Fiche de révision : Introduction aux Sources et Évolution du Droit

Plan du Cours

  1. Sources du droit
  2. La coutume
  3. Évolution des coutumes françaises
  4. Lois écrites antiques
  5. Droit romain et jurisconsultes
  6. Codification du droit
  7. Constitution et contrôle
  8. Doctrine et interprétation
  9. Jurisprudence et arrêts de règlement

1. Sources du droit

Notions clés & Définitions

  • Sources matérielles du droit : Les sources matérielles désignent les faits, besoins et idées qui ont conduit à l’adoption d’une norme.
  • Sources formelles du droit : Les sources formelles désignent les formes par lesquelles les règles de droit doivent être manifestées.
  • Autorité compétente : L’autorité compétente est l’instance reconnue comme habilitée à créer des règles juridiques.

Points essentiels

  • On oppose deux façons de décrire les modalités d’apparition des règles de droit : sources matérielles et sources formelles.
  • Les sources matérielles renvoient à la cause sociale et intellectuelle qui a précédé la création de la norme.
  • Le cours identifie 4 sources formelles du droit : coutume, loi, doctrine, jurisprudence.
  • L’adage « ce n’est pas la vérité, mais l’autorité qui fait la loi » est attribué à Kelsen.
  • En matière de création de la loi, la règle provient de l’autorité reconnue comme habilitée, et non d’un acteur quelconque.

Astuce mémo

Matériel = causes (besoins/idé-es), Formelles = formats (comment la règle apparaît).

2. La coutume

Notions clés & Définitions

  • Coutume : La coutume est un ensemble de règles issues d’un usage non écrit, qui devient obligatoire grâce à sa répétition constante et à l’adhésion collective à son caractère obligatoire.
  • Élément matériel : L’élément matériel de la coutume correspond à la pratique répétée d’une conduite publique, paisible et constante.
  • Opinio necessitatis : L’opinio necessitatis est l’adhésion du groupe à l’idée que le non-respect de la pratique doit être sanctionné.
  • Désuétude : La désuétude désigne la disparition d’une coutume lorsque le besoin qui la justifiait s’éteint.
  • Coutume contra legem : La coutume contra legem désigne une coutume qui contredit une règle de loi existante.

Points essentiels

  • Une règle coutumière ne se limite pas à la répétition : elle exige aussi l’idée que sa violation doit entraîner une sanction.
  • L’élément matériel vise une pratique publique, paisible et constante, tandis que l’élément moral correspond à l’opinio necessitatis.
  • La coutume peut être un facteur de souplesse car elle évolue avec les usages, mais sa preuve est difficile lorsqu’elle n’est pas clairement fixée.
  • Quand le besoin cesse, la coutume peut tomber en désuétude et perdre son efficacité juridique.
  • Contrairement à l’usage, la coutume suppose l’opinio necessitatis : l’observance collective donne un caractère obligatoire à la pratique.
  • En principe, une coutume doit rester compatible avec la loi existante et ne peut pas la contredire (coutume contra legem).

Astuce mémo

Matériel = répéter ; Moral (opinio) = juger obligatoire et sanctionner.

3. Évolution des coutumes françaises

Notions clés & Définitions

  • Rédaction officielle : La rédaction officielle consiste à faire valider par écrit des coutumes locales afin de leur donner une portée reconnue dans l’ordre juridique.
  • Rédaction privée : La rédaction privée correspond à l’écriture d’une coutume sans validation officielle, servant de preuve plutôt que de source directement opposable.
  • Ordonnance de Moulins 1566 : L’ordonnance de Moulins fixe les conditions permettant au roi d’exercer pleinement un contrôle et une correction des coutumes.
  • Coutumes normandes : Les coutumes normandes sont présentées comme les premières coutumes mises par écrit dès le XIe siècle.

Points essentiels

  • Au XI-XIIe siècle, les rois de France craignent le droit romain enseigné en universités car il menacerait leur autorité et l’unité du royaume.
  • En matière de rapport au coutume, Beaumanoir formule l’idée que le roi doit garder et faire garder les coutumes de son royaume.
  • À partir de l’ordonnance de Moulins (1566), le roi exerce pleinement son droit de contrôler et corriger les coutumes.
  • La mise par écrit débute dès le XIe siècle dans la Normandie, ce qui permet au roi de valider par écrit les coutumes des villes et d’accroître son autorité.
  • Sous Saint Louis, certaines coutumes comme Paris, Orléans et Anjou commencent à être rédigées.
  • Les rédactions privées n’ont pas de valeur officielle immédiate et servent d’élément de preuve, tandis que les coutumes de Beauvaisis peuvent obtenir une légitimité.

Astuce mémo

Moulins 1566 = Roi recadre les coutumes (contrôle + correction).

4. Lois écrites antiques

Notions clés & Définitions

  • Code d'Hammourabi : Ensemble de lois du roi babylonien, présenté comme un code ancien gravé sur un support durable et attribué à une logique juridique organisée.
  • Nomoi : Dans la Grèce archaïque et classique, les règles de la cité que les citoyens doivent respecter, ou une coutume établie.
  • Lex rogata : Expression latine désignant une loi proposée par les magistrats puis confirmée par le vote du peuple.
  • Lex data : Expression latine désignant une loi donnée directement par les magistrats, notamment à travers des édits.
  • Rescrit impérial : Type de constitution impériale correspondant à la réponse écrite de l’empereur à une question juridique posée.

Points essentiels

  • Les premières traces de lois écrites proviennent de la Mésopotamie, d’après le cours.
  • Le code d’Hammourabi est gravé sur de la pierre et comporte 282 règles juridiques.
  • Les lois d’Ur-Nammu sont décrites avec une formulation type « si... alors... » et un souci de justice sociale avec protection des plus faibles.
  • En Grèce, les nomoi sont les lois de la cité (ou une coutume établie) que les citoyens doivent respecter.
  • À Rome, la première loi votée par l’ensemble du peuple romain est la loi des XII Tables.
  • Un empereur publie en 131 un édit perpétuel (Hadrien) mettant fin à l’évolution annuelle du droit prétorien.

Astuce mémo

Hammourabi: 282 règles, gravées sur la pierre (Mésopotamie au départ).

5. Droit romain et jurisconsultes

Notions clés & Définitions

  • Responsa des jurisconsultes : Les responsa des jurisconsultes sont des avis juridiques donnés par des spécialistes pour éclairer l’application du droit romain.
  • Édit du préteur : L’édit du préteur est un texte par lequel le préteur précise, avant les procès, les règles qu’il entend appliquer.
  • Édit perpétuel : L’édit perpétuel est un édit qui fige durablement le droit prétorien en arrêtant son évolution annuelle.

Points essentiels

  • La première loi votée par l’ensemble du peuple romain est la loi des XII Tables.
  • Le préteur, créé au IVe siècle av. J.-C., est le magistrat chargé de dire le droit dans les procès civils.
  • À l’origine, l’édit du préteur était inscrit sur un morceau de bois volontairement périssable.
  • En 131, Hadrien publie un édit perpétuel mettant fin à l’évolution annuelle du droit prétorien.
  • Une lex rogata est la loi proposée par les magistrats et confirmée par le vote du peuple.

Astuce mémo

Préteur = Précise avant procès, sur Bois, puis en 131 Hadrien Fige (édit perpétuel).

6. Codification du droit

Notions clés & Définitions

  • Codex : Le codex désigne, à l’origine, le support matériel du livre juridique, c’est-à-dire le livre relié plutôt que le contenu.
  • Code : Le code désigne, en droit, un recueil organisé de lois ou de règles, par opposition au codex qui renvoie d’abord au support.
  • Code de Justinien : Le Code de Justinien est la compilation consacrée aux seules constitutions impériales, dont la première publication est fixée par la période byzantine.
  • Loi des citations : La loi des citations encadre l’usage en justice des avis de certains jurisconsultes romains reconnus comme seules autorités doctrinales.

Points essentiels

  • Le terme codex renvoie au support matériel, alors que le terme code renvoie au contenu juridique organisé des règles ou des lois.
  • Le Code de Justinien (constitutions impériales seulement) est publié en 529.
  • Le principal artisan de la compilation des Novelles de Justinien est Tribonien.
  • Sous Louis XIII, un premier code privé tenté en 1629 échoue presque tout à fait à cause de l’opposition des parlements : il s’agit du Code Michau.
  • Sous Louis XIV, Colbert organise une vaste codification par branches du droit (justice, eaux et forêts, commerce, marine).
  • Le Code civil de 1804 est rédigé par Portalis, Maleville, Tronchet et Bigot de Préameneu.

Astuce mémo

Codex = couverture (support), Code = contenu (recueil organisé).

7. Constitution et contrôle

Notions clés & Définitions

  • Pouvoir constituant originaire : Le pouvoir constituant originaire est un pouvoir initial qui se fonde sur lui-même et n’a pas besoin d’une constitution préalable.
  • Pouvoir constituant dérivé : Le pouvoir constituant dérivé est un pouvoir exercé en respectant une constitution déjà existante et ses règles.
  • Bloc de constitutionnalité : Le bloc de constitutionnalité regroupe les normes constitutionnelles de référence utilisées pour apprécier la conformité d’un texte, selon la logique exposée au cours.
  • Modèle kelsénien : Le modèle kelsénien organise un contrôle de constitutionnalité centralisé exercé a priori par une juridiction compétente.

Points essentiels

  • La première constitution moderne citée est la Constitution des États-Unis de 1787.
  • Kelsen qualifie le pouvoir constituant originaire de pouvoir initial, autonome et inconditionné.
  • En 1919, la Constitution autrichienne prévoit un contrôle centralisé et a priori inspiré du modèle kelsénien.
  • La décision américaine de 1803 Marbury v. Madison est présentée comme fondatrice du contrôle de constitutionnalité par les juges.
  • Le Conseil constitutionnel français est créé en 1958.
  • En 1971, le Conseil constitutionnel censure pour la première fois un texte législatif adopté par le Parlement dans sa décision relative au droit de grève.

Astuce mémo

Origine = autonome (donc inconditionnée) ; Dérivé = dépendant (donc conditionné par l’existant).

8. Doctrine et interprétation

Notions clés & Définitions

  • Doctrine : En droit, la doctrine regroupe les analyses et prises de position des juristes qui aident à comprendre et à interpréter les règles.
  • Dogme : Un dogme est une vérité tenue pour indiscutable, sans place pour la remise en cause par le débat.
  • Exégèse : L’exégèse est une démarche d’interprétation littérale qui cherche à éclairer le sens d’un mot ou d’un passage.

Points essentiels

  • Michel Troper résume le pouvoir de l’interprétation en disant qu’interpréter la loi revient en pratique à la refaire.
  • La doctrine n’est pas une source directe du droit en France, mais une source d’influence sur l’interprétation des règles.
  • Le dogme est indiscutable, tandis que la doctrine se nourrit des débats et de l’esprit critique.
  • L’article 5 du Code civil interdit au juge de faire des arrêts de règlement.
  • Selon Montesquieu, le juge doit être « la bouche qui prononce la loi » plutôt qu’un législateur.
  • D’après Robespierre, le juge doit dire le droit en se conformant strictement à la loi.

Astuce mémo

Troper : Interpréter = Refaire la loi.

9. Jurisprudence et arrêts de règlement

Notions clés & Définitions

  • Arrêt de règlement : Sous l’Ancien Régime, c’est une décision des parlements qui sert à fixer des règles générales à l’égard de tous lors d’une difficulté juridique.
  • Bouche qui prononce la loi : Formule attribuée à Montesquieu selon laquelle le juge ne fait que dire la loi, sans se comporter comme un créateur de règles.
  • Référé législatif napoléonien : Mécanisme par lequel le juge peut renvoyer une question au législateur au lieu de trancher directement, et qui prend fin par une loi ultérieure.
  • Law reports anglais : Recueils publiés en continu des décisions en common law, connus pour être édités chaque année à partir du XVIe siècle.

Points essentiels

  • Les lois des 16 et 24 août 1790 encadrent le juge en lui imposant de s’en tenir à l’application de la loi.
  • Robespierre demande au juge de dire le droit en se conformant strictement à la loi.
  • La loi qui met fin au référé législatif napoléonien et marque une première reconnaissance de la jurisprudence comme source est celle de 1837.
  • En France, la jurisprudence crée principalement le droit administratif au fil des décisions.
  • Les law reports anglais sont publiés chaque année depuis le XVIe siècle.

Repères chronologiques

DateÉvénement
1566Ordonnance de Moulins : contrôle et correction des coutumes par le roi
131Hadrien publie un édit perpétuel mettant fin à l’évolution annuelle du droit prétorien
529Publication du Code de Justinien (première publication dans la compilation des constitutions impériales)
1803Marbury v. Madison : décision fondatrice du contrôle de constitutionnalité par les juges
1958Création du Conseil constitutionnel
1971Première censure, par le Conseil constitutionnel, d’un texte législatif adopté par le Parlement

Tableaux de synthèse

Sources matérielles vs sources formelles

CatégorieCe que ça désigneExemples
Sources matériellesL’ensemble des faits, des besoins et des idées qui ont présidé à l’adoption d’une normeReligion / morale / droit naturel (dans les QCM)
Sources formellesLes formes par lesquelles les règles de droit doivent être manifestéesCoutume / loi / doctrine / jurisprudence (4 sources identifiées)

Éléments constitutifs de la coutume

ÉlémentDéfinitionNotion
Élément matérielRépétition d’une pratique publique, paisible et constanteusage constant
Élément moralAcceptation par le groupe social : croyance que le non-respect doit être sanctionnéopinio necessitatis

Pièges & confusions fréquents

  1. Confondre sources matérielles (faits/besoins/idées à l’origine) et sources formelles (formes par lesquelles la règle apparaît).
  2. Croire que la coutume dépend seulement de la répétition, sans exigence d’opinio necessitatis (l’idée que la violation doit être sanctionnée).
  3. Assimiler rédaction privée et rédaction officielle : la rédaction privée n’a pas de valeur officielle immédiate, elle sert d’élément de preuve.
  4. Mélanger les deux types de loi romaine : Lex rogata (proposée puis confirmée par le vote du peuple) et Lex data (donnée directement par les magistrats).
  5. Oublier que le préteur dit le droit avant les procès (et que l’édit du préteur se fixe durablement avec l’édit perpétuel d’Hadrien en 131).
  6. Penser que la jurisprudence est une source normative en France « comme la loi » alors que le cours la présente comme non reconnue comme telle (contestée).
  7. Confondre dogme et doctrine : le dogme est indiscutable tandis que la doctrine se nourrit du débat et de l’esprit critique.

Checklist Examen

  1. Distinguer sources matérielles et sources formelles et savoir ce que chacune désigne dans le cours.
  2. Énoncer la définition de la coutume et identifier ses deux éléments constitutifs : élément matériel et élément moral (opinio necessitatis).
  3. Savoir expliquer la désuétude (disparition d’une coutume quand le besoin cesse) et retenir que la coutume doit rester compatible avec la loi existante (coutume contra legem exclue).
  4. Retracer l’évolution de la mise par écrit en France à partir du XIe siècle en Normandie et l’impact de l’ordonnance de Moulins (1566) sur le contrôle royal.
  5. Connaître les lois écrites antiques évoquées (Mésopotamie, code d’Hammourabi gravé, lois d’Ur-Nammu au style « si… alors… ») et le sens des nomoi en Grèce.
  6. Rappeler les notions romaines liées à l’édict du préteur et à l’édit perpétuel (131), ainsi que le rôle du préteur et les distinctions lex rogata/lex data.
  7. Expliquer le couple pouvoir constituant originaire/dérivé et relier le contrôle centralisé a priori au modèle kelsénien (avec la Constitution autrichienne de 1919).
  8. Savoir situer les repères du contrôle : Conseil constitutionnel créé en 1958 et première censure en 1971, et rappeler le rôle du bloc de constitutionnalité selon le cours.
  9. Décrire la place de la doctrine et de l’interprétation : doctrine non source directe (source d’influence), Troper (interpréter = refaire), et l’interdiction des arrêts de règlement à l’article 5 du Code civil.
  10. Maîtriser la logique « bouche de la loi » (Montesquieu) et la conformité stricte de Robespierre, puis l’encadrement du juge par les lois des 16 et 24 août 1790.
  11. Connaître l’arrêt de règlement sous l’Ancien Régime et rappeler le référé législatif napoléonien, qui prend fin par la loi de 1837.

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1. Quelle distinction décrit des faits, besoins ou idées à l’origine de l’adoption d’une norme ?

2. Parmi les éléments suivants, lequel fait partie des quatre sources formelles du droit identifiées dans le cours ?

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Sources matérielles du droit

Faits, besoins, idées ayant conduit à une norme

Sources formelles du droit

Formes par lesquelles une règle de droit apparaît

Autorité compétente

Instance habilitée à créer des règles juridiques

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