Fiche de révision : Légitime défense et immunités

Plan du Cours

  1. Fondement légal du trouble mental
  2. Intoxication volontaire et responsabilité
  3. Conditions et effets juridiques
  4. Conséquences civiles et procédurales
  5. La contrainte pénale
  6. L’erreur sur le droit
  7. Cadre général des faits justificatifs
  8. Ordre et autorisation juridiques
  9. Autorisation de la coutume
  10. Discipline et coutume locale
  11. Droits de la défense
  12. Liberté d’expression et infractions
  13. Liberté d’expression et qualifications pénales
  14. Commandement de l’autorité légitime
  15. Contrôle de proportionnalité des sanctions
  16. Liberté d’expression et proportionnalité pénale
  17. Protection du lanceur d’alerte
  18. État de nécessité

Notions clés & Définitions

  • Trouble psychique ou neuropsychique : la notion légale qui englobe les troubles mentaux abolissant ou altérant le discernement ou le contrôle des actes, quelle que soit leur origine ou leur nature.

★ À maîtriser

📌 Selon le premier alinéa de l’article 122-1 du Code pénal, n’est pas pénalement responsable la personne qui, au moment des faits, était atteinte d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes.

📌 Lorsque le trouble psychique ou neuropsychique a seulement altéré le discernement ou entravé le contrôle des actes, la personne demeure punissable, mais la juridiction tient compte de cette circonstance pour déterminer la peine et en fixer le régime.

Compléments

  • L’ancien article 64 du Code pénal disposait qu’il n’y avait ni crime ni délit lorsque le prévenu était en état de démence au temps de l’action.

Astuce mémo

Trouble aboli : irresponsabilité ; trouble altéré : punissabilité

2. Intoxication volontaire et responsabilité

★ À maîtriser

📌 La jurisprudence considère en principe comme imputables les infractions commises après une intoxication volontaire, car la consommation constitue une faute préalable. — Cour de cassation

📌 Depuis la loi n° 2022-52 du 24 janvier 2022, l’abolition temporaire du discernement ou du contrôle des actes ne permet pas d’invoquer l’irresponsabilité lorsqu’elle résulte de la consommation volontaire, dans un temps très voisin des faits, de substances psychoactives consommées dans le dessein de commettre l’infraction ou une infraction de même nature, ou d’en faciliter la commission.

  • 🔄 L’exclusion de l’irresponsabilité suppose successivement: la consommation d’une substance psychoactive, une consommation dans un temps très voisin des faits, une consommation volontaire dans un dessein infractionnel, l’abolition temporaire du discernement ou du contrôle des actes

Compléments

  • La loi du 24 janvier 2022 a créé trois délits réprimant l’intoxication volontaire ayant conduit à un homicide volontaire, à des tortures, actes de barbarie ou violences, ou à un viol alors que l’auteur est déclaré irresponsable sur le fondement du premier alinéa de l’article 122-1 du Code pénal. — loi n° 2022-52

Astuce mémo

Consommation volontaire fautive → exclusion possible de l’irresponsabilité

3. Conditions et effets juridiques

★ À maîtriser

📌 L’abolition du discernement peut correspondre soit à la perte de la capacité de comprendre la portée de ses actes, soit à la perte de la capacité de les contrôler, et l’irresponsabilité est possible dès lors que l’une de ces deux facultés fait défaut.

📌 Le trouble mental doit avoir existé au moment de la commission de l’infraction et présenter un lien causal avec celle-ci, faute de quoi la responsabilité pénale demeure.

  • Selon le stade de la procédure, la décision est: un non-lieu à l’instruction, une relaxe devant le tribunal de police ou correctionnel, un acquittement devant la cour d’assises

Compléments

  • Un cleptomane qui commet un viol demeure pénalement responsable si le viol n’a pas de rapport avec son trouble mental.

Astuce mémo

Trouble → discernement → moment des faits → effets

4. Conséquences civiles et procédurales

★ À maîtriser

📌 L’irresponsabilité pénale pour trouble mental n’efface pas l’existence de l’infraction et ne fait pas disparaître la responsabilité éventuelle des complices qui ont profité de l’absence de discernement de l’auteur.

📌 La personne déclarée pénalement irresponsable pour trouble mental demeure civilement responsable de son acte en vertu de l’article 414-3 du Code civil et doit réparer le dommage causé à autrui.

Compléments

  • La loi du 25 février 2008 a créé une procédure spécifique de déclaration d’irresponsabilité pénale devant la chambre de l’instruction ou la juridiction de jugement saisie.

5. La contrainte pénale

Notions clés & Définitions

  • Contrainte pénale : Cause d’irresponsabilité lorsque la personne a agi sous l’empire d’une force ou d’une contrainte à laquelle elle n’a pu résister.

★ À maîtriser

  • Les quatre variétés de contrainte sont:
    • la contrainte physique externe
    • la contrainte physique interne
    • la contrainte morale externe
    • la contrainte morale interne

📌 La contrainte n’exonère pénalement que si elle constitue un obstacle invincible et indépendant de la volonté de l’agent, entraînant une impossibilité absolue de se conformer à la loi pénale. — Cass. crim., 9 octobre 1957

📌 La jurisprudence exige que la contrainte soit imprévisible, de sorte qu’une faute préalable de l’agent ayant contribué à la situation exclut son effet exonératoire.

Compléments

  • La Cour de cassation a refusé la contrainte dans l’affaire Tremintin, où un marin n’avait pu regagner son navire après avoir été placé en garde à vue pour ivresse sur la voie publique. — Cass. crim., arrêt Tremintin, 29 janvier 1921

📌 Lorsque la contrainte est retenue comme cause d’irresponsabilité pénale, elle supprime également la responsabilité civile, sous réserve de la condition d’extériorité de la force majeure en droit civil.

Astuce mémo

Contrainte physique = empêchement matériel ; contrainte morale = pression sur la volonté.

6. L’erreur sur le droit

Notions clés & Définitions

  • Erreur sur le droit : Cause d’irresponsabilité pénale lorsque la personne a cru légitimement accomplir un acte licite et n’était pas en mesure d’éviter cette erreur.

★ À maîtriser

  • L’erreur sur le droit est légitime lorsque l’agent pouvait raisonnablement croire que son acte était légal, cette appréciation étant plus exigeante pour les professionnels que pour les particuliers.

  • L’erreur sur le droit n’est invincible que si l’agent prouve qu’il ne disposait d’aucun autre moyen utile de se renseigner sur la législation applicable, ce qui exclut en principe l’erreur spontanée. — Cass. crim., 28 juin 2005 ;

  • Une information erronée donnée par une personne privée, même avocat ou notaire, ne suffit pas en principe à rendre l’erreur sur le droit invincible, contrairement à certaines informations émanant de l’administration.

  • La personne qui bénéficie de l’erreur sur le droit est pénalement irresponsable, mais ses coauteurs ou complices restent condamnables s’ils ne prouvent pas avoir eux-mêmes commis l’infraction sous l’empire d’une erreur.

Compléments

📌 Une règle pénale non publiée selon les formalités renforcées qui s’imposent peut être inopposable, notamment lorsqu’une mesure de signalisation exigée pour un arrêté de circulation n’a pas été prise. — Cass. crim., 26 avril 2017

Astuce mémo

Information officielle fiable → erreur invincible possible ; conseil privé ou négligence → irresponsabilité écartée.

7. Cadre général des faits justificatifs

Notions clés & Définitions

  • Article 122-4 du Code pénal : L’article 122-4 du Code pénal exclut la responsabilité pénale de la personne qui accomplit un acte prescrit ou autorisé par la loi ou le règlement, ou commandé par une autorité légitime, sauf si cet acte est manifestement illégal.

★ À maîtriser

📌 Les faits justificatifs fondés sur l’ordre ou l’autorisation de la loi ou du règlement exonèrent leur bénéficiaire de la responsabilité pénale et de la responsabilité civile.

Compléments

📌 Les faits justificatifs prévus par l’article 122-4 du Code pénal ne s’appliquent pas lorsqu’une disposition les exclut expressément, comme l’article 215-4 du Code pénal pour les crimes contre l’humanité.

Astuce mémo

Acte prescrit ou autorisé : irresponsabilité ; acte commandé : exception en cas d’acte manifestement illégal

8. Ordre et autorisation juridiques

Notions clés & Définitions

  • Infiltration : Procédé d’investigation par lequel un enquêteur surveille des personnes suspectées de commettre un crime ou un délit en se faisant passer auprès d’elles pour un coauteur, un complice ou un receleur.

★ À maîtriser

📌 L’ordre de la loi impose un comportement, tandis que l’autorisation de la loi permet un comportement laissé à la discrétion de son destinataire ; dans les deux cas, l’article 122-4 peut constituer un fait justificatif.

  • L’article 73 du Code de procédure pénale permet à tout citoyen d’appréhender l’auteur d’un crime ou d’un délit flagrant, à condition que l’usage de la force soit nécessaire et proportionné aux conditions de l’arrestation.

📌 La coutume civile peut justifier des corrections bénignes exercées par les parents ou les enseignants lorsqu’elles restent compatibles avec l’éducation de l’enfant.

  • Depuis la loi n° 2019-721 du 10 juillet 2019, l’article 371-1 du Code civil dispose que l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques.

Compléments

  • L’obligation faite au débiteur de faire l’appoint par l’article L. 112-5 du Code monétaire et financier peut justifier le refus d’un directeur de supermarché d’accepter un billet de 500 euros, malgré la contravention prévue par l’article R. 642-3 du Code pénal. — Cass. crim., 14 décembre 2005

  • La loi du 9 mars 2004 a introduit dans le Code de procédure pénale la procédure d’infiltration, qui autorise les enquêteurs à commettre la plupart des infractions contre les biens lorsque le procureur de la République a délivré une autorisation préalable.

Astuce mémo

Ordre ou autorisation légal → fait justificatif → exclusion de la responsabilité

9. Autorisation de la coutume

Points essentiels

📌 Les courses de taureaux et les combats de coqs ne relèvent pas des infractions prévues par les articles 521-1 et 522-1 du Code pénal lorsqu’ils correspondent à une tradition locale ininterrompue.

Astuce mémo

Correction éducative compatible avec l’éducation ≠ traitement dégradant

10. Discipline et coutume locale

★ À maîtriser

📌 La Chambre criminelle reconnaît aux enseignants un pouvoir de discipline sur leurs élèves, mais les violences physiques ou psychologiques exercées sur des enfants peuvent constituer des traitements dégradants et des infractions. — Cass. crim., 7 novembre 2017

  • Le 10 juillet 2019, la loi n° 2019-721 relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires a modifié l’article 371-1 du Code civil afin de prévoir que l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques.

📌 Les courses de taureaux et les combats de coqs échappent aux infractions de sévices graves, d’actes de cruauté et d’atteintes volontaires à la vie des animaux lorsqu’ils correspondent à une tradition locale ininterrompue.

Compléments

  • Le 25 septembre 2012, le Conseil constitutionnel a jugé que l’expression « tradition ininterrompue » était suffisamment précise et non équivoque pour écarter un risque d’arbitraire.

  • Les traitements dégradants pouvaient comprendre (Cass. crim., 2 décembre 1998): la privation de repas, l’enfermement dans un placard, la douche froide, l’obligation de ramasser leurs excréments

Astuce mémo

Discipline enseignante admise, violences parentales désormais interdites

11. Droits de la défense

★ À maîtriser

📌 L’exercice des droits de la défense peut justifier la violation du secret professionnel par un médecin ou un avocat poursuivi par son client, ainsi que la production par un journaliste de pièces couvertes par le secret de l’instruction. — Cass. crim., 20 décembre 1987

📌 Le fait justificatif fondé sur les droits de la défense est apprécié strictement et exige que les documents ou informations soient strictement nécessaires à la défense de l’intéressé. — Cass. crim., 16 janvier 2018

Compléments

📌 Le strict respect des droits de la défense peut justifier le vol de documents par un salarié, le rappel de faits amnistiés ou certains délits destinés à préserver des informations sensibles pour les entreprises françaises ou les intérêts français à l’étranger. — Cass. crim.

  • Le 9 juin 2009, la Cour de cassation a jugé punissable le vol de documents photocopiés lorsque leur utilisation visait à prouver la vérité d’accusations contre l’employeur dans une affaire pénale, et non à assurer la défense du salarié. — Cass. crim.

Astuce mémo

Défendre sa cause peut justifier, prouver une accusation ne suffit pas

12. Liberté d’expression et infractions

★ À maîtriser

📌 Une infraction peut être écartée lorsque sa répression constituerait, au regard de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression dans le cadre d’une enquête sérieuse sur un débat d’intérêt général. — Chambre criminelle, 26 octobre 2016

📌 Le 22 septembre 2021, la Chambre criminelle a exigé que les juges recherchent si la condamnation pour le vol de portraits officiels du président de la République constituait une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression.

Compléments

  • Une exhibition sexuelle peut ne pas être sanctionnée lorsque le comportement s’insère dans une protestation politique et qu’une condamnation constituerait une ingérence disproportionnée dans la liberté d’expression. — Chambre criminelle, 26 février 2020

  • Le recel de fichiers faisant l’apologie du terrorisme suppose, chez le receleur, une adhésion à l’apologie exprimée, faute de quoi la condamnation porterait atteinte à la liberté d’expression, qui comprend le droit de recevoir des informations. — Chambre criminelle, 7 janvier 2020

  • Une condamnation pour tapage injurieux ou harcèlement doit respecter la liberté d’expression lorsque les propos s’inscrivent dans une manifestation pacifique ou dans l’alerte des citoyens et n’excèdent pas les limites admissibles de cette liberté. — Chambre criminelle, 3 novembre 2020

Astuce mémo

Expression d’intérêt général → contrôle de proportionnalité de la condamnation

13. Liberté d’expression et qualifications pénales

★ À maîtriser

  • La détention, sur un ordinateur ou un téléphone portable, de fichiers faisant l’apologie d’actes de terrorisme après un téléchargement effectué en connaissance de cause constitue un recel de ce délit, à condition que l’adhésion personnelle du receleur à l’apologie soit caractérisée. — Chambre criminelle, 2020

  • Une condamnation pour tapage injurieux visant un slogan politique scandé lors d’une manifestation pacifique doit respecter les libertés d’expression et de réunion garanties par les articles 10 et 11 de la Convention européenne des droits de l’homme. — Chambre criminelle, 3 novembre 2020

  • La liberté de pensée, de conscience et de religion peut être restreinte par la loi lorsqu’une telle restriction est nécessaire, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à l’ordre, à la santé ou à la morale publiques, ou aux droits et libertés d’autrui. — Chambre criminelle de la Cour de cassation, S.A.S. c/ France, CEDH, 1er juillet

Compléments

📌 Les juges doivent répondre à l’argument selon lequel la diffusion massive et répétée de tracts et d’affiches dénonçant les dysfonctionnements d’un huissier n’a pas excédé les limites de la liberté d’expression. — Chambre criminelle, 13 octobre 2020

📌 La loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation intégrale du visage dans l’espace public peut être justifiée par la protection de l’ordre et de la sécurité publics ainsi que par les conditions du « vivre ensemble ». — Chambre criminelle, 9 décembre 2014

Astuce mémo

Protéger l’expression, mais sanctionner l’adhésion terroriste

14. Commandement de l’autorité légitime

Notions clés & Définitions

  • Autorité légitime : Autorité publique compétente pour donner l’ordre en exécution duquel l’acte a été commis.

★ À maîtriser

  • L’article 122-4, alinéa 2, du Code pénal rend pénalement irresponsable celui qui accomplit un acte commandé par l’autorité légitime, sauf si cet acte est manifestement illégal, cette cause d’irresponsabilité étant distincte de l’ordre de la loi.

  • Un ordre émanant d’une autorité privée, comme un employeur ou un administrateur judiciaire dépourvu de pouvoir de décision au nom de la puissance publique, ne constitue jamais une cause d’irresponsabilité pénale. — Chambre criminelle, 20 avril 2017

  • Le caractère manifestement illégal d’un commandement s’apprécie objectivement selon la nature de l’acte et subjectivement selon la qualité de l’exécutant.

  • Une atteinte ordonnée à la vie ou à l’intégrité physique est manifestement illégale, de sorte que l’exécutant ne peut être exonéré par l’ordre reçu.

Compléments

  • La qualité de l’exécutant peut conduire à retenir la responsabilité d’un haut fonctionnaire pour une illégalité apparente qui ne le serait pas pour un militaire ou un gardien de prison. — Cass. crim., 22 mai 1959

Astuce mémo

Autorité publique compétente ≠ employeur privé

15. Contrôle de proportionnalité des sanctions

★ À maîtriser

  • 🔄 Le contrôle de proportionnalité suit trois étapes. (Cour de cassation, 29 mars 2023):

    1. Vérifier le lien direct entre le comportement et la liberté d’expression sur un sujet d’intérêt général
    2. Examiner concrètement les circonstances et le dommage ou trouble causé
    3. Contrôler la proportionnalité de la condamnation et de la peine
  • Le refus de se soumettre à un prélèvement biologique ou à des relevés signalétiques peut faire l’objet d’une condamnation écartée si, dans les circonstances particulières de l’espèce, cette condamnation porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée. — Cour de cassation, 29 mars 2023

  • Pour les manifestations pacifiques, la liberté d’expression est difficilement séparable de la liberté de réunion, et l’absence d’autorisation préalable ne justifie pas nécessairement une ingérence en l’absence de violence.

  • Des perturbations intentionnelles de la vie quotidienne et des activités licites d’autrui peuvent justifier des sanctions pénales lorsqu’elles dépassent l’ampleur normalement impliquée par l’exercice pacifique de la liberté de réunion.

Compléments

  • Dans les poursuites pour vol liées à une action militante, le juge doit prendre en compte la valeur matérielle et symbolique du bien ainsi que la réversibilité ou l’irréversibilité du dommage causé à la victime. — Cour de cassation, 29 mars 2023

Astuce mémo

Lien direct → examen concret → condamnation proportionnée

16. Liberté d’expression et proportionnalité pénale

★ À maîtriser

  • Lorsqu’un prévenu invoque une atteinte disproportionnée à sa liberté d’expression, le juge doit vérifier le lien direct entre le comportement incriminé et l’expression sur un sujet d’intérêt général, puis contrôler la proportionnalité de la culpabilité et de la peine au regard notamment des circonstances et du dommage ou trouble causé. — Chambre criminelle, 8 janvier 2025

  • Pour une manifestation pacifique, l’absence d’autorisation préalable ne justifie pas nécessairement une ingérence dans la liberté d’expression, mais des perturbations intentionnelles dépassant celles qu’implique normalement la réunion pacifique peuvent justifier des sanctions pénales. — Cour européenne des droits de l'homme, Women on waves et autres c/ Portugal, 5 février 2009

  • En matière de dénonciation calomnieuse, la proportionnalité de l’ingérence dans la liberté d’expression s’apprécie notamment selon la nature et la forme des propos, leur contexte, la gravité des accusations et leurs conséquences pour les personnes visées. — Chambre criminelle, 8 janvier 2025

Compléments

  • Dans l’arrêt Cass. crim., 8 janvier 2025, n° 23-84.535, les condamnations de manifestants ont été jugées proportionnées parce que leur présence sur une voie ferrée et dans une zone aéroportuaire à accès restreint avait bloqué un train, perturbé la circulation aérienne et causé des préjudices aux usagers et aux compagnies de transport, malgré l’absence de violence ou de dégradation. — Chambre criminelle

📌 Au stade de l’information judiciaire, le juge peut prendre en compte le moyen tiré de la liberté d’expression et écarter une qualification pénale lorsque les actions militantes concernent un sujet d’intérêt général et qu’aucune infraction ne peut être retenue après un examen global et motivé des faits. — Chambre criminelle, 4 février 2025

Astuce mémo

Expression pacifique tolérée, perturbation grave sanctionnée

17. Protection du lanceur d’alerte

Notions clés & Définitions

  • Lanceur d’alerte : loi n° 2016-1691, 9 décembre 2016 — Personne physique qui signale ou divulgue, sans contrepartie financière directe et de bonne foi, des informations portant sur un crime, un délit, une menace ou un préjudice pour l’intérêt général, une violation ou une tentative de dissimulation d’un engagement international, du droit de l’Union européenne, de la loi ou du règlement.

★ À maîtriser

📌 Depuis la réforme de 2022, le lanceur d’alerte peut choisir entre un signalement interne et un signalement externe auprès de l’autorité compétente, du Défenseur des droits, de la justice ou d’un organe européen.

📌 L’article 122-9 du Code pénal exclut la responsabilité pénale du lanceur d’alerte qui porte nécessairement et proportionnellement atteinte à un secret protégé par la loi dans les conditions légales, ainsi que de celui qui soustrait, détourne ou recèle licitement des documents signalés ou divulgués ; cette protection bénéficie aussi au complice.

Compléments

📌 La divulgation publique n’est possible que dans certaines situations, notamment en l’absence de traitement après un signalement externe, en cas de risque de représailles ou d’absence de chance d’aboutissement, ou face à un danger grave et imminent.

Astuce mémo

Signaler, divulguer, protéger

18. État de nécessité

Notions clés & Définitions

  • État de nécessité : Code pénal, article 122-7 — Situation dans laquelle une personne, confrontée à un danger actuel ou imminent menaçant elle-même, autrui ou un bien, accomplit un acte nécessaire et proportionné pour sauvegarder un intérêt supérieur ou égal.
  • Légitime défense : Code pénal, articles 122-5 — Rend pénalement irresponsable la personne qui, face à une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit immédiatement un acte nécessaire à sa défense, sauf disproportion entre les moyens employés et la gravité de l’atteinte.
  • Légitime défense des biens : Fait justificatif permettant d’interrompre l’exécution d’un crime ou d’un délit contre un bien par un acte de défense autre qu’un homicide volontaire, strictement nécessaire et proportionné à la gravité de l’infraction.
  • Immunité : Cause d’irresponsabilité pénale résultant de la qualité de l’auteur, des circonstances de l’infraction ou de ces deux éléments, et pouvant être générale ou limitée à certaines infractions.

Points essentiels

  • L’état de nécessité exige un danger réel, actuel ou imminent, qui peut menacer l’auteur, un tiers ou un bien, et non un danger simplement éventuel ou hypothétique. — Code pénal, article 122-7

  • L’infraction commise en état de nécessité doit être le seul moyen nécessaire de sauvegarder la personne ou le bien, à l’exclusion d’un autre moyen moins périlleux pour les tiers.

  • L’atteinte justifiant la légitime défense doit être injustifiée et peut viser la personne qui se défend ou un tiers ; elle peut être physique ou morale et même être putative lorsqu’elle paraît vraisemblable.

  • La riposte doit intervenir dans le même temps que l’atteinte : une défense postérieure constitue une vengeance et une défense préventive contre une atteinte seulement éventuelle n’est pas justifiée.

  • Les moyens de riposte doivent être proportionnés à la gravité de l’atteinte, indépendamment de la disproportion éventuelle du résultat causé.

  • La légitime défense peut justifier tout crime, délit ou contravention lorsque les conditions légales sont réunies, car le terme « acte » employé par le Code pénal n’en limite pas la nature.

  • La jurisprudence traditionnelle exclut les infractions non intentionnelles de la légitime défense, notamment l’homicide et les blessures involontaires, selon l’arrêt Cousinet du 10 février 1967. — Cass. crim.

📌 Une riposte reste intentionnelle lorsque l’auteur voulait porter une atteinte, même légère, à l’intégrité de l’agresseur, tandis que l’absence de volonté de la riposte elle-même exclut la légitime défense.

📌 La légitime défense des biens est exclue en cas de contravention, notamment lors d’une riposte à des dégradations légères.

  • 🔄 Les conditions de la défense d’un bien sont: intervenir pendant l’exécution de l’infraction, constituer l’unique moyen de l’interrompre, employer des moyens proportionnés à sa gravité

📌 Un homicide volontaire ne peut jamais constituer un acte de défense d’un bien, tandis que des violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ne sont pas exclues par cette règle.

📌 L’article 122-6 du Code pénal présume simplement la légitime défense lors d’une intervention pour repousser, de nuit, une entrée par effraction, violence ou ruse dans un lieu habité, ou pour se défendre contre des vols ou pillages exécutés avec violence.

Astuce mémo

Danger actuel → acte nécessaire et proportionné

Tableaux de synthèse

Abolition et altération du discernement

SituationResponsabilité pénaleEffet principal
Discernement aboliIrresponsabilitéNon-lieu, relaxe ou acquittement
Discernement altéréPersonne punissableCirconstance prise en compte dans la peine

Ordre justificatif et illégalité

ÉlémentConditionEffet
AutoritéPublique et compétenteIrresponsabilité possible
Ordre privéEmployeur ou autorité privéeAucune irresponsabilité
Illégalité manifesteActe portant notamment atteinte à la vie ou à l’intégrité physiqueExclusion de la justification
Illégalité apparenteAppréciée selon la qualité de l’exécutantResponsabilité variable

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Légitime défense et immunités avec 53 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Quelle notion légale englobe les troubles mentaux qui abolissent ou altèrent le discernement ou le contrôle des actes, quelle que soit leur origine ?

2. Une personne atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ayant aboli son discernement relève de quelle règle pénale ?

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Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Légitime défense et immunités avec 71 flashcards interactives.

Qu'est-ce que le trouble psychique ou neuropsychique légalement ?

C'est la notion légale englobant les troubles mentaux abolissant ou altérant le discernement ou le contrôle des actes.

Quelle condition exclut la responsabilité pénale selon l'article 122-1 du Code pénal ?

Être atteint d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli le discernement ou le contrôle des actes.

Que se passe-t-il si le trouble psychique altère seulement le discernement ?

La personne reste punissable mais la peine est adaptée par la juridiction.

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