Fiche de révision : Sources et conflits du droit

Plan du Cours

  1. Droit et autres normes sociales
  2. Justice et équité
  3. Sanctions et droit souple
  4. Courants positivistes et leurs critiques
  5. Branches et distinctions du droit
  6. Constitution et sources internationales
  7. Sources de l’Union européenne
  8. La loi et ses catégories
  9. Vie et interprétation de la loi
  10. Crise et simplification de la loi
  11. Règlements et conflits de normes
  12. Conflits entre normes juridiques
  13. Coutume et doctrine
  14. Application de la loi dans le temps et l’espace
  15. Droits subjectifs et preuve
  16. Objet de la preuve
  17. Modes de preuve
  18. Preuve des actes juridiques

Repères chronologiques

  1. 4 octobre 1958La Constitution de la Ve République, actuellement en vigueur, a été adoptée.
  2. 24 mai 1975La Cour de cassation a rendu l’arrêt Société des cafés Jacques Vabre et admis que le juge judiciaire écarte une loi contraire à un traité, même si la loi est postérieure au traité.
  3. 20 octobre 1989Le Conseil d’État a adopté dans l’arrêt Nicolo la solution permettant au juge d’écarter une loi contraire à un traité.

1. Droit et autres normes sociales

Notions clés & Définitions

  • Droit objectif : Ensemble des règles juridiques qui gouvernent les rapports entre les personnes vivant en société, indépendamment des prérogatives individuelles.
  • Droits subjectifs : Pouvoirs ou prérogatives reconnus aux personnes, qu’elles peuvent exercer ou invoquer dans leurs rapports avec autrui sous la protection de l’autorité publique.
  • Morale : Ensemble de valeurs ou de conduites permettant de distinguer le bien du mal.
  • Déontologie : Ensemble des devoirs, obligations et règles de conduite propres à l’exercice d’une profession.

Points essentiels

  • L’adage latin « ubi societas ibi ius » signifie que là où il y a une société, il y a du droit.

  • Le droit encadre les comportements et permet de régler les désaccords par l’application de règles plutôt que par la violence.

📌 Le sujet de droit est une personne physique ou morale dotée de la personnalité juridique, qui peut avoir des droits et obligations, agir en justice, signer un contrat et posséder un bien, tandis que l’objet de droit est une chose ou un bien susceptible d’être possédé, transmis ou utilisé, sans personnalité juridique.

  • L’article 1240 du Code civil pose une règle de droit objectif imposant la réparation du dommage causé à autrui ; lorsque ses conditions sont réunies, la victime obtient un droit subjectif à réparation qu’elle peut choisir d’exercer.

📌 En France, le principe de laïcité distingue le droit étatique des règles religieuses, même si certaines règles juridiques, notamment en droit de la famille, peuvent être inspirées par la religion.

  • La loi de 1905 garantit la liberté de conscience, le libre exercice des cultes et la neutralité de l’État.

📌 La religion vise une finalité spirituelle et peut porter sur les croyances ou les intentions, tandis que le droit organise concrètement les rapports sociaux sans imposer de convictions personnelles.

  • Les procédés reconnus par l’ordre juridique comprennent :
    • la Constitution
    • les chartes
    • les lois
    • les règlements

📌 La morale vise à perfectionner la conduite individuelle, tandis que le droit organise les rapports sociaux et rend possible la vie en société.

📌 La violation d’une règle morale peut entraîner la culpabilité, le remords, la honte ou une réprobation sociale, tandis que la violation d’une règle de droit peut entraîner une sanction organisée par l’autorité publique.

Astuce mémo

La règle juridique organise et sanctionne ; la morale guide la conscience

2. Justice et équité

Notions clés & Définitions

  • Justice commutative : Cherche à rétablir l’égalité arithmétique entre des personnes lorsque leur équilibre a été perturbé.
  • Justice distributive : Vise la meilleure répartition possible des richesses et des charges de l’État entre la collectivité et les individus, en tenant compte notamment des besoins, du mérite et des moyens de chacun.
  • Caractère général et abstrait : Signifie que la règle de droit est impersonnelle et s’applique uniformément aux personnes qu’elle concerne, ce qui constitue un gage d’égalité.
  • Caractère obligatoire : Signifie que la règle de droit prescrit ce qui doit être et peut imposer une obligation, prévoir une interdiction ou reconnaître une liberté.

Points essentiels

📌 L’équité objective ou normative désigne un ensemble de règles visant à corriger les imperfections du droit positif, tandis que l’équité subjective ou judiciaire recherche, dans une situation particulière, la solution jugée la plus juste au regard des circonstances.

  • L’article 12 du Code de procédure civile dispose que le juge tranche le litige conformément aux règles de droit qui lui sont applicables.

📌 Les règles impératives s’imposent absolument et les parties ne peuvent pas écarter leur application, même d’un commun accord, tandis que les règles supplétives s’appliquent seulement en l’absence de volonté contraire des parties.

Astuce mémo

Justice commutative : équilibre entre personnes ; distributive : répartition collective

3. Sanctions et droit souple

Notions clés & Définitions

  • Caractère coercitif : Signifie que la violation de la règle de droit peut être poursuivie en justice et sanctionnée par l’autorité publique, qui détient le monopole de la sanction juridique.
  • Droit souple : Ensemble de règles non contraignantes, dépourvues de sanctions en cas de non-respect, que les acteurs d’un secteur formalisent et appliquent volontairement.
  • Droit naturel : Droit supérieur, immuable, qui inspire et limite le droit positif.

Points essentiels

  • Les infractions pénales sont classées en :

    • contraventions
    • délits
    • crimes
  • Les dommages et intérêts réparent un préjudice ; si le dommage survient hors contrat, la responsabilité est extracontractuelle, tandis que s’il survient dans le cadre d’un contrat, elle est contractuelle.

  • Le droit souple oriente les conduites par l’incitation et l’adhésion, tandis que le droit classique impose des conduites sous la menace d’une sanction.

  • Pour les jusnaturalistes, une loi positive contraire au droit naturel est injuste et il est un devoir de lui désobéir.

  • Aristote situe les lois naturelles dans l’ordre de l’univers, tandis que Saint-Thomas d’Aquin les rattache à la loi divine et Grotius à la raison humaine.

  • La principale critique du droit naturel est que son contenu est incertain et varie selon les cultures, les opinions politiques et les croyances.

Astuce mémo

Le droit impose ; la soft law propose

4. Courants positivistes et leurs critiques

Notions clés & Définitions

  • Positivisme : Courant qui affirme que l’existence et la validité du droit ne dépendent pas d’un idéal de justice ; une règle juridiquement valable peut donc être moralement injuste.
  • Hiérarchie des normes : Hans Kelsen, Théorie pure du droit - Système dans lequel une norme est juridiquement valide parce qu’elle a été créée conformément à une norme supérieure qui en détermine notamment les conditions d’adoption.

Points essentiels

📌 Le positivisme étatique rattache le droit à l’État, tandis que le positivisme sociologique le fait découler de la réalité sociale et de ses transformations.

  • Rudolf Von Ihering considère que le droit se caractérise par la possibilité d’assurer le respect de la règle au moyen d’une contrainte organisée par l’État.

  • Le positivisme sociologique considère que le droit est produit par la société et évolue avec ses besoins, ses mœurs et ses transformations.

Astuce mémo

La pyramide de Kelsen : chaque norme s’appuie sur une norme supérieure

5. Branches et distinctions du droit

Notions clés & Définitions

  • Droit civil : Droit commun du droit privé auquel on se réfère lorsqu’aucune règle spéciale ne s’applique.
  • Droit international public : Régit principalement les relations entre États souverains ainsi que l’organisation et le fonctionnement des organisations internationales.
  • Règles substantielles : Déterminent le contenu des droits et des obligations des personnes.
  • Règles procédurales : Organisent la mise en œuvre des droits devant la justice, notamment les formes de saisine, le déroulement du procès et les voies de recours.

Points essentiels

📌 Le droit privé régit principalement les rapports entre personnes privées, tandis que le droit public régit principalement l’organisation et l’activité des personnes publiques et leurs rapports avec les particuliers dans l’exercice de missions publiques.

  • La présence d’une personne publique ne suffit pas toujours à rendre le droit public applicable, car certaines de ses activités relèvent du droit privé.
  • Les litiges relevant principalement du droit privé sont jugés par l’ordre judiciaire, tandis que les litiges mettant en cause l’action des personnes publiques relèvent principalement de l’ordre administratif.

  • Le droit pénal est mixte : il relève du droit public par la répression et les poursuites exercées au nom de la société, et du droit privé par la réparation du préjudice de la victime.

  • Le droit du travail régit la formation, l’exécution et la rupture du contrat de travail et relève traditionnellement du droit privé, tout en comportant des éléments de droit public comme l’intervention de l’inspection du travail.

  • Le droit international privé régit les rapports entre personnes privées comportant un élément d’extranéité et sert notamment à déterminer le juge compétent et la loi applicable.

Astuce mémo

Le droit substantiel dit quels droits existent ; la procédure indique comment les faire valoir

6. Constitution et sources internationales

Points essentiels

  • Les sources formelles comprennent :

    • la Constitution
    • la loi
    • les règlements
    • les traités internationaux
  • La Constitution est la norme suprême de l’ordre juridique interne français et fixe les règles fondamentales d’organisation et d’exercice du pouvoir.

  • Le bloc de constitutionnalité rassemble les textes et règles de valeur constitutionnelle qui servent de référence au Conseil constitutionnel pour contrôler la conformité des lois.

  • Le bloc de constitutionnalité comprend : les articles 1 à 89 de la Constitution de 1958, le Préambule de la Constitution de 1958, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, le Préambule de la Constitution de 1946, la Charte de l’environnement de 2004

📌 Selon l’article 55 de la Constitution, les traités et accords régulièrement ratifiés ou approuvés, publiés et appliqués réciproquement ont une autorité supérieure aux lois en France, sauf que la réciprocité ne s’applique pas aux conventions relatives aux droits de l’homme.

📌 Lorsque les conditions requises sont réunies, le traité intégré au droit français prime sur la loi française et le juge peut écarter une loi incompatible avec lui.

7. Sources de l’Union européenne

Points essentiels

  • Le droit primaire de l’Union européenne comprend principalement le TUE, le TFUE et la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, tandis que le droit dérivé regroupe les actes adoptés par les institutions sur le fondement des traités.

  • Le règlement européen est obligatoire dans tous ses éléments et directement applicable dans les États membres, tandis que la directive fixe un résultat à atteindre en laissant aux États le choix des moyens et doit être transposée dans les délais fixés.

  • Une décision européenne est obligatoire dans tous ses éléments et s’applique aux destinataires qu’elle désigne, mais n’oblige en principe pas les personnes qui ne sont pas désignées.

  • Les recommandations et les avis ne sont pas obligatoires et visent à orienter les comportements ; ils relèvent de la soft law, ou droit souple.

  • Le Conseil de l’Europe, créé en 1949, réunit les États du continent européen, y compris ceux qui ne font pas partie de l’Union européenne.

  • La Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales a été signée à Rome en 1950.

  • La Convention garantit notamment les droits suivants :

    • le droit à la vie
    • le droit au respect de la vie familiale
    • la liberté d’expression

📌 Les particuliers peuvent invoquer directement la Convention européenne des droits de l’homme devant les juridictions françaises.

📌 En application de l’article 55 de la Constitution, les traités internationaux ont une autorité supérieure à la loi et le juge français doit écarter une loi interne incompatible avec la Convention.

Astuce mémo

Le règlement s’applique directement ; la directive doit être transposée

8. La loi et ses catégories

Notions clés & Définitions

  • Lois organiques : Précisent ou complètent les règles d’organisation ou de fonctionnement des pouvoirs publics prévues par la Constitution.

Points essentiels

  • Au sens matériel, la loi se définit par son contenu : c’est une règle générale, obligatoire et contraignante, quel que soit l’organe qui l’édicte.

  • Au sens formel, la loi est un texte adopté par le Parlement selon la procédure prévue par la Constitution.

  • Sous la Ve République, l’article 34 de la Constitution énumère les matières relevant de la loi, tandis que l’article 37 attribue un caractère réglementaire aux matières qui ne relèvent pas du domaine législatif.

  • Un projet de loi est déposé par le Gouvernement, tandis qu’une proposition de loi est déposée par un parlementaire.

  • Selon l’article 89 de la Constitution, une loi constitutionnelle est adoptée par l’Assemblée nationale et le Sénat, puis approuvée par référendum ou par le Parlement réuni en Congrès.

Astuce mémo

Matériel : contenu ; formel : auteur et procédure

9. Vie et interprétation de la loi

Notions clés & Définitions

  • Promulgation : L’acte par lequel le président de la République constate l’existence de la loi et en ordonne l’exécution.
  • Abrogation : La suppression d’un texte pour l’avenir ; la loi conserve sa force tant qu’elle n’a pas été abrogée.

Points essentiels

  • 🔄 L’entrée en vigueur de la loi suppose : son adoption par le Parlement, sa promulgation, sa publication, l’arrivée de la date d’entrée en vigueur prévue

  • Selon l’article 1er du Code civil, la loi entre en vigueur à la date qu’elle fixe ou, à défaut, le lendemain de sa publication.

  • L’abrogation expresse est prévue par un texte nouveau, tandis que l’abrogation tacite résulte de dispositions nouvelles incompatibles avec le texte antérieur.

  • L’annulation a un effet rétroactif et détruit les effets de l’acte, tandis que l’abrogation met fin à la loi uniquement pour l’avenir.

  • L’interprétation de la loi relève principalement de : le législateur, par une loi interprétative, l’administration, par des circulaires et des instructions, le juge, principalement pour trancher les litiges

  • Selon l’article 4 du Code civil, le juge ne peut refuser de statuer au motif que la loi est silencieuse, obscure ou insuffisante ; il doit interpréter la règle lorsque cela est nécessaire.

  • Selon la libre recherche scientifique de François Gény, le juge applique la solution fournie par la loi, mais recherche une solution adaptée aux besoins et aux transformations de la société lorsque la loi est silencieuse ou inadaptée. - méthode d’interprétations et sources en droit privé positif, 1899

  • Le juge peut contribuer à l’évolution du droit en adaptant les règles aux situations nouvelles, mais ne peut en principe édicter des règles générales et abstraites.

  • Le raisonnement par analogie applique à une situation non prévue par le texte la règle d’une situation comparable ; il suppose une proximité suffisante entre les situations et peut être exclu par la nature de la règle.

  • En droit pénal, l’interprétation stricte des textes et le principe de légalité des délits et des peines empêchent le juge d’inventer une infraction ou une sanction.

  • Le raisonnement a contrario déduit d’une règle prévue pour un cas particulier que la solution inverse s’applique au cas opposé.

  • Le raisonnement a fortiori étend une solution à une hypothèse où les raisons qui la justifient sont encore plus fortes.

Astuce mémo

Promulguer, publier, appliquer ; puis interpréter

10. Crise et simplification de la loi

Notions clés & Définitions

  • Codification : Consiste à regrouper et organiser dans un code les règles relatives à une matière juridique.

Points essentiels

📌 La crise de la loi est à la fois quantitative, en raison de la multiplication des textes, et qualitative, lorsque les textes deviennent complexes, instables ou moins lisibles.

  • Dans une décision du 16 décembre 1999, le Conseil constitutionnel a reconnu l’objectif de valeur constitutionnelle d’accessibilité et d’intelligibilité de la loi.

  • Une loi doit avoir une portée normative en fixant des règles, et ne peut se limiter à exprimer des souhaits ou des déclarations d’intention.

  • La loi organique du 15 avril 2009 impose que les projets de loi déposés par le Gouvernement soient accompagnés d’une étude d’impact.

  • La codification-réforme modifie les règles qu’elle codifie, tandis que la codification à droit constant rassemble et ordonne des règles existantes sans en modifier le contenu, sous réserve de modifications liées au respect de la hiérarchie des normes.

Astuce mémo

Inflation normative → complexité et instabilité

11. Règlements et conflits de normes

Notions clés & Définitions

  • Ordonnance : Un acte pris par le Gouvernement, sur habilitation du Parlement, dans des matières relevant normalement du domaine de la loi.
  • Règlement : Des normes générales et impersonnelles édictées par les autorités administratives disposant d’un pouvoir réglementaire.

Points essentiels

  • La procédure des ordonnances comprend l’adoption d’une loi d’habilitation par le Parlement, la prise de l’ordonnance en Conseil des ministres après avis du Conseil d’État et sa signature par le président de la République, puis le dépôt d’un projet de loi de ratification dans le délai fixé.

  • Une ordonnance expressément ratifiée acquiert valeur législative, tandis qu’une ordonnance non ratifiée reste formellement un acte administratif de nature réglementaire.

  • Le domaine réglementaire est résiduel : selon l’article 37 de la Constitution, les matières qui ne relèvent pas du domaine de la loi ont un caractère réglementaire.

  • Les décrets sont principalement pris par le Premier ministre, tandis que les arrêtés peuvent être pris par les ministres, les préfets ou les maires.

  • Le règlement d’application précise les modalités nécessaires à l’application d’une loi et doit la respecter, tandis que le règlement autonome intervient dans une matière étrangère au domaine de la loi, indépendamment de toute loi préalable.

  • Un règlement pris pour appliquer une loi doit respecter celle-ci ; s’il lui est contraire, il est illégal et le juge administratif peut en contrôler la légalité.

  • Le recours pour excès de pouvoir vise l’annulation d’un acte administratif illégal et doit être exercé dans les deux mois suivant sa publication.

  • Par voie d’exception, l’illégalité d’un règlement peut être invoquée dans un litige où son application est en cause ; le juge n’annule alors pas le règlement, mais en écarte l’application pour résoudre le litige.

Astuce mémo

Annulation : l’acte disparaît ; exception d’illégalité : il est écarté dans le litige

12. Conflits entre normes juridiques

Notions clés & Définitions

  • Jurisprudence : Ensemble des décisions rendues par les juridictions et, au sens étroit, solution habituellement retenue par les juges sur une question de droit déterminée.

Points essentiels

  • L’article 55 de la Constitution reconnaît aux traités internationaux une autorité supérieure à celle des lois, ce qui fonde le contrôle de conventionnalité.

  • En droit interne français, la Constitution est supérieure aux traités internationaux, tandis que le droit de l’Union européenne affirme la primauté de ses normes sur toutes les normes françaises.

  • L’article 5 du Code civil interdit au juge, à l’occasion d’un litige particulier, d’adopter une règle générale obligatoire, ce qui prohibe les arrêts de règlement.

  • L’article 1355 du Code civil limite l’autorité obligatoire d’une décision aux parties au litige et à ce qui a été jugé entre elles.

  • L’article 4 du Code civil oblige le juge à statuer même si la loi est silencieuse, obscure ou insuffisante, sous peine de déni de justice.

  • En droit français, les juridictions ne sont pas obligées de reprendre une décision antérieure, mais les décisions importantes des juridictions suprêmes influencent fortement les juges du fond.

Astuce mémo

Le juge écarte une loi contraire au traité, mais ne peut pas abroger la loi.

13. Coutume et doctrine

Notions clés & Définitions

  • Coutume : Usage doté d’un caractère juridiquement obligatoire, qui suppose une pratique suffisamment ancienne, constante, générale et connue ainsi que la conviction de son caractère obligatoire.
  • Doctrine : Ensemble des opinions et analyses juridiques formulées par les universitaires et les praticiens du droit dans leurs travaux publiés.

Points essentiels

  • La coutume secundum legem intervient lorsque la loi renvoie à un usage ou à une tradition.

  • La coutume praeter legem complète le droit en l’absence de règle législative et peut être consacrée ensuite par la loi, comme l’usage du nom de l’autre époux désormais prévu à l’article 225-1 du Code civil.

  • La coutume contra legem est contraire à une règle législative et ne peut en principe prévaloir sur une loi impérative, même si la jurisprudence peut parfois l’admettre ou faire cohabiter les deux règles.

  • La doctrine est une source informelle du droit : les opinions des auteurs ne sont obligatoires ni pour le juge ni pour le justiciable.

14. Application de la loi dans le temps et l’espace

Notions clés & Définitions

  • Non-rétroactivité : Interdiction faite à une loi nouvelle de remettre en cause une situation juridique définitivement constituée dans le passé ou les effets déjà produits sous l’ancienne loi.

Points essentiels

  • L’article 2 du Code civil dispose que la loi ne vaut que pour l’avenir et n’a pas d’effet rétroactif.

  • Les effets déjà produits d’une situation juridique restent régis par la loi ancienne, tandis que les effets futurs d’une situation en cours relèvent en principe de la loi nouvelle.

  • En matière pénale, une loi plus sévère ne s’applique pas aux faits commis avant son entrée en vigueur, conformément à l’article 8 de la DDHC de 1789 et à l’article 112-1 du Code pénal.

  • La loi pénale plus douce s’applique aux infractions antérieures qui n’ont pas donné lieu à une condamnation passée en force de chose jugée, selon l’article 112-1, alinéa 3, du Code pénal.

  • La loi nouvelle régit les situations juridiques créées après son entrée en vigueur, leur constitution, leur extinction et les effets qu’elles produisent.

  • La loi nouvelle s’applique immédiatement aux effets futurs des situations non contractuelles en cours, sans remettre en cause les effets déjà définitivement produits.

  • Les contrats en cours restent en principe régis par la loi en vigueur au jour de leur conclusion, y compris pour leurs effets postérieurs à l’entrée en vigueur d’une loi nouvelle.

  • L’article 3 du Code civil prévoit que les lois de police et de sûreté obligent tous ceux qui habitent sur le territoire français.

  • En droit international privé, lorsque survient un élément d’extranéité, le juge français détermine la loi applicable en se référant aux règles de conflit de lois.

Astuce mémo

Effets passés : loi ancienne ; effets futurs : loi nouvelle, sauf survie de la loi ancienne pour les contrats.

15. Droits subjectifs et preuve

Notions clés & Définitions

  • Droits subjectifs : Prérogatives reconnues aux sujets de droit par le droit objectif.
  • Droit réel : Pouvoir direct conféré à son titulaire sur une chose.
  • Droit personnel : Droit qu’une personne détient contre une autre personne, le créancier pouvant exiger du débiteur l’exécution d’une obligation.

Points essentiels

📌 Les droits patrimoniaux ont une valeur économique et font partie du patrimoine, tandis que les droits extrapatrimoniaux sont attachés à la personne et n’ont pas par eux-mêmes de valeur pécuniaire.

📌 Les droits patrimoniaux sont en principe cessibles, transmissibles par succession et saisissables, tandis que les droits extrapatrimoniaux sont en principe hors du commerce juridique, incessibles, intransmissibles et insaisissables.

  • Le droit de propriété est le principal droit réel et confère à son titulaire l’usus, le fructus et l’abusus.

  • La preuve est indispensable à l’exercice d’un droit : celui qui ne prouve pas les faits soutenant sa prétention risque d’être débouté.

📌 En principe, la preuve porte sur les faits nécessaires au succès de la prétention et non sur la règle de droit, que le juge est censé connaître.

Astuce mémo

Droit réel : pouvoir sur une chose ; droit personnel : créance contre une personne.

16. Objet de la preuve

Notions clés & Définitions

  • Acte juridique : Manifestation de volonté destinée à produire des effets de droit.
  • Fait juridique : Événement ou comportement auquel le droit attache des effets juridiques indépendamment de la volonté de les produire.
  • Présomption légale : Mécanisme par lequel la loi déduit un fait inconnu d’un fait connu et dispense son bénéficiaire de prouver directement le fait présumé, conformément à l’article 1354 du Code civil.

Points essentiels

  • Le juge est réputé connaître le droit français, de sorte que la preuve porte principalement sur les faits nécessaires au succès de la prétention.

  • Les parties au litige doivent établir les éléments de fait permettant l’application de la règle de droit qu’elles invoquent.

📌 Selon l’article 1353 du Code civil, celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver, tandis que celui qui se prétend libéré doit établir le paiement ou le fait ayant éteint l’obligation.

  • La charge de la preuve se répartit entre les parties selon leurs prétentions et peut passer de l’une à l’autre au cours du litige.

Astuce mémo

Le juge connaît le droit ; les parties établissent les faits

17. Modes de preuve

Notions clés & Définitions

  • Témoignage : Déclaration orale ou écrite par laquelle une personne atteste de faits dont elle a eu personnellement connaissance.
  • Présomption judiciaire : Mode de preuve indirecte par lequel le juge déduit, à partir d’un ou plusieurs faits établis, l’existence d’un fait qui n’est pas directement prouvé.
  • Aveu : Déclaration par laquelle une personne reconnaît comme vrai un fait susceptible de produire contre elle des conséquences juridiques, selon l’article 1383 du Code civil.
  • Serment décisoire : Demandé par une partie à son adversaire afin de faire dépendre l’issue du litige de sa réponse, laquelle tranche le litige sur le point concerné et s’impose au juge.

Points essentiels

  • Selon l’article 1365 du Code civil, l’écrit est constitué de signes intelligibles, quels que soient leurs supports.

📌 Un écrit électronique a la même force probante qu’un écrit sur support papier si son auteur peut être identifié et si son intégrité est garantie.

📌 L’acte authentique est reçu selon les formes requises par un officier public compétent, tandis que l’acte sous signature privée est établi et signé par les parties sans intervention d’un officier public.

18. Preuve des actes juridiques

Notions clés & Définitions

  • Commencement de preuve par écrit : Écrit émanant de celui qui conteste l’acte et rendant vraisemblable ce qui est allégué, sans constituer à lui seul une preuve complète ; selon l’article 1361 du Code civil, il doit être corroboré par un autre moyen de preuve.

Points essentiels

  • Selon l’article 1358 du Code civil, la preuve des faits juridiques peut en principe être rapportée par tous moyens.

  • La Cour de cassation admet qu’une preuve obtenue illicitement ou déloyalement puisse être recevable si elle est indispensable à l’exercice du droit à la preuve et si l’atteinte portée aux droits de l’autre partie est strictement proportionnée au but poursuivi.

  • Selon l’article 1359, alinéa 1er, du Code civil, un acte juridique portant sur une somme ou une valeur excédant 1 500 euros doit être prouvé par écrit sous signature privée ou par acte authentique.

  • Selon l’article 1359, alinéa 2, du Code civil, une partie ne peut prouver contre ou outre le contenu d’un acte juridique constaté par écrit par de simples témoignages ou présomptions, même si la somme n’excède pas 1 500 euros.

Tableaux de synthèse

Droit et autres normes sociales

NormeFinalitéSanction
DroitOrganiser les rapports sociauxSanction juridique par l’autorité publique
ReligionFinalité spirituelleSanction religieuse, sans sanction juridique automatique
MoraleOrienter l’individu vers le bienCulpabilité, remords ou réprobation sociale
PolitesseFaciliter les rapports humainsRéprobation ou rejet social
DéontologieEncadrer l’exercice professionnelSanction disciplinaire par l’ordre professionnel

Courants de pensée juridique

CourantFondement du droitLimite ou effet
Droit naturelIdéal de justice supérieur et immuableUne loi injuste appelle la désobéissance
Positivisme étatiqueÉtat et contrainte organiséeLa validité repose sur la conformité normative
Positivisme sociologiqueRéalité et transformations socialesUne règle peut aussi faire évoluer la société

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Sources et conflits du droit avec 11 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Concernant l’adage « ubi societas ibi ius », cochez la (les) proposition(s) exacte(s) :

2. Le droit encadre les comportements et contribue à régler les désaccords :

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Sources et conflits du droit avec 10 flashcards interactives.

Que signifie l’adage latin « ubi societas ibi ius » ?

Là où il y a une société, il y a du droit.

Comment le droit permet-il de régler les désaccords ?

Par l’application de règles plutôt que par la violence.

Que vise la justice commutative lorsqu’un équilibre entre personnes est perturbé ?

Rétablir l’égalité arithmétique.

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