Fiche de révision : Troubles anxieux

Plan du Cours

  1. Peur anxiété et pathologie
  2. Évolution des classifications DSM
  3. Les sept troubles anxieux
  4. Composantes cliniques et évitement
  5. Fréquence trajectoires et comorbidités
  6. Vulnérabilités et mécanismes
  7. Diagnostic différentiel
  8. Traitements chez l’adulte
  9. Prise en charge de l’enfant
  10. Approche transdiagnostique
  11. PNR métacognition et incertitude
  12. Mutisme sélectif
  13. Transdiagnostique et TCC unifiées

1. Peur anxiété et pathologie

★ À maîtriser

  • La peur est une réponse émotionnelle à une menace imminente, réelle ou perçue, tandis que l’anxiété anticipe une menace future, potentielle, incertaine ou abstraite.

  • La peur ou l’anxiété devient pathologique lorsqu’un faisceau associant durée, intensité, souffrance, évitement, retentissement familial ou social et décalage développemental est présent.

  • Le DSM-5 retient notamment une peur ou une anxiété qui persiste au-delà de la période développementale, typiquement au moins 6 mois, ainsi qu’une surestimation du danger adaptée au contexte culturel.

Compléments

  • Les peurs typiques évoluent ainsi avec l’âge : (Denis 2024):
    • Bruits forts et lumières vives avant 6 mois
    • Étrangers et séparation de 6 à 18 mois
    • Noir, animaux et monstres vers 3 à 4 ans
    • Cambrioleurs et jugement des pairs vers 9 à 11 ans
    • Échec, mort et rejet après 13 ans

Astuce mémo

Peur = menace maintenant ; anxiété = menace à venir

2. Évolution des classifications DSM

★ À maîtriser

  • Entre le DSM-IV et le DSM-5 en 2013, le TOC, le trouble de stress aigu et le TSPT sortent du chapitre des troubles anxieux, tandis que l’anxiété de séparation et le mutisme sélectif y entrent. — Park & Kim 2020, 2020

📌 Dans le DSM-5, le trouble panique et l’agoraphobie sont deux diagnostics indépendants qui peuvent coexister.

Compléments

📌 Le terme « anxiété sociale » remplace « phobie sociale » et englobe les situations où la personne peut être évaluée négativement, et pas seulement celles jugées humiliantes.

Astuce mémo

DSM-IV : catégories regroupées ; DSM-5 : panique et agoraphobie séparées

3. Les sept troubles anxieux

★ À maîtriser

  • Les sept troubles anxieux sont:
    • Anxiété de séparation
    • Mutisme sélectif
    • Phobie spécifique
    • Anxiété sociale
    • Trouble panique
    • Agoraphobie
    • Anxiété généralisée

📌 Les troubles anxieux partagent une peur ou une anxiété excessive et des perturbations comportementales, mais se distinguent principalement par l’objet ou la situation redoutée et par le contenu des pensées.

Compléments

  • La durée minimale est généralement de 6 mois pour la phobie spécifique, l’anxiété sociale, l’agoraphobie et l’anxiété généralisée, tandis qu’elle est de 1 mois pour le mutisme sélectif et le trouble panique, et de 4 semaines chez l’enfant pour l’anxiété de séparation.

4. Composantes cliniques et évitement

Points essentiels

  • L’anxiété pathologique se manifeste à quatre niveaux : (Denis 2024):

    • Organisme
    • Cognition
    • Émotions
    • Comportement
  • L’évitement soulage l’anxiété à court terme, mais empêche la confrontation à la situation redoutée et contribue ainsi à installer ou maintenir le trouble.

📌 Une attaque de panique peut survenir dans plusieurs troubles et ne suffit pas à diagnostiquer un trouble panique, qui implique surtout des attaques récurrentes et la crainte d’en refaire une.

Astuce mémo

O-C-É-C : organisme, cognition, émotions, comportement

5. Fréquence trajectoires et comorbidités

★ À maîtriser

  • Les troubles anxieux constituent le groupe de troubles mentaux le plus fréquent, avec environ 301 millions de personnes concernées dans le monde en 2019. — Yang 2021, 2021

  • Les troubles anxieux débutent souvent dans l’enfance ou l’adolescence, les nouveaux cas culminant entre 10 et 14 ans, et leur évolution est fréquemment chronique et récurrente. — Rapee 2023, 2023

  • Chez les adultes présentant un seul trouble anxieux, la rémission à deux ans est d’environ 70 % pour le trouble panique sans agoraphobie et l’anxiété généralisée, de 50 à 55 % pour l’anxiété sociale et le trouble panique avec agoraphobie, et de 43 % en cas de troubles anxieux multiples. — Hendriks 2013, 2013

📌 La comorbidité anxieuse ou dépressive est fréquente et s’associe à des symptômes plus sévères, à un retentissement plus important et à une évolution moins favorable.

Compléments

  • En France, la prévalence des troubles anxieux est estimée à 9,8 % sur 12 mois et à 22,4 % sur la vie entière. — Lépine 2005, ESEMeD, 2005

Astuce mémo

Comorbidité accrue → symptômes plus sévères → pronostic moins favorable

6. Vulnérabilités et mécanismes

★ À maîtriser

📌 Le modèle de vulnérabilité associe des facteurs distaux, comme la génétique, le tempérament et l’environnement familial ou social, à des mécanismes psychologiques proximaux qui déclenchent et entretiennent le trouble. — Rapee 2023, 2023

  • Les enfants présentant une inhibition comportementale ont environ trois fois plus de risque de développer un trouble anxieux, notamment une anxiété sociale. — Kagan

  • Les principaux mécanismes proximaux sont : (Rapee 2023, 2023):

    • Réactivité accrue à la menace
    • Généralisation excessive du danger
    • Défaut d’extinction
    • Évitement

Compléments

  • L’héritabilité est estimée à environ 35 % pour l’anxiété généralisée et à environ 50 % pour l’anxiété sociale, le trouble panique et l’agoraphobie. — Meier & Deckert 2019, 2019

  • La parentalité explique environ 4 % de la variance de l’anxiété de l’enfant, ce qui limite l’idée qu’elle serait la cause principale des troubles anxieux. — McLeod 2007, 2007

Astuce mémo

Vulnérabilités distales → mécanismes proximaux → trouble anxieux

7. Diagnostic différentiel

★ À maîtriser

  • Le diagnostic différentiel repose sur trois questions : existe-t-il une cause médicale ou liée à une substance, les attaques de panique sont-elles inattendues ou déclenchées, et de quoi la personne a-t-elle peur ? — First et al. 2016, 2016

  • Il n’existe pas de marqueur biologique, génétique ou d’imagerie permettant à lui seul de poser le diagnostic d’un trouble anxieux, qui repose sur l’histoire clinique et l’examen de l’état mental.

Compléments

  • L’échelle HAD comporte 14 items, dont les scores d’anxiété et de dépression vont chacun de 0 à 21, et un score supérieur à 10 suggère une forte probabilité d’état anxieux. — Zigmond & Snaith 1983, 1983

Astuce mémo

Cause médicale ou substance → panique déclenchée → objet de la peur

8. Traitements chez l’adulte

★ À maîtriser

📌 Chez l’adulte, les traitements de première intention sont la TCC fondée sur l’exposition et les antidépresseurs sérotoninergiques, notamment les ISRS et les IRSNa, avec une décision partagée selon le trouble et sa sévérité. — Bandelow 2015, 2015

  • La TCC expose progressivement la personne aux situations redoutées afin de rompre l’évitement et de permettre un nouvel apprentissage, puis utilise notamment la restructuration cognitive pour modifier les pensées anxiogènes.

📌 Les benzodiazépines ne sont plus recommandées en monothérapie de première intention en raison de leur action surtout aiguë, du risque de dépendance, des interactions avec l’alcool et du mésusage ; en France, leur emploi est limité à 12 semaines maximum en cas de retentissement important.

Compléments

  • Après une réponse aux ISRS ou aux IRSNa, le traitement est généralement poursuivi au moins 12 mois puis arrêté progressivement.

Astuce mémo

TCC avec exposition et antidépresseurs : deux premières intentions ; benzodiazépines : action aiguë

9. Prise en charge de l’enfant

★ À maîtriser

📌 Chez l’enfant et l’adolescent, la TCC est proposée seule pour les formes légères à modérées, associée à un ISRS si l’amélioration est insuffisante, et combinée d’emblée à un ISRS dans les formes sévères.

  • Après une TCC, 49 % des jeunes ne présentent plus leur trouble principal, contre 18 % sur liste d’attente. — James 2020, 2020

Compléments

  • En France, aucun antidépresseur ne possède d’AMM pour les troubles anxieux de l’enfant en dehors du TOC, ce qui implique des prescriptions hors AMM.

Astuce mémo

Forme légère à modérée : TCC ; forme sévère : TCC + ISRS

10. Approche transdiagnostique

Notions clés & Définitions

  • Approche transdiagnostique : Philippot 2016, 2016 — Étude des processus psychologiques communs à plusieurs troubles plutôt que des seules catégories diagnostiques.

Points essentiels

📌 Un processus n’est véritablement transdiagnostique que s’il présente des caractéristiques de fonctionnement semblables dans plusieurs troubles, même si son contenu varie selon le trouble. — Ehring & Watkins 2008, 2008

  • Les catégories diagnostiques restent utiles pour communiquer entre professionnels, conduire des études épidémiologiques et organiser l’accès aux soins, tandis que les processus aident à comprendre un patient et à choisir une cible thérapeutique.

Astuce mémo

Catégories pour communiquer ; processus pour cibler le mécanisme

11. PNR métacognition et incertitude

Notions clés & Définitions

  • Pensées négatives répétitives : Ehring & Watkins 2008, 2008 — Pensées répétées, difficiles à contrôler et de contenu négatif, souvent verbales et abstraites.
  • Intolérance à l’incertitude : Freeston 1994, 1994 — Construit regroupant les réactions cognitives, émotionnelles et comportementales à l’incertitude des situations quotidiennes, jugée inacceptable même lorsque la probabilité d’un événement négatif est faible.

★ À maîtriser

📌 La rumination est principalement orientée vers le passé et associée à la dépression, tandis que l’inquiétude est orientée vers l’avenir et associée surtout à l’anxiété généralisée ; elles relèvent toutefois du même processus de pensées négatives répétitives.

  • Dans le modèle de Wells, une pensée négative active d’abord une inquiétude de type I soutenue par la croyance que s’inquiéter prépare à agir, puis une inquiétude de type II lorsque la personne juge l’inquiétude incontrôlable ou dangereuse.

  • Parmi les cinq leviers proposés pour agir sur l’intolérance à l’incertitude, l’augmentation de la tolérance à l’incertitude est considérée comme la plus prometteuse. — Carleton 2012, 2012

Compléments

  • Une méta-analyse de 58 articles ne trouve pas d’argument en faveur d’une spécificité de l’intolérance à l’incertitude pour l’anxiété généralisée, car elle est également impliquée dans le TOC, l’anxiété sociale, le trouble panique, l’anxiété liée à la santé et la dépression.

  • Une méta-analyse de 28 essais contrôlés randomisés montre que l’intolérance à l’incertitude se modifie en thérapie avec un effet large de g = 0,89.

Astuce mémo

Pensée négative → inquiétude → méta-inquiétude → anxiété

12. Mutisme sélectif

★ À maîtriser

  • Le mutisme sélectif est classé parmi les troubles anxieux dans le DSM-5 en 2013, après être passé d’une lecture en termes de volonté ou de choix à une lecture en termes d’échec contextuel à parler.

  • Une méta-analyse rapporte qu’environ 80 % des enfants présentant un mutisme sélectif ont au moins un autre trouble anxieux, le plus souvent une anxiété sociale. — Driessen 2020, 2020

📌 Le mutisme sélectif ne se réduit pas à une anxiété sociale plus sévère, car les groupes peuvent différer par l’anxiété verbale observée et certains enfants n’ont pas de trouble anxieux comorbide.

Compléments

  • Le mutisme sélectif débute généralement entre 2 et 4 ans, avec une prévalence estimée entre 0,03 % et 2 %. — Rodrigues Pereira 2023, 2023

Astuce mémo

Volonté supposée → choix attribué → échec à parler → trouble anxieux

13. Transdiagnostique et TCC unifiées

★ À maîtriser

  • Une méta-analyse de 53 études portant sur 6 705 participants montre que les TCC transdiagnostiques ont des effets similaires à ceux des TCC classiques ou spécifiques et supérieurs à l’absence de traitement.

📌 Une approche transdiagnostique ne doit pas effacer les particularités d’une situation : dans le mutisme sélectif, le travail sur les processus individuels doit être complété par une intervention sur l’environnement scolaire. — White & Bond 2022, 2022

Compléments

  • Les cinq modules centraux sont:
    • Conscience émotionnelle centrée sur le présent
    • Flexibilité cognitive
    • Prévention de l’évitement émotionnel
    • Tolérance aux sensations physiques
    • Exposition

Tableaux de synthèse

Les sept troubles anxieux

TroubleCe qui est redoutéDurée minimaleÂge de début typique
Anxiété de séparationSéparation des figures d’attachement ou de la maison4 semaines chez l’enfant ; généralement 6 mois chez l’adulteEnfance
Mutisme sélectifParler dans certaines situations sociales alors que l’enfant parle ailleurs1 moisAvant 5 ans
Phobie spécifiqueObjet ou situation circonscrits6 moisÂge médian 7 ans
Anxiété socialeÊtre observé ou évalué négativement6 moisÂge médian 13 ans
Trouble paniqueAvoir de nouvelles attaques de panique1 mois de préoccupation ou changement comportementalÂge médian 20-24 ans
AgoraphobieNe pas pouvoir s’échapper ou être secouru dans au moins deux situations6 moisEnviron 17 ans en moyenne

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1. Quelle distinction décrit correctement la peur et l’anxiété ?

2. Dans quelle situation une peur est-elle la plus susceptible d’être considérée comme pathologique ?

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Quelle différence principale existe entre peur et anxiété ?

La peur répond à une menace imminente, l'anxiété anticipe une menace future incertaine.

Quand la peur ou l’anxiété devient-elle pathologique ?

Quand durée, intensité, souffrance, évitement, retentissement social et décalage développemental sont présents.

Quelle durée minimale retient le DSM-5 pour une peur ou anxiété pathologique ?

Au moins 6 mois.

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