Le poids est mesuré 2 fois par semaine dans des conditions comparables, en tenant compte de l’état d’hydratation.

  • La composition corporelle est mesurée initialement, puis mensuellement si la mesure est disponible et pertinente, en conservant la même méthode. - Bischoff et al., 2022

Astuce mémo

Préalbumine : court terme ; albumine : long terme.

15. Règles cliniques de sécurité

Points essentiels

  • Pour prévenir l’inhalation, il faut vérifier la fonctionnalité digestive et le risque d’inhalation, puis surélever la tête du lit à 30–45° pendant l’administration et selon le protocole après celle-ci.

  • La position de la sonde doit être vérifiée selon le dispositif et le protocole ; pour une sonde nasogastrique, le repère externe doit être contrôlé et la position confirmée par une méthode validée avant utilisation.

  • Pour prévenir les vomissements et la stase, le débit et le volume doivent être adaptés à la tolérance ; en cas d’intolérance, il faut réévaluer la prescription et rechercher la cause avant d’augmenter les apports.

  • En cas de diarrhée, la nutrition entérale ne doit pas être systématiquement arrêtée ; il faut rechercher les causes possibles, notamment les médicaments, l’infection, le débit ou la formule, et adapter la prise en charge.

  • Pour assurer l’hydratation, il faut calculer les besoins hydriques totaux, tenir compte de l’eau de la formule et des autres apports, puis rincer la sonde avec un volume adapté au dispositif et au protocole.

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1. Chez une personne dont le tube digestif est fonctionnel, les ingesta représentent 55 % des besoins depuis huit jours. Quel repère soutient l’indication d’une nutrition entérale ?

2. Laquelle de ces situations fait partie des contre-indications à la nutrition entérale ?

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Selon la SFNCM, quand la nutrition entérale est-elle indiquée ?

Lorsque le tube digestif fonctionne et que les ingesta restent sous 60 % pendant plus de 7 à 10 jours.

Quelles situations contre-indiquent la nutrition entérale ?

L’occlusion aiguë, l’ischémie, le choc et la fistule à haut débit.

Quelle référence précise les délais d’accès naso-digestif ou par stomie ?

NICE, CG32, 2006, maj. 2017.

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