Fiche de révision : Application de la loi pénale

Plan du Cours

  1. Définition et caractères du droit pénal
  2. Évolution historique et doctrines pénales
  3. Légalité et classification des infractions
  4. Peines et mesures de sûreté
  5. Sources créatrices et contrôle des règlements
  6. Sources constitutionnelles et internationales
  7. Coutume et jurisprudence pénales
  8. Exigences imposées au législateur
  9. Interprétation stricte par le juge
  10. Qualification des faits et cumul
  11. Loi pénale dans le temps
  12. Rétroactivité de la loi pénale plus douce
  13. Application des lois pénales de forme
  14. Revirements de jurisprudence pénale
  15. Compétence territoriale française
  16. Compétences pénales extraterritoriales
  17. Conceptions de l’infraction
  18. Élément moral et responsabilité pénale

Repères chronologiques

  1. 1789La Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen affirme que la loi ne peut défendre que les actions nuisibles à la société et que nul ne peut être puni sans loi antérieure au délit, légalement appliquée.
  2. 1791Le premier Code pénal est adopté et instaure notamment l’égalité, la modération des peines et leur fixation par la loi.
  3. 1810Le Code pénal napoléonien, plus répressif, réintroduit notamment certaines peines corporelles et la peine de mort, tout en abandonnant la fixité des peines.
  4. 1832Les supplices corporels sont abandonnés et les circonstances atténuantes permettent au juge de prononcer une peine inférieure au minimum légal.
  5. 1er juillet 1994Le nouveau Code pénal entre en vigueur, remplaçant le Code pénal de 1810.
  6. 2010La première question prioritaire de constitutionnalité en matière pénale porte sur le régime de la garde à vue.
  7. 2012Une question prioritaire de constitutionnalité entraîne l’abrogation du délit de harcèlement sexuel, déclaré inconstitutionnel.
  8. 7 avril 2017Le Conseil constitutionnel rappelle que le législateur ne peut réprimer la seule intention délictueuse ou criminelle sans méconnaître le principe de nécessité des délits et des peines.

1. Définition et caractères du droit pénal

Notions clés & Définitions

  • Droit pénal : Branche du droit qui définit les comportements nuisibles à l’ordre public, prévoit les sanctions correspondantes et organise le pouvoir de punir de l’État.
  • Infraction : Acte ou omission interdit par la loi et passible d’une sanction, ou plus largement comportement qui transgresse la loi pénale.
  • Peine : Sanction punitive prévue par la loi et prononcée par une juridiction pénale.

★ À maîtriser

📌 L’infraction décrite est le comportement auquel le Code pénal attache une peine, tandis que l’infraction réalisée est la commission concrète de ce comportement par une personne.

  • Le droit pénal présente les caractères suivants :
    • sanctionnateur
    • protecteur
    • impératif
    • expressif
    • subsidiaire
    • autonome

Compléments

📌 La criminologie recherche scientifiquement les causes et facteurs du passage à l’acte, la psychiatrie criminelle étudie les liens entre pathologies mentales et comportements déviants, et la criminalistique analyse les indices grâce aux techniques scientifiques et aux méthodes d’enquête.

📌 Le principe de subsidiarité impose au droit pénal d’intervenir en dernier recours, selon la logique de l’ultima ratio.

  • Le droit pénal général rassemble les principes communs aux infractions, le droit pénal spécial définit les règles propres à chaque infraction et la procédure pénale encadre leur recherche, leur poursuite et le jugement des personnes mises en cause.

Astuce mémo

Infraction décrite par le Code, infraction réalisée par une personne

2. Évolution historique et doctrines pénales

★ À maîtriser

  • L’évolution du droit de punir passe de la vengeance privée à une vengeance encadrée par la loi, puis à l’indemnisation fixée légalement et enfin au monopole étatique de la punition.

📌 La doctrine rétributive fonde la peine sur la culpabilité et le rétablissement de la justice, la doctrine utilitariste la justifie par la prévention générale et individuelle, et le courant néoclassique associe culpabilité et utilité dans la détermination d’une peine proportionnée.

Compléments

  • L’école positiviste italienne, représentée notamment par Cesare Lombroso, Enrico Ferri et Raffaele Garofalo, explique le passage à l’acte par des facteurs qui déterminent l’individu plutôt que par un choix entièrement libre.

📌 Lombroso privilégie les caractéristiques physiques, Ferri les facteurs socio-économiques, culturels et climatiques, et Garofalo les anomalies psychiques innées pour expliquer la criminalité.

  • Le droit pénal de l’ennemi, développé par Günther Jakobs, fonde le traitement des ennemis de l’ordre juridique sur leur dangerosité et peut justifier une intervention avant le passage à l’acte.

Astuce mémo

Vengeance privée, encadrement légal, monopole étatique de punir

3. Légalité et classification des infractions

★ À maîtriser

📌 Le principe de légalité des délits et des peines interdit de punir un fait qui n’est pas prévu par un texte pénal, selon l’adage nullum crimen, nulla poena sine lege.

📌 La légalité formelle concerne les sources limitées du droit pénal, tandis que la légalité matérielle impose notamment à la loi pénale d’être accessible et prévisible.

  • La classification tripartite distingue crimes, délits et contraventions selon la peine encourue, c’est-à-dire la peine maximale prévue par le législateur.

  • Les crimes sont punis de la réclusion criminelle à perpétuité ou d’une réclusion criminelle à temps de 30, 20, 15 ou 10 ans.

  • Les délits sont punis d’emprisonnement ou d’une amende d’au moins 3 750 €, et l’emprisonnement peut aller de deux mois à dix ans au plus.

  • Les amendes contraventionnelles maximales sont de 38 € en 1re classe, 150 € en 2e, 450 € en 3e, 750 € en 4e et 1 500 € en 5e classe, cette dernière pouvant atteindre 3 000 € en cas de récidive.

Compléments

  • Les crimes relèvent de la cour d’assises ou de la cour criminelle départementale, les délits du tribunal correctionnel et les contraventions du tribunal de police.

4. Peines et mesures de sûreté

Notions clés & Définitions

  • Rétention de sûreté : Maintien après l’exécution de la peine, dans un centre socio-médico-judiciaire de sûreté, d’une personne condamnée pour un crime grave et considérée comme particulièrement dangereuse, notamment en raison d’une probabilité très élevée de récidive liée à un trouble grave de la personnalité.

★ À maîtriser

📌 La peine a pour fondement la culpabilité et vise à punir, tandis que la mesure de sûreté a pour fondement la dangerosité et vise à protéger la société par la prévention.

📌 Une mesure de sûreté ne peut être prononcée qu’après une infraction préalable et doit être prévue par le texte applicable, qui en fixe également la nature, la lourdeur et la durée.

Compléments

  • Selon le cours, les mesures de sûreté échappent au principe de non-rétroactivité et au principe de non-cumul des peines.

Astuce mémo

Culpabilité fonde la peine, dangerosité fonde la mesure de sûreté

5. Sources créatrices et contrôle des règlements

Points essentiels

  • La loi parlementaire détermine les crimes, les délits et leurs peines selon l’article 34 de la Constitution, tandis que le règlement détermine les contraventions et leurs peines selon les articles 37 de la Constitution et 111-2 du Code pénal.

  • Le contrôle par voie d’action devant la juridiction administrative peut annuler un règlement illégal avec un effet rétroactif erga omnes.

📌 Selon l’article 111-5 du Code pénal, le juge pénal peut interpréter les actes administratifs réglementaires ou individuels et en apprécier la légalité lorsque la solution du procès pénal dépend de cet examen.

📌 Par voie d’exception, le juge pénal peut écarter un règlement illégal dans le litige dont il est saisi, mais il ne peut pas l’annuler et sa décision ne produit qu’un effet inter partes.

Astuce mémo

Voie d’action annule erga omnes, exception écarte inter partes

6. Sources constitutionnelles et internationales

Notions clés & Définitions

  • Contrôle de conventionnalité : Vérification de la conformité d’une loi française aux normes internationales ; si la loi leur est contraire, le juge écarte son application dans le litige sans l’annuler ni l’abroger.

★ À maîtriser

  • Le bloc de constitutionnalité garantit notamment l’égalité devant la loi, la liberté de conscience et de religion, la liberté d’expression et de communication, le droit de propriété, la vie privée et le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé.

📌 Les libertés constitutionnelles limitent le pouvoir d’interdiction de l’État, qui ne peut les restreindre que de manière contrôlée et proportionnée.

  • Le Conseil constitutionnel contrôle la constitutionnalité des lois a priori avant leur promulgation et a posteriori après leur entrée en vigueur, notamment par la question prioritaire de constitutionnalité.

  • Selon l’article 55 de la Constitution, les traités et accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, sous certaines conditions, une autorité supérieure à celle des lois.

  • Une convention internationale peut imposer aux États un objectif de protection sans créer directement une infraction pénale, car la création de l’infraction doit passer par le droit national.

  • Le contrôle a priori vérifie la constitutionnalité d’une loi avant sa promulgation, tandis que le contrôle a posteriori intervient après son entrée en vigueur, notamment par la question prioritaire de constitutionnalité (QPC).

  • Les conventions internationales imposent généralement aux États un résultat pénal tout en leur laissant le choix des moyens ; elles ne créent donc pas elles-mêmes une infraction, qui doit être instituée par le droit national.

  • L’article 83 du TFUE permet à l’Union européenne d’établir par directives des règles minimales de définition des infractions et sanctions, que les États membres doivent transposer dans leur droit national.

📌 La CEDH impose aux États des obligations positives de protection effective des droits et libertés et des obligations négatives de ne pas y porter atteinte.

Compléments

  • La première QPC pénale, en 2010, concernait l’ensemble du régime de la garde à vue, et une QPC de 2012 a conduit à l’abrogation du délit de harcèlement sexuel.

  • Les domaines de criminalité particulièrement grave concernés sont : le terrorisme, la traite des êtres humains, l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants, le trafic illicite de drogues et d’armes, le blanchiment d’argent, la corruption, la criminalité informatique, la criminalité organisée

  • Dans l’arrêt Siliadin c. France du 26 juillet 2005, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France pour l’insuffisance de son droit pénal à protéger contre la servitude et le travail forcé.

  • Dans l’arrêt Dudgeon c. Royaume-Uni du 22 octobre 1981, la Cour européenne des droits de l’homme a jugé contraire à l’article 8 de la CEDH l’incrimination de certaines relations homosexuelles consenties entre hommes adultes en Irlande du Nord.

Astuce mémo

La Constitution contrôle la loi ; les traités la dépassent sous conditions.

7. Coutume et jurisprudence pénales

★ À maîtriser

📌 La coutume ne peut pas créer une infraction, mais elle peut contribuer à préciser les contours d’une incrimination ou être prise en compte par la loi pénale.

  • Dans un arrêt du 14 janvier 2026, la Cour de cassation a affirmé qu’il n’existe pas de droit de violence à l’encontre de son enfant et que toute violence commise à son égard est répréhensible.

📌 En vertu du principe de légalité, le juge ne peut pas créer de nouvelles infractions, mais il peut interpréter les dispositions pénales existantes et en préciser la portée.

Compléments

  • L’article 521-1 du Code pénal excepte de ses dispositions les courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée et les combats de coqs dans les localités où une telle tradition peut être établie.

  • La loi du 10 juillet 2019 a inscrit à l’article 371-1 du Code civil que l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques, sans assortir cette disposition de sanctions spécifiques.

  • Dans un arrêt du 13 mars 2024, la Cour de cassation a jugé que les « biens quelconques » visés par l’article 314-1 du Code pénal incluent les biens meubles et immeubles, étendant ainsi l’abus de confiance aux immeubles.

Astuce mémo

La coutume précise parfois ; elle ne crée jamais l’infraction.

8. Exigences imposées au législateur

★ À maîtriser

  • Le principe de légalité oblige le législateur à définir précisément les infractions et à leur associer une peine, afin que la répression soit prévisible et limitée aux comportements expressément visés.

  • Le Conseil constitutionnel déduit de l’article 8 de la DDHC l’obligation de définir les infractions en termes suffisamment clairs et précis pour exclure l’arbitraire, exigence affirmée notamment les 19 et 20 janvier 1981.

  • Pour la Cour européenne des droits de l’homme, une règle peut être suffisamment précise si le texte et, au besoin, son interprétation jurisprudentielle permettent à l’individu de savoir quels actes engagent sa responsabilité, tandis que l’approche française exige notamment une définition législative claire.

  • La sanction pénale doit être utilisée en dernier recours, selon le principe d’ultima ratio, et seules les conduites portant atteinte à une valeur nécessaire à l’ordre social doivent être incriminées.

  • Le contrôle direct de nécessité vérifie notamment qu’une incrimination ne fait pas doublon et que le comportement peut porter atteinte à la valeur protégée, tandis que le contrôle indirect vérifie qu’elle ne restreint pas excessivement une liberté supralégislative.

  • Selon l’article 8 de la DDHC, les peines doivent être strictement et évidemment nécessaires et leur gravité doit être proportionnée à celle de l’infraction ; le Conseil constitutionnel censure seulement les peines manifestement disproportionnées.

Compléments

  • Le Conseil constitutionnel a censuré, dans une décision du 16 septembre 2011, l’article 222-1 du Code pénal parce que la notion de « famille » utilisée pour définir les actes incestueux n’était pas suffisamment définie.

  • Dans une QPC du 4 mai 2012, le Conseil constitutionnel a censuré la définition du harcèlement visant à obtenir des faveurs sexuelles, car le terme « harceler » était trop imprécis.

  • Une peine de deux ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende pour conduite sous l’emprise de stupéfiants a été jugée proportionnée, tandis que deux ans d’emprisonnement pour la simple consultation répétée de sites faisant l’apologie du terrorisme ont été jugés manifestement disproportionnés.

Astuce mémo

Une loi imprécise ou inutile expose à l’arbitraire et à la censure.

9. Interprétation stricte par le juge

★ À maîtriser

  • L’article 111-4 du Code pénal dispose que la loi pénale est d’interprétation stricte, ce qui interdit au juge de dépasser les limites fixées par les textes pour créer des infractions ou des sanctions.

  • Face à un texte pénal clair, le juge suit son sens littéral ; face à un texte obscur, il doit l’interpréter plutôt que refuser de l’appliquer.

  • L’interprétation stricte n’impose pas de retenir le sens le plus étroit possible du texte, et l’analogie est en principe interdite lorsqu’elle étend une incrimination à une situation non prévue.

Compléments

  • Le raisonnement par analogie peut être admis lorsqu’il est favorable à la personne poursuivie, lorsqu’un progrès technologique rendait la situation imprévisible pour le législateur, ou en matière procédurale.

  • Dans un arrêt de 1912, la Cour de cassation a admis que l’électricité pouvait faire l’objet d’un vol malgré l’impossibilité de l’appréhender matériellement, solution consacrée par le législateur en 1992.

  • Lorsque le texte obscur conduit à une absurdité, le juge en rétablit le sens ; lorsqu’il est polysémique, il recherche la volonté du législateur, puis retient l’interprétation la plus favorable à la personne mise en cause s’il ne peut trancher.

Astuce mémo

Texte clair : lettre ; texte obscur : sens recherché.

10. Qualification des faits et cumul

Notions clés & Définitions

  • Qualification des faits : Opération intellectuelle consistant à analyser des faits concrets pour les faire entrer dans une catégorie juridique définie par les textes.

★ À maîtriser

📌 Si les faits ne correspondent à aucune qualification juridique, le prévenu doit être relaxé ou l’accusé acquitté ; un fait pouvant recevoir plusieurs qualifications constitue un concours idéal de qualifications.

📌 Le principe non bis in idem interdit en principe de poursuivre ou punir pénalement plusieurs fois une personne pour les mêmes faits, mais la jurisprudence a admis depuis le 15 décembre 2021 le cumul de qualifications sous certaines conditions.

  • Le cumul des qualifications est exclu lorsque les infractions sont incompatibles, lorsqu’une qualification est spéciale face à une qualification générale, ou lorsqu’une qualification constitue un élément constitutif ou une circonstance aggravante de l’autre.

Compléments

  • Le vol et le recel sont incompatibles lorsque le recel porte sur la chose issue du vol, tandis que le vol et le blanchiment peuvent être cumulés, notamment en cas d’auto-blanchiment.

Astuce mémo

Le cumul est désormais possible, sauf trois exceptions.

11. Loi pénale dans le temps

★ À maîtriser

  • Les lois pénales de fond déterminent les incriminations, leurs sanctions et les règles de responsabilité pénale ; l’article 112-1 du Code pénal régit leur application dans le temps.

  • Une loi pénale de fond plus sévère ne s’applique pas aux faits commis avant son entrée en vigueur, car la personne doit pouvoir prévoir les conséquences pénales de son comportement.

  • La date de commission d’une infraction instantanée correspond à sa réalisation en un trait de temps ; celle d’une infraction continue se prolonge tant que dure son exécution ; pour les infractions complexes et d’habitude, elle correspond au dernier acte.

  • Selon l’article 112-1 du Code pénal, une loi pénale plus douce s’applique aux faits antérieurs à son entrée en vigueur qui n’ont pas donné lieu à une condamnation passée en force de chose jugée.

Compléments

  • Est notamment plus sévère la loi qui incrimine un comportement auparavant licite, élargit une incrimination, crée une catégorie de personnes pénalement responsables ou aggrave les sanctions.

  • L’infraction complexe suppose plusieurs actes distincts, tandis que l’infraction d’habitude suppose plusieurs actes identiques, généralement au moins deux.

  • Les lois déclaratives constatent des règles préexistantes et les lois interprétatives précisent le sens d’une loi antérieure sans innover ; elles peuvent s’appliquer rétroactivement aux affaires non définitivement jugées.

  • Les mesures de sûreté peuvent en principe rétroagir parce qu’elles sont préventives et ne constituent pas des peines, mais le Conseil constitutionnel a jugé le 21 février 2008 que la rétention de sûreté, privative de liberté, ne pouvait pas rétroagir comme une mesure ordinaire.

  • La rétroactivité in mitius a une valeur constitutionnelle depuis la décision des 19 et 20 janvier 1981 et une valeur conventionnelle notamment au titre de l’article 15 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, de l’article 49 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et de l’article 7 de la CEDH depuis l’arrêt Scoppola c. Italie.

📌 Lorsqu’une loi dépénalise un fait après une condamnation, l’article 112-4, alinéa 2, du Code pénal prévoit que la peine cesse d’être exécutée, sans que la condamnation soit effacée.

  • Une loi peut être plus douce lorsqu’elle : réduit le champ d’application d’une incrimination, instaure un nouveau fait justificatif, réduit ou supprime une peine, supprime une circonstance aggravante, ajoute une peine alternative à l’emprisonnement

Astuce mémo

La loi plus sévère ne rétroagit pas ; la loi plus douce, si.

12. Rétroactivité de la loi pénale plus douce

★ À maîtriser

📌 Selon l’article 112-1, alinéa 3, du Code pénal, une disposition pénale nouvelle moins sévère s’applique aux infractions antérieures qui n’ont pas donné lieu à une condamnation passée en force de chose jugée.

📌 Lorsqu’une loi supprime une incrimination après une condamnation, l’article 112-4, alinéa 2, du Code pénal met fin à l’exécution de la peine, sans effacer la condamnation.

Compléments

  • La rétroactivité in mitius a valeur constitutionnelle depuis la décision du Conseil constitutionnel des 19 et 20 janvier 1981, qui la rattache au principe de nécessité des peines.

  • Une loi peut être moins sévère si elle : réduit le champ d’application d’une incrimination, crée un fait justificatif, réduit ou supprime une peine, supprime une circonstance aggravante, ajoute une peine alternative à l’emprisonnement

📌 Si une loi pénale mêle des dispositions divisibles plus douces et plus sévères, les premières rétroagissent et les secondes ne rétroagissent pas ; si elles sont indissociables, la sévérité globale ou celle de la disposition principale détermine le régime.

  • Lorsque plusieurs lois se succèdent, la Cour de cassation applique la loi la plus favorable qui a été applicable entre-temps, même si elle a été remplacée avant le jugement par une loi plus sévère.

Astuce mémo

Loi plus douce : retour vers le passé ; loi plus sévère : pas de rétroactivité.

13. Application des lois pénales de forme

Notions clés & Définitions

  • Lois pénales de forme : Lois relatives à la procédure pénale, à l’exécution des peines et à la prescription.
  • Prescription de l’action publique : Empêche l’exercice des poursuites après l’écoulement d’un délai d’inaction.
  • Prescription de la peine : Empêche la mise à exécution d’une condamnation après l’écoulement d’un certain délai.

★ À maîtriser

  • Selon l’article 112-2 du Code pénal, les lois pénales de forme sont en principe d’application immédiate, mais uniquement pour l’avenir, et le législateur peut prévoir des dérogations.

  • Les lois de compétence et d’organisation judiciaire s’appliquent immédiatement aux infractions antérieures tant qu’aucun jugement au fond n’a été rendu en première instance.

  • Les lois relatives au régime d’exécution et d’application des peines s’appliquent immédiatement, sauf si elles rendent plus sévères les peines prononcées, auquel cas elles ne s’appliquent qu’aux condamnations pour des faits postérieurs à leur entrée en vigueur.

  • Une loi nouvelle modifiant les délais de prescription s’applique aux infractions dont la prescription n’est pas acquise à la date de son entrée en vigueur.

Compléments

📌 Les lois fixant les modalités des poursuites et les formes de la procédure s’appliquent immédiatement, sauf celles qui concernent la nature ou les cas d’ouverture des recours, leurs délais et la qualité des personnes admises à se pourvoir, applicables seulement aux recours formés après leur entrée en vigueur.

  • Depuis la loi du 27 février 2017, les délais de prescription de l’action publique sont en principe de 20 ans pour les crimes, 6 ans pour les délits et 1 an pour les contraventions.

14. Revirements de jurisprudence pénale

★ À maîtriser

📌 Selon l’arrêt Pessino c. France du 10 octobre 2006, une interprétation jurisprudentielle nouvelle ne peut s’appliquer à des faits antérieurs que si son évolution était raisonnablement prévisible pour la personne concernée. - Cour européenne des droits de l’homme

Compléments

📌 L’interprétation jurisprudentielle est en principe considérée comme rétroactive, car la jurisprudence est traditionnellement réputée faire corps avec la loi qu’elle interprète.

  • La Cour de cassation a jugé, dans un arrêt du 13 mars 2024 relatif à l’abus de confiance portant sur un immeuble, que l’évolution jurisprudentielle en cause était prévisible.

  • La prévisibilité d’un revirement s’apprécie notamment au regard : de la situation de la personne, notamment lorsqu’il s’agit d’un professionnel, de l’existence d’une jurisprudence annonciatrice, par exemple certains arrêts d’espèce, de la possibilité de recourir aux conseils d’un professionnel du droit

Astuce mémo

Revirement prévisible : application possible au passé ; imprévisible : application écartée.

15. Compétence territoriale française

Notions clés & Définitions

  • Théorie de l’indifférence : Considère que l’acte comme le résultat peuvent constituer un fait constitutif permettant de localiser l’infraction en France.
  • Solidarité des compétences : Signifie que la compétence du juge pénal français ne peut être dissociée de l’applicabilité de la loi pénale française.

★ À maîtriser

  • Selon l’article 113-2 du Code pénal, la loi pénale française s’applique aux infractions commises sur le territoire de la République dès lors qu’un de leurs faits constitutifs y a eu lieu, indépendamment de la nationalité de l’auteur ou de la victime.

  • Selon l’article 113-2-1 du Code pénal, un crime ou délit commis au moyen d’un réseau de communication électronique est réputé commis en France s’il atteint au moins le stade de la tentative et vise une personne physique résidant en France ou une personne morale y ayant son siège.

  • La complicité commise en France d’un crime ou délit principal commis à l’étranger relève de l’article 113-5, alinéa 1er, si l’infraction est punie par les lois française et étrangère et a été constatée par une décision définitive d’une juridiction étrangère.

Compléments

  • Le territoire de la République comprend :
    • le territoire métropolitain
    • le territoire ultramarin
    • les eaux territoriales
    • l’espace aérien français

📌 La compétence territoriale s’étend aux navires battant pavillon français et aux aéronefs immatriculés en France, même lorsqu’ils se trouvent à l’étranger.

  • La loi du 3 juin 2016 a créé l’article 113-2-1 du Code pénal, qui assimile sous conditions certaines infractions électroniques à des infractions commises en France.

📌 La seule accessibilité en France de propos publiés depuis l’étranger ne suffit pas à établir une publication sur le territoire français ; il faut un élément de rattachement, tel qu’un contenu en français, des références à la France ou un contexte particulier.

  • Dans un arrêt du 7 novembre 2023 sur l’apologie publique d’actes de terrorisme, la Cour de cassation a jugé que la seule accessibilité en France de propos diffusés depuis l’étranger ne caractérise pas une publication en France.

📌 L’article 113-5, alinéa 2, rend la loi française applicable aux actes d’instigation commis en France concernant certains crimes du livre II commis à l’étranger, sans exiger la double incrimination ni une décision définitive étrangère.

16. Compétences pénales extraterritoriales

Notions clés & Définitions

  • Compétence universelle : Permet de juger certaines infractions commises à l’étranger par des étrangers sur des étrangers sans lien de rattachement avec la France.

★ À maîtriser

  • Les compétences extraterritoriales reposent sur : un lien personnel lié à la nationalité, un lien réel lié à l’atteinte aux intérêts français, l’absence de lien de rattachement pour la compétence universelle

  • La compétence personnelle active permet de juger un Français ayant commis à l’étranger un crime, ou un délit également réprimé par la loi étrangère, sous réserve des exceptions à la double incrimination.

  • La compétence personnelle passive s’applique aux crimes et aux délits punis d’une peine d’emprisonnement lorsque la victime directe était française au moment des faits.

  • Pour les délits relevant des compétences personnelles active ou passive, l’article 113-8 exige une poursuite par le ministère public précédée d’une plainte de la victime ou de ses ayants droit, ou d’une dénonciation officielle de l’autorité du pays des faits.

  • La compétence réelle permet de juger à l’étranger les crimes et délits portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la France, sans condition de double incrimination ni application du principe de non bis in idem selon le cours.

  • La compétence universelle conventionnelle exige un fondement prévu par une convention internationale et mis en œuvre en droit interne, ainsi que la présence en France de la personne poursuivie, la tentative étant également visée lorsqu’elle est punissable.

  • L’article 113-8-2 permet de poursuivre en France un étranger pour un crime ou délit commis à l’étranger et puni d’au moins cinq ans d’emprisonnement lorsque son extradition ou sa remise a été refusée pour l’un des motifs prévus par cet article.

Compléments

  • La compétence personnelle active peut s’appliquer si l’auteur est français au moment des faits ou du jugement, y compris s’il acquiert la nationalité française après les faits.

  • La compétence personnelle active ne s’applique pas aux contraventions et concerne les infractions commises personnellement par l’auteur, sans inclure les actes de complicité.

  • Selon l’article 113-9, une poursuite fondée sur la compétence personnelle est exclue si la personne a été définitivement jugée à l’étranger pour les mêmes faits et, en cas de condamnation, si la peine a été exécutée ou est prescrite.

  • L’article 113-10 du Code pénal vise les atteintes aux intérêts fondamentaux de la nation, la falsification et la contrefaçon de certains signes ou valeurs publics, ainsi que les crimes et délits contre les agents ou locaux diplomatiques ou consulaires français commis à l’étranger.

📌 L’article 113-13 du Code pénal rend la loi française applicable aux crimes et délits terroristes commis à l’étranger par un Français ou par une personne résidant habituellement en France.

Astuce mémo

P-R-U : personnelle, réelle, universelle.

17. Conceptions de l’infraction

★ À maîtriser

  • La conception objective définit l’infraction à partir des actes portant atteinte aux valeurs protégées, tandis que la conception subjective la fonde sur la dangerosité de la personne pour la société.

  • En pratique, une infraction comporte un élément matériel et un élément moral déterminé par la loi ; l’élément moral seul ne suffit pas à la caractériser.

  • Selon l’article 121-3 du Code pénal, les crimes et délits sont intentionnels sauf lorsque la loi prévoit un délit de mise en danger délibérée ou un délit résultant d’une faute d’imprudence, de négligence ou du manquement à une obligation légale ou réglementaire de prudence ou de sécurité.

Compléments

  • Beccaria affirme que « la vraie mesure des crimes est le tort qu’ils font à la nation et non à l’intention du coupable ».

  • La conception subjective privilégie la prévention du passage à l’acte et peut conduire à fonder l’intervention pénale sur la personnalité, ce qui soutient le principe d’individualisation de la sanction.

Astuce mémo

Objective : l’acte et l’atteinte ; subjective : la dangerosité de l’auteur.

18. Élément moral et responsabilité pénale

Notions clés & Définitions

  • Élément matériel : Correspond aux agissements positifs ou négatifs qui portent atteinte à un intérêt protégé ou sont susceptibles de lui porter atteinte.
  • Circonstances préalables : Situations particulières dans lesquelles certaines infractions peuvent se développer, comme l’existence d’un bien appartenant à autrui pour le vol ou d’une personne vivante autre que l’auteur pour le meurtre.

★ À maîtriser

  • Toute infraction comporte un élément matériel et un élément moral, ce dernier étant déterminé par la loi.

  • Une simple pensée criminelle n’est en principe pas réprimée en l’absence de commencement d’exécution ou de comportement matériel incriminé.

  • Selon l’article 121-3 du Code pénal, il n’y a pas de crime ou de délit sans intention, sauf lorsque la loi prévoit un délit en cas de mise en danger délibérée d’autrui ou de faute d’imprudence, de négligence ou de manquement à une obligation légale ou réglementaire de prudence ou de sécurité, si l’auteur n’a pas accompli les diligences normales compte tenu de ses missions, fonctions, compétences, pouvoirs et moyens.

  • Le législateur peut incriminer des comportements susceptibles de conduire à une atteinte à l’ordre public, en remontant la chaîne des comportements pouvant y conduire.

  • Le droit pénal est autonome par rapport au droit civil : la nullité civile du contrat préalable à un abus de confiance ne fait pas nécessairement obstacle à la qualification pénale.

Compléments

  • Le meurtre est présenté comme une infraction intentionnelle, tandis que l’homicide involontaire est présenté comme une infraction non intentionnelle.

📌 Les circonstances préalables sont souvent présentées comme neutres et étrangères au droit pénal, mais la circonstance préalable du recel, qui est la commission d’une infraction antérieure telle qu’un vol, n’est pas nécessairement neutre sur le plan pénal.

  • Lors d’un accident de voiture impliquant une femme enceinte, le fœtus ne peut en principe pas être considéré comme une victime d’homicide involontaire au moment de l’accident, car la condition d’existence d’une personne vivante autre que l’auteur n’est pas remplie.

Astuce mémo

L’intention seule ne suffit pas : elle doit s’ajouter à un comportement matériel

Tableaux de synthèse

Peine et mesure de sûreté

NotionFondementFinalité
PeineCulpabilitéPunir
Mesure de sûretéDangerositéProtéger la société et prévenir

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Teste tes connaissances sur Application de la loi pénale avec 62 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Quel est le rôle général du droit pénal dans la société ?

2. Un Code pénal décrit un comportement interdit, puis une personne accomplit concrètement ce comportement : quelle distinction s’applique ?

Faire le QCM →

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Quelles fonctions le droit pénal remplit-il à l’égard de l’ordre public et du pouvoir de punir ?

Il définit les comportements nuisibles, prévoit les sanctions correspondantes et organise le pouvoir de punir de l’État.

Qu’est-ce qu’une infraction au sens large ?

Un comportement qui transgresse la loi pénale.

Qu’est-ce qui distingue l’infraction décrite de l’infraction réalisée ?

L’infraction décrite est le comportement auquel le Code pénal attache une peine, tandis que l’infraction réalisée est sa commission concrète par une personne.

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