Fiche de révision : Introduction à la procédure civile

Plan du Cours

  1. Procès, litige et acteurs
  2. Périmètre des disciplines procédurales
  3. Fonctions et caractères de la procédure
  4. Construction historique de la procédure
  5. Sources et codification procédurales
  6. Sources supralégislatives et pratiques
  7. Enjeux contemporains de la justice
  8. Définition du droit d’action
  9. Liberté et abus de l’action
  10. Accord des parties sur le différend
  11. Liberté d’agir et modes amiables
  12. Garanties d’accès effectif au juge
  13. Notion et conceptions de l’action
  14. Typologie des actions
  15. Conditions d’existence de l’action

Repères chronologiques

  1. 16 et 24 août 1790La loi a affirmé la séparation des pouvoirs, l'indépendance des magistrats, la gratuité de l'accès au juge, le double degré de juridiction et la motivation des décisions civiles
  2. 1806Le Code de procédure civile voulu en 1790 a été adopté et a repris largement le Code Louis de 1667
  3. 30 octobre 1935La loi a institué le juge chargé de suivre la procédure, ancêtre du juge chargé de la mise en état
  4. 5 décembre 1975Le décret a promulgué les trois premiers Livres du nouveau Code de procédure civile
  5. 1er juin 2012Le Code de procédure civile d'exécution est entré en vigueur et l'ancien Code de procédure civile a disparu totalement
  6. 9 juin 2022L'arrêt Xavier Lucas c/France de la CEDH rappelle que les tribunaux doivent éviter un excès de formalisme portant atteinte à l'équité du procès

1. Procès, litige et acteurs

Notions clés & Définitions

  • Différend : Désaccord entre plusieurs personnes
  • Litige : Différend dont la résolution est confiée à un tiers
  • Juge : Tiers impartial chargé par l'État de trancher les litiges conformément aux règles de droit et au nom du peuple français
  • Avocat : L'avocat, du latin advocatus, est la personne appelée pour parler au nom d'une partie et exerce une triple fonction de conseil, de représentation et de défense.

Points essentiels

📌 Selon Cornu et Foyer, le litige est « un désaccord de volonté relativement à un objet donné », tandis que le contrat est un accord de volonté.

  • Les greffiers préparent les dossiers, assistent aux audiences, participent au jugement et le signent, ce qui rend leur rôle indispensable au service public de la justice.

  • Les philosophes contractualistes Hobbes et Locke expliquent que les hommes ont abandonné la faculté de se faire justice eux-mêmes en fondant la société par un contrat social. — Hobbes, Locke

Astuce mémo

Différend non résolu → saisine du juge → litige tranché

2. Périmètre des disciplines procédurales

Notions clés & Définitions

  • Droit judiciaire privé : Branche du droit relative à l'administration de la justice entre personnes privées
  • Droit processuel : Étude, par comparaison interne et internationale, des principes généraux des contentieux civil, administratif, pénal et disciplinaire afin de faire émerger leurs ressemblances et leurs différences
  • Procédure civile : Manière dont les parties accèdent au juge et déroulement de la procédure une fois le juge saisi

Points essentiels

  • Le droit processuel est né en Italie au XXe siècle puis a été importé en France après la Seconde Guerre mondiale.

  • Henri Vizioz et Henry Motulsky ont contribué au développement et à la reconnaissance du droit processuel dans les universités françaises.

Astuce mémo

Droit judiciaire privé = faire fonctionner la justice ; droit processuel = interroger ses principes

3. Fonctions et caractères de la procédure

Notions clés & Définitions

  • Droit sanctionnateur : Droit qui a pour fonction de sanctionner d'autres droits et qui n'a pas d'autonomie par rapport aux droits déterminateurs
  • Formalisme procédural : Soumission de la validité des actes au respect de formes et de délais nécessaires à la régularité de l'instance
  • Droit impératif : Droit que les acteurs ne peuvent ni modifier ni écarter par leur volonté

Points essentiels

📌 Les droits déterminateurs posent les règles de conduite sociale et définissent les droits et obligations, tandis que les droits sanctionnateurs réalisent et sanctionnent ces droits.

  • Le droit à la preuve a été consacré par la première chambre civile de la Cour de cassation le 5 avril 2012, obligeant le juge à rechercher si la production d'une preuve respecte ce droit avant de l'écarter.

📌 Le formalisme procédural garantit le procès équitable, l'égalité des justiciables et la prévisibilité des actes des parties et du juge.

📌 En principe, les règles nouvelles de procédure s'appliquent immédiatement aux instances en cours, sauf exceptions.

Astuce mémo

Formalisme protecteur ≠ formalisme excessif

4. Construction historique de la procédure

★ À maîtriser

  • À Rome, le formalisme procédural liait étroitement l'action au droit substantiel : lorsqu'aucune action reconnue n'existait, aucun droit ne pouvait être invoqué.

  • La procédure formulaire romaine se déroulait d'abord devant le préteur, puis devant un juge citoyen désigné pour l'affaire.

  • L'ordonnance civile de Saint-Germain-en-Laye de 1667, œuvre de Colbert sous Louis XIV, est présentée comme l'ancêtre du Code de procédure civile.

Compléments

  • L'ordonnance de Villers-Cotterêts d'août 1539 a notamment imposé que les actes d'état civil et les jugements soient écrits en français.

Astuce mémo

Rome → Ancien Régime → Révolution

5. Sources et codification procédurales

Points essentiels

  • Les trois premiers Livres du nouveau Code de procédure civile sont:
    • Le Livre 1er, consacré aux dispositions communes de toutes les juridictions
    • Le Livre 2, consacré aux dispositions particulières à chaque juridiction
    • Le Livre 3, consacré aux particularités de certaines matières

Astuce mémo

Code ancien → nouveau CPC → réformes permanentes

6. Sources supralégislatives et pratiques

Notions clés & Définitions

  • Usage : Manière particulière de faire quelque chose dans un lieu donné, notamment lorsque la loi est silencieuse, imprécise ou laisse une liberté
  • Protocole de procédure : Accord entre un barreau et une juridiction qui fixe une manière de procéder sans pouvoir déroger aux règles légales

★ À maîtriser

  • L'article 37 de la Constitution de 1958 attribue au pouvoir réglementaire les matières qui ne relèvent pas du domaine de la loi, ce qui permet au gouvernement de réformer largement la procédure civile par décret.

  • La Convention européenne des droits de l'homme a été signée le 4 novembre 1950, ratifiée par la France en 1974, et le recours individuel y est possible depuis 1981.

📌 La saisine de la CEDH suppose notamment l'épuisement des voies de recours internes, car les juges nationaux sont les premiers juges chargés d'appliquer la Convention.

  • L'article 6 paragraphe 1 de la CESDH protège le droit au procès équitable en matière civile et pénale à travers l'accès au juge, le procès équitable et l'exécution des décisions de justice.

  • L'arrêt Golder c/ Royaume-Uni du 21 février 1975 est associé au droit d'accès au juge, tandis que l'arrêt Airey c/ Irlande de 1979 affirme que les droits doivent être concrets et effectifs, et non théoriques ou illusoires.

📌 Le contentieux désigne l'ensemble des décisions de justice, tandis que la jurisprudence regroupe les décisions destinées à avoir une portée au-delà du cas d'espèce.

Compléments

  • Le décret du 5 décembre 1975 a été élaboré après les travaux d'une commission présidée par Jean Foyer, à laquelle participaient notamment Gérard Cornu et Motulsky.

Astuce mémo

Un triptyque représentant accès au juge, procès équitable et exécution

7. Enjeux contemporains de la justice

Notions clés & Définitions

  • Big data : Manipulation massive de données, rendue possible notamment par l'open data, le machine learning et l'intelligence artificielle

★ À maîtriser

📌 La numérisation de la justice doit offrir des garanties équivalentes au papier, notamment une date certaine, tout en permettant la coexistence temporaire des procédures numériques et papier.

  • La loi pour une République numérique de 2016 a posé le principe d'une ouverture par défaut des données administratives, complété en matière judiciaire par la loi de programmation du 23 mars 2019.

  • La France compte environ 8 500 magistrats, soit 11 juges pour 100 000 habitants contre 18 en moyenne au Conseil de l'Europe, et 3 procureurs pour 100 000 habitants contre 12 en moyenne ailleurs.

Compléments

  • L'ouverture en open data concernait les arrêts d'appel depuis le 15 avril 2022 et certaines décisions des tribunaux judiciaires depuis le 15 décembre 2023.

  • La justice prélève en moyenne 72 euros par an et par Français, contre 140 euros en Allemagne et 87 euros en Espagne.

Astuce mémo

Numérisation et pénurie → nouvelles contraintes sur l’accès et la qualité de la justice

8. Définition du droit d’action

Notions clés & Définitions

  • Action : Droit pour l'auteur d'une prétention d'être entendu sur son bien-fondé afin que le juge la dise bien ou mal fondée, ainsi que droit pour l'adversaire d'en discuter le bien-fondé

9. Liberté et abus de l’action

Notions clés & Définitions

  • Instance liée : Une instance est liée lorsque le défendeur a participé activement à son déroulement.

★ À maîtriser

  • L'action est une liberté à deux facettes : chacun peut agir en justice et chacun peut choisir de ne pas agir.

  • Le défendeur n'est pas obligé de comparaître devant le juge, mais le juge peut néanmoins rendre une décision à son encontre.

  • L'article 32-1 du Code de procédure civile permet de condamner à une amende civile d'un montant maximal de 10 000 euros celui qui agit en justice de manière dilatoire ou abusive.

Compléments

📌 Le demandeur peut renoncer à son action, y compris après l'avoir engagée, à condition que sa renonciation soit dépourvue d'ambiguïté.

Astuce mémo

Possibilité d’agir ≠ obligation d’agir ; liberté ≠ abus

10. Accord des parties sur le différend

Points essentiels

  • La procédure participative de mise en état est un contrat spécial prévu par l'article 2062 du Code civil, permettant aux parties de fixer notamment le rythme d'instruction de l'affaire et des échanges d'écritures.

11. Liberté d’agir et modes amiables

Notions clés & Définitions

  • Transaction : Un contrat par lequel les parties, au moyen de concessions réciproques, terminent une contestation née ou préviennent une contestation à naître
  • Instance liée : Celle dans laquelle le défendeur a pris part à une intervention active
  • Procédure participative : Une convention par laquelle les parties à un différend s’engagent à œuvrer conjointement et de bonne foi à sa résolution amiable ou à la mise en état de leur litige

Points essentiels

  • L’action est une liberté à deux facettes : la possibilité d’agir et la possibilité de ne pas agir.

  • Le demandeur peut renoncer à une action déjà engagée si sa renonciation est non ambiguë ; lorsque l’instance est liée, cette renonciation nécessite l’accord du défendeur.

  • Les modes amiables mettent fin à l’action par un accord bilatéral, contrairement au désistement ou à l’acquiescement, qui reposent sur la renonciation d’une seule partie.

  • Depuis le 1er septembre 2025, l’article 21 du CPC inclut dans la mission du juge la conciliation des parties et la détermination avec elles du mode de résolution du litige le plus adapté, les parties pouvant convenir à tout moment d’une résolution amiable totale ou partielle.

  • Dans certains cas prévus par l’article 750-1 du CPC, une tentative préalable de résolution amiable est obligatoire avant la saisine du juge, sous peine d’irrecevabilité pouvant être prononcée d’office.

  • La transaction fait obstacle à l’introduction ou à la poursuite d’une action en justice ayant le même objet, conformément à l’article 2052 du Code civil.

Astuce mémo

Agir ou ne pas agir : liberté, mais pas licence

12. Garanties d’accès effectif au juge

Notions clés & Définitions

  • Aide juridictionnelle : Permet à une personne dépourvue de ressources suffisantes de bénéficier de la prise en charge publique des frais de justice et de la rémunération des auxiliaires de justice
  • Protection juridique : Consiste, moyennant le paiement d’une prime ou d’une cotisation, à prendre en charge les frais de procédure liés à un différend ou à un litige opposant l’assuré à un tiers

Points essentiels

  • L’arrêt Golder de la CEDH protège le droit d’accès au juge au niveau européen.

  • Dans sa décision de 1996 relative au statut de la Polynésie française, le Conseil constitutionnel a protégé le droit au recours sur le fondement de l’article 16 de la DDHC.

  • L’arrêt Airey c. Irlande du 9 octobre 1979 exige que les droits garantis soient concrets et effectifs, et non théoriques ou illusoires. — CEDH, Airey c/Irlande

  • Les dépens sont des frais tarifés et limitativement énumérés à l’article 695 du CPC, tandis que les frais irrépétibles regroupent les frais du procès qui ne sont pas des dépens, notamment les honoraires d’avocat.

  • Selon l’article 696 du CPC, la partie perdante est en principe condamnée aux dépens, mais le juge peut, par décision motivée, en mettre tout ou partie à la charge d’une autre partie.

  • Selon l’article 700 du CPC, le juge peut condamner la partie tenue aux dépens à payer à l’autre une somme correspondant aux frais exposés et non compris dans les dépens, mais cette condamnation doit être demandée et n’est pas automatique.

  • L’aide juridictionnelle totale est notamment soumise à un revenu fiscal de référence inférieur à 12 862 €, tandis que l’aide juridictionnelle partielle cesse lorsque le revenu fiscal dépasse 19 200 €.

Astuce mémo

Coût du procès → mécanismes de prise en charge

13. Notion et conceptions de l’action

Notions clés & Définitions

  • Action : Le droit, pour l’auteur d’une prétention, d’être entendu sur le fond de celle-ci afin que le juge la dise bien ou mal fondée

Points essentiels

📌 L’action est indépendante du droit substantiel : un droit peut exister sans action, une action prescrite peut laisser subsister le droit, et le rejet de la demande n’empêche pas l’action d’avoir existé.

📌 Les conceptions contemporaines de l’action la présentent comme un droit processuel d’obtenir une décision, comme une facette de la demande et comme une liberté individuelle fondamentale.

Astuce mémo

Action ≠ droit substantiel : le juge peut débouter sans nier l’action

14. Typologie des actions

Notions clés & Définitions

  • Action réelle : Tend à la réalisation d’un droit réel portant directement sur une chose, comme la propriété, l’usufruit, l’hypothèque ou le gage
  • Action personnelle : Sanctionne un droit de créance et est exercée par le créancier contre le débiteur ou leurs ayants cause
  • Action mixte : Concerne une opération juridique qui fait intervenir simultanément un droit personnel et un droit réel immobilier, notamment lors de l’exécution ou de l’anéantissement d’une vente immobilière

★ À maîtriser

📌 Les actions réelles immobilières se prescrivent par trente ans à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’exercer son action, conformément à l’article 2227 du Code civil.

📌 Une action mobilière porte sur un bien meuble, tandis qu’une action immobilière porte sur un bien immeuble ; cette distinction peut concerner aussi bien les actions personnelles que les actions réelles.

Compléments

📌 Les actions personnelles relèvent en principe du délai de prescription de cinq ans prévu par l’article 2224 du Code civil.

Astuce mémo

R-P-M : réelle, personnelle, mixte

15. Conditions d’existence de l’action

Notions clés & Définitions

  • Intérêt pour agir : Le profit, l’utilité ou l’avantage que le succès de l’action est susceptible de procurer au plaideur

★ À maîtriser

  • L’article 31 du CPC ouvre l’action à ceux qui ont un intérêt légitime au succès ou au rejet d’une prétention, sous réserve des cas où la loi attribue le droit d’agir à des personnes qualifiées.

  • L’intérêt pour agir s’apprécie au jour de l’introduction de la demande.

  • L’intérêt pour agir doit être né et actuel : un intérêt passé ou simplement éventuel ne permet pas d’agir et peut entraîner une fin de non-recevoir prévue par l’article 122 du CPC.

Compléments

  • Depuis l’arrêt Dangereux du 27 février 1970, le concubin peut obtenir réparation du décès de l’autre concubin. — C. cass.

  • La Cour de cassation a jugé le 8 février 2006 qu’un bailleur ne pouvait pas agir avant la date d’effet du congé pour en faire constater la validité et demander l’expulsion du preneur, faute d’intérêt né et actuel.

Tableaux de synthèse

Disciplines et objets procéduraux

DisciplineObjet principalDémarche
Droit judiciaire privéAdministration de la justice entre personnes privéesTechnique et fonctionnement de la justice
Droit processuelPrincipes généraux des contentieuxComparaison des procédures et des droits fondamentaux
Procédure civileAccès au juge et déroulement de l'instance civileÉtude de la procédure civile

Principales catégories d’actions

CatégorieDroit invoquéConséquence principale
Action réelleDroit réel sur une chosePrescription immobilière de 30 ans
Action personnelleDroit de créance contre un débiteurPrescription de principe de 5 ans
Action mixteDroit personnel et droit réel immobilierOption de compétence

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Qu'est-ce qu'un différend ?

Un désaccord entre plusieurs personnes.

Qu'est-ce qu'un litige ?

Un différend dont la résolution est confiée à un tiers.

Selon Cornu et Foyer, qu'est-ce qui distingue le litige du contrat ?

Le litige est un désaccord de volonté, le contrat un accord de volonté.

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