Fiche de révision : Développement moteur et socio-affectif

Plan du Cours

  1. Variabilité développementale et mesure des trajectoires
  2. Multifactorialité et modèle transactionnel
  3. Transitions développementales de zéro à six ans
  4. Expériences précoces et grandes théories
  5. Wallon et le développement psychomoteur
  6. Émergence du mouvement et repères moteurs
  7. Motricité, cultures et générations
  8. Domaines développementaux et rétroactions psychomotrices
  9. Écarts développementaux et liens motricité-cognition
  10. Régulation émotionnelle, tempérament et ajustement
  11. Attachement, accordage et sensibilité relationnelle
  12. Comprendre autrui et moralité
  13. Effets des interventions parentales
  14. Construction cognitive selon Piaget
  15. Apprentissage social et compétences cognitives
  16. Attention, mémoire et évaluation des fonctions exécutives
  17. Plasticité et périodes sensibles
  18. Plans d’étude et inférence causale
  19. Tailles d’effet et évaluation multifactorielle

1. Variabilité développementale et mesure des trajectoires

Notions clés & Définitions

  • Développement normal : Une distribution de trajectoires compatibles avec l’adaptation et la participation, et non une trajectoire unique idéale.
  • Âge corrigé : HAS, recommandation de bonne pratique, 2020 - L’âge chronologique moins l’avance de la naissance sur le terme, utilisé jusqu’à 2 ans chez l’enfant né prématuré.
  • Trajectoire : La forme de l’évolution d’une fonction au fil de mesures répétées.
  • Âge chronologique : Le temps écoulé depuis la naissance.
  • Âge développemental : L’âge auquel une performance est typiquement observée dans une population de référence, pour une fonction et un test donnés.
  • Niveau de fonctionnement : Ce que l’enfant réalise ici et maintenant, dans un contexte donné, avec ou sans aide.

★ À maîtriser

📌 Le développement n’est ni une succession universelle d’étapes rigides, ni un calendrier à cocher, ni une trajectoire idéale unique, ni le produit d’une cause unique ; il est multidimensionnel, parfois non linéaire et issu de transactions répétées entre l’enfant et ses environnements.

  • Les indices plus informatifs qu’un écart isolé sont :

    • la répétition des signes
    • l’atteinte de plusieurs domaines
    • le retentissement fonctionnel
    • la régression
  • Les caractéristiques d’une trajectoire sont :

    • le niveau initial
    • la pente
    • les accélérations
    • les paliers
    • les ruptures

Compléments

  • Le cours porte sur le développement de la naissance à 16 ans, réparti entre première enfance (0–2 ans), âge préscolaire (2–6 ans), âge scolaire (6–12 ans) et adolescence (12–16 ans).

  • Les repères d’âge sont des fenêtres probabilistes plutôt que des dates fixes.

  • Des mesures répétées sont nécessaires pour décrire une trajectoire, car une mesure unique ne révèle ni le point de départ ni la dynamique d’évolution. - Masten & Cicchetti, 2010

Astuce mémo

Une fenêtre probabiliste, pas un calendrier rigide

2. Multifactorialité et modèle transactionnel

Notions clés & Définitions

  • Multifinalité : Cicchetti & Rogosch, 1996 - Le fait que des conditions initiales proches peuvent conduire à des issues différentes.
  • Équifinalité : Cicchetti & Rogosch, 1996 - Le fait que des parcours distincts peuvent aboutir à un résultat comparable.
  • Transaction : Sameroff, 2009 - Le fait que l’enfant modifie aussi l’environnement qui agit sur lui.
  • Cascade développementale : La propagation progressive d’une modification dans un domaine vers d’autres domaines.

★ À maîtriser

  • Un comportement dépend de facteurs multiples en interaction, dont l’effet varie selon les autres facteurs, l’âge, la durée et la séquence ; leurs effets ne s’additionnent pas simplement. - Belsky & Pluess, 2009

Compléments

  • Une évaluation complète est :

    • multidomaine
    • multiméthode
    • multi-informateurs
    • longitudinale
    • contextualisée
  • Dans l’exemple transactionnel présenté, le sommeil fragmenté et la forte réactivité du nourrisson s’accompagnent de fatigue parentale, puis de pleurs accrus et de réponses moins contingentes, avant un retrait ou un soutien susceptible de réorienter la chaîne. - Sameroff, 2009

📌 Dans une chaîne transactionnelle, intervenir sur un maillon peut infléchir toute la chaîne, et aucun maillon ne doit être considéré comme l’unique cause.

Astuce mémo

Une modification chez l’enfant ou dans son milieu peut infléchir toute la chaîne

3. Transitions développementales de zéro à six ans

★ À maîtriser

  • Les repères moteurs de la marche autonome s’étendent d’environ 8 à 18 mois chez des enfants en bonne santé de plusieurs pays. - WHO Multicentre Growth Reference Study Group, 2006

  • Les repères des listes des CDC sont observés par au moins 75 % des enfants à l’âge indiqué et ne signifient pas que tous les enfants suivent la même séquence. - Zubler et al., 2022

Compléments

  • De la naissance à 6 ans, les transitions générales comprennent les préférences du nouveau-né pour la voix et la langue entendues avant la naissance, les échanges en face à face vers 2 mois, puis le déplacement, l’attachement sélectif et le babillage entre 6 et 12 mois.

  • Entre 12 et 18 mois apparaissent notamment la marche, les premiers mots, le pointage pour montrer et l’usage des objets ; entre 18 et 30 mois, la reconnaissance de soi, les associations de mots, le faire-semblant et la référence sociale sont des transitions repérées.

  • Entre 3 et 4 ans, les enfants développent la conversation, les questions et le jeu avec d’autres enfants ; entre 4 et 6 ans, le récit, les règles de jeu et la compréhension des fausses croyances, vers 4–5 ans, sont des transitions repérées.

  • Entre 8 et 30 mois, le vocabulaire varie considérablement d’un enfant à l’autre et le sexe n’explique que 1 à 2 % de ces différences dans un échantillon de 1 803 enfants. - Fenson et al., 1994

4. Expériences précoces et grandes théories

Points essentiels

  • Dès les premiers jours, le nouveau-né modifie sa succion pour entendre la voix de sa mère, résultat compatible avec une expérience prénatale sans isoler celle-ci des premières heures de vie. - DeCasper & Fifer, 1980

  • Des nouveau-nés suédois et américains âgés de 7 à 75 heures réagissent différemment aux voyelles de leur langue et à celles d’une langue étrangère. - Mampe et al., 2009

  • Les cris de nouveau-nés français présentent plus souvent une mélodie montante, tandis que ceux de nouveau-nés allemands présentent plus souvent une mélodie descendante, dans une comparaison de 30 nourrissons de chaque groupe. - Mampe et al., 2009

  • Dans un essai où des mères étaient tirées au sort pour boire du jus de carotte en fin de grossesse ou pendant l’allaitement, leurs nourrissons manifestaient au sevrage moins de mimiques négatives face à une céréale à la carotte. - Mennella et al., 2001

  • Des pseudo-mots entendus in utero sont associés après la naissance à une réponse cérébrale accrue, corrélée à la quantité d’exposition prénatale. - Partanen et al., 2013

  • Les effets de l’expérience sensorielle prénatale sont des effets de groupe mesurés en laboratoire et ne constituent pas un programme de stimulation prénatale.

  • La théorie de Piaget présente l’enfant comme actif et décrit les stades, l’assimilation et l’accommodation ; les recherches rapportées indiquent des compétences plus précoces et des progrès par vagues qui se chevauchent.

  • Vygotsky et Bruner mettent l’accent sur la zone proximale de développement, l’étayage et le langage comme outil, et des travaux décrivent l’étayage en situation expérimentale ainsi que le rôle de l’interaction contingente dans le langage. - Wood et al., 1976

  • La théorie de l’attachement de Bowlby et Ainsworth décrit la recherche de proximité auprès d’une base de sécurité pour explorer, et ses associations avec le langage et le comportement sont réelles mais modestes. - Dagan et al., 2024

5. Wallon et le développement psychomoteur

★ À maîtriser

  • Dans le modèle de Wallon, la période impulsive et émotionnelle de 0 à 1 an associe décharges motrices et émotions exprimées par le tonus et la posture, l’émotion étant le premier moyen de communication avec l’entourage.

📌 Les stades de Wallon se lisent comme des dominantes qui alternent entre affectif et cognitif, et non comme des étapes strictes et universelles.

Compléments

  • Dans le modèle de Wallon, la période sensorimotrice et projective de 1 à 3 ans est marquée par la marche et la parole qui élargissent l’exploration, tandis que l’acte moteur accompagne et projette la pensée.

  • Dans le modèle de Wallon, le personnalisme de 3 à 6 ans comprend l’affirmation de soi par l’opposition, la séduction et l’imitation, ainsi que la distinction entre soi et autrui.

  • Dans le modèle de Wallon, la période catégorielle de 6 à 11 ans correspond à une pensée catégorielle, à une attention plus volontaire et à un intérêt pour la connaissance du monde.

  • Dans le modèle de Wallon, la puberté et l’adolescence, à partir de 11–12 ans, s’accompagnent d’un remaniement du corps et de l’identité et d’un retour au premier plan de l’affectif.

Astuce mémo

Impulsif → sensorimoteur → personnaliste → catégoriel → adolescence

6. Émergence du mouvement et repères moteurs

Notions clés & Définitions

  • Développement enculturé : Adolph & Hoch, 2019 - Développement moteur influencé dans l’âge et la forme des acquisitions par les pratiques de portage, de couchage et de jeu ainsi que par les attentes culturelles.
  • Développement habilitant : Adolph & Hoch, 2019 - Développement moteur qui ouvre, avec chaque acquisition, des possibilités perceptives, cognitives, sociales et émotionnelles.
  • Perception–action : Perception par l’enfant de possibilités d’action offertes par son environnement, comme une marche, une poignée ou un bras tendu.
  • Développement incarné : Adolph & Hoch, 2019 - Développement moteur marqué par les changements de taille, de poids, de proportions, de force et de tonus, qui modifient les possibilités d’action.
  • Développement situé : Adolph & Hoch, 2019 - Développement moteur réalisé dans un environnement physique de surfaces, de pentes, d’objets et d’espaces, auquel l’enfant apprend à ajuster ses actions.

★ À maîtriser

📌 La coordination motrice émerge de l’interaction entre l’organisme, la tâche et l’environnement, plutôt que d’un programme moteur préétabli.

  • Dans les systèmes dynamiques, les coordinations émergent de l’auto-organisation de composantes multiples, puis se stabilisent ou se réorganisent. - Thelen & Smith, 1994

  • Les fenêtres OMS indiquent les âges suivants : assis sans aide, 3,8–9,2 mois ; debout avec aide, 4,8–11,4 mois ; quatre-pattes, 5,2–13,5 mois ; marche avec aide, 5,9–13,7 mois ; debout seul, 6,9–16,9 mois ; marche seule, 8,2–17,6 mois. - WHO Multicentre Growth Reference Study Group, 2006

  • Les fenêtres d’acquisition motrice sont larges et chevauchantes, et tous les enfants ne passent pas par l’étape du quatre-pattes. - WHO Multicentre Growth Reference Study Group, 2006

Compléments

  • Une même compétence motrice varie selon la tâche et le contexte.

7. Motricité, cultures et générations

Points essentiels

  • À 5 mois, 36 % des nourrissons de 6 groupes culturels étaient assis sans aide, avec une forte variabilité dans et entre les groupes.

  • À 12 mois, les nourrissons de 3 sociétés aux pratiques de contention différentes consacraient 17–21 % de leur temps libre à la locomotion spontanée.

  • Dans une étude de 1 306 nourrissons nés de 1992 à 2021, l’âge du ramper a augmenté d’environ 12 jours en 30 ans, avec une hausse jusqu’en 2012 puis une baisse. - DeMasi et al., 2024

  • Le portage, le couchage et la contention, notamment le berceau gahvora au Tadjikistan et le portage dans les bras chez les Aka et à Vanuatu, modifient les opportunités de mouvement.

8. Domaines développementaux et rétroactions psychomotrices

★ À maîtriser

  • Les domaines du développement de 0 à 2 ans comprennent les rythmes veille–sommeil, la régulation sensorielle et tonique, la posture et la locomotion, la coordination regard–geste–action, l’exploration des objets, la préférence sociale et l’imitation, l’attention conjointe, les gestes communicatifs, la compréhension puis la production du langage, la corégulation émotionnelle, l’attachement et les premières formes d’autonomie.

  • La boucle des rétroactions va du corps et de la motricité aux nouvelles opportunités, puis aux expériences sociales et aux transformations psychologiques, tandis que motivation, attention, peur, confiance et sécurité relationnelle modulent l’engagement moteur.

📌 Le moteur constitue un substrat du psychologique, tandis que le psychologique module en retour l’engagement moteur, sans hiérarchie fixe entre les deux niveaux.

Compléments

  • En position assise, le bébé a les mains libres et le regard à hauteur des visages, ce qui facilite l’exploration des objets et leur partage avec l’adulte, qui peut nommer ce que le bébé regarde.

  • Une acquisition posturo-motrice peut modifier : l’accès aux objets et à leurs propriétés, l’accès aux visages et aux gestes d’autrui, l’attention conjointe, l’espace proche et lointain, les occasions de communication, les réussites, les échecs et la prise de risque, les ajustements et les réponses des adultes

  • L’atteinte d’objets entraînée à 3 mois par des moufles collantes a été associée à une orientation accrue vers les visages, avec une nuance signalée par une étude expérimentale préenregistrée. - Libertus & Needham, 2011

  • La station assise autonome est associée à une meilleure complétion de la forme tridimensionnelle des objets. - Soska et al., 2010

  • Le déplacement autonome est associé à la méfiance face au vide, à la référence sociale et au suivi du regard. - Campos et al., 2000

  • La marche est associée à des offres de partage en mouvement et à davantage de réponses maternelles sous forme de consignes d’action. - Karasik et al., 2011, 2014

  • À âge égal, les marcheurs ont un vocabulaire compris et produit plus étendu que les non-marcheurs. - Walle & Campos, 2014

  • Les gestes et la motricité orale accompagnent et prédisent l’émergence du langage. - Iverson, 2010

  • Les états émotionnels et le tonus covarient ; Wallon (1949) a proposé la fonction tonique, prolongée en psychomotricité par la notion de dialogue tonique.

  • La peur du vide ou de la chute peut rigidifier la posture et freiner l’exploration, ce qui réduit la pratique motrice.

  • Les objets et les personnes attrayants peuvent déclencher l’effort moteur, et l’intention précède souvent la compétence.

  • La maladresse peut entraîner l’évitement du jeu physique, réduire la pratique et les échanges avec les pairs, fragiliser la confiance et accroître la maladresse.

Astuce mémo

Une acquisition motrice ouvre de nouvelles expériences, qui transforment les échanges et le développement psychologique.

9. Écarts développementaux et liens motricité-cognition

★ À maîtriser

📌 Un écart ponctuel est fréquent chez l’enfant typique et doit être réévalué avant de conclure, en tenant compte de sa persistance, des autres domaines et d’une éventuelle perte d’acquisition.

  • Chez les 5–18 ans, l’association entre compétence motrice et fonctions exécutives est faible : r = 0,18 [IC 95 % 0,13–0,22], dans 37 études et 251 tailles d’effet. - Bao et al., 2024

📌 Une association entre motricité et cognition ne démontre pas que la motricité cause à elle seule un changement cognitif.

Compléments

  • Parmi les enfants en bonne santé, 4,3 % ne sont pas passés par le quatre-pattes et environ 90 % suivent une séquence commune pour cinq étapes motrices. - WHO Multicentre Growth Reference Study Group, 2006

  • Dans une étude de 45 nourrissons au développement normal à 18 mois, 31 % sont passés au moins une fois sous le 10e percentile. - Darrah et al., 1998

  • Un intervalle de plus de 7 jours entre observations suffit à masquer les fluctuations d’une trajectoire motrice. - Adolph et al., 2008

  • Chez les nourrissons au développement normal, le rang percentile varie fortement d’un mois à l’autre sans profil commun, et les observations espacées peuvent faire paraître les acquisitions en marches d’escalier. - Darrah et al., 1998

  • Entre 4 et 16 ans, les liens entre compétence motrice et cognition vont de faibles à forts surtout pour les habiletés complexes, tandis que de nombreux autres liens ne sont pas démontrés. - van der Fels et al., 2015

  • Le développement moteur précoce est associé à la cognition sociale et au langage chez les enfants au développement typique.

  • Le lien entre motricité et fonctions exécutives est probablement bidirectionnel, car les fonctions exécutives soutiennent aussi l’apprentissage moteur.

📌 Pour l’enfant tout-venant, l’activité physique est recommandée pour la santé globale, sans garantie d’un effet cognitif, et chaque intervention doit être évaluée selon des objectifs explicites. - WHO, 2019, 2020

  • Des enfants ayant une atteinte motrice importante peuvent développer langage, cognition et relations par d’autres voies, phénomène appelé équifinalité. - Cicchetti & Rogosch, 1996

Astuce mémo

Association ≠ causalité : la marche ouvre des occasions, elle ne produit pas le vocabulaire.

10. Régulation émotionnelle, tempérament et ajustement

Notions clés & Définitions

  • Tempérament : Rothbart, 2011 - Différences précoces et relativement stables de réactivité émotionnelle, d’activité, d’attention et de régulation.
  • Qualité d’ajustement : Thomas & Chess, 1977 - Compatibilité entre les besoins de l’enfant, les exigences du milieu, la capacité d’ajustement des adultes, les possibilités d’aménagement et les interprétations culturelles du comportement.

★ À maîtriser

  • Les émotions précoces s’expriment d’abord par le tonus, la posture, les mimiques et les cris, puis se régulent avec l’adulte.

  • La régulation émotionnelle évolue principalement de la régulation par l’adulte entre 0 et 6 mois, à la corégulation entre 6 et 24 mois, aux stratégies émergentes entre 2 et 5 ans, à une autorégulation plus autonome entre 6 et 12 ans, puis à une réorganisation entre 12 et 16 ans.

Compléments

  • La reconnaissance de soi dans le miroir apparaît au cours de la deuxième année et la référence sociale est observée vers 1 an.

  • Les émotions conscientes de soi émergent entre 2 et 3 ans, avec la gêne liée à la reconnaissance de soi, puis la fierté, la honte et la culpabilité.

  • Entre 3 et 6 ans, l’enfant comprend mieux les causes des émotions et le langage devient un outil de régulation.

  • La corégulation diminue avec le développement mais ne disparaît pas, car les adultes restent des ressources de régulation.

  • Des échanges parent–enfant souples et contingents à 3 ans prédisent statistiquement une meilleure autorégulation à 4 ans lorsque leur tonalité est positive ou neutre. - Lobo & Lunkenheimer, 2020

📌 Le tempérament n’est ni un destin ni un diagnostic, et un même tempérament peut être une ressource ou une difficulté selon le milieu.

Astuce mémo

Corégulation par l’adulte → stratégies émergentes → autorégulation plus autonome.

11. Attachement, accordage et sensibilité relationnelle

Notions clés & Définitions

  • Attachement : Bowlby, 1969 - Système comportemental de recherche de proximité et de sécurité, activé par le stress, notamment la peur, la fatigue, la douleur ou la séparation.

★ À maîtriser

  • Le système d’attachement s’équilibre avec l’exploration : l’enfant explore d’autant plus librement qu’il peut revenir vers sa base de sécurité. - Bowlby, 1969

  • Les quatre phases de l’attachement sont : de 0 à 2–3 mois, des signaux sans discrimination nette des personnes ; de 2–3 à 6 mois, des signaux orientés vers des figures familières ; de 6–7 mois à 2 ans, le maintien de la proximité par les signaux et la locomotion ; à partir de la troisième année, un partenariat ajusté aux intentions et aux plans de l’adulte. - Bowlby, 1969

  • L’accordage affectif peut être décrit par la détection et l’interprétation des signaux de l’enfant, une réponse contingente et proportionnée, la modulation de la stimulation, le partage émotionnel, le respect du rythme, la réparation des désajustements et le soutien sans intrusion. - Stern, 1985

📌 La sensibilité désigne la qualité de l’adulte, la contingence le lien temporel entre signal et réponse, et la réciprocité l’influence mutuelle.

Compléments

  • Un enfant peut avoir plusieurs figures d’attachement, avec une relation spécifique à chacune.

  • La Situation étrange est une procédure de laboratoire en 8 épisodes brefs, destinée à des enfants d’environ 1 an, avec deux séparations et deux retrouvailles avec le parent. - Ainsworth et al., 1978

  • La configuration sécure (B) associe exploration en présence du parent, possible protestation au départ, recherche du parent aux retrouvailles, apaisement et reprise du jeu. - Ainsworth et al., 1978

  • La configuration évitante (A) associe exploration avec peu de référence au parent et évitement ou indifférence aux retrouvailles. - Ainsworth et al., 1978

  • La configuration résistante ou ambivalente (C) associe peu d’exploration, une forte détresse à la séparation, une recherche de contact mêlée de résistance et une difficulté à s’apaiser. - Ainsworth et al., 1978

  • La configuration désorganisée (D) se manifeste par des comportements contradictoires ou désorientés en présence du parent et a été décrite en 1990. - Main & Solomon

  • Deux relations d’attachement sécures sont associées à de meilleures compétences langagières qu’une seule relation sécure ou aucune (d = 0,26 ; 7 études, 719 enfants). - Dagan et al., 2024

  • L’insécurité de l’attachement est associée aux problèmes de comportement externalisés (d = 0,31 ; 69 échantillons, N = 5 947). - Fearon et al., 2010

  • La sensibilité du donneur de soins est associée à la sécurité de l’attachement (r = 0,25), aux compétences langagières (r = 0,26), au fonctionnement cognitif (r = 0,23) et faiblement aux difficultés socio-émotionnelles (r = −0,07). - Nivison et al., 2026

  • La synchronie est généralement associée à une adaptation positive chez les jeunes de 5 à 18 ans, mais les résultats dépendent du contexte et les études longitudinales sont peu nombreuses. - Birk et al., 2022

  • À 3 ans, une contingence souple prédit statistiquement une meilleure autorégulation à 4 ans si les échanges sont positifs ou neutres, et une autorégulation moins bonne si leur tonalité est négative, dans 100 dyades. - Lobo & Lunkenheimer, 2020

12. Comprendre autrui et moralité

★ À maîtriser

  • La théorie de l’esprit regroupe des capacités à comprendre les croyances, les désirs, les intentions, les émotions et les perspectives d’autrui.

Compléments

  • Dans le paradigme du visage immobile, une interaction ordinaire est suivie d’un épisode où l’adulte reste présent mais neutre et non réactif, puis d’une réunion où l’échange reprend et où les effets de l’épisode persistent en partie.

  • Le paradigme du visage immobile entraîne généralement moins d’affect positif et de regard et davantage d’affect négatif chez le bébé. - Mesman et al., 2009

  • Le développement de la compréhension d’autrui va du suivi du regard et de l’attention conjointe pendant la première année, aux désirs différents des siens entre 18 et 30 mois, aux fausses croyances vers 4–5 ans, puis aux croyances de second ordre, à l’ironie, aux faux pas et aux intentions complexes à partir de 6 ans.

  • Les capacités sociales implicites précoces font débat en raison de réplications inégales, tandis que le langage, les échanges sur les états mentaux et la fratrie leur sont associés.

📌 Selon Piaget, la morale évolue d’une forme hétéronome fondée sur les règles imposées et les conséquences vers une forme autonome attentive aux règles négociées et aux intentions.

  • Kohlberg distingue trois niveaux de raisonnement moral :

    • préconventionnel, centré sur la punition et l’intérêt
    • conventionnel, centré sur l’approbation et les règles sociales
    • postconventionnel, fondé sur les principes
  • Une étude a observé une aide spontanée chez 22 enfants sur 24 âgés d’environ 18 mois, par exemple ramasser un objet tombé ou ouvrir un placard pour un adulte ayant les mains prises. - Warneken & Tomasello, 2006

  • La préférence de bébés de 6 et 10 mois pour un personnage aidant, observée en 2007, n’a pas été répliquée dans 37 laboratoires : 49 % de choix de l’aidant, soit le hasard, chez 567 bébés. - Lucca et al., 2025

📌 Un résultat spectaculaire obtenu sur un petit échantillon doit être répliqué avant d’être enseigné comme un fait.

13. Effets des interventions parentales

★ À maîtriser

  • Dans la méta-analyse de Jeong et al. (2021), les effets des interventions parentales avant 3 ans sont de 0,24 [0,15–0,32] pour la motricité, 0,19 [0,10–0,28] pour le développement socio-émotionnel, 0,29 [0,18–0,40] pour l’attachement et −0,13 [−0,18 à −0,08] pour les problèmes de comportement.

  • Dans la méta-analyse de Jeong et al. (2021), les effets des interventions parentales avant 3 ans sont de 0,56 [0,33–0,79] pour les connaissances parentales, 0,33 [0,22–0,44] pour les pratiques parentales et 0,39 [0,24–0,53] pour les interactions parent–enfant.

  • Les interventions parentales avant 3 ans ont des effets faibles à modérés sur le développement de l’enfant, plus nets sur les pratiques et les connaissances parentales, avec des effets plus grands dans les PRFI et lorsque l’intervention cible les soins réactifs. - Jeong et al., 2021

Compléments

  • Dans la méta-analyse de 25 ECR sur le vidéo-feedback VIPP-SD, les effets sont de r = 0,18 pour la sensibilité parentale, de r = 0,23 pour la sécurité de l’attachement et de r = 0,07, non significatif, pour les comportements externalisés. - van IJzendoorn et al., 2023

  • Les interventions parentales n’ont pas d’effet significatif sur les symptômes dépressifs parentaux, dont l’effet estimé est −0,07 [−0,16 à 0,02]. - Jeong et al., 2021

14. Construction cognitive selon Piaget

Notions clés & Définitions

  • Assimilation : Piaget & Inhelder, 1966 - Consiste à intégrer un objet ou une situation nouvelle à un schème existant.
  • Accommodation : Piaget & Inhelder, 1966 - Consiste à modifier un schème pour l’ajuster à la réalité lorsque le schème existant ne suffit plus.
  • Schème : Piaget & Inhelder, 1966 - Structure d’action ou de pensée qui se répète et se généralise, comme saisir, sucer ou classer.

★ À maîtriser

  • Selon Piaget et Inhelder (1966), les quatre stades sont le stade sensorimoteur de 0 à 2 ans, le stade préopératoire de 2 à 7 ans, les opérations concrètes de 7 à 11–12 ans et les opérations formelles à partir de 11–12 ans. - Piaget & Inhelder

Compléments

  • Dans le stade sensorimoteur, l’intelligence se manifeste dans l’action, la permanence de l’objet se construit progressivement et l’imitation différée marque le début de la représentation. - Piaget & Inhelder, 1966

  • Dans le stade préopératoire, l’enfant développe la fonction symbolique par le langage, le faire-semblant et le dessin, mais sa pensée reste centrée sur son propre point de vue et la conservation n’est pas encore acquise. - Piaget & Inhelder, 1966

  • Les opérations concrètes permettent la conservation, la classification, la sériation et le raisonnement logique sur des éléments concrets, tandis que les opérations formelles permettent le raisonnement hypothético-déductif et la pensée abstraite. - Piaget & Inhelder, 1966

Astuce mémo

Assimiler, rencontrer un déséquilibre, accommoder : le hochet devient ballon.

15. Apprentissage social et compétences cognitives

Notions clés & Définitions

  • Zone proximale de développement : Vygotsky, 1978 - Correspond à ce que l’enfant réussit avec l’aide d’un adulte ou d’un pair, mais pas encore seul.

★ À maîtriser

  • Dans l’étude du pont-levis de Baillargeon et al. (1985), vers 5 mois, les bébés regardent plus longtemps un événement impossible où un écran semble traverser une boîte cachée ; l’interprétation selon laquelle ils se représentent l’objet caché reste débattue.

  • Selon Houdé (2000), une erreur peut survenir parce qu’une stratégie rapide et trompeuse l’emporte sur une stratégie correcte déjà disponible ; progresser implique alors d’inhiber la stratégie inadaptée.

  • Selon Siegler (1996), les enfants utilisent plusieurs stratégies en concurrence, dont la fréquence évolue graduellement comme des vagues plutôt que par un passage brusque d’un stade à l’autre.

  • L’étayage de l’adulte remplit six fonctions : enrôler, réduire les degrés de liberté, maintenir l’orientation, signaler l’essentiel, contrôler la frustration et démontrer un modèle à imiter. - Bruner, 1983

Compléments

  • Les tâches manuelles de recherche d’un objet caché évaluent aussi la capacité à planifier et coordonner un geste, tandis que les tâches de temps de fixation n’exigent pas d’action.

  • Dans la tâche de conservation du nombre, la stratégie inadaptée « plus long = plus nombreux » peut l’emporter sur le raisonnement correct. - Houdé, 2000

  • Dans le développement décrit par Vygotsky, le langage sert d’abord à communiquer, puis devient un outil de pensée lorsque l’enfant se parle à lui-même pour guider son action.

16. Attention, mémoire et évaluation des fonctions exécutives

★ À maîtriser

  • L’attention comprend l’alerte, l’orientation, la sélection, le maintien, le désengagement et le contrôle volontaire. - Petersen & Posner, 2012

  • Les systèmes de mémoire comprennent :

    • La reconnaissance
    • La mémoire procédurale
    • La mémoire épisodique
    • La mémoire sémantique
    • La mémoire de travail
  • Les trois composantes principales des fonctions exécutives sont : (Diamond, 2013) :

    • Le contrôle inhibiteur
    • La mémoire de travail
    • La flexibilité cognitive
  • Les fonctions exécutives émergent dès la première année, progressent tout au long de l’enfance, connaissent une progression rapide de 10 à 15 ans et se stabilisent vers 18–20 ans. - Tervo-Clemmens et al., 2023

  • Le développement des fonctions exécutives suit quatre périodes : (Tervo-Clemmens et al., 2023) :

    • De 0 à 3 ans, émergence du contrôle attentionnel, socle des autres composantes
    • De 3 à 6 ans, progrès rapides d’inhibition et de mémoire de travail, encore peu différenciées
    • De 7 à 12 ans, progrès marqués de flexibilité, de fixation de buts et de traitement de l’information
    • De 12 à 20 ans, progrès rapides jusqu’à environ 15 ans, puis stabilisation vers 18–20 ans
  • L’entraînement de la mémoire de travail produit des gains spécifiques sans transfert lointain, et le maintien des effets au suivi n’est pas démontré de façon convaincante. - Melby-Lervåg & Hulme, 2013

Compléments

  • L’attention est modulée par l’état physiologique, la motivation et l’intérêt, la nouveauté, la charge sensorielle, le soutien et l’étayage de l’adulte, ainsi que la posture et le confort corporel. - Posner & Rothbart, 2007

  • La mémoire de travail est décrite comme une structure à trois composantes présente dès 6 ans, dont les capacités augmentent fortement jusqu’à l’adolescence. - Gathercole et al., 2004

  • Les progrès de la mémoire reflètent conjointement :

    • La maturation
    • L’accélération de la vitesse de traitement
    • Les connaissances
    • Le langage
    • Les stratégies de répétition et d’organisation
  • L’autocontrôle mesuré pendant l’enfance prédit statistiquement la santé, les finances et la délinquance à 32 ans, au-delà du QI et du milieu social, dans une cohorte de 1 000 enfants. - Moffitt et al., 2011

  • Une méta-analyse de 90 études portant sur 8 925 enfants de 12 ans et moins indique que les fonctions exécutives peuvent être stimulées. - Gunnerud et al., 2020

  • Les activités motrices cognitivement exigeantes, intégrées au quotidien et porteuses de sens sont à privilégier pour la psychomotricité, et leurs effets doivent être évalués.

17. Plasticité et périodes sensibles

Notions clés & Définitions

  • Période sensible : Hensch, 2005 - Intervalle où un type d’expérience produit plus facilement un effet important, sans fermeture stricte.
  • Plasticité attendue par l’expérience : Greenough et al., 1987 - Organisation dépendant d’entrées communes à l’espèce, comme la lumière structurée, les sons de parole et les contacts sociaux, dont l’absence a des effets marqués.
  • Plasticité dépendante de l’expérience : Greenough et al., 1987 - Modifications liées aux apprentissages propres à chaque individu, comme la langue, les activités et la pratique motrice, et persiste toute la vie.
  • Période critique : Hensch, 2005 - Intervalle au-delà duquel un effet devient très difficile à obtenir ; cette notion ne doit pas être généralisée aux compétences psychologiques complexes.

★ À maîtriser

  • Dans l’essai randomisé du projet de Bucarest, le développement cognitif des enfants restés en institution était nettement inférieur à celui des enfants jamais placés, et l’effet du placement en famille d’accueil était plus marqué chez les enfants placés le plus tôt. - Nelson et al., Bucharest Early Intervention Project, 2007

Compléments

  • Une période de forte plasticité constitue à la fois une période de vulnérabilité et une opportunité d’intervention, et les périodes sensibles sont mieux établies pour les fonctions sensorielles que pour les fonctions socio-émotionnelles.

Astuce mémo

La période sensible facilite un effet ; la période critique le rend très difficile après sa fermeture.

18. Plans d’étude et inférence causale

Notions clés & Définitions

  • Corrélat : Cicchetti & Rogosch, 1996 - Variable qui covarie avec une issue sans hypothèse de direction.
  • Médiateur : Cicchetti & Rogosch, 1996 - Variable intermédiaire qui transmet en partie l’effet d’une exposition sur une issue et répond à la question « comment ? ».
  • Modérateur : Cicchetti & Rogosch, 1996 - Variable qui modifie la force ou le sens d’un lien et répond à la question « pour qui ? » ou « quand ? ».
  • Facteur de confusion : Variable liée à la fois à l’exposition et à l’issue, qui crée une association trompeuse.

★ À maîtriser

  • Une étude transversale compare des groupes d’âge mais ne décrit pas une trajectoire individuelle et peut être affectée par un effet de cohorte, tandis qu’une étude longitudinale suit l’évolution mais peut subir attrition et effets de répétition.

  • Un essai contrôlé randomisé ou une quasi-expérience peut tester un effet causal, mais ne garantit pas que l’effet s’applique à chaque enfant ou hors de la population étudiée.

  • Une méta-analyse estime un effet moyen, sa précision et son hétérogénéité, mais ne corrige pas les biais des études incluses et ne prédit pas le résultat d’un cas individuel.

📌 En l’absence de dispositif expérimental ou quasi expérimental permettant de conclure à une causalité, il faut écrire « associé à », « prédit statistiquement » ou « covarie avec » plutôt que « cause ».

Compléments

  • Une revue systématique recense et évalue les études selon un protocole explicite, mais ne chiffre pas nécessairement un effet global.

19. Tailles d’effet et évaluation multifactorielle

★ À maîtriser

  • Selon les repères conventionnels de Cohen (1988), r ≈ 0,10 correspond à une petite association et environ 1 % de variance partagée, tandis que r ≈ 0,30 correspond à une association moyenne et environ 9 % de variance partagée.

  • Une valeur p < 0,05 ne signifie pas que l’effet est grand ; l’intervalle de confiance renseigne sur la précision et I² sur la variabilité entre études.

  • Une évaluation multifactorielle combine plusieurs domaines, méthodes, informateurs et contextes, s’appuie sur des mesures longitudinales et porte sur la participation, les facteurs environnementaux et les facteurs personnels. - HAS, recommandation de bonne pratique, 2020

  • Un score global est une estimation dépendant de la fidélité du test, des normes, de la passation et de l’état de l’enfant ; il peut masquer des écarts entre sous-domaines et ne renseigne pas seul sur la participation ni sur les ressources de l’enfant. - OMS, CIF, 2001

Compléments

  • Selon Cohen (1988), d ≈ 0,20 correspond à un petit écart entre groupes et d ≈ 0,50 à un écart moyen, mais les distributions restent fortement chevauchantes.

  • Pour d = 0,5, le recouvrement entre les distributions est d’environ 80 % et environ 69 % du groupe B se situe au-dessus de la moyenne du groupe A ; pour d = 0,2, le recouvrement est d’environ 92 %. - Cohen, 1988

  • Le bilan psychomoteur constitue une source d’information à croiser avec les autres éléments d’une évaluation multifactorielle.

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