Fiche de révision : Introduction à la criminologie critique et ses enjeux

📋 Plan du Cours

  1. Situations problématiques et limites du droit pénal
  2. Rôle des sciences humaines et normalisation du pouvoir
  3. Criminologie critique : rapports de force et criminalisation
  4. Sélectivité des statistiques officielles et criminalité
  5. Sécurité subjective et enquêtes sur la sécurité
  6. De la discipline au contrôle : rationalité pénale
  7. Criminologie féministe et intersectionnalité
  8. Crimes des puissants et criminalité d’État
  9. Entrepreneurs moraux et (dé)criminalisation
  10. Victimologie : victime idéale et victimisation secondaire
  11. Justice réparatrice et besoins complexes des victimes
  12. Paradigme postiviste et criminel comme produit social

📖 1. Situations problématiques et limites du droit pénal

🔑 Notions clés & Définitions

  • Situations problématiques : Les situations problématiques sont des faits sociaux perçus comme gênants ou nuisibles par au moins une personne, pas uniquement comme des infractions pénales.
  • Droit pénal évolutif : Le droit pénal évolutif désigne le fait que les comportements punissables changent dans le temps et selon les pays, ce qui rend son usage comme base scientifique instable.
  • Harcèlement obsessionnel : Le harcèlement obsessionnel est un comportement qui n’était pas punissable autrefois mais qui l’est aujourd’hui, illustrant l’évolution du droit pénal.
  • Définition des normes : La définition des normes correspond au processus social et politique qui fixe ce qui est considéré comme problématique ou punissable.

📝 Points essentiels

  • La criminologie ne peut pas se laisser dicter entièrement par le droit pénal sans fragiliser son caractère scientifique.
  • Certains comportements peuvent être nuisibles ou générer un sentiment d’insécurité sans être punissables pénalement.
  • Le droit pénal varie dans le temps, ce qui oblige à éviter une définition de l’objet fondée uniquement sur des textes changeants.
  • Le droit pénal varie aussi d’un pays à l’autre, par exemple pour des pratiques autorisées sous conditions en Belgique mais pas ailleurs.
  • L’élargissement de l’objet de la criminologie déplace la question vers qui décide ce qui est autorisé ou interdit et comment la société réagit à ces définitions.

💡 Astuce mémo

Droit pénal = cible mouvante : si tu t’y accroches, la science “glisse” (temps + pays).

📖 2. Rôle des sciences humaines et normalisation du pouvoir

🔑 Notions clés & Définitions

  • Pensée conflictuelle : Approche qui considère que le droit n’est pas neutre et qu’il naît de conflits entre groupes aux intérêts divergents.
  • Criminologie radicale : Courant qui applique le marxisme à la criminalité et au droit pénal en liant criminalisation et rapports de pouvoir.
  • Criminologie critique : Courant qui prolonge le modèle conflictuel en analysant la réaction sociale et l’administration pénale comme des constructions sociales.
  • Criminalisation primaire : Processus par lequel des comportements sont définis comme infractions par le droit et la législation.
  • Criminalisation secondaire : Processus par lequel, une fois l’infraction définie, des personnes sont contrôlées, poursuivies et sanctionnées de façon sélective.

📝 Points essentiels

  • La pensée conflictuelle traite le droit comme un produit de rapports de force, pas comme un instrument neutre.
  • La criminologie radicale voit le droit pénal comme un outil de contrôle social qui contribue à maintenir les rapports de pouvoir et de propriété existants.
  • Richard Quinney soutient que la législation et la justice pénale servent surtout à préserver l’ordre capitaliste et à protéger les intérêts des groupes dominants.
  • Rusche et Kirchheimer relient la sévérité des peines à la conjoncture du marché du travail : main-d’œuvre rare = peines plus clémentes, chômage élevé = peines plus sévères.
  • La criminologie critique applique systématiquement l’idée que le droit pénal et son application renforcent souvent les inégalités de pouvoir.
  • Dans The New Criminology (1973), Taylor, Walton et Young décrivent la criminalité comme un processus social et politique, centré sur la réaction du système plutôt que sur l’acte seul.

💡 Astuce mémo

Droit non neutre → conflits → définition puis application sélective : primaire (loi) / secondaire (poursuite).

📖 3. Criminologie critique : rapports de force et criminalisation

🔑 Notions clés & Définitions

  • Savoir-pouvoir : Notion foucaldienne selon laquelle la production de connaissances et l’exercice du pouvoir se renforcent mutuellement dans la société.
  • Criminalisation primaire : Notion de criminologie féministe qui désigne la définition de ce qui est considéré comme punissable, influencée par des rapports de force.
  • Criminalisation secondaire : Notion de criminologie féministe qui désigne l’application concrète du droit pénal dans des situations réelles, sous l’influence de normes sociales.
  • Double standard : Concept selon lequel un même comportement est jugé différemment selon le genre de la personne qui le commet.
  • Intersectionnalité : Concept selon lequel des formes d’inégalité (genre, race, classe) s’entrecroisent et produisent des expériences spécifiques, non réductibles à une seule catégorie.

📝 Points essentiels

  • Les institutions modernes (écoles, usines, hôpitaux, prisons) observent, classifient et cherchent à faire respecter des normes par les personnes qu’elles encadrent.
  • Le savoir scientifique (criminologie, psychiatrie, psychologie) n’est pas neutre : il sert à classer, évaluer et normaliser des individus, ce qui soutient le droit pénal.
  • Le droit pénal ne poursuit pas toutes les pratiques illégales : il sélectionne certains comportements et certains groupes, en lien avec des rapports de force sociaux.
  • L’échec de la prison n’est pas accidentel : la prison persiste car elle remplit une fonction plus large de contrôle, de normalisation et de production de savoir.
  • La prison et la peine ne sont pas seulement des réponses au crime : elles s’inscrivent dans une rationalité sociale où pouvoir, savoir et normalisation structurent la gouvernance.
  • Garland prolonge l’idée de non-neutralité du pénal en expliquant le tournant récent vers la sécurité et la gestion des risques à partir des années 1980.

💡 Astuce mémo

Savoir-pouvoir = “connaître pour classer, classer pour contrôler”.

📖 4. Sélectivité des statistiques officielles et criminalité

🔑 Notions clés & Définitions

  • Égalité formelle : Notion juridique selon laquelle les règles s’appliquent sans distinction explicite entre groupes, sur le papier.
  • Égalité matérielle : Notion selon laquelle l’égalité se juge aux effets concrets produits par l’application des règles dans la société.
  • Intersectionnalité : Approche qui considère que des inégalités comme le genre, la race et la classe sociale se combinent et se renforcent.
  • Criminalisation primaire : Étape où un comportement est ou non défini comme infraction par le droit et donc intégré aux catégories pénales.
  • Criminalisation secondaire : Étape où, même si un fait est punissable, les poursuites et sanctions effectives varient selon les acteurs et les ressources.

📝 Points essentiels

  • Les statistiques pénales peuvent être trompeuses car des inégalités apparaissent surtout dans l’application, pas forcément dans le texte des lois.
  • Le droit peut sembler neutre (égalité formelle) tout en produisant des effets inégaux (égalité matérielle) via normes sociales et préjugés implicites.
  • Les stéréotypes de genre peuvent modifier l’interprétation d’un même comportement selon qu’il est attribué à un garçon ou à une fille.
  • La combinaison de caractéristiques (genre et race notamment) peut créer des formes spécifiques de discrimination quand le droit ne voit que des catégories séparées.
  • La criminologie critique invite à dépasser le texte légal pour analyser le fonctionnement concret du système pénal dans la société.
  • Dans la criminalité en col blanc, la sous-représentation provient souvent d’une criminalisation primaire limitée (faits traités par droit administratif/civil ou instances spécialisées).

💡 Astuce mémo

Ne confonds pas papier et pratique : égalité formelle ≠ égalité matérielle, et les statistiques reflètent surtout la criminalisation primaire/secondaire.

📖 5. Sécurité subjective et enquêtes sur la sécurité

🔑 Notions clés & Définitions

  • Criminologie verte : Approche criminologique qui élargit la notion de crime aux préjudices sociaux comme la pollution et les risques sanitaires liés aux activités économiques.
  • Criminalité d'État : Champ de recherche qui étudie comment les États peuvent être impliqués dans des violences ou préjudices graves, au-delà de la simple application des lois.
  • Criminologie critique : Courant qui analyse la criminalisation comme un produit social, en reliant droit pénal et rapports de force (genre, intersectionnalité, pouvoir économique, pouvoir étatique).
  • Interactionnisme symbolique : Perspective constructiviste selon laquelle la société se construit dans les interactions quotidiennes, où les individus donnent sens aux situations via langage et symboles.
  • Criminologie culturelle : Courant centré sur la façon dont la culture, les symboles et les représentations participent à la construction de la criminalité et de la réaction sociale.

📝 Points essentiels

  • La criminologie verte traite certains dommages sociaux (pollution, risques sanitaires) comme des préjudices pouvant rester hors du champ pénal ou n’y être que partiellement traités.
  • La criminalité d'État pose la question de l'implication des États dans des formes graves de violence ou de préjudice, parfois via des pratiques illégales ou préjudiciables.
  • Chambliss et Cohen montrent que les États ne font pas que sanctionner : ils peuvent aussi nier, minimiser ou justifier des violations des droits humains.
  • La criminologie critique cherche à expliquer qui définit le crime, qui contrôle et punit, et qui peut échapper à la responsabilité malgré des dommages importants.
  • L'interactionnisme symbolique explique la déviance par la construction sociale du sens : ce qui est « normal » ou « déviant » n’est pas figé.
  • Les règles informelles peuvent devenir formelles via des mouvements sociaux et des processus politiques, et l’inverse peut aussi se produire (acceptation puis dépénalisation).

💡 Astuce mémo

Préjudice→(souvent) hors pénal : criminologie verte ; Pouvoir→(souvent) dans l’État : criminalité d'État ; Sens→(toujours) construit : interactionnisme symbolique ; Culture→(toujours) médiatise : criminologie culturelle.

📖 6. De la discipline au contrôle : rationalité pénale

🔑 Notions clés & Définitions

  • Victimologie : La victimologie est le domaine qui étudie les victimes et la victimisation, notamment les conséquences de la criminalité et la manière dont les institutions traitent les victimes.
  • Victimisation secondaire : La victimisation secondaire désigne une victimisation supplémentaire subie après l’acte initial, due au traitement par les institutions et les professionnels.
  • Victime idéale : La victime idéale est un stéréotype qui décrit les victimes plus facilement reconnues comme « véritables » par la société, selon des caractéristiques perçues comme légitimes.
  • Besoins des victimes : Les besoins des victimes regroupent les attentes concrètes et psychologiques qu’elles expriment face au système pénal, au-delà des dommages matériels.
  • Pénalité : La pénalité est la manière dont le droit pénal fonctionne, en tant que système hostile, abstrait, négatif et centré sur la responsabilité individuelle.

📝 Points essentiels

  • La victimologie apparaît comme champ de recherche en criminologie dans les années 1940-1950, avec Mendelsohn et von Hentig comme pionniers.
  • La victimologie primitive mettait l’accent sur le rôle potentiel de la victime dans la survenue du crime, parfois jusqu’à une forme de responsabilité.
  • À partir des années 1960, l’attention se déplace vers les conséquences de la criminalité sur les victimes sous l’effet de mouvements sociaux, d’études sur des violences extrêmes et de critiques du droit pénal.
  • La victimisation secondaire (Symonds, 1980) correspond à un second préjudice ressenti quand les victimes ne se sentent pas écoutées, respectées ou informées lors des contacts institutionnels.
  • Symonds relie la vulnérabilité à la victimisation secondaire à l’état de choc et aux attentes difficiles à exprimer au moment des premiers contacts avec les institutions.
  • Christie (The Ideal Victim) montre que la reconnaissance du statut de victime dépend d’attentes sociales, ce qui peut rendre certaines victimes moins crédibles et donc moins soutenues.

💡 Astuce mémo

Victimologie → Victimisation secondaire : « après le crime, le système peut blesser aussi ».

📖 7. Criminologie féministe et intersectionnalité

🔑 Notions clés & Définitions

  • Justice réparatrice : Approche pénale centrée sur la reconnaissance du préjudice et sur sa réparation, plutôt que sur la seule punition.
  • Réintégration par la honte : Idée interactionniste selon laquelle l’auteur doit reconnaître le tort causé et la société doit ensuite favoriser sa réinsertion.
  • Triangle réparateur : Modèle de la justice réparatrice qui organise la réponse au délit autour de la victime, de l’auteur et de la communauté.
  • Victimisation secondaire : Préjudice subi par la victime non seulement à cause du délit, mais aussi à cause de la manière dont les institutions réagissent.
  • Victime idéale : Notion qui désigne une image simplifiée de la victime, qui ne correspond qu’à une partie des situations réelles.

📝 Points essentiels

  • Un délit est traité comme un conflit entre personnes, pas uniquement comme une violation de la loi, ce qui déplace l’attention vers les conséquences pour les victimes et les relations.
  • La justice réparatrice vise une réparation matérielle, psychologique et relationnelle, avec un objectif de restauration des liens sociaux.
  • La réaction sociale doit combiner reconnaissance du préjudice par l’auteur et réintégration dans la communauté, ce qui dépasse la logique de condamnation.
  • Le contexte des années 1980 favorise l’essor d’approches alternatives : baisse de confiance envers le système pénal, limites de certaines stratégies classiques, austérité et médiation moins coûteuse.
  • Howard Zehr propose une autre « lentille » : le crime est surtout un préjudice causé à des personnes et à des relations, pas seulement une infraction.
  • Le triangle réparateur impose de tenir compte des intérêts et besoins de la victime, de la responsabilité de l’auteur et du rôle de la communauté dans le soutien et la réinsertion.

💡 Astuce mémo

Préjudice → Réparation : Victime (dire) / Auteur (assumer) / Communauté (réintégrer).

📖 8. Crimes des puissants et criminalité d’État

🔑 Notions clés & Définitions

  • Rationalité limitée : La rationalité limitée désigne le fait que les auteurs ne disposent pas d’informations complètes et décident souvent vite, sans calcul parfait.
  • Implication criminelle : L’implication criminelle correspond à la décision générale d’un individu de s’engager dans la criminalité, influencée par des facteurs personnels et sociaux.
  • Événements criminels : Les événements criminels sont les décisions concrètes de commettre un délit précis à un moment donné, fortement guidées par la situation.
  • Scénario criminel : Le scénario criminel décrit une suite d’étapes successives (recherche de cible, accès, commission, fuite) qui aide à repérer les points d’intervention.
  • Prévention situationnelle de la criminalité : La prévention situationnelle vise à modifier l’environnement pour rendre les délits plus difficiles, plus risqués ou moins attrayants.

📝 Points essentiels

  • Les auteurs évaluent avantages, coûts/risques et probabilité de réussite, mais leur calcul reste pratique et incomplet, donc non « parfait ».
  • L’implication criminelle renvoie à l’entrée générale dans la criminalité, tandis que l’événement criminel renvoie au choix d’un délit spécifique à un instant donné.
  • Les décisions d’un délit dépendent de facteurs situationnels comme le besoin immédiat d’argent, la présence d’une cible et le niveau de surveillance.
  • La théorie du choix rationnel est présentée comme une variante moderne de la dissuasion classique, centrée sur le rapport coût-avantage.
  • La prévention vise à réduire l’attrait des situations propices et à augmenter les risques/coûts ou diminuer les avantages potentiels.
  • La prévention situationnelle se concentre sur les circonstances du passage à l’acte plutôt que sur la personnalité ou le traitement des auteurs.

💡 Astuce mémo

Coût + risque + chance = décision, mais infos manquent → calcul « à la va-vite ».

📖 9. Entrepreneurs moraux et (dé)criminalisation

🔑 Notions clés & Définitions

  • Réinsertion sociale : La réinsertion sociale désigne l’objectif de réintégrer l’auteur dans la société plutôt que de se limiter à le punir.
  • Identification précoce des personnes à risque : L’identification précoce des personnes à risque consiste à repérer des individus avant tout passage à l’acte, pour anticiper un danger.
  • Déterminisme comportemental : Le déterminisme comportemental affirme que le comportement criminel serait en partie prévisible à partir de causes internes ou de conditions données.
  • Personnalité criminelle : La personnalité criminelle désigne l’idée qu’un ensemble de traits psychologiques rend certaines personnes plus enclines à la délinquance.

📝 Points essentiels

  • Le déplacement historique va de la punition vers la protection de la société et la prise en charge de l’auteur.
  • L’identification précoce suppose un cadre déterministe où le passage à l’acte serait anticipable.
  • Les explications centrées sur la personne gagnent avec l’essor de la psychologie à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.
  • La psychanalyse de Freud structure la personnalité en ça, surmoi et moi, et relie la criminalité à un développement psychique perturbé.
  • Après la Seconde Guerre mondiale, les explications biologiques sont moins acceptées en raison de leur lien avec l’eugénisme, ce qui renforce l’attention portée au psychologique.
  • La personnalité criminelle est pensée comme un risque accru lié à des traits internes, même si le comportement n’est pas présenté comme un libre choix total.

💡 Astuce mémo

Punition → Protection + prise en charge ; Anticiper exige Déterminisme ; Personnalité criminelle = traits internes + risque.

📖 10. Victimologie : victime idéale et victimisation secondaire

🔑 Notions clés & Définitions

  • Victime idéale : La victime idéale est l’image d’une victime jugée la plus légitime, souvent perçue comme la plus “innocente” et la moins responsable des faits.
  • Victimisation secondaire : La victimisation secondaire désigne les dommages subis par la victime après l’infraction, notamment via les réactions sociales, institutionnelles ou médiatiques.
  • Stigmatisation écologique : La stigmatisation écologique est le processus par lequel un groupe d’habitants est jugé “problématique” à cause de son quartier, indépendamment de ses actes individuels.
  • Contrôle social informel : Le contrôle social informel correspond aux régulations exercées par les relations locales (voisins, associations, réseaux) plutôt que par la police ou la justice.

📝 Points essentiels

  • La stigmatisation écologique peut conduire à traiter les habitants comme suspects “par défaut”, au lieu de soutenir les personnes et leurs conditions de vie.
  • La victimisation secondaire peut augmenter la souffrance de la victime lorsque les institutions ou la société réagissent de façon culpabilisante, minimisante ou intrusive.
  • Les politiques inspirées de la désorganisation sociale visent à renforcer le contrôle social informel plutôt que de miser uniquement sur la sanction pénale.
  • Le Chicago Area Project part de l’idée que la délinquance est une réaction à des conditions de vie, donc qu’améliorer le cadre de vie peut réduire les comportements délinquants.
  • La désorganisation sociale est décrite comme un quartier où la cohésion et le contrôle partagé sont faibles, ce qui favorise des comportements déviants et peut aussi alimenter des jugements collectifs sur les habitants.
  • La critique méthodologique rappelle que les statistiques officielles reflètent surtout ce qui est détecté et sanctionné, ce qui peut biaiser la perception des “victimes” et des comportements réellement présents.

💡 Astuce mémo

Victimisation secondaire = “après le crime”, quand la société/institutions ajoutent une couche de tort (jugement, culpabilisation, stigmatisation).

📖 11. Justice réparatrice et besoins complexes des victimes

🔑 Notions clés & Définitions

  • Justice réparatrice : Approche pénale centrée sur la réparation des torts et le rétablissement des liens sociaux plutôt que sur la seule sanction.
  • Vulnérabilité sociale : Processus cumulatif et interactionnel où des expériences négatives avec des institutions augmentent le risque de délinquance juvénile.
  • Prévention radicale : Ensemble de mesures visant à renforcer structurellement la position et les chances des jeunes pour réduire la vulnérabilité.
  • Parcours d’accompagnement des jeunes : Dispositifs qui mettent les jeunes en contact avec des modèles positifs afin de favoriser l’acquisition de comportements et opinions non délinquants.
  • Responsabilité et intégration sociale : Orientation de la justice réparatrice où la responsabilité de l’auteur et la réintégration occupent une place centrale.

📝 Points essentiels

  • La théorie de la vulnérabilité sociale conduit à penser la prévention comme une réduction structurelle de la vulnérabilité, notamment à l’école et dans la manière dont les institutions réagissent.
  • La prévention radicale vise à renforcer durablement les chances des jeunes plutôt qu’à traiter uniquement les faits délinquants.
  • Quand une réaction s’impose, Vettenburg et Walgrave privilégient une approche axée sur la réparation : accompagnement, réparation et rétablissement des liens sociaux.
  • Les mesures d’accompagnement pédagogique intensif cherchent à soutenir activement la réinsertion et à agir sur les processus sous-jacents de vulnérabilité.
  • Lode Walgrave défend, depuis les années 1990, une réforme en profondeur du droit des mineurs vers une logique de réparation (responsabilité, réparation, intégration) plutôt qu’un modèle centré sur la protection ou la réé
  • La justice réparatrice est présentée comme un moyen de briser la spirale d’exclusion en modifiant la trajectoire sociale des jeunes.

💡 Astuce mémo

Réparation = liens + responsabilité : on traite la cause sociale (vulnérabilité) autant que le fait.

📖 12. Paradigme postiviste et criminel comme produit social

🔑 Notions clés & Définitions

  • Paradigme positiviste : Le paradigme positiviste explique la criminalité par des causes objectives, mesurables et extérieures à l’interprétation des acteurs.
  • Criminel comme produit social : L’idée que la criminalité résulte de processus sociaux, où les interactions et les réactions façonnent la déviance et l’identité.
  • Interactionnisme symbolique : Le courant sociologique qui considère que le sens naît des interactions et oriente la manière dont les individus agissent et se définissent.
  • Étiquetage : Approche selon laquelle la déviance se construit via des réactions sociales qui attribuent une identité (par exemple outsider ou criminel).
  • Stigmatisation : Processus par lequel une caractéristique jugée négativement influence l’identité, notamment via l’écart entre identité sociale et identité personnelle.

📝 Points essentiels

  • L’interactionnisme symbolique s’inscrit dans les années 1950-1960, dans un contexte de changements sociaux rapides après la Seconde Guerre mondiale.
  • Le sens de la situation se construit dans l’interaction et peut évoluer avec de nouvelles expériences, ce qui rend la vision non déterministe.
  • La déviance dépend de la manière dont les autres interprètent et réagissent au comportement, pas seulement du comportement lui-même.
  • Tannenbaum décrit la « dramatisation » : des confrontations répétées à l’étiquette peuvent conduire la personne à s’y percevoir et à s’y conformer davantage.
  • Lemert distingue déviance primaire (premier acte perçu comme déviant) et déviance secondaire (quand la réaction sociale modifie l’image de soi et renforce la déviance).
  • Becker explique que des groupes imposent leurs normes, appelées « entrepreneurs moraux », et que la transposition en loi transforme l’outsider en « criminel ».

💡 Astuce mémo

Sens naît dans l’interaction : Réaction → Étiquette → Identité (et la déviance suit).

📅 Repères chronologiques

DateÉvénement
2025-2026Année universitaire indiquée pour le cours CRIM-Y3001/CRIM-C3001
1973Publication de The New Criminology (Taylor, Walton, Young)
1982Publication de l’article sur la théorie des vitres cassées dans The Atlantic

📊 Tableaux de synthèse

Paradigmes en criminologie (objet et questions)

ParadigmePoint de départCe qui est étudié
Positiviste (classique/étiologique)Droit pénalComportements punissables et/ou leurs causes, sans remettre en cause le droit pénal
ConstructivisteDroit pénal comme construction socialeDéfinition et application des normes (criminalisation primaire/secondaire) et réaction sociale

Sécurité : objective vs subjective

TypeCe que mesureCe qui influence le ressenti
Sécurité objectiveDonnées mesurables (criminalité/victimisation)
Sécurité subjectivePerception vécue de la sécuritéSignes de désordre, nuisances, expériences, médias, perception sociale

⚠️ Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre criminologie et droit pénal : la criminologie n’est pas normative et étudie des situations problématiques et la réaction sociale.
  2. Croire que les statistiques officielles mesurent la criminalité totale : elles reflètent surtout l’entonnoir (détection/enregistrement/poursuites/condamnations) et le “dark number”.
  3. Mélanger criminalisation primaire et secondaire : la première définit ce qui est punissable, la seconde décrit l’application concrète et la sélectivité.
  4. Interpréter la “sécurité subjective” comme un simple reflet de la “sécurité objective” : elles ne coïncident pas automatiquement et peuvent diverger.
  5. Réduire l’interactionnisme symbolique à “étiquettes” uniquement : il faut aussi comprendre comment le sens se construit dans l’interaction et peut évoluer.
  6. Croire que la justice réparatrice remplace toujours le pénal : elle peut être minimaliste (complément) ou maximaliste (alternative), selon les conceptions.
  7. Confondre victimisation secondaire et victimisation initiale : la seconde vient du traitement par institutions/professionnels (écoute, respect, informations).

✅ Checklist Examen

  1. Définir la criminologie comme science humaine à double objet : situations problématiques (phénomènes sociaux) et réaction sociale (définition des normes, application, effets).
  2. Expliquer pourquoi le droit pénal ne peut pas servir de délimitation scientifique unique : évolutif dans le temps et variable selon les pays, et existence de nuisances non punissables.
  3. Décrire le continuum contrôle social informel ↔ formel et détailler criminalisation primaire (définir normes) et criminalisation secondaire (application pratique et effets).
  4. Comparer paradigme positiviste et paradigme constructiviste : ce que chacun considère comme point de départ et ce qu’il remet (ou non) en cause dans le droit pénal.
  5. Dans la pensée conflictuelle, relier droit non neutre et rapports de force : expliquer l’idée générale de criminalisation primaire/secondaire influencée par le pouvoir.
  6. Expliquer la sélectivité des statistiques officielles : distinguer police/parquet/tribunaux, l’entonnoir, et le “dark number”, puis citer les méthodes alternatives (auto-déclaration, enquêtes victimes).
  7. Distinguer sécurité objective et sécurité subjective et expliquer pourquoi les enquêtes sur la sécurité montrent des divergences (médias, désordre visible, expériences).
  8. Expliquer la rationalité pénale : résumer l’apport de Foucault (discipline/savoir-pouvoir/panoptique) puis celui de Garland (tournant punitif, gestion des risques, culture du contrôle).
  9. Présenter les extensions de la criminologie critique : criminologie féministe (double standard, intersectionnalité), crimes des puissants (col blanc), criminologie verte (préjudice élargi), criminalité d’État (déni/compé
  10. responsabilité).
  11. Expliquer l’interactionnisme symbolique : sens construit dans l’interaction, dramatisation, déviance primaire/secondaire, et relier à l’étiquetage (Becker) et à la stigmatisation (Goffman).
  12. Expliquer la criminologie culturelle : rôle de la culture/émotions/symbolique, et les thèmes (criminalisation des sous-cultures, des produits culturels, marchandisation de la déviance).
  13. Décrire la victimologie et les alternatives : victimisation secondaire, victime idéale, besoins des victimes, puis abolitionnisme et justice réparatrice (triangle de Zehr, médiation/approches minimalistes vs maximalistes

Testez vos connaissances

Testez vos connaissances sur Introduction à la criminologie critique et ses enjeux avec 24 questions à choix multiples avec corrections détaillées.

1. Pourquoi le droit pénal ne peut-il pas servir seul de base scientifique pour définir l’objet de la criminologie ?

2. Que désigne l’expression « situations problématiques » en criminologie ?

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Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Introduction à la criminologie critique et ses enjeux avec 24 flashcards interactives.

Situations problématiques — définition ?

Faits sociaux nuisibles perçus comme tels, pas uniquement infractions.

Droit pénal évolutif — rôle ?

Variable dans le temps et selon les pays, limite la scientificité.

Harcèlement obsessionnel — exemple ?

Comportement non punissable autrefois, punissable aujourd'hui.

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