Fiche de révision : Mémoire et registres sensoriels

Plan du Cours

  1. Unité ou pluralité de la mémoire
  2. Les trois processus mnésiques
  3. Les registres de stockage
  4. Les mémoires sensorielles expérimentales
  5. Arguments pour deux systèmes mnésiques
  6. Modèle modal de la mémoire
  7. Systèmes de mémoire à long terme
  8. Mémoire explicite et implicite
  9. Modèles des relations mnésiques
  10. Études sur les connaissances sémantiques
  11. Apprentissage sémantique chez H.M. et S.S.
  12. Apprentissages sémantiques de K.C.
  13. Préservation sémantique chez A.C.
  14. Amnésie développementale et savoirs scolaires
  15. Dissociation des mémoires épisodique et sémantique
  16. Familiarité et recollection
  17. Organisation mnésique dans MNESIS
  18. Acquisition de nouveaux savoirs sémantiques

1. Unité ou pluralité de la mémoire

★ À maîtriser

📌 L’approche unitaire considère que les informations sont traitées par un système de mémoire unique, tandis que l’approche multiple postule plusieurs sous-systèmes dont l’organisation et les interactions restent débattues.

Compléments

  • Les patients traumatisés crâniens rapportent six plaintes mnésiques fréquentes (Sunderland, Harris et Baddeley, 1984) :

    • oublier ce que d’autres leur ont dit
    • oublier ce qu’ils viennent de dire
    • ne pas suivre la trame d’un récit
    • répéter ce qu’ils viennent de dire
    • se perdre sur un trajet déjà parcouru
    • devoir vérifier s’ils ont réalisé une action prévue
  • Les proches de patients traumatisés crâniens rapportent notamment l’oubli de l’endroit où un objet a été rangé, les discours répétitifs sur des sujets peu importants, l’incapacité à acquérir une nouvelle habileté et la difficulté à trouver le mot recherché.

  • Pour Craik (2001), tous les types d’informations sont traités par un système unique et certaines informations semblent plus accessibles parce qu’elles sont plus générales.

Astuce mémo

Craik défend un système unique, tandis que l’approche multiple distingue des sous-systèmes.

2. Les trois processus mnésiques

Notions clés & Définitions

  • Encodage : Processus qui transforme l’information sensorielle en une forme utilisable par les systèmes mnésiques en convertissant les caractéristiques d’un événement ou d’un stimulus en trace mnésique.
  • Stockage : Processus qui permet le maintien en mémoire des informations encodées.
  • Récupération : Processus qui ramène l’information à la conscience.

Points essentiels

  • Un mauvais fonctionnement de l’encodage, du stockage ou de la récupération peut entraîner l’oubli.

  • L’oubli de l’emplacement d’une voiture dans un parking peut venir d’un encodage insuffisant, d’une consolidation insuffisante pendant le stockage ou d’un défaut de récupération malgré un encodage et un stockage corrects.

  • Un indice de récupération peut rappeler une information correctement encodée et stockée, comme le mot « tour » dans l’exemple de la place de parking associée à l’effondrement des tours.

  • Un encodage plus profond contribue à un meilleur stockage et, par conséquent, à une meilleure récupération.

Astuce mémo

Encoder, stocker, récupérer : l’information entre, se maintient, puis revient à la conscience.

3. Les registres de stockage

★ À maîtriser

  • L’approche distingue trois unités de stockage :

    • les mémoires sensorielles
    • la mémoire à court terme
    • la mémoire à long terme
  • Dans l’approche de registres multiples, les informations passent des mémoires sensorielles à la mémoire à court terme, puis une partie est conservée en mémoire à long terme.

Compléments

  • Les mémoires sensorielles maintiennent les informations de manière spécifique à une modalité pendant quelques millisecondes, tandis que la mémoire à court terme les conserve quelques secondes.

  • La mémoire à court terme permet une certaine intégration d’informations issues de diverses modalités sensorielles.

  • La mémoire à long terme conserve certaines informations de façon relativement permanente, bien que leur récupération puisse parfois être difficile.

Astuce mémo

Sensoriel → court terme → long terme.

4. Les mémoires sensorielles expérimentales

★ À maîtriser

  • Les principaux types de mémoire sensorielle sont :

    • la mémoire iconique, liée au système visuel
    • la mémoire échoïque, liée au système auditif
    • la mémoire haptique, liée au toucher
    • la mémoire olfactive, liée à l’odorat
  • Les systèmes de mémoire perceptive sont spécifiques à chaque modalité et peuvent maintenir jusqu’à 9 informations pendant une brève période.

  • La mémoire iconique maintient les informations pendant moins d’une seconde, tandis que la mémoire échoïque peut les maintenir jusqu’à 4 secondes.

Compléments

  • Dans l’expérience de Sperling (1960), trois rangées de trois ou quatre lettres étaient présentées pendant 50 millisecondes ; en rappel total, les participants rappelaient quatre ou cinq lettres, tout en déclarant en avoir vu davantage.

  • Dans le rappel partiel de Sperling, un son aigu indiquait la première ligne, un son de fréquence moyenne la deuxième et un son grave la troisième, le son étant présenté immédiatement après les lettres.

  • Avec le rappel partiel de Sperling, les participants rappelaient la ligne complète lorsque chaque ligne comportait trois lettres, mais seulement trois lettres sur quatre lorsque chaque ligne en comportait quatre.

  • Dans les conditions expérimentales de Sperling, la mémoire iconique pouvait stocker jusqu’à neuf informations.

  • Chez Sperling, lorsque le délai entre les lettres et l’indice atteignait une seconde, l’avantage du rappel partiel disparaissait et la mémoire iconique était décrite comme très brève.

  • Dans l’expérience de l’homme à quatre oreilles, Moray, Bates et Barnett (1965) ont observé un meilleur rappel partiel que total lorsque les participants devaient rappeler des consonnes entendues depuis plusieurs diffuseurs et qu’une lampe indiquait la source à sélectionner. - Moray, Bates & Barnett

  • Darwin, Turvey et Crowder (1972) ont montré que l’avantage du rappel partiel dans une tâche de mémoire échoïque disparaissait lorsque le délai entre les consonnes et l’indice visuel atteignait quatre secondes.

Astuce mémo

Iconique : indice sonore et moins d’une seconde ; échoïque : indice visuel et jusqu’à quatre secondes.

5. Arguments pour deux systèmes mnésiques

★ À maîtriser

  • Dans le rappel libre immédiat, les derniers mots d’une liste sont mieux rappelés que les mots intermédiaires : cet avantage est l’effet de récence.

  • Dans le rappel libre, les premiers mots d’une liste sont mieux rappelés que les mots intermédiaires : cet avantage est l’effet de primauté.

  • Dans le rappel sériel immédiat, Baddeley (1966) a constaté que les listes de mots phonologiquement semblables étaient moins bien rappelées que les listes phonologiquement dissemblables, tandis que la similarité sémantique avait un effet très faible.

  • Après un délai de 15 ou 20 minutes, la similarité phonologique n’influence plus les performances de rappel, tandis que les mots sémantiquement semblables sont moins bien rappelés que les mots sans lien sémantique (Baddeley, 1966).

Compléments

📌 La conception unitaire défendue par Melton (1963) considère qu’il n’est pas nécessaire de distinguer deux systèmes de stockage, à court terme et à long terme.

  • Lorsque le rappel est différé par une tâche intermédiaire de 15 à 30 secondes, l’effet de récence disparaît, tandis que l’effet de primauté et le rappel des mots intermédiaires ne sont pas affectés (Postman & Philips, 1965).

  • Baddeley et Hitch (1977) ont observé un effet de récence chez des joueurs de rugby rappelant en fin de saison les clubs adverses rencontrés, bien que la tâche ne repose pas sur la mémoire à court terme.

📌 Les résultats de Baddeley (1966) soutiennent un stockage à court terme principalement phonologique et un stockage à long terme où l’encodage sémantique prédomine.

  • Des patients amnésiques peuvent présenter des troubles importants de la mémoire à long terme tout en conservant des performances normales à des tâches de mémoire à court terme comme l’empan de chiffres (Van der Linden, 1994).

  • Certains patients présentent le profil inverse : leur empan de chiffres ne dépasse pas deux ou trois chiffres, alors que leurs performances en mémoire à long terme sont préservées (Shallice & Warrington, 1970).

  • Les études d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle associent la boucle phonologique au gyrus pariétal inférieur gauche et au gyrus frontal moyen gauche (Logie et al., 2003).

  • La mémoire à long terme est associée aux régions hippocampiques et préfrontales (Desgranges et al., 2003).

6. Modèle modal de la mémoire

★ À maîtriser

  • Le modèle modal de la mémoire a été proposé par Atkinson et Shiffrin (1968).
  • Dans le modèle modal d’Atkinson et Shiffrin (1968), les informations passent des registres sensoriels à un registre à court terme, puis peuvent être transférées vers un registre à long terme.

  • Dans le modèle modal, la répétition maintient un item dans le registre à court terme et favoriserait son passage vers le registre à long terme. - Atkinson et Shiffrin

📌 Des patients ayant un empan mnésique extrêmement réduit peuvent conserver des capacités d’apprentissage à long terme, ce qui contredit l’idée que tout apprentissage à long terme dépend du passage préalable par le registre à court terme. - Shallice & Warrington, 1çè0

Compléments

  • Dans le modèle modal, un élément peut être maintenu dans le registre à court terme pendant environ 10 à 25 secondes.

  • Le modèle modal attribue aux processus de contrôle la mise en route de la répétition, le choix du mode de codage, l’initiation de stratégies de recherche en mémoire à long terme et le contrôle du transfert vers celle-ci.

  • Le registre à long terme est censé maintenir l’information de façon permanente dans le modèle modal.

  • Rundus (1971) a montré qu’en rappel libre, les items répétés à haute voix étaient davantage susceptibles d’être rappelés.

  • Lors d’une campagne de la BBC, un message sur le changement de longueurs d’ondes radiophoniques fut transmis environ un millier de fois, mais les taux de réponses correctes ne furent que de 12 à 22 % selon les canaux, montrant le faible effet de la répétition sur cet apprentissage. - Bekerian et Baddeley, 1980

  • Des données de neuropsychologie cognitive suggèrent que le registre à court terme pourrait servir d’espace de travail plutôt que de simple étape obligatoire vers la mémoire à long terme.

Astuce mémo

Registres sensoriels → court terme → long terme

7. Systèmes de mémoire à long terme

Notions clés & Définitions

  • Mémoire épisodique : Permet de se souvenir d’événements personnellement vécus dans un contexte spatial et temporel particulier, en rappelant quoi, où et quand ils se sont produits.
  • Mémoire sémantique : Stocke et récupère les connaissances générales sur le monde, décontextualisées et dépourvues du souvenir de l’épisode où elles ont été acquises.
  • Systèmes de représentations perceptives : Tulving & Schacter, 1990 - Acquièrent et maintiennent la connaissance de la forme et de la structure des mots et des objets, sans leurs propriétés sémantiques fonctionnelles et associatives.
  • Mémoire procédurale : Impliquée dans l’apprentissage d’habiletés perceptivo-motrices et cognitives, dont les opérations s’expriment principalement sous forme d’actions.

★ À maîtriser

📌 La mémoire à long terme regroupe plusieurs systèmes relativement indépendants, associés à des mécanismes cognitifs et à des structures cérébrales différents.

  • Selon Tulving (1995), les quatre systèmes sont :
    • la mémoire épisodique
    • la mémoire sémantique
    • la mémoire procédurale
    • les systèmes de représentations perceptives

📌 La mémoire procédurale correspond au « savoir comment » et au système d’action, tandis que les autres systèmes de mémoire sont caractérisés par le « savoir que » et le système propositionnel.

Compléments

  • La mémoire épisodique est le seul système mnésique orienté vers le passé et la récupération d’un souvenir implique un voyage mental dans le temps.

  • La mémoire épisodique est associée à la conscience autonoétique, qui implique la conscience de sa propre identité et de son existence dans le temps subjectif, du passé au futur.

  • La mémoire épisodique est dramatiquement altérée dans le syndrome amnésique, où l’oubli à mesure peut donner l’impression que le patient oublie les événements au fur et à mesure qu’ils surviennent.

  • La mémoire sémantique est associée à la conscience noétique et permet de réfléchir sur le monde sans que l’objet soit nécessairement présent, sans reviviscence épisodique.

  • Savoir que Paris est la capitale de la France sans se rappeler quand, comment ou où cette information a été apprise relève de la mémoire sémantique.

  • Les systèmes de représentations perceptives rendent la perception plus rapide.

  • La mémoire procédurale fonctionne selon un mécanisme stimulus → réponse, à la base du conditionnement.

  • L’apprentissage procédural se développe progressivement, s’automatise peu à peu et devient difficilement verbalisable.

  • Une connaissance procéduralisée permet de réaliser une autre activité simultanément à la tâche automatisée.

Astuce mémo

« Je me souviens » épisodique ; « je sais » sémantique ; « je sais comment » procédurale

8. Mémoire explicite et implicite

★ À maîtriser

📌 La mémoire explicite implique une récupération consciente et volontaire d’un souvenir ou d’une expérience personnelle, tandis que la mémoire implicite se manifeste par une modification du comportement sans conscience de son lien avec une information mémorisée.

  • Des patients amnésiques présentant un déficit majeur de mémoire explicite peuvent conserver des capacités normales dans des tâches de mémoire implicite.

Compléments

  • Les difficultés de mémoire procédurale sont rares après un traumatisme crânien, sauf en cas de lésions du cervelet ou de régions sous-corticales.

Astuce mémo

Explicite : recherche consciente ; implicite : comportement modifié sans conscience du lien avec l’apprentissage.

9. Modèles des relations mnésiques

★ À maîtriser

  • Tulving a élaboré le modèle SPI de la mémoire à long terme à partir d’observations de patients amnésiques et d’études expérimentales ; SPI signifie « Sériel, Parallèle et Indépendant » (Tulving, 1995 ; Tulving & Markowitsch, 1998).

📌 Dans le modèle SPI, l’encodage en mémoire épisodique dépend d’un encodage préalable en mémoire sémantique, alors qu’une information peut être encodée en mémoire sémantique indépendamment de la mémoire épisodique. - Tulving, 1995

  • Selon le modèle SPI, l’encodage est sériel, le stockage est parallèle dans les différents sous-systèmes et la récupération est indépendante entre ces sous-systèmes. - Tulving, 1995

📌 Pour Squire et Zola, la mémoire épisodique et la mémoire sémantique sont deux sous-systèmes parallèles de la mémoire déclarative, altérée dans le syndrome amnésique, tandis que la mémoire non déclarative y est intacte.

Compléments

  • 🔄 L’information est encodée successivement dans quatre systèmes (Tulving, 1995) :

    1. Systèmes de représentation perceptive
    2. Mémoire sémantique
    3. Mémoire de travail
    4. Mémoire épisodique
  • Tulving et Markowitsch associent la mémoire sémantique aux régions corticales parahippocampiques et la mémoire épisodique à l’hippocampe ainsi qu’aux lobes frontaux.

📌 Selon Squire et Zola, une nouvelle information est d’abord intégrée à un événement épisodique, puis la répétition permet son encodage en mémoire sémantique en l’abstrayant de son contexte d’origine.

  • Squire et Zola associent les mémoires épisodique et sémantique au lobe temporal médial et aux structures diencéphaliques médianes, et associent en plus la mémoire épisodique aux lobes frontaux.

Astuce mémo

Tulving : sémantique → épisodique ; Squire et Zola : épisodique → sémantique.

10. Études sur les connaissances sémantiques

★ À maîtriser

📌 Selon Squire et Zola, les lésions du lobe temporal médial et du diencéphale devraient altérer l’apprentissage de nouveaux faits comme celui de nouveaux épisodes personnels ; selon Tulving, une atteinte épisodique hippocampique avec préservation des régions parahippocampiques, périrhinales et entorhinales devrait permettre l’apprentissage de nouvelles informations sémantiques.

  • H.M. est devenu amnésique en 1953, à 27 ans, après une résection bilatérale de structures du lobe temporal médial destinée à traiter un problème épileptique.

Compléments

  • Les études récentes chez des patients amnésiques donnent des résultats contradictoires sur l’apprentissage de nouvelles connaissances sémantiques : certaines montrent des capacités normales, notamment Van der Linden et al. (2001), tandis que d’autres observent une altération.

  • Les premières études portant sur les événements publics, les programmes télévisés et les personnes célèbres ont conclu à un déficit sévère des connaissances sémantiques post-morbides chez les patients amnésiques.

  • L’interprétation des premières études est limitée parce que la plupart des patients étudiés présentaient aussi un déficit rétrograde sévère de leurs connaissances sémantiques.

  • Chez H.M., les structures atteintes comprenaient l’amygdale, l’hippocampe et le gyrus parahippocampique, tandis que les structures néocorticales temporales étaient épargnées.

  • Gabrieli, Cohen et Corkin (1988) ont étudié H.M., qui ne présentait pas d’amnésie rétrograde.

11. Apprentissage sémantique chez H.M. et S.S.

★ À maîtriser

📌 Dans l’étude de Gabrieli, Cohen et Corkin (1988), H.M. réussissait comme les témoins pour les connaissances antérieures à son opération, mais ses performances diminuaient fortement pour les connaissances acquises après le début de son amnésie, malgré quelques signes d’apprentissage.

  • Gabrieli et ses collaborateurs (1988) ont conclu que H.M. pouvait apprendre, mais que cet apprentissage était trop limité pour affirmer que sa mémoire sémantique était préservée.

  • O’Kane, Kensinger et Corkin (2004) ont montré qu’avec un indice sémantique, H.M. pouvait compléter le nom d’environ un tiers des personnes devenues célèbres après son amnésie, dont J.F. Kennedy à la question « Qui a été assassiné par Oswald ? ».

📌 Verfaellie, Croce et Milberg (1995) ont montré que S.S. n’avait virtuellement aucune connaissance des mots entrés dans la langue après 1971, même lors de tests implicites de décision lexicale ou d’amorçage sémantique, alors que sa mémoire sémantique prémorbide était préservée.

Compléments

  • Gabrieli, Cohen et Corkin (1988) ont testé chez H.M. l’apprentissage de mots peu connus en laboratoire, de mots entrés en anglais depuis son amnésie et de personnes devenues célèbres après celle-ci.

  • S.S., devenu amnésique en 1971 après une encéphalite herpétique, avait une atteinte bilatérale du lobe temporal médial touchant l’hippocampe antérieur, l’amygdale et les cortex entorhinal et périrhinal. - Verfaellie, Koseff et Alexander, 2000

Astuce mémo

H.M. apprend partiellement avec indices ; S.S. n’acquiert presque pas de nouveaux mots.

12. Apprentissages sémantiques de K.C.

★ À maîtriser

📌 Contrairement à H.M., dont la mémoire rétrograde était préservée, K.C. présentait une amnésie épisodique à la fois antérograde et rétrograde.

  • Hayman, Macdonald et Tulving (1993) ont montré que K.C. pouvait apprendre en laboratoire de nouveaux mots à un niveau équivalent aux témoins et les retenir durant 30 mois.

Compléments

  • K.C., devenu amnésique à 30 ans après un accident de moto, présentait une atteinte bilatérale de l’hippocampe et une atrophie des gyri parahippocampiques voisins.

  • Par estompage, K.C. a appris à utiliser un ordinateur lors de séances de rééducation, sans pouvoir expliquer quand ni comment il avait appris.

  • L’apprentissage de K.C. par estompage était rigide et hyperspécifique.

  • Westmacott et Moscovitch (2001) ont montré que K.C. pouvait reconnaître explicitement, dans une tâche à choix forcé, de nouveaux mots liés à Internet et des personnes devenues célèbres après le début de son amnésie.

13. Préservation sémantique chez A.C.

★ À maîtriser

📌 A.C. connaissait les mots entrés dans la langue après son traumatisme à un niveau comparable à quatre témoins d’âge et de niveau d’étude équivalents. - Van der Linden et al., 2001

  • A.C. a identifié 17 des 33 personnalités devenues célèbres après son amnésie, et sa performance ne différait significativement que de deux des cinq témoins. - Van der Linden et al., 2001

  • Les auteurs du cas A.C. ont conclu que les patients amnésiques pouvaient acquérir de nouvelles informations sémantiques, avec un apprentissage particulièrement efficace lorsque l’information concernait un domaine qu’ils connaissaient bien. - Van der Linden et al., 2001

Compléments

  • A.C., âgé de 40 ans, est devenu profondément amnésique après une agression en mars 1987 suivie d’un coma de trois mois, et ne rapportait aucun souvenir d’épisodes vécus entre son traumatisme et le présent. - Van der Linden et al., 2001

  • Chez A.C., l’évaluation des mots de vocabulaire distinguait les mots apparus avant 1977, ceux apparus entre 1977 et 1987 et ceux apparus après 1987, comme « airbag » et « zapper ». - Van der Linden et al., 2001

📌 Pour les personnalités politiques, domaine auquel A.C. s’intéressait particulièrement, sa performance était strictement comparable à celle des témoins. - Van der Linden et al., 2001

14. Amnésie développementale et savoirs scolaires

★ À maîtriser

  • Vargha-Khadem et ses collaborateurs (1997) ont décrit trois patients amnésiques après un épisode hypoxique : Beth à la naissance, Jon à 4 ans et Kate à 9 ans.

  • Beth, Jon et Kate ont suivi une scolarité normale ou presque malgré une amnésie marquée pour les événements quotidiens, des difficultés à retrouver leur chemin, à se rappeler où étaient rangés les objets et une désorientation temporelle. - Vargha-Khadem et ses collaborateurs, 1997

  • Malgré leurs déficits mnésiques profonds, les trois patients ont accumulé des connaissances académiques à un niveau remarquable. - Vargha-Khadem et ses collaborateurs, 1997

Compléments

  • Les amnésies développementales offrent une occasion d’étudier l’acquisition sémantique post-morbide, car l’enfance et l’adolescence sont les périodes où se forme l’essentiel des connaissances sémantiques et la scolarité fournit des indicateurs d’apprentissage académique.

  • Le QI de Jon était de 109 et celui de Kate de 86, tous deux à moins d’un écart-type de la moyenne de référence de 100 ± 15 ; le QI de Beth était de 82, mais ses scores aux sous-tests d’information, de vocabulaire et de compréhension de la WISC III restaient à moins d’un écart-type de la moyenne. - Vargha-Khadem et ses collaborateurs, 1997

  • Les examens neuroanatomiques de Beth, Jon et Kate ont révélé des lésions bilatérales focalisées au niveau de l’hippocampe. - Vargha-Khadem et ses collaborateurs, 1997

15. Dissociation des mémoires épisodique et sémantique

★ À maîtriser

  • Vargha-Khadem et ses collaborateurs (1997) attribuent le déficit de mémoire épisodique à la détérioration hippocampique et la préservation de la mémoire sémantique à l’intégrité des cortex périrhinal, entorhinal et parahippocampique. - Vargha-Khadem et collaborateurs

📌 Vargha-Khadem et ses collaborateurs soutiennent que les mémoires épisodique et sémantique sont partiellement dissociables et dépendent au moins en partie de substrats neuroanatomiques différents.

  • Squire et Zola (1998) contestent cette interprétation et proposent que les connaissances acquises par les patients résultent de capacités épisodiques résiduelles renforcées par de nombreuses répétitions.

Compléments

  • Squire et Zola relèvent que les patients obtiennent des scores supérieurs à zéro à la plupart des tests de rappel et reconnaissent assez bien des mots et des visages présentés une seule fois.

  • Vicari et al. (2007) décrivent C.L., âgée de 8 ans au testing, qui apprend de nouvelles informations sémantiques à un taux inférieur à celui des enfants de son âge malgré une amnésie profonde.

  • Chez C.L., les déficits épisodiques touchent le rappel libre et la reconnaissance, ce qui rend sa mémoire épisodique résiduelle trop faible pour expliquer ses acquisitions sémantiques.

Astuce mémo

Hippocampe atteint : épisodique déficitaire ; cortex sous-hippocampiques intacts : sémantique préservée.

16. Familiarité et recollection

★ À maîtriser

📌 Dans la procédure Remember-Know, « remember » indique le souvenir conscient de l’événement d’étude, tandis que « know » indique que l’item est reconnu par familiarité.

  • Tulving (1985) associe la conscience autonoétique à la mémoire épisodique et la conscience noétique à la mémoire sémantique.

Compléments

  • La procédure Remember-Know vise à évaluer les états de conscience associés à la récupération en distinguant deux formes de conscience, et non les processus conscients des processus inconscients.

📌 Les réponses « remember » sont informatives seulement si le matériel permet la reviviscence de la scène, et la consigne doit être comprise par les participants.

  • Les réponses « know » peuvent refléter une conscience noétique ou une familiarité purement perceptive.

  • Vargha-Khadem, Gadian et Mishkin (2001) proposent que les répétitions rendent les informations familières à Jon sans lui permettre de les rappeler, de sorte que sa reconnaissance ne ferait pas appel à la mémoire épisodique.

Astuce mémo

Know : familiarité ; remember : recollection consciente.

17. Organisation mnésique dans MNESIS

★ À maîtriser

  • Le modèle comprend trois systèmes de représentation à long terme : (Eustache et Desgranges, 2008) :

    • les mémoires perceptives
    • la mémoire sémantique
    • la mémoire épisodique
  • La mémoire de travail comprend :

    • l’administrateur central
    • la boucle phonologique
    • le calepin visuo-spatial
    • le buffer épisodique

Compléments

  • Dans MNESIS, les mémoires perceptives incluent les opérations conscientes et inconscientes, alors que les systèmes des représentations perceptives (PRS) ne recouvrent que des expressions non conscientes de la mémoire. - Schacter, 1994

  • Dans MNESIS, le buffer épisodique occupe une position stratégique et est rapproché du self, qui donne une impression subjective de soi dans le temps liée à l’intégrité et à la continuité.

  • Dans MNESIS, la mémoire procédurale va des habiletés motrices et perceptivo-motrices aux habiletés perceptivo-cognitives et cognitives, sans distinguer ces processus en sous-systèmes séparés.

  • Lors de l’apprentissage procédural, les interactions avec les systèmes de représentation et la mémoire de travail sont particulièrement importantes, puis les liens se distendent avec l’automatisation.

  • Dans MNESIS, la rétroaction de la mémoire épisodique vers la mémoire sémantique représente la sémantisation progressive des souvenirs, sans impliquer que tous les souvenirs se sémantisent.

  • Dans MNESIS, la rétroaction de la mémoire épisodique vers les mémoires perceptives met l’accent sur les phénomènes de reviviscence conscients et inconscients, indispensables à la consolidation mnésique.

18. Acquisition de nouveaux savoirs sémantiques

★ À maîtriser

  • Pitel et al. (2009) proposent que l’implication de la mémoire épisodique dans l’acquisition de connaissances sémantiques dépend de la nature des connaissances à acquérir.

  • Le statut sémantique d’un nouveau label peut évoluer par :

    • la répétition
    • la généralisation
    • la décontextualisation

📌 Selon Pitel et al. (2009), l’acquisition d’un nouveau label peut dépendre de la mémoire épisodique, tandis que l’acquisition de catégories et de leurs caractéristiques n’en dépendrait pas.

Compléments

  • Selon Pitel et al., apprendre un nouveau label à partir d’une photo peut dépendre de la mémoire épisodique, car le label possède alors une identité spécifique et unique liée à la représentation rencontrée.

Astuce mémo

Label unique → répétition, généralisation ou décontextualisation → catégorie sémantique.

Tableaux de synthèse

Encodage selon le délai de rappel

ConditionEffet phonologiqueEffet sémantique
Rappel immédiatLa similarité réduit les performancesEffet très faible
Rappel différéEffet non déterminantLa similarité réduit les performances

Sens de la dépendance entre mémoires

ModèleOrdre d’encodageStructures associées
TulvingSémantique puis épisodiqueSémantique : régions parahippocampiques ; épisodique : hippocampe et lobes frontaux
Squire et ZolaÉpisodique puis sémantique par répétitionDeux mémoires : lobe temporal médial et diencéphale médian ; épisodique : lobes frontaux

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Mémoire et registres sensoriels avec 11 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Une équipe étudie la mémoire et soutient que toutes les informations sont traitées par un seul système, alors qu’une autre propose plusieurs sous-systèmes dont l’organisation et les interactions restent discutées. Quelle distinction décrit ces positions ?

2. Quelle interprétation Craik (2001) défend-il au sujet des informations traitées par la mémoire ?

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Mémoire et registres sensoriels avec 10 flashcards interactives.

Qu’est-ce que l’encodage en mémoire ?

Il transforme l’information sensorielle en trace mnésique utilisable.

Que permet le stockage des informations encodées ?

Leur maintien en mémoire.

Quelles plaintes mnésiques Sunderland, Harris et Baddeley ont-ils relevées en 1984 ?

Six plaintes mnésiques fréquentes chez des patients traumatisés crâniens.

Voir les flashcards →

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