Fiche de révision : Émotion et mémoire chez l’adulte et l’enfant

Plan du Cours

  1. Systèmes et conscience mnésiques
  2. Développement des systèmes de mémoire
  3. Émotion et mémorisation des informations
  4. Formation et fiabilité des souvenirs flashs
  5. Souvenirs flashs et stress post-traumatique
  6. Oubli des traumatismes infantiles
  7. Mécanismes et implantation des faux souvenirs
  8. Fiabilité du témoignage oculaire
  9. Fiabilité des séances d’identification
  10. Facteurs environnementaux de reconnaissance
  11. Caractéristiques du témoin
  12. Caractéristiques du suspect
  13. Mémoire et témoignage des enfants

1. Systèmes et conscience mnésiques

Notions clés & Définitions

  • Mémoire procédurale : Intervient dans l’apprentissage et la récupération d’habiletés motrices et cognitives.
  • Représentations perceptives : Système qui apprend les caractéristiques perceptives des objets et permet de reconnaître un objet ou un mot sans nécessairement en connaître le sens.
  • Mémoire sémantique : Stocke et récupère les connaissances générales sur le monde, indépendamment de leur contexte d’acquisition, notamment l’histoire, la géographie, le sens des mots et l’utilité des outils.
  • Mémoire épisodique : Système qui permet de se souvenir des événements personnellement vécus.
  • Mémoire de travail : Enregistre et maintient l’information sous une forme très accessible pendant une courte période.

★ À maîtriser

  • Le modèle distingue cinq systèmes mnésiques : (Tulving) :
    • la mémoire épisodique
    • la mémoire sémantique
    • la mémoire procédurale
    • le système des représentations perceptives
    • la mémoire de travail

📌 Tulving associe la mémoire sémantique à la conscience noétique, la mémoire épisodique à la conscience autonoétique et la mémoire procédurale à la conscience anoétique.

  • 🔄 Les informations perceptives sont traitées successivement par : (Eustache et Desgranges, 2008) :
    1. le système des représentations perceptives
    2. la mémoire sémantique
    3. la mémoire épisodique

Compléments

  • La conscience noétique associée à la mémoire sémantique correspond au sentiment de savoir qu’une information est vraie sans se rappeler les circonstances de son apprentissage.

  • La conscience autonoétique associée à la mémoire épisodique permet de revivre mentalement le passé et de se projeter dans le futur.

  • La conscience anoétique associée à la mémoire procédurale se manifeste par des réponses comportementales à l’environnement présent et ne permet pas de faire référence à des stimuli absents. - Tulving, 1985

  • Dans le modèle MNESIS, les boucles de rétroaction de la mémoire épisodique vers la mémoire sémantique permettent la sémantisation, tandis que celles vers le système des représentations perceptives contribuent au sentiment de reviviscence. - Eustache et Desgranges, 2008

  • Dans le modèle MNESIS, les systèmes mnésiques interagissent avec la mémoire de travail par l’intermédiaire du buffer épisodique. - Eustache et Desgranges, 2008

  • Dans le modèle MNESIS, la mémoire procédurale est reliée de manière bidirectionnelle aux autres systèmes mnésiques, en particulier à la mémoire de travail, à la mémoire épisodique et au système des représentations perceptives. - Eustache et Desgranges, 2008

Astuce mémo

Noétique : savoir ; autonoétique : revivre ; anoétique : agir sans référence au passé.

2. Développement des systèmes de mémoire

★ À maîtriser

  • La conscience autonoétique apparaît à partir de 2 ans et se développe jusqu’à 5-6 ans, même si certains effets propres à la mémoire épisodique sont observés dès 2-3 mois. - Tulving, 2002

  • La mémoire de travail se développe au moins jusqu’à l’adolescence, notamment avec la progression de la répétition subvocale, des compétences d’ordre sériel et de la capacité à manipuler plusieurs informations, qui progresse jusqu’à 15 ans. - Pickering & Gathercole, 2001

Compléments

  • La mémoire procédurale présente des signes de fonctionnement dès 2 mois, mais ses compétences continueraient à se développer au moins jusqu’au 12e mois. - Canfield & Haith, 1991

  • Le système des représentations perceptives serait fonctionnel dès 3 mois et mature dès 3 ans. - Defrancisco & Rovee-Collier, 2008

  • Les résultats sur le développement de la mémoire sémantique divergent : certaines études observent une évolution entre 5 ans et l’âge adulte, tandis que d’autres indiquent une stabilité dès le plus jeune âge lorsque les connaissances sont bien ancrées.

  • Les nourrissons présentent plusieurs effets associés à la mémoire épisodique : (Rovee-Collier, 1997) : l’interférence rétroactive, le bénéfice du traitement profond, la spécificité à l’encodage, le bénéfice de l’apprentissage distribué par rapport à l’apprentissage massé, la diminution de la trace mnésique quand l’intervalle de rétention augmente

  • La mémoire de source, c’est-à-dire la capacité à identifier l’origine d’un souvenir et à déterminer s’il est réel ou non, se développe jusqu’à 10 ans. - Sluzenski, Newcombe, & Ottinger, 2004

📌 Towse, Hitch et Hutton (1998) attribuent la progression de la manipulation de plusieurs informations au développement des compétences d’alternance, tandis que Swanson (1999) l’attribue à l’augmentation des ressources attentionnelles.

3. Émotion et mémorisation des informations

★ À maîtriser

📌 L’émotion d’un matériel se caractérise par sa valence, positive, négative ou neutre, et par son intensité, ou arousal.

  • La valence émotionnelle peut faciliter l’acquisition des concepts abstraits : les concepts abstraits émotionnels sont appris plus précocement et avec moins d’effort que les concepts abstraits neutres, tandis que les mots concrets sont acquis plus précocement lorsqu’ils sont positifs. - Ponari, Norbury, & Vigliocco, 2018

📌 Les résultats sur les valences positive et négative varient selon les études : certaines observent un bénéfice comparable des deux valences par rapport au neutre, tandis que d’autres mettent en évidence un biais de négativité ou, dans certaines tâches, un biais de positivité.

  • L’hypothèse de vigilance automatique propose qu’un stimulus émotionnel capte automatiquement l’attention et que, pour les stimuli négatifs, celle-ci s’oriente vers la menace, reléguant le traitement des autres informations au second plan. - Öhman & Mineka, 2001

Compléments

  • Chez les enfants, le nombre d’informations correctement rappelées et reconnues augmente avec l’âge. - Brainerd, Reyna, Howe, Kingma, & Guttentag, 1990

  • Des enfants de 8 à 12 ans reconnaissent mieux des images aversives que des images neutres, et leur reconnaissance des images aversives ne diffère pas de celle des adultes. - Cordon, Melinder, Goodman, et Edelstein, 2013

  • Des enfants de 7 à 11 ans rappellent et reconnaissent mieux des sons environnementaux négatifs que des sons neutres. - Burrell, Johnson, & Melinder, 2016

  • Gobin et al. (2018) observent un biais de positivité au CP, un bénéfice des deux valences au CE1, puis un biais de négativité à partir du CE2.

  • Les représentations lexicales de mots émotionnels seraient plus interconnectées que celles de mots neutres, ce qui favoriserait l’activation d’items apparentés mais augmenterait aussi les faux rappels et les fausses reconnaissances. - Syssau & Monnier, 2012

  • Les mots chargés émotionnellement pourraient bénéficier à l’encodage d’un codage multisensoriel produisant une activation physiologique et cérébrale plus forte que celle des mots neutres. - Syssau & Monnier, 2012

Astuce mémo

La vigilance face à une menace → l’attention se détourne des autres informations.

4. Formation et fiabilité des souvenirs flashs

Notions clés & Définitions

  • Souvenir flash : Souvenir particulièrement vivace des circonstances dans lesquelles une personne a appris un événement marquant, et qui demeure intense malgré le temps écoulé.
  • Métamémoire : Metcalfe & Dunlosky, 2008 - Compréhension que chacun a de sa propre mémoire.

★ À maîtriser

  • Pour Brown et Kulik (1977), un événement susceptible de produire un souvenir flash présente un haut niveau de surprise, un haut niveau de conséquences et probablement un éveil émotionnel intense.

  • Selon Hirst et Phelps (2016), les souvenirs flashs ne reposent pas sur des mécanismes différents de ceux des autres souvenirs, même s’ils sont plus durables.

Compléments

  • Les souvenirs flashs se caractérisent par un rappel accru, une confiance plus élevée dans leur précision et davantage de répétitions, sans nécessairement concerner un grand nombre de personnes. - Rubin & Kozin, 1984

  • Brown et Kulik (1977) proposent le mécanisme « Imprime maintenant ! » pour rendre compte de la rétention supposément indélébile des souvenirs flashs.

  • Dans le modèle de Conway et ses collaborateurs (1994), les connaissances antérieures influencent la probabilité de rappeler l’événement, l’affect ressenti et l’importance qui lui est attribuée.

  • 🔄 Le modèle décrit cette chaîne de formation : (Finkenauer et al., 1998) : la nouveauté de l’événement produit de la surprise, la surprise et l’importance de l’événement déterminent l’impact émotionnel, l’impact émotionnel et la répétition contribuent à la formation du souvenir flash

  • Dans cette étude sur les attentats du 11 septembre, les participants encore suivis après 10 ans déclaraient conserver un souvenir particulièrement vivace et une confiance élevée, passée d’environ 4,5/5 juste après les attentats à un peu plus de 4/5 lors des deuxième et quatrième enquêtes. - Hirst et ses collaborateurs, 2015

  • Dans l’étude de Hirst et al. (2015), la constance du rappel était d’environ 60 %, et le déclin de la trace mnésique concernait surtout les aspects non critiques du souvenir. - Hirst et ses collaborateurs

  • Dans l’étude de Hirst et al. (2015), les New-Yorkais avaient davantage confiance en leurs souvenirs du 11 septembre que les autres participants, sans que leurs souvenirs soient plus précis. - Hirst et ses collaborateurs

  • Talarico et Rubin (2009) considèrent que les conséquences de l’événement, notamment pour une communauté, contribuent à la probabilité qu’il devienne un souvenir flash, sans être une condition suffisante.

  • Les répétitions médiatiques d’informations relatives à un événement peuvent contribuer à consolider le souvenir de cet événement et à intégrer de nouvelles informations au souvenir initial. - Hirst et ses collaborateurs, 2015

Astuce mémo

Nouveauté → surprise ; importance → émotion ; répétition → consolidation.

5. Souvenirs flashs et stress post-traumatique

★ À maîtriser

  • Les théories du stress post-traumatique attribuent ce trouble à l’incapacité de traiter et d’intégrer le trauma aux connaissances sur soi et sur le monde (Horowitz, 1975).

  • Six décennies après l’invasion et la libération du Danemark pendant la Seconde Guerre mondiale, les souvenirs restaient particulièrement vivaces chez les participants qui avaient plus de 7 ans en 1939, et les signes de stress post-traumatique étaient plus fréquents parmi les personnes ayant vécu la guerre (Berntsen et Rubin, 2006).

  • Après 7 ans, presque tous les participants pouvaient évoquer les circonstances dans lesquelles ils avaient appris l’invasion du Danemark, tandis qu’avant cet âge la capacité de rappel augmentait linéairement avec l’âge (Berntsen et Rubin, 2006).

Compléments

  • De nombreux résidents de New York qui n’étaient pas présents sur les lieux des attentats du 11 septembre ont développé un stress post-traumatique (Galea et al., 2002).

  • Trois ans après les attentats du 11 septembre, l’amygdale présentait une activité supérieure chez les personnes qui vivaient près de Ground Zero (Sharot, Martorella, Delgado, & Phelps, 2007).

  • Pour le souvenir de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, étudié 18 ans après les faits, la probabilité et le niveau d’élaboration du rappel augmentaient continûment avec l’âge des enfants âgés de 1 à 7 ans au moment de l’événement (Winograd & Killinger, 1983).

Astuce mémo

Trauma mal intégré → symptômes post-traumatiques

6. Oubli des traumatismes infantiles

★ À maîtriser

  • L’amnésie infantile désigne la difficulté des enfants les plus jeunes à récupérer les souvenirs de leurs premières années de vie (Rubin, 2000).

  • Les souvenirs flashs peuvent survenir avant 7 ans, mais ils sont alors moins systématiques et moins élaborés.

  • Pour invoquer le refoulement comme explication de l’oubli, il faut documenter sérieusement l’abus, exclure les causes biologiques ou l’amnésie infantile, et établir l’existence réelle de l’amnésie au moyen d’un entretien de clarification (Piper, Lillevik, & Kritzer, 2008).

  • Trois réalités doivent être établies : (Schooler, Bendikson, & Ambadadar, 1997) :

    • la réalité de l’événement
    • la réalité de l’oubli antérieur
    • la réalité de l’expérience subjective de recollection
  • Le refoulement a été largement abandonné comme explication scientifique de l’oubli des abus sexuels infantiles, même si cette croyance persiste chez certains psychanalystes (Otgaar et al., 2019, 2021 ; Mirandola, Ferruzza, Cornoldi, & Magnussen, 2013).

  • Les mécanismes explicatifs proposés sont : (Schacter, Norman et Koustaal, 1997) :

    • le déclin
    • l’interférence
    • la suppression volontaire
    • l’amnésie infantile

Compléments

  • Dans l’étude de Williams (1994), 26 % des 129 jeunes femmes afro-américaines de 17 ans interrogées après des abus sexuels infantiles ne rappelaient pas l’événement étudié, mais évoquaient d’autres événements, et 12 % ne se rappelaient aucun abus.

  • Dans l’étude de Williams, seules 10 femmes de l’échantillon initial satisfaisaient aux trois conditions nécessaires pour invoquer le refoulement.

  • Lorsque les trois conditions de vérification étaient réunies, 3 % des victimes seulement ne se rappelaient pas l’événement (Bonanno et al., 2002).

  • Dans l’étude de Goodman et al. (2003), 81,1 % des participants évoquaient l’abus et 9,1 % ne se rappelaient pas avoir été impliqués dans une affaire légale.

  • La sévérité de l’abus favorisait le rappel et le soutien maternel était associé à un rappel plus fréquent des faits.

  • L’absence de révélation d’un abus peut aussi être influencée par l’embarras, le désir de protéger autrui ou celui de ne pas remuer des souvenirs pénibles (Piper, 1998 ; Piper et al., 2008).

  • Quand un souvenir d’abus infantile est récupéré, le rappel est souvent déclenché par un indice externe lié à l’abus et accompagné d’une émotion intense.

7. Mécanismes et implantation des faux souvenirs

★ À maîtriser

  • Dans le paradigme DRM, des listes de mots sémantiquement liés omettent une cible associée ; les adultes rappellent cette cible absente dans 20 % des cas et la reconnaissent à tort dans 70 % des cas (Deese, 1959 ; Roediger & McDermott, 1995).

Compléments

  • Dans l’implantation expérimentale d’un faux souvenir, les chercheurs utilisent des éléments biographiques pour suggérer un événement non vécu et demandent au participant d’en élaborer le souvenir, parfois lors de plusieurs rencontres espacées d’une semaine (Otgaar, Scoboria, & Smeets, 2013).

  • Pour des événements raisonnablement probables, les faux souvenirs implantés peuvent concerner jusqu’à 70 % des participants, tandis qu’ils ne sont pas observés lorsque l’événement suggéré est très improbable dans certaines études (Pezdek, Finger, & Hodge, 1997).

  • Brewin et Andrews (2017) estiment qu’un faux souvenir peut être créé chez environ 48 % des personnes, mais qu’une expérience complète de recollection n’est observée que chez environ 15 % d’entre elles.

  • Avec une méthode robuste d’évaluation de la suggestibilité, 30,4 % des participants étaient classés comme ayant eu un faux souvenir, proportion qui atteignait 46,1 % lorsque la suggestion s’appuyait sur des informations personnellement pertinentes et l’imagerie mentale (Scoboria et al., 2017).

  • Les faux souvenirs implantés expérimentalement peuvent concerner des événements négatifs associés à la douleur, à la honte ou à une forte émotion, et il est aussi facile d’implanter un souvenir négatif qu’un souvenir neutre (Otgaar et al., 2008, 2010 ; Hyman, Husband, & Billings, 1995 ; Shaw & Porter, 2015).

  • Il est plus facile d’implanter un faux souvenir d’un événement répété que d’un événement survenu une seule fois (Calado, Luke, Connolly, Landström, & Otgaar, 2020).

  • Après l’implantation d’un faux souvenir, sensibiliser les participants à l’origine possible des souvenirs et au risque accru lié au rappel indicé répété a permis à 77 % de ceux ayant développé un faux souvenir après de fortes suggestions de ne plus le rapporter une semaine plus tard (Oeberst, Wachendörfer, Imhoff, & Blank, 2021).

8. Fiabilité du témoignage oculaire

★ À maîtriser

  • Lorsqu’on demande à des personnes de répartir les photos de deux inconnus en groupes correspondant aux identités, elles forment en moyenne 7,5 groupes au lieu des deux attendus, même lorsque les photos sont présentées simultanément et que la tâche ne sollicite pas la mémoire (Jenkins, White, Montfort, & Burton, 2011).

Compléments

  • En Angleterre et au pays de Galles, sur 350 affaires où le témoignage oculaire était la seule preuve, le suspect a été condamné dans 74 % des cas (Baddeley, Eysenck, & Anderson, 2015).

  • Aux États-Unis, 37 % des personnes estiment que le témoignage d’un seul témoin fiable suffit à condamner, proportion qui atteint 48 % chez les personnes sans diplôme universitaire (Simons & Chabris, 2011).

  • Charles Chatman a été condamné à 99 ans de prison en 1981 sur la base de l’identification de la victime lors d’un tapissage, puis disculpé 26 ans plus tard par des analyses génétiques.

  • Depuis 1992, le projet Innocence a disculpé 375 personnes condamnées aux États-Unis sur la base de témoignages, sans exploitation initiale des preuves ADN ; elles avaient passé en moyenne 14 ans en prison et 21 d’entre elles étaient dans les couloirs de la mort (The Innocence Project, 2020).

9. Fiabilité des séances d’identification

★ À maîtriser

  • Dans l’étude de Valentine, Pickering et Darling (2003), portant sur 664 témoins et 323 parades d’identification dans la région de Londres, la reconnaissance était correcte dans environ 40 % des situations. - Valentine, Pickering, & Darling

  • Dans ces parades, une erreur survenait dans 60 % des situations : le coupable n’était pas reconnu dans environ 20 % des cas et un leurre était identifié à tort dans environ 40 % des cas. - Valentine, Pickering, & Darling, 2003

Compléments

  • Dans l’affaire State v. Henderson (2011), la Cour suprême du New Jersey a ordonné un nouvel examen de la fiabilité de l’identification de Larry Henderson, condamné à 11 ans de prison, notamment en raison des pressions exercées sur le témoin lors de l’identification. - New Jersey v. Henderson

  • Les facteurs susceptibles d’influencer la reconnaissance concernent :

    • l’environnement
    • le témoin
    • le suspect
    • la procédure judiciaire

10. Facteurs environnementaux de reconnaissance

Notions clés & Définitions

  • Transfert inconscient : Davis, Loftus, Vanous, & Cucciare, 2008 - La reconnaissance d’un visage sans rappel du contexte dans lequel il a été vu, phénomène lié à une erreur de mémoire de source.
  • Effet de focalisation sur les armes : La dégradation de la reconnaissance de l’agresseur lorsque la présence d’une arme détourne l’attention vers celle-ci.

★ À maîtriser

  • L’identification correcte de l’agresseur passe d’environ 70 % en l’absence d’arme à environ 50 % en présence d’une arme. - Carlson, Pleasant, Weatherford, Carlson, & Bernarz, 2016

Compléments

  • Dans une expérience de Davis et ses collaborateurs (2008), 23 % des participants ont identifié comme voleur le client qui traversait le rayon des alcools sans rien voler, et 29 % ont désigné un client qui ne passait pas dans ce rayon.

  • L’effet de focalisation sur les armes est plus marqué lorsque l’exposition dure moins d’une minute et lorsque le témoin s’est senti menacé. - Fawcett, Russell, & Peace, 2011

📌 L’hypothèse de l’éveil physiologique explique la focalisation par l’augmentation de l’éveil et la réduction du traitement des informations périphériques, tandis que l’hypothèse de l’objet inhabituel l’explique par le traitement supplémentaire requis par un objet incongru avec le schéma de la scène.

  • Un niveau de stress élevé est associé à une diminution de 10 % de l’identification du suspect par rapport à un faible niveau de stress. - Deffenbacher, Bornstein, & Penrod, 2004

Astuce mémo

Arme menaçante ou inhabituelle → attention détournée du visage

11. Caractéristiques du témoin

★ À maîtriser

📌 La confiance du témoin est positivement liée à la qualité des informations lorsqu’il identifie un suspect, mais cette corrélation est absente lorsqu’il n’en identifie aucun. - Sporer, Penrod, & Read, 1995

  • Une méta-analyse rapporte une reconnaissance correcte des visages de 54 % en situation de faible anxiété et de 42 % en situation d’anxiété élevée, ainsi qu’un rappel correct des détails du crime de 64 % et 52 %, respectivement. - Deffenbacher et al., 2004

  • Dans l’étude d’entraînement militaire de Morgan et ses collaborateurs (2013), le taux de faux positifs lors de l’identification était de 53 % sans information trompeuse et de 91 % lorsque des informations trompeuses avaient été données entre l’interrogatoire et l’identification. - Morgan, Southwick, Steffian, Hazlett, & Loftus

Compléments

  • Parmi les experts interrogés, 80 % estimaient que la confiance du témoin n’était pas un bon prédicteur de la fiabilité des informations recueillies. - Kassin, Tubb, Hosch, & Memon, 2001

  • Un feedback donné au témoin, y compris par des influences comportementales inconscientes, dégrade la relation entre la fiabilité des informations et la confiance du témoin. - Bradfield, Wells, & Olson, 2002

  • Même dans les études favorables à la valeur de la confiance du témoin, la corrélation rapportée entre précision et exactitude est faible (r = 0.40) et ne permet pas de prédire à l’échelle individuelle le risque d’erreur. - Sporer et al., 1995

12. Caractéristiques du suspect

Notions clés & Définitions

  • Traitement holistique : Le traitement des visages comme un ensemble organisé dont la reconnaissance dépend de la configuration globale des éléments faciaux.
  • Effet Clark Kent : Moniz, Righi, Peissig, & Tarr, 2010 - La perturbation de la reconnaissance faciale provoquée par de petites modifications d’apparence, comme une nouvelle coiffure, des lunettes ou du maquillage.

★ À maîtriser

📌 Les visages issus de l’endogroupe sont reconnus plus facilement que ceux de l’exogroupe, notamment parce que les personnes regardent plus attentivement les membres de leur propre groupe ethnique. - Young, Hugenberg, & Bernstein, 2011

Compléments

  • L’utilisation d’accessoires de déguisement qui modifient l’organisation globale du visage fait fortement chuter le niveau de reconnaissance. - Patterson & Baddeley, 1977

  • L’avantage de reconnaissance de l’endogroupe disparaît lorsque les personnes de l’autre ethnie font partie de l’endogroupe du témoin parce qu’il y est fréquemment exposé. - Hugenberg, Young, & Bernstein, 2010

  • Les personnes âgées identifient moins facilement les personnes plus jeunes qu’elles fréquentent moins souvent, tandis que cet effet disparaît chez les enseignants qui côtoient régulièrement des jeunes. - Brewer, Weber, & Semmler, 2005

Astuce mémo

Endogroupe mieux reconnu que l’exogroupe

13. Mémoire et témoignage des enfants

Notions clés & Définitions

  • Théorie de la mémoire floue : Reyna & Brainerd, 1995 - La théorie selon laquelle les faux souvenirs peuvent provenir des connexions entre événements significatifs, lesquelles deviennent plus élaborées du développement de l’enfance jusqu’à l’âge adulte.

★ À maîtriser

📌 Les enfants plus âgés peuvent produire des récits plus élaborés, mais ils sont aussi plus susceptibles d’y introduire de faux souvenirs en s’appuyant sur des schémas généraux plus développés. - Odegard, Cooper, Lampinen, Reyna, & Brainerd, 2009

  • La suggestibilité des enfants diminue de manière robuste avec l’âge, notamment face à des informations trompeuses. - Bruck & Ceci, 1999

📌 Sans information trompeuse, les enfants les plus jeunes rappellent un peu moins d’informations mais produisent aussi moins de faux souvenirs que les plus âgés, tandis qu’après suggestion ils sont davantage susceptibles de créer de faux souvenirs.

Compléments

  • Avec des indices adéquats, des enfants âgés de 5 ans peuvent rappeler 87 % des informations sur une activité vécue six ans auparavant. - Fivush, Hudson, & Nelson, 1984

  • Le rappel des événements traumatiques et non traumatiques est influencé de manière comparable par (Cordón et al., 2004) :

    • les mécanismes habituels de mémoire
    • l’âge
    • le délai entre l’événement et le rappel
    • la nature de l’événement
  • Dans l’expérience de Garven, Wood et Malpass (2000), 5 % des enfants corroboraient un événement fantastique sans renforcement, contre 52 % lorsque des renforcements étaient utilisés. - Garven, Wood, & Malpass

  • Le contre-interrogatoire diminue fortement la précision des souvenirs des enfants, et leur préparation n’est utile que si le délai avant le contre-interrogatoire est inférieur à une semaine. - O’Neill & Zajac, 2013

📌 Pour réduire les biais d’interrogatoire des enfants, il est préférable de recourir à un médiateur qui formule les questions de manière non menaçante. - Zajac et al., 2012

  • Dans une étude de rappel d’une visite, les enfants qui avaient dessiné avant de raconter se souvenaient de 30 % d’informations supplémentaires après un jour et six mois, et du double après un an, par rapport aux enfants du groupe contrôle. - Gross & Hayne, 1999

Astuce mémo

Sans suggestion, les plus jeunes produisent moins de faux souvenirs ; avec suggestion, ils y sont plus vulnérables

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Émotion et mémoire chez l’adulte et l’enfant avec 38 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Des années après un événement marquant, une personne se rappelle avec vivacité l’endroit et les circonstances où elle en a appris la nouvelle. De quel type de souvenir s’agit-il ?

2. Après avoir reçu des informations trompeuses entre l’interrogatoire et une séance d’identification, quel taux de faux positifs a été observé dans l’étude d’entraînement militaire ?

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Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Émotion et mémoire chez l’adulte et l’enfant avec 95 flashcards interactives.

Quels cinq systèmes mnésiques distingue le modèle de Tulving ?

La mémoire épisodique, la mémoire sémantique, la mémoire procédurale, le système des représentations perceptives et la mémoire de travail.

À quoi intervient la mémoire procédurale ?

À l’apprentissage et à la récupération d’habiletés motrices et cognitives.

Que permet de reconnaître le système des représentations perceptives sans en connaître le sens ?

Un objet ou un mot.

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