Fiche de révision : Puissance et prolifération des États

Plan du Cours

  1. Approche réaliste des relations internationales
  2. Approche systémique et interdépendance
  3. Approche marxiste-léniniste et dépendance
  4. Conquête et expansion coloniales
  5. Encadrement juridique des acquisitions territoriales
  6. Délimitation des espaces territoriaux
  7. Conceptions de la nation et ethnies
  8. Force armée et non-ingérence
  9. Égalité juridique et puissance des États
  10. Facteurs et modèles de puissance
  11. Coopération et progrès technologique
  12. Puissance et hiérarchie des États
  13. Prolifération étatique et décolonisation
  14. Décolonisations en Asie et en Afrique
  15. Fragmentations étatiques contemporaines
  16. Encadrement juridique de l’évolution étatique
  17. Diplomatie et négociation internationale
  18. Causes des conflits armés

Repères chronologiques

  1. 1492Christophe Colomb redécouvre l’Amérique, étape des grandes découvertes qui mettent durablement en communication l’Europe, l’Asie, l’Afrique et l’Amérique.
  2. 12 octobre 1492Christophe Colomb découvre l’île de Guanahani, dans les Bahamas.
  3. 1494L’Espagne et le Portugal signent le traité de Tordesillas et se partagent le monde.
  4. 1830La France entreprend la conquête de l’Algérie, alors intégrée à l’Empire ottoman.
  5. 1847La France défait définitivement l’émir Abd El-Kader.
  6. 1848L’Algérie devient officiellement un territoire français divisé en trois départements, à l’initiative de la Seconde République.
  7. 1898L’affaire de Fachoda oppose les revendications françaises et britanniques au Soudan ; après un ultimatum britannique, l’armée française se retire.
  8. années 1980Le Mexique a été fortement touché par une crise économique.
  9. 1997Une crise financière partie d’un pays a touché l’ensemble de l’Asie du Sud-Est, puis le Brésil et la Russie.
  10. 2000-2001L’Argentine a connu un effondrement économique qui a précipité des personnes des classes moyennes dans la rue.

1. Approche réaliste des relations internationales

Points essentiels

  • Le commerce triangulaire relie l’Afrique, l’Amérique et l’Europe par la vente d’esclaves africains en Amérique et le retour de biens en Europe.

  • La révolution industrielle et les progrès des transports et des communications, puis l’électricité, le moteur à explosion et l’aviation, élargissent les échanges et favorisent l’apparition des premières multinationales à la fin du XIXe siècle.

  • La mondialisation devient incontournable après la Seconde Guerre mondiale et s’accélère dans les années 1990 avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

📌 La définition classique des relations internationales les limite aux relations entre États relevant de leurs politiques étrangères, tandis que la définition actualisée inclut les relations et communications à dimension politique entre acteurs publics et privés au-delà des frontières étatiques.

  • Les organisations internationales gouvernementales et les organisations non gouvernementales se sont développées comme acteurs concurrents des États, notamment avec la mondialisation.

  • Dans la vision cyclique de Thucydide, la crainte d’une agression conduit les cités à s’armer, l’avantage militaire pousse l’une d’elles à attaquer, les alliances généralisent le conflit, une cité hégémonique impose la paix puis disperse ses forces, et les cités soumises retrouvent leur indépendance avant qu’un nouveau cycle d’armement ne commence. - histoire de la guerre du Péloponnèse

  • Les cités sont animées par trois motivations (Thucydide) :

    • acquérir des biens
    • rechercher la gloire
    • craindre une agression extérieure
  • Dans le Léviathan, publié en 1651, Thomas Hobbes décrit l’état de nature comme une guerre de tous contre tous et présente la création de l’État souverain comme le moyen d’établir la paix à l’intérieur de ses frontières.

  • Hans Morgenthau décrit la scène internationale comme anarchique, faute d’autorité politique supérieure aux États, et considère que ceux-ci privilégient la défense de leurs intérêts et de leur sécurité.

  • Hans Morgenthau définit la politique internationale comme un effort continu pour maintenir et accroître la puissance de sa nation et réduire celle des autres nations.

📌 Raymond Aron distingue une réalité intérieure globalement pacifiée par l’État d’une réalité interétatique marquée par l’insécurité et la possibilité du recours à la force. - Reymond Aron, 1962

  • Kenneth Waltz affirme que la guerre existe parce que rien ne l’empêche et que chaque unité politique doit pouvoir prendre soin d’elle-même.

  • L’approche idéaliste est normative et s’appuie sur des valeurs morales présentées comme universelles, susceptibles de s’imposer aux États.

  • Dans Du droit de la guerre et de la paix (1625), Hugo de Groot, dit Grotius, défend le respect de l’indépendance politique des États et de leur intégrité territoriale.

  • L’approche idéaliste préconise : la sécurité collective, le règlement pacifique des différends par l’arbitrage, le désarmement

Astuce mémo

Armement → conflit → hégémonie → dispersion des forces → nouvel armement

2. Approche systémique et interdépendance

Notions clés & Définitions

  • Investissement direct à l’étranger : Consiste pour une entreprise à créer une filiale à l’étranger afin d’y produire, parfois d’y distribuer, et d’y commercialiser directement ses produits, notamment pour échapper aux droits de douane.
  • Multilatéralisme : Désigne des relations internationales qui impliquent plus de deux États en même temps, contrairement au bilatéralisme entre deux États.
  • Système : Un ensemble d’éléments interdépendants.

★ À maîtriser

  • Dans L’Esprit des lois (1748), Montesquieu soutient que le commerce rend les nations réciproquement dépendantes et porte ainsi à la paix.

  • David Mitrany défend en 1946 une coopération internationale fonctionnelle, économique et technologique, qui rend nécessaire un système international organisé et intégré.

  • Les échanges internationaux se développent sous deux formes principales : les exportations de biens et les investissements directs à l’étranger.

  • Les entreprises qui réalisent des investissements directs à l’étranger sont appelées multinationales, firmes multinationales ou sociétés transnationales.

  • Les flux pris en compte à l’échelle planétaire sont :

    • les flux économiques
    • les flux financiers
    • les flux technologiques
    • les flux scientifiques
    • les flux culturels
    • les flux informationnels
    • les flux touristiques
    • les flux migratoires
  • Selon l’approche de l’interdépendance, l’intensification des flux liée à la mondialisation conduit à une transnationalisation qui dépasse les relations interétatiques classiques.

  • La dépendance croissante des politiques intérieures à l’égard des politiques extérieures réduit la marge de manœuvre des États, notamment parce qu’ils recherchent les investissements directs étrangers des multinationales pour créer des emplois et réduire le chômage.

  • L’approche de l’interdépendance voit une tendance dominante à la pacification et à la coopération, favorisée par la prise de conscience d’un intérêt commun de l’humanité et par les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

📌 Une critique de l’approche de l’interdépendance est qu’elle confond interdépendance et coopération, alors que l’interdépendance ne garantit pas la coopération.

  • L’approche de l’interdépendance tend à minimiser le poids persistant des États dans les organisations intergouvernementales, notamment à l’ONU, régulièrement paralysée par les rivalités des grandes puissances et de ses cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

📌 Depuis 1945, les conflits armés interétatiques classiques ont reculé, tandis que les conflits intérieurs et les guerres civiles internationalisées se sont multipliés.

Compléments

  • Le système des Nations unies regroupe l’ONU et des organisations internationales gouvernementales qui lui sont juridiquement reliées, notamment l’OMS, l’OIT, l’UNESCO, la Banque mondiale et la FAO.

  • À partir des années 1960, des politologues étudient notamment les relations Nord-Sud, les solidarités entre pays du tiers-monde et le fonctionnement des organisations internationales.

Astuce mémo

Le commerce crée des dépendances réciproques → la guerre devient moins avantageuse

3. Approche marxiste-léniniste et dépendance

Notions clés & Définitions

  • Impérialisme : Lénine, l’impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916 - Résulte du capital financier et de l’ère des monopoles, qui rendent plus violente la concurrence entre grandes puissances pour l’accès aux matières premières et aux nouveaux marchés.

★ À maîtriser

  • Selon Lénine, les puissances impérialistes se partagent par la force les zones d’influence au moyen de la colonisation et des guerres. - l’impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916

  • Dans l’approche marxiste-léniniste, la politique étrangère d’un État est d’abord déterminée par les intérêts matériels de la classe dominante, comme ceux de la bourgeoisie dans les États capitalistes.

  • Dans l’approche marxiste-léniniste, seule la victoire du socialisme peut assurer une paix durable en supprimant le capitalisme, considéré comme une source de conflits armés.

  • La théorie de la dépendance, qualifiée de néomarxiste, explique le sous-développement des pays du tiers-monde décolonisés par leur dépendance à l’égard des États capitalistes, placés au centre du système mondial.

  • Selon la théorie de la dépendance, les multinationales exploitent les pays du Sud en profitant des bas salaires et du manque de protection sociale, puis rapatrient leurs profits vers le siège de leur maison mère au lieu de les réinvestir sur place.

📌 Une critique du marxisme-léninisme est qu’il accorde une place excessive au déterminisme économique et néglige les facteurs politiques, notamment la compétition entre États et les enjeux de puissance.

Compléments

  • La théorie marxiste-léniniste devient la théorie officielle de l’Union soviétique et des États du bloc socialiste.

  • La théorie de la dépendance accuse les multinationales de contribuer à la corruption des élites des pays du Sud.

  • Pierre Jale critique l’aide humanitaire parce qu’elle peut créer une dépendance aux biens produits par les pays du Nord, favoriser leurs habitudes de consommation et ruiner les petits artisans ruraux.

  • La rivalité entre l’Union soviétique et la Chine populaire montre que des États se réclamant du marxisme-léninisme peuvent entrer en conflit malgré leur projet communiste partagé.

  • Une critique de la théorie de la dépendance est qu’elle néglige les facteurs culturels du sous-développement, notamment les modes de vie traditionnels et les rivalités claniques ou ethniques.

  • Le Japon s’est modernisé à partir de 1868 en s’ouvrant à l’Occident tout en conservant certaines traditions.

Astuce mémo

Capital financier et monopoles → rivalités impérialistes

4. Conquête et expansion coloniales

★ À maîtriser

  • L’acquisition des territoires par les États s’est souvent faite par la violence et la conquête militaire, le recours à la force faisant partie de la conduite séculaire des États selon Reymond Aaron.

  • À partir du XVe siècle, avec l’affirmation de l’État moderne, les grandes puissances européennes entreprennent de conquérir le reste du monde.

  • Les historiens expliquent notamment l’expansion coloniale de la seconde moitié du XIXe siècle par la croissance démographique européenne, qui entraîne une émigration vers les Amériques, l’Océanie, l’Afrique et l’Asie.

  • Le développement économique lié à la révolution industrielle accroît les besoins européens en matières premières et rend nécessaire l’ouverture de nouveaux marchés.

Compléments

  • Les Européens massacrent les populations autochtones qui refusent de se soumettre à la couronne d’Espagne et réduisent en esclavage les survivants, tandis que les épidémies apportées par les Européens causent la disparition de dizaines de millions d’Indiens.

  • Au XVIe siècle, les Anglais et les Français explorent progressivement l’Amérique du Nord et s’affrontent pour le contrôle de ses territoires.

  • Les rivalités coloniales européennes portent notamment sur l’Indonésie, disputée par les Portugais et les Hollandais, et sur l’Inde, où sont présents les Portugais, les Hollandais, les Anglais, les Français et les Danois.

  • La supériorité militaire européenne s’appuie sur :

    • les armes à feu
    • les navires de guerre équipés de canons
    • les troupes de cavalerie
    • une infanterie disciplinée
  • La conquête française de l’Algérie vise notamment à affirmer la présence de la France en Méditerranée et à assurer la sécurité de ses navires face à la puissance maritime britannique.

  • En juillet 1830, un corps expéditionnaire envoyé par Charles X s’empare d’Alger.

  • À partir de 1839, l’armée française conquiert l’intérieur de l’Algérie afin d’y mener une colonisation durable par l’implantation de population.

Astuce mémo

Conquête militaire → partage des territoires → colonisation durable

5. Encadrement juridique des acquisitions territoriales

Notions clés & Définitions

  • Terra nullius : Désigne les territoires considérés par les puissances coloniales comme dépourvus d’État au sens moderne et donc susceptibles d’être acquis, y compris par la force.

★ À maîtriser

  • Jules Ferry, à la tête du gouvernement républicain français de 1881 à 1885, justifie la colonisation par une prétendue mission civilisatrice des « races supérieures ».

📌 Le racisme paternaliste de l’époque présente les populations dites « inférieures » comme susceptibles de s’élever, contrairement au racisme différencialiste de l’Allemagne nazie, qui les destine à l’esclavage.

📌 La colonisation au sens strict repose sur la conquête et l’occupation durable d’un territoire avec implantation de population, tandis qu’une concession autorise l’exploration d’un territoire par décision des autorités locales, souvent obtenue sous la menace des armes.

  • En 1878, l’Europe possède environ un dixième de l’Afrique, contre neuf dixièmes en 1904.

  • La conférence de Berlin de 1884-1885 réunit les principales puissances coloniales et adopte un Acte général visant à encadrer l’acquisition des territoires non étatiques.

📌 L’occupation effective suppose l’exercice matériel des compétences souveraines et l’administration du territoire, tandis que l’occupation fictive se limite à des actes symboliques, jugés insuffisants par la conférence de Berlin.

📌 L’article 2-4 de la Charte des Nations Unies interdit aux États de menacer ou d’employer la force contre l’intégrité territoriale d’un autre État.

  • En 1970, la résolution 2625 de l’Assemblée générale des Nations Unies affirme qu’aucune acquisition territoriale obtenue par la menace ou l’emploi de la force ne sera reconnue comme légale.

📌 Pour un territoire étatique, l’acquisition par la force est aujourd’hui condamnée, sauf légitime défense au titre de l’article 51 de la Charte des Nations Unies ; l’acquisition ne peut se faire que par accord entre États.

📌 La cession transfère volontairement un territoire d’un État à un autre, tandis que la fusion réunit les territoires de deux États pour former un État unique.

Compléments

  • Les puissances coloniales se présentent comme protectrices et créent des protectorats en échange d’une soumission aux conditions imposées.

  • En Chine, des navires de guerre occidentaux obtiennent sous la menace l’ouverture de ports commerciaux et l’accès aux fleuves.

  • Le journaliste britannique Henry Morton Stanley explore le Congo pour le roi des Belges Léopold II, tandis que Pierre Savorgnan de Brazza, officier de marine, explore une autre partie qui devient le Congo français.

  • Le Comité de l’Afrique française, l’Institut colonial royal britannique et la Ligue coloniale allemande font pression sur les gouvernements pour obtenir un soutien militaire et sensibilisent l’opinion à l’aventure coloniale.

Astuce mémo

Territoire non étatique : occupation effective ; territoire étatique : accord conventionnel.

6. Délimitation des espaces territoriaux

★ À maîtriser

📌 Les frontières naturelles s’appuient sur des éléments physiques comme les fleuves ou les montagnes, tandis que les frontières artificielles sont tracées par les États selon des repères topographiques.

📌 Le principe de l’uti possidetis juris reconduit les frontières héritées à l’indépendance, notamment celles des anciennes circonscriptions administratives coloniales.

  • Les parts des frontières africaines tracées par ces États sont (Michel Foucher) :
    • la France : 32 %
    • la Grande-Bretagne : 26,8 %
    • l’Allemagne : 8,7 %
    • la Belgique : 7,6 %
    • le Portugal : 6,7 %
    • l’Italie : 1,7 %
    • l’Espagne : 1,5 %

📌 Créée en 1963, l’Organisation de l’unité africaine adopte le principe d’intangibilité des frontières afin d’éviter la déstabilisation liée à leur redécoupage.

📌 Dans les eaux intérieures et la mer territoriale, l’État est souverain, tandis que dans la zone contiguë il dispose de pouvoirs de police sans souveraineté complète.

  • La mer territoriale s’étend jusqu’à 12 milles marins des côtes, soit environ 22 kilomètres, et les navires étrangers y bénéficient d’un passage inoffensif, continu et rapide.

  • La zone économique exclusive peut s’étendre jusqu’à 200 milles marins à partir de la limite de la mer territoriale et confère des droits exclusifs sur l’exploitation des ressources naturelles, sans souveraineté complète.

  • La haute mer échappe à la souveraineté des États ; ses eaux de surface sont soumises aux libertés de navigation, de pêche et de recherche scientifique, tandis que ses fonds marins constituent un patrimoine commun de l’humanité.

  • L’espace aérien territorial s’étend au-dessus des territoires terrestre et maritime de l’État, qui y exerce une souveraineté complète et exclusive.

Compléments

  • La théorie française des frontières naturelles, défendue par Georges Danton en 1793, justifie l’expansion jusqu’à l’océan, au Rhin, aux Alpes et aux Pyrénées.

  • Le traité de Washington de 1959 internationalise et démilitarise l’Antarctique, suspend les revendications territoriales et autorise des expéditions scientifiques aux États signataires.

  • La zone contiguë s’étend sur 12 milles marins au-delà de la mer territoriale et permet à l’État de prévenir et de réprimer les infractions fiscales, douanières, sanitaires et d’immigration.

📌 Le plateau continental comprend les fonds marins et leur sous-sol au-delà de la mer territoriale, avec une largeur indiquée de 200 à 350 milles marins, et confère des droits exclusifs d’exploitation des ressources naturelles.

  • La convention de Montego Bay sur le droit de la mer est adoptée en 1982 et entre définitivement en application en 1994.

  • L’espace aérien international est régi par l’Organisation de l’aviation civile internationale, apparue en 1947 et intégrée au système des Nations Unies.

  • Depuis 1967, le traité de l’espace interdit l’appropriation nationale de l’espace extra-atmosphérique et des corps célestes ; l’accord sur la Lune de 1979, applicable à ses États parties, qualifie la Lune et ses ressources naturelles de patrimoine commun de l’humanité.

Astuce mémo

Terre, mer, air : les prérogatives étatiques varient selon l’espace.

7. Conceptions de la nation et ethnies

Notions clés & Définitions

  • Population de l’État : Ensemble d’individus unis par un lien juridique de nationalité.
  • Nationalité : La Cour internationale de justice définit en 1955 la nationalité comme un lien juridique fondé sur un fait social de rattachement et une solidarité effective d’existence, d’intérêts et de sentiments, associée à une solidarité de droits et de devoirs.
  • Conception française de la nation : Conception subjectiviste et contractuelle fondée sur un passé commun et sur la volonté de vivre ensemble pour construire un avenir commun.

★ À maîtriser

  • Un État peut attribuer ou retirer la nationalité et choisir d’appliquer le droit du sang, le droit du sol ou une combinaison des deux.

📌 Le droit du sang (jus sanguinis) attribue la nationalité selon l’ascendance, tandis que le droit du sol (jus soli) l’attribue selon le lieu de naissance.

📌 La nationalité originaire est attribuée à l’individu selon des critères étatiques, tandis que la nationalité acquise résulte notamment d’une naturalisation après un séjour d’une certaine durée ou d’un mariage avec un national.

  • Dans le prolongement du Contrat social de Jean-Jacques Rousseau, publié en 1762, la Révolution française définit la nation comme une collectivité libre de citoyens titulaires de droits et libertés, et non plus comme des sujets soumis à un monarque.

  • L’article 3 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen du 26 août 1789 affirme que le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation.

  • La Convention nationale proclame la première République française le 22 septembre 1792, après avoir été élue au suffrage universel masculin, avec exclusion des femmes et des domestiques sous l’emprise de leur maître.

  • Lazare Carnot énonce que tout peuple est maître chez lui et égal en droit au plus grand, ce qui exprime les principes d’égalité juridique des États et d’indépendance politique de tout État.

📌 Le principe des nationalités affirme que l’État et la nation doivent coïncider : toute nation a vocation à se constituer en État et un État doit réunir une seule nation.

📌 La conception allemande objectiviste de la nation, associée à Johann Gottfried von Herder, la définit par une culture et une langue communes.

  • Ernest Renan présente la nation comme un « plébiscite de tous les jours » et comme une grande solidarité reposant sur le désir de vivre ensemble.

  • Claude Rivière définit l’ethnie comme une population désignée par son nom, dont les membres se réclament d’une même origine, partagent une tradition culturelle et une conscience d’appartenance, généralement appuyées sur une langue, une histoire et un territoire communs.

Compléments

  • Les ressortissants ou nationaux d’un État se distinguent des étrangers, qui ont la nationalité d’un autre État mais restent soumis au droit de l’État où ils résident.

  • La France adhère à l’accord de Schengen en 1985 et à la convention de Schengen en 1990, permettant la libre circulation des personnes dans l’espace Schengen à partir de 1995, sous réserve de restrictions liées à l’ordre public ou à la sécurité nationale.

Astuce mémo

Herder rattache la nation à la culture ; Renan au vouloir-vivre collectif

8. Force armée et non-ingérence

Notions clés & Définitions

  • Souveraineté : Reymond Carré de Malberg, 1920 - Caractère suprême d’une puissance pleinement indépendante.
  • Non-ingérence : Principe qui protège l’intégrité territoriale d’un État et sa compétence politique exclusive sur son territoire contre les interventions extérieures.

★ À maîtriser

📌 La souveraineté comporte un aspect intérieur, la capacité de maintenir l’ordre public sur le territoire, et un aspect extérieur, la capacité de se faire respecter par les autres États sans être soumis à une autorité supérieure, sauf consentement préalable.

  • L’article 2-4 de la Charte des Nations unies consacre le respect de l’indépendance politique des États, et la déclaration 26-25 de 1970 affirme leur droit de choisir librement leur système politique, économique, social et culturel sans ingérence extérieure.

  • Les traités internationaux sont des accords écrits fondés sur le consentement libre et volontaire des États signataires et ne produisent d’effets juridiques qu’à leur égard.

  • La coutume internationale suppose cumulativement une pratique générale constante et continue ainsi que son acceptation comme étant le droit, appelée opinio necessitatis juris.

  • L’article 38-1 du Statut de la Cour internationale de Justice mentionne les sources et moyens auxiliaires suivants :

    • les conventions internationales
    • la coutume internationale
    • les principes généraux du droit
    • la doctrine
    • la jurisprudence
  • L’article 2-4 de la Charte des Nations unies interdit aux membres de recourir à la menace ou à l’emploi de la force dans leurs relations internationales contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un État, ou de toute autre manière incompatible avec les buts de l’ONU.

  • La Charte de l’ONU autorise le recours à la force dans le cadre d’une action collective décidée par le Conseil de sécurité ou au titre de la légitime défense individuelle ou collective en cas d’agression armée, jusqu’à ce que le Conseil prenne les mesures nécessaires.

  • Les représailles armées sont condamnées en raison du risque d’aggravation du conflit, tandis que les contre-mesures non militaires, comme le rappel d’un ambassadeur, la rupture des relations diplomatiques ou le boycott, sont admises.

Compléments

  • La Charte de Paris de novembre 1990 demande aux États membres de la CSCE de consolider la démocratie comme système de gouvernement, et l’Assemblée générale de l’ONU proclame en décembre 1990 l’objectif d’élections périodiques et honnêtes.

  • Les actes unilatéraux émanant des États comprennent notamment la protestation officielle et la reconnaissance d’une situation nouvelle, tandis que les organisations internationales peuvent adopter des recommandations non obligatoires ou des décisions obligatoires pour leurs membres.

  • Le Pacte Briand-Kellogg du 27 août 1928 condamne le recours à la force armée et déclare la guerre hors la loi.

  • En 1986, la Cour internationale de Justice considère que le principe de non-emploi de la force est une règle coutumière opposable à tous les États, y compris ceux qui ne sont pas membres de l’ONU.

  • L’article 33 cite les moyens pacifiques de règlement suivants : la conciliation, l’enquête, l’arbitrage, le règlement judiciaire, le recours aux organismes ou accords régionaux, tout autre moyen pacifique choisi par les États

  • La non-ingérence vise les actions utilisant la force armée ainsi que les mesures de déstabilisation, telles que les campagnes d’agitation politique ou sociale et la désinformation destinée à affaiblir la crédibilité ou la légitimité d’un gouvernement.

Astuce mémo

Force interdite en principe ; exceptions encadrées par la Charte de l’ONU

9. Égalité juridique et puissance des États

Notions clés & Définitions

  • Droit d’assistance humanitaire : Interventions d’organismes de secours, notamment des ONG, destinées à aider les victimes de conflits ou de catastrophes naturelles ou industrielles.
  • Couloir humanitaire : Droit de passage sur le territoire d’un État visant à permettre l’accès aux victimes, introduit par une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies en 1990.

★ À maîtriser

  • En 1986, la Cour internationale de justice indique que l’assistance humanitaire doit prévenir et alléger les souffrances humaines, protéger la vie et la santé, respecter la personne humaine et être dispensée sans discrimination.

  • En 1988, l’Assemblée générale des Nations Unies demande de faciliter l’accès des organisations humanitaires aux victimes, tout en affirmant que l’État souverain conserve la maîtrise de l’initiative, de la coordination et de la mise en œuvre de l’assistance, sans porter atteinte au principe de libre accès aux victimes.

  • Le couloir humanitaire est limité dans le temps à la durée strictement nécessaire au secours, dans l’espace à un trajet précis et dans son objet à l’assistance humanitaire.

  • La responsabilité de protéger vise les situations de grande détresse humanitaire caractérisées par des pertes considérables en vies humaines, effectives ou présumées, liées ou non à une intention génocidaire, et confie au Conseil de sécurité la responsabilité principale de déclencher l’intervention humanitaire.

  • L’article 2-7 de la Charte des Nations Unies dispose qu’aucune disposition de la Charte n’autorise l’Organisation à intervenir dans les affaires relevant essentiellement de la compétence nationale d’un État.

  • Le domaine réservé des États se réduit avec les engagements internationaux pris en faveur de la protection des droits humains.

📌 L’article 2-1 de la Charte des Nations Unies fonde l’Organisation sur l’égalité souveraine de tous ses membres.

  • Depuis 1945, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité sont les États-Unis, l’URSS à laquelle la Fédération de Russie succède en 1991, la Grande-Bretagne, la France et la Chine.

Compléments

  • Le droit au devoir d’ingérence a été théorisé à Paris en 1987 par le professeur de droit public Mario Bettati.

  • Pendant la guerre du Golfe, des enclaves humanitaires ont été constituées en Irak sous contrôle des Nations Unies afin que les réfugiés kurdes échappent aux violences de l’armée irakienne, notamment à l’emploi d’armes chimiques.

  • À la demande de Kofi Annan, le Conseil de sécurité a discuté du devoir d’ingérence en 2002 sur la base d’un rapport du secrétaire général, et l’expression a été remplacée par « responsabilité de protéger » les populations en situation de grande détresse humanitaire.

  • En 2005, le sommet mondial des Nations Unies affirme qu’il incombe à chaque État de protéger les populations dans le cadre des Nations Unies.

📌 La responsabilité de protéger renforce le rôle des États, tandis que les ONG humanitaires peuvent perdre leur autonomie et se sentir instrumentalisées ou marginalisées, malgré leur efficacité passée sur le terrain.

  • La France a invoqué l’article 2-7 durant la guerre d’Algérie pour présenter la répression, notamment la torture, comme une affaire intérieure.

10. Facteurs et modèles de puissance

Notions clés & Définitions

  • Puissance : Capacité d’action sur la scène internationale.
  • Démographie : Étude de la population d’un État dans un objectif politique, et non simplement juridique.

★ À maîtriser

  • La puissance militaire d’un État dépend notamment : du nombre de soldats mobilisables, de la qualité de l’encadrement, de la formation, de l’entraînement et de l’expérience des troupes, de la cohésion et de la discipline des troupes, du moral des troupes, de la qualité de l’armement

  • Les puissances nucléaires possèdent un avantage militaire et stratégique décisif sur les États non nucléaires.

📌 Les dépenses militaires peuvent affaiblir l’économie lorsqu’elles détournent des ressources du développement ou accroissent l’endettement, mais elles peuvent aussi stimuler l’activité économique grâce aux commandes publiques d’armement et à la recherche.

  • La géographie d’un État comprend la superficie et la configuration de son territoire, son relief, ainsi que les qualités de ses sols et sous-sols, et contribue à déterminer sa situation stratégique, sa sécurité et son potentiel économique.

  • Les ressources naturelles influencent la richesse et la puissance d’un État, mais leur importance varie avec les découvertes scientifiques et les innovations technologiques.

  • Un État peut disposer de ressources naturelles sans pouvoir les exploiter lui-même faute de moyens technologiques ou financiers, ce qui peut le rendre dépendant de pays capables de fournir ces moyens, notamment des pays occidentaux ou de la Chine.

  • La première classification des systèmes économiques oppose les États capitalistes libéraux, fondés principalement sur le marché et la propriété privée, aux États socialistes marxistes-léninistes, fondés sur la propriété publique et la planification impérative.

  • Les pays développés sont industrialisés, peuvent assurer une production de masse grâce à leurs capacités technologiques, développent le secteur tertiaire et les classes moyennes, tandis que les pays en développement sont caractérisés par la prédominance du secteur primaire.

Compléments

📌 Les armes classiques ou conventionnelles, comme les fusils, les canons, les chars et les armes thermobariques, se distinguent des armes de destruction massive, qui peuvent être nucléaires, biologiques, chimiques ou radiologiques.

  • Charles Mills publie L’Élite au pouvoir en 1956 et décrit le capitalisme américain comme largement militaire, en raison de la coïncidence des intérêts militaires et de ceux des entreprises.

  • John Kenneth Galbraith publie L’Ère de l’opulence en 1961 et souligne que la recherche militaire subventionnée par l’État a soutenu les progrès techniques de l’industrie américaine.

  • La DARPA, organisme parapublic rattaché au Pentagone, est créée en 1957 après le lancement de Spoutnik par l’Union soviétique.

  • Un financement de l’ARPA a permis la mise en service d’ARPANET en 1969, précurseur d’Internet, initialement conçu pour permettre le partage de ressources informatiques entre centres de recherche.

  • Le GPS a été mis au point à la suite d’une commande de la DARPA visant à améliorer le guidage des missiles américains.

11. Coopération et progrès technologique

★ À maîtriser

  • Dans les pays en développement, le secteur primaire est souvent mal maîtrisé et l’industrialisation insuffisante pour assurer à toute la population un niveau de vie suffisant.

  • Dans les pays en développement, les classes supérieures concentrent une grande part des richesses en l’absence de politiques de redistribution, ce qui entretient les inégalités et la grande pauvreté.

📌 Les pays émergents connaissent une croissance rapide et le développement de classes moyennes et de la consommation, mais restent marqués par de fortes inégalités et une redistribution insuffisante.

📌 Les relations internationales sont structurées à la fois par la compétition économique entre États, parfois qualifiée de guerre économique, et par des politiques de coopération.

  • Créé à l’initiative des États-Unis, le GATT visait à libéraliser progressivement les échanges économiques mondiaux avant de laisser place à l’OMC en 1995.

  • Les secteurs technologiques importants comprennent : l’électronique, l’informatique, les biotechnologies, fondées sur les sciences du vivant et la manipulation génétique permettant de fabriquer des OGM

  • La révolution numérique associe la numérisation de l’économie à la robotique et constitue un facteur de puissance pour les États.

📌 Le progrès technologique peut renforcer la puissance des États, mais il a aussi servi la guerre en augmentant les capacités destructrices des armements, comme l’illustrent les deux guerres mondiales.

  • Un progrès technologique inégalement partagé creuse d’abord les écarts de puissance et favorise les ambitions de domination, créant de nouvelles tensions et des risques de conflit, puis sa diffusion par la mondialisation et les transferts de technologie peut contribuer à un rééquilibrage.

Compléments

  • La grande pauvreté peut s’accompagner de :

    • sous-alimentation
    • analphabétisme
    • mauvais état de santé
  • Les Nouveaux Pays Industrialisés cités sont :

    • Hong Kong
    • Taïwan
    • Singapour
    • le Mexique
    • l’Inde
    • le Brésil
    • la Chine
    • le Vietnam
  • La Chine a pris conscience du problème de la redistribution insuffisante et doit aussi faire face au vieillissement de sa population.

  • Le traité de Rome, signé le 25 mars 1957, a créé la Communauté économique européenne.

Astuce mémo

L’avance technologique creuse d’abord les écarts de puissance, puis sa diffusion peut les réduire

12. Puissance et hiérarchie des États

Notions clés & Définitions

  • Puissance d’un État : La puissance d’un État est relative, car elle dépend des autres acteurs étatiques, de la combinaison de ses propres éléments de puissance et du champ stratégique considéré.
  • Puissance évolutive : La puissance d’un État est évolutive parce que sa situation stratégique se transforme avec ses éléments de puissance.
  • Micro-État : Un micro-État est une entité de très petite superficie, à faible population et aux ressources naturelles limitées, qui est dans les faits incapable d’assurer pleinement son indépendance.

★ À maîtriser

📌 Les superpuissances disposent d’un rayonnement mondial et d’une capacité d’intervention à l’échelle du globe, tandis que les puissances régionales ont un poids principalement dans leur environnement immédiat.

  • Après la disparition de l’Union soviétique en décembre 1991, les États-Unis sont restés la seule superpuissance, mais les attentats du 11 septembre 2001, les enlisement militaires en Afghanistan et en Irak et la crise de 2007-2008 ont révélé leur vulnérabilité.

  • Le droit international affirme l’égalité juridique des États malgré leurs inégalités de puissance afin de fournir une base au dialogue et à la négociation et de contribuer à la stabilité internationale.

Compléments

  • La peste noire de 1347-1348 aurait causé la disparition d’un tiers de la population française, de 40 à 60 % de la population de Catalogne et de 70 % de la population d’Angleterre.

  • À partir de 1918, la grippe espagnole a fait des dizaines de millions de victimes et sa diffusion mondiale a été favorisée par les déplacements de soldats américains.

  • Le Japon a dominé l’électronique dans les années 1980, puis les États-Unis ont repris le dessus dans les années 1990 grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication.

  • La défaite des États-Unis face au Vietnam montre qu’une puissance militaire supérieure ne garantit pas la victoire.

  • La France conserve des atouts de puissance dans l’agroalimentaire, l’industrie pharmaceutique, l’industrie d’armement, le tourisme et le luxe, ainsi qu’une force nucléaire, un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU et un réseau diplomatique important dans l’espace francophone.

  • La Grande-Bretagne possède l’arme nucléaire, un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU et un réseau diplomatique lié au Commonwealth, tout en étant étroitement liée aux États-Unis sur le plan nucléaire.

  • La Fédération de Russie, successeur de l’URSS, possède un siège permanent au Conseil de sécurité et l’arme nucléaire, mais son économie dépend principalement du pétrole et du gaz.

  • Le Japon et l’Allemagne sont de grandes puissances économiques et financières, mais ne disposent pas d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU.

  • La Chine est une grande puissance économique et commerciale, possède l’arme nucléaire et un siège permanent au Conseil de sécurité, et cherche à devenir la première puissance mondiale devant les États-Unis.

  • L’Inde est une grande puissance commerciale dans certains pays et possède l’arme nucléaire, mais ses fortes inégalités entravent un développement social durable.

13. Prolifération étatique et décolonisation

Notions clés & Définitions

  • Mouvement séparatiste : Un mouvement séparatiste vise à détacher une partie d’un territoire et de sa population afin de créer un nouvel État.

★ À maîtriser

  • Le Congrès de Vienne, ouvert en septembre 1814 et clos en juin 1815, a réuni les grandes puissances pour préserver un ordre fondé sur la légitimité monarchique et dynastique.

📌 Le principe de légitimité dynastique privilégie les droits des souverains, tandis que le principe des nationalités revendique la prise en compte des populations dans l’organisation des États.

  • Les vagues révolutionnaires de 1830 et de 1848 ont revendiqué le principe des nationalités, les libertés individuelles et publiques, l’extension des pouvoirs parlementaires et du droit de vote, et parfois des revendications sociales.

  • Après la Première Guerre mondiale, les traités de paix ont redessiné l’Europe en s’inspirant du principe des nationalités, conformément notamment au discours des quatorze points du président Woodrow Wilson, prononcé le 8 janvier 1918. - Thomas Woodrow Wilson, discours des 14 points

  • Les États apparus, reconstitués ou agrandis après l’effondrement de l’Empire des Habsbourg sont : la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie, la Pologne, la Hongrie, la Roumanie, agrandie par l’intégration de la Transylvanie

  • Les mouvements de libération nationale apparus dans les colonies au cours de la première moitié du XXe siècle se sont réapproprié le modèle de l’État-nation forgé par les puissances coloniales pour revendiquer l’indépendance.

  • Parmi les conditions de la décolonisation figurent : les révoltes persistantes dans les empires coloniaux, le mécontentement des colonisés ayant participé à la Première Guerre mondiale sans obtenir le droit de vote, la scolarisation d’élites autochtones

  • En septembre 1945, Ho Chi Minh a proclamé l’indépendance de la République démocratique du Vietnam après une insurrection contre l’occupant japonais.

Compléments

  • Le modèle de l’État-nation, consacré par la Révolution française, s’est diffusé en Europe au cours du XIXe siècle, alors qu’après les guerres napoléoniennes les peuples restaient soumis aux monarques.

  • L’Empire d’Autriche, peuplé d’environ 35 millions d’habitants, rassemblait des populations germaniques, tchèques, polonaises, slovaques, ruthènes, croates, serbes, magyares, roumaines de Transylvanie et italiennes de Lombardie-Vénétie.

  • La Belgique s’est émancipée des Pays-Bas en 1830, après son rattachement imposé en 1815 au Congrès de Vienne.

  • L’indépendance de la Grèce, proclamée en 1830, a été reconnue par l’Empire ottoman en 1832 après une insurrection commencée en 1821.

  • Les indépendances de l’Amérique latine au XIXe siècle sont décrites par l’historien Marc Ferro comme des « mouvements d’indépendance-colons ».

  • Au début du XXe siècle, on compte environ 40 États modernes, dont un peu plus du tiers provient de la décolonisation de l’Amérique latine.

  • L’Italie et l’Allemagne ont réalisé leur unité autour de 1871.

Astuce mémo

Révolutions nationales → recomposition européenne → décolonisations

14. Décolonisations en Asie et en Afrique

★ À maîtriser

  • En juillet 1954, les accords de Genève mettent fin à l’Union indochinoise créée par la France en 1887, accordent l’indépendance au Laos et au Cambodge et divisent le Vietnam entre un Nord communiste dirigé par Ho Chi Minh et un Sud pro-occidental dirigé par Bao Dai.

  • En 1947, l’indépendance des Indes britanniques donne naissance à l’Union indienne et à la séparation du Pakistan, dans le contexte d’une guerre civile politico-religieuse entre hindous et musulmans.

  • En 1956, la France reconnaît l’indépendance du Maroc et de la Tunisie après avoir réprimé des mouvements nationalistes au Maghreb.

  • La guerre d’Algérie commence en novembre 1954 à l’initiative du FLN, qui mène des actions de guérilla et des attentats, tandis que l’armée française conduit une contre-guérilla et pratique la torture et les exécutions sommaires; les accords d’Évian signés en mars 1962 ouvrent la voie à l’indépendance.

  • En Afrique noire francophone, la loi-cadre de 1956 prévoit une autonomie politique progressive, puis les États concernés choisissent l’indépendance en 1960 tout en conservant des liens économiques, culturels et stratégiques étroits avec la France.

Compléments

  • En 1954, les États-Unis financent 80 % des dépenses militaires françaises en Indochine afin de s’opposer à l’expansion du communisme pendant la guerre froide.

  • En 1949, les Pays-Bas reconnaissent l’indépendance de l’Indonésie après les pressions des États-Unis et de l’URSS.

  • Les États-Unis reconnaissent l’indépendance des Philippines en 1946, mais le pays demeure dans les faits une sorte de protectorat américain privilégiant les intérêts économiques, politiques et stratégiques des États-Unis.

  • La Grande-Bretagne reconnaît l’indépendance de la Birmanie et de Ceylan en 1948, puis résiste à la décolonisation de la Malaisie en raison de ses ressources en caoutchouc et en étain.

  • En Algérie, le statut de 1947 prévoit 60 députés pour représenter un million d’Européens et 60 députés pour représenter neuf millions d’Algériens, et les élections de 1948 sont truquées.

  • Le Ghana devient indépendant en 1957, le Nigeria en 1960 et le Kenya en 1963, tandis que le Congo belge accède à l’indépendance en 1960 dans un contexte de sécession du Katanga et d’intervention de l’ONU.

  • Les colonies portugaises, notamment l’Angola et le Mozambique, accèdent à l’indépendance dans les années 1970, tandis que de nouveaux micro-États insulaires apparaissent dans le Pacifique, en Océanie et aux Antilles.

15. Fragmentations étatiques contemporaines

★ À maîtriser

  • La dissolution de l’URSS est annoncée le 8 décembre 1991 par la Russie, la Biélorussie et l’Ukraine, puis confirmée le 25 décembre 1991 par la démission de Mikhaïl Gorbatchev; elle fait apparaître 15 États.

  • La Yougoslavie se disloque à partir de 1991, avec les indépendances de la Slovénie et de la Croatie, puis celles de la Macédoine en septembre 1991 et de la Bosnie en mars 1992, dans un contexte de guerre.

  • Les mouvements régionalistes et indépendantistes invoquent notamment une identité culturelle, linguistique, religieuse ou historique spécifique, ainsi que, dans certains cas, la répression ou l’uniformisation imposée par un pouvoir central.

  • Les revendications indépendantistes peuvent aussi masquer des ambitions personnelles de dirigeants et des intérêts économiques, notamment le refus de régions riches de financer des régions plus pauvres, parfois avec une dimension raciste.

  • La construction européenne est présentée comme un facteur du renouveau régionaliste, car les transferts de compétences vers l’Union européenne affaiblissent la légitimité des États-nations et les politiques régionales valorisent les entités infranationales.

  • La mondialisation, perçue comme une uniformisation et une perte d’identité, peut susciter un regain des discours identitaires, tandis que l’interdépendance entre États relativise l’importance de l’échelon national.

Compléments

  • Le Kosovo est placé sous administration provisoire de l’ONU en 1999, proclame son indépendance en 2008, mais celle-ci n’est pas reconnue par l’ensemble des États.

  • La Tchécoslovaquie se sépare le 1er janvier 1993 pour former la République tchèque et la Slovaquie.

  • Le Timor oriental se sépare de l’Indonésie en 1999 et le Soudan du Sud se sépare du Soudan en 2011.

  • En septembre 2020, l’Azerbaïdjan déclenche une guerre au Haut-Karabakh, territoire situé en Azerbaïdjan et peuplé majoritairement d’Arméniens, qui perd alors un tiers de son territoire.

  • En Belgique, la transformation de l’État unitaire en État fédéral en 1993 répond notamment aux revendications de la Flandre, néerlandophone, vis-à-vis de la Wallonie francophone.

  • Le référendum écossais de 2014 recueille 44,7 % des voix en faveur de l’indépendance, et les sondages réalisés depuis la mi-2020 donnent plus de 50 % en faveur de celle-ci.

  • Le référendum catalan d’octobre 2017 donne 90 % des voix à l’indépendance avec une participation de 42,3 %, mais la déclaration d’indépendance annoncée le 10 octobre est suspendue.

  • En Nouvelle-Calédonie, les référendums de 2018 et 2020 donnent respectivement 56,7 % et 53,3 % des suffrages au non à l’indépendance, tandis que le oui atteint 78,3 % dans la province Nord et 84,3 % dans les îles Loyauté en 2020.

  • Aux élections territoriales corses de décembre 2017, les nationalistes obtiennent 56,46 % des voix et 41 sièges sur 63; la collectivité de Corse unique existe depuis le 1er janvier 2018.

  • Le peuple kurde, dispersé entre la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie, est présenté comme ayant subi des politiques répressives et comme ayant été privé d’un Kurdistan prévu par le traité de Sèvres de 1920, ignoré par le traité de Lausanne de 1923.

16. Encadrement juridique de l’évolution étatique

Notions clés & Définitions

  • Sécession : Entreprise de séparation d’une partie de la population et du territoire d’un État existant.

★ À maîtriser

  • La Charte des Nations unies, signée le 26 juin 1945 à San Francisco, reconnaît le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes comme principe fondamental du nouvel ordre international et fondement juridique de la décolonisation.

  • En décembre 1960, l’Assemblée générale des Nations unies déclare que tous les peuples ont droit à la libre détermination et reconnaît le droit à la décolonisation des peuples soumis à une domination étrangère.

  • En décembre 1962, l’Assemblée générale des Nations unies adopte des mesures économiques visant à renforcer la souveraineté des nouveaux États, car l’indépendance politique nécessite une indépendance économique effective.

📌 La résolution 26-25 de l’Assemblée générale des Nations unies, adoptée en 1970, affirme que le droit des peuples à l’autodétermination ne peut autoriser une action portant atteinte à l’intégrité territoriale ou à l’unité politique d’un État souverain ou indépendant.

  • Le droit international reconnaît aux États la possibilité de s’associer librement et pacifiquement au sein d’un seul État sur la base d’un accord volontaire.

  • Le droit international reconnaît la possibilité pour un État divisé de se réunifier sur la base d’un accord volontaire.

Compléments

  • La Charte de l’Atlantique, signée par la Grande-Bretagne et les États-Unis en août 1941, affirme qu’aucune modification territoriale ne doit intervenir sans accord avec les vœux librement exprimés des peuples concernés.

  • En novembre 1961, l’Assemblée générale des Nations unies crée un comité chargé de mettre en œuvre la résolution sur la décolonisation et d’en surveiller l’application.

  • L’ONU refuse de reconnaître les tentatives de sécession du Katanga, de 1960 à 1963, et du Biafra, de 1967 à 1970.

  • Le 4 juillet 1776, les 13 colonies britanniques proclament leur indépendance et forment une confédération de 13 États indépendants.

  • Le 17 septembre 1787, la signature à Philadelphie fait juridiquement apparaître un seul État fédéral, auquel les États membres transfèrent de nombreuses compétences, notamment en matière de relations internationales.

  • En avril 1990, la République du Yémen naît de la fusion de la République arabe du Yémen, dite Yémen du Nord, et de la République démocratique et populaire du Yémen, dite Yémen du Sud.

  • Entre août et octobre 1990, l’ancienne RDA est absorbée par la RFA dans le cadre de la réunification allemande, justifiée par le droit du peuple allemand à se réunifier, expression du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Astuce mémo

Décolonisation reconnue, sécession refusée

17. Diplomatie et négociation internationale

Notions clés & Définitions

  • Politique étrangère : La partie de l’activité étatique qui traite des problèmes au-delà des frontières et par laquelle un État agit sur son environnement international pour préserver et renforcer ses intérêts propres.
  • Diplomatie : La branche de l’activité étatique relative à la conduite pacifique des affaires internationales.

★ À maîtriser

  • Selon l’approche réaliste, la politique étrangère est principalement déterminée par la défense et la promotion des intérêts de l’État et par les rapports de force.

📌 La politique étrangère prend principalement les formes de la diplomatie et de la stratégie, associées respectivement à la conduite pacifique des affaires internationales et à l’art de la guerre.

  • La diplomatie comprend trois grandes fonctions :

    • la représentation et la protection des intérêts nationaux
    • la négociation
    • l’information
  • Les exceptions à l’immunité juridictionnelle mentionnées sont :

    • l’accusation de crime de guerre
    • l’accusation de trafic de stupéfiants
    • l’accusation de contrebande
  • 🔄 La négociation diplomatique vise à :

    1. clarifier les causes du différend
    2. trouver une solution
    3. établir un accord entre les États en conflit

📌 Les États négociateurs sont juridiquement libres et égaux, mais les inégalités de puissance peuvent placer l’un d’eux en situation d’infériorité et le contraindre à accepter un compromis désavantageux.

Compléments

  • Dans la Grèce antique se développent le multilatéralisme, qui implique plus de deux États, et l’arbitrage comme moyen de tenter de résoudre les conflits.

  • À partir du XVe siècle, les ambassadeurs professionnels et les ambassades permanentes se développent, notamment à Venise.

  • Les relations diplomatiques reposent sur le droit de légation, reconnu à tous les États et exprimant leur égalité juridique, qui leur permet d’établir des relations diplomatiques.

  • L’établissement de relations diplomatiques suppose que les représentants soient accrédités par des lettres de créance de l’État accréditant et que l’État accréditaire donne son agrément.

📌 Si l’État accréditaire déclare un diplomate persona non grata, l’État accréditant doit rappeler son représentant.

  • Les locaux diplomatiques sont inviolables : ils ne peuvent faire l’objet de perquisitions, et leurs meubles et archives ne peuvent être réquisitionnés ou saisis.

  • La valise diplomatique relève du principe d’inviolabilité des communications et ne doit normalement contenir que des objets diplomatiques officiels.

  • En 1963, un téléphone rouge reliant Washington et Moscou est créé après la crise des fusées de Cuba de 1962.

18. Causes des conflits armés

Notions clés & Définitions

  • Guerre : Une forme de conflit armé, c’est-à-dire un affrontement organisé par la violence armée entre des forces opposées.
  • Guerre : Von Kriege, De la guerre, 1832 - Selon Carl Von Clausewitz, la guerre est un acte de violence destiné à forcer l’adversaire à exécuter notre volonté et la continuation de la politique par d’autres moyens.
  • Guerre : éléments de polémologie, 1951 - Pour Gaston Bouthoul, la guerre est une activité collective organisée, menée au moyen d’armes sur décision d’une autorité politique afin de contraindre une force politique et d’entraîner un effet homicide.
  • Conflit : Un choc exprimant une contradiction manifeste, une opposition, une dissension ou un antagonisme.
  • Polémologie : éléments de polémologie, 1951 - La polémologie est l’étude scientifique de la guerre, fondée par Gaston Bouthoul.

★ À maîtriser

📌 La guerre classique est interétatique, officiellement déclarée et délimitée dans le temps et l’espace, tandis que les guerres irrégulières ne respectent pas ces règles et rendent plus difficile l’identification des combattants, des non-combattants et des limites du conflit.

📌 Les explications des conflits armés comprennent des facteurs psychologiques et idéologiques, économiques, politiques et symboliques, démographiques et structurels liés à l’organisation internationale.

  • L’approche réaliste considère l’absence d’une autorité politique supérieure capable d’imposer la paix aux États comme un facteur structurel favorable à la guerre.

Compléments

📌 La violence peut être physique, morale ou symbolique, et l’humiliation constitue une forme de violence psychique susceptible de produire des effets à long terme.

  • Le droit de la guerre distingue le droit de faire la guerre du droit applicable pendant la guerre, aujourd’hui appelé droit international humanitaire.

  • Sigmund Freud attribue la guerre à un instinct de haine et de destruction, ou pulsion de mort, et Raymond Aron décrit l’animosité comme une impulsion naturelle, aveugle. - Sigmund Freund

  • Le darwinisme social, associé à Herbert Spencer au XIXe siècle, exalte la lutte pour la vie et légitime la guerre, puis est repris par les nazis au XXe siècle.

📌 Selon Conrad Lorenz, la violence animale au sein d’une même espèce est ritualisée au service de sa survie, tandis que la violence humaine n’est pas spontanément ritualisée et peut dégénérer en tuerie généralisée. - l’agression histoire naturelle du mal

  • Jean Guilaine et Jean Zammit estiment que l’agressivité humaine a été potentialisée et concentrée, et que la raison humaine peut se mettre au service de l’agression comme de la pacification. - Jean Guilali, 2001

📌 Selon André Leroi-Gourhan, la guerre prolonge la chasse : la défense des territoires de chasse aurait transformé les chasseurs en guerriers, puis la défense des terres agricoles serait devenue une motivation essentielle après la sédentarisation au Néolithique. - André Leroi Gourhan, le geste et la parole, 1964

  • Selon Georges Duby, la guerre remplit une fonction économique en protégeant les ressources d’une communauté et en permettant d’en acquérir par le pillage. - Georges Dubuy, le dimanche de Bouvine

Astuce mémo

Anarchie internationale → absence d’autorité supérieure capable d’imposer la paix.

Tableaux de synthèse

Acquisition des territoires

ModePrincipeEffet
Occupation effectiveAdministration matérielleAcquisition d’un territoire non étatique
Occupation fictiveActes symboliquesInsuffisante selon la conférence de Berlin
CessionAccord volontaireTransfert territorial entre États
FusionAccord entre ÉtatsFormation d’un État unique

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1. Quel événement associé à Christophe Colomb marque l’année 1492 dans l’histoire des grandes découvertes ?

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En quelle année Christophe Colomb redécouvre-t-il l’Amérique ?

En 1492.

Quels continents le commerce triangulaire relie-t-il ?

L’Afrique, l’Amérique et l’Europe.

Quand apparaissent les premières multinationales mentionnées dans le cours ?

À la fin du XIXe siècle.

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