Fiche de révision : Évaluation des troubles de la voix

Plan du Cours

  1. Troubles de la phonation
  2. Cadre de l’évaluation vocale
  3. Anamnèse vocale et médicale
  4. Reflux pharyngo-laryngé
  5. Auto-évaluations vocales
  6. Évaluation perceptive clinique
  7. Posture et respiration
  8. Mesures aérodynamiques
  9. Qualité des mesures acoustiques
  10. Mesures acoustiques vocales
  11. Indices de sévérité vocale
  12. Profils et représentations acoustiques

1. Troubles de la phonation

Notions clés & Définitions

  • Dysphonie : Dupessey & Coulombeau, 2004 - Altération de la fonction vocale pouvant aller jusqu’à l’aphonie et ayant une origine organique ou fonctionnelle ; plusieurs facteurs concourent souvent à son apparition.

★ À maîtriser

📌 La dysphonie désigne l’altération de la voix parlée, la dysodie celle de la voix chantée et l’aphonie la perte complète de la voix.

Compléments

  • La dysphonie peut apparaître progressivement ou brutalement, être ancienne ou récente, et être intermittente ou constante.

Astuce mémo

Dysphonie : voix altérée ; aphonie : voix absente.

2. Cadre de l’évaluation vocale

★ À maîtriser

  • L’évaluation de la phonation associe le diagnostic médical, l’anamnèse, les évaluations subjectives par questionnaires et analyse perceptive, ainsi que les évaluations objectives physiologiques et acoustiques.

  • Une mesure isolée ne peut rendre compte de toutes les dimensions de la dysphonie, selon Giovanni (1998).

  • Le diagnostic étiologique est réalisé par l’ORL, le phoniatre ou le laryngologue et vise à identifier l’origine du trouble.

Compléments

  • La qualité des mesures dépend des connaissances et des compétences du clinicien qui les choisit et les réalise, et un ordinateur ne doit jamais être entièrement considéré comme fiable, selon Baken & Orlikoff (2000).

  • L’exploration visuelle du larynx peut recourir à :

    • l’endoscopie
    • la fibroscopie
    • la stroboscopie
    • la caméra haute vitesse

3. Anamnèse vocale et médicale

Points essentiels

  • L’anamnèse personnelle renseigne notamment : le genre et l’âge, la profession, les loisirs à usage vocal, impliquant des cris, une pression sous-glottique élevée ou des efforts à glotte fermée, les toxiques, notamment le tabac, l’alcool, le cannabis et les agents irritants, le niveau de stress, évalué sur une échelle de 1 à 10

  • L’anamnèse vocale explore : les circonstances d’apparition du trouble, le moment d’apparition, son caractère permanent ou intermittent et le temps de récupération, les antécédents familiaux de dysphonie, les habitudes néfastes, notamment le surmenage vocal, les cris, le chuchotement, le hemmage

  • Le contexte médical recherché comprend le diagnostic, les traitements médicaux ou chirurgicaux, les médicaments, les infections, les problèmes respiratoires, les troubles de l’ATM, les problèmes endocriniens et les problèmes d’estomac comme le RGO ou le RPL.

4. Reflux pharyngo-laryngé

Notions clés & Définitions

  • RGO et RPL : Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est la remontée involontaire et récurrente de liquide irritant de l’estomac dans l’œsophage, tandis que le reflux pharyngo-laryngé (RPL) atteint le pharynx et le larynx ; un dysfonctionnement du sphincter œsophagien inférieur est très fréquent.

★ À maîtriser

  • Les symptômes possibles du reflux sont : la raucité chronique, les raclements de gorge, le mucus ou l’écoulement nasal postérieur, la dysphagie, la toux après les repas ou en position allongée, les difficultés respiratoires ou les épisodes d’étouffement, la sensation de quelque chose de coincé ou de chatouillement dans la gorge, les brûlures d’estomac, l’halitose

  • Le Reflux Symptom Index (RSI) a été développé par Belafski et al. (2002), et son score est significatif à partir de 13.

Compléments

  • La majorité des personnes concernées par le reflux ne ressentent pas ses symptômes, selon Koufman (1995), et 82 % ne les ressentent pas.

Astuce mémo

Remontée du reflux vers le pharynx et le larynx → symptômes vocaux et respiratoires possibles.

5. Auto-évaluations vocales

★ À maîtriser

  • Le Voice Handicap Index (VHI) évalue l’impact du trouble vocal sur la qualité de vie au moyen de 30 items répartis en domaines physique, fonctionnel et émotionnel. - Jacobson et al., 1997

  • Au VHI, les réponses sont cotées de 0 à 4, le score total varie de 0 à 120, chaque sous-score de 0 à 40 et le seuil INAMI est un score supérieur ou égal à 20.

  • Le Questionnaire sur les Symptômes Vocaux–Enfants s’adresse aux enfants de 7 à 12 ans et parallèlement à leurs parents ; le score va de 0 à 38, avec un seuil INAMI de 9 pour l’enfant et de 4 pour le parent. - Verduyckt et al., 2012

Compléments

  • Une différence de 18 points entre deux passations du VHI représente un changement significatif qui ne s’explique pas par sa variabilité, selon Jacobson et al. (1997).

  • Le VHI-Chant évalue l’impact de la voix chantée sur la qualité de vie, s’adresse à tous les chanteurs, dysodiques ou non, et utilise la même cotation que le VHI. - Morsomme et al., 2007

  • Le Trans Woman Voice Questionnaire est utilisé dans la féminisation vocale, donne un score de 0 à 120 et a un seuil INAMI supérieur ou égal à 1. - Dacakis, Davies, Oates, Douglas, & Johnston, 2013

6. Évaluation perceptive clinique

★ À maîtriser

  • L’échelle GRBAS-I est une échelle perceptive de la voix dont chaque paramètre est coté de 0, absence d’altération, à 3, altération sévère. - Hirano, Clinical examination of voice, 1981

  • Les paramètres de GRBAS-I correspondent à : (Hirano, 1981) :

    • G : l’importance globale de l’altération du timbre
    • R : le caractère éraillé de la voix
    • B : le caractère voilé de la voix
    • A : le caractère asthénique ou hypotonique de la voix
    • S : le caractère forcé ou hypertonique de la voix
    • I : le caractère variable de l’altération du timbre
  • Le seuil INAMI de l’échelle GRBAS-I est atteint si au moins un des paramètres G, R, B, A ou S est supérieur ou égal à 1.

Compléments

📌 La diplophonie correspond à la présence simultanée de deux hauteurs, tandis que la voix craquée correspond à une vibration irrégulière de 20 à 50 cycles par seconde avec des aryténoïdes resserrés et des plis vocaux comprimés et lâches.

  • Le vocal strain désigne la perception d’un effort vocal accru ou d’une hyperfonction.

Astuce mémo

GRBAS-I : Grade, Rough, Breathy, Asthenic, Strained, Instability.

7. Posture et respiration

★ À maîtriser

  • L’évaluation respiratoire examine : la respiration nasale ou buccale, les phases inspiratoire et expiratoire, les reprises d’air, la respiration thoracique haute, au niveau du sternum, la respiration thoracique basse, au niveau des côtes, la respiration abdominale, le mouvement vertébral

Compléments

  • L’évaluation posturale examine : l’équilibre postural, la position des pieds, des jambes et des genoux, la position du bassin et de la colonne, la position de la nuque, des épaules et de la tête, les tensions locales et globales, la souplesse

  • Le périnée, ou plancher pelvien, participe au soutien du souffle et à la synergie ascendante du souffle pendant le chant, notamment pour maintenir de longues notes, selon Hutois (2012). - Physiologie et art du chant: À l'écoute de son corps pour optimiser sa technique vocale

8. Mesures aérodynamiques

Notions clés & Définitions

  • Capacité vitale : Volume d’air mesuré à la bouche entre une inspiration maximale et une expiration maximale.

★ À maîtriser

  • Le débit oral d’air expiré est la quantité d’air expirée par la bouche par unité de temps pendant la production confortable de [a:] ; sa norme est de 125 à 170 ml/s selon Pillot-Loiseau (2011).

  • La PSG peut être estimée indirectement par la PIO en répétant [pa] : la fermeture des lèvres et l’ouverture de la glotte pendant [p] rendent la PIO équivalente à la PSG, puis les pics sauf le premier et le dernier sont moyennés. - Smitheran & Hixon, 1981

  • Les normes de PIO estimant la PSG sont de 7 à 10 cmH₂O chez l’adulte, peuvent atteindre 15 cmH₂O à très forte intensité et sont de 20 à 30 cmH₂O chez les chanteurs d’opéra, selon Pillot-Loiseau (2011).

  • Le temps maximum de phonation (TMP) se mesure en soutenant [a:] aussi longtemps que possible après une inspiration profonde, à hauteur et intensité confortables, sur trois essais dont on conserve le meilleur.

  • Chez l’adulte, un TMP inférieur à 10 secondes est pathologique ; chez l’enfant, la valeur normale en secondes est approximativement égale à son âge. - Finger, Hoffmann, & Cielo, Maximum Phonation Time and Body Mass Index in Nondysphonic Eutrophic Children, 2019

Compléments

  • La pression sous-glottique peut être mesurée directement par ponction trachéale sous la glotte à l’aide d’un cathéter et d’un capteur de pression ; cette mesure invasive, utilisée en recherche mais pas en clinique, suit la pression pendant toute la phonation.

📐 Formule - Le rapport S/Z est le rapport entre le TMP sur un son non voisé et le TMP sur un son voisé, et sa norme est S/Z=1S/Z = 1.

📐 Formule - Le quotient phonatoire rapporte la capacité vitale en millilitres au TMP en secondes : QP=capaciteˊ vitale (ml)TMP (s)QP = \frac{\text{capacité vitale (ml)}}{\text{TMP (s)}} ; ses normes sont de 219 ± 12 ml/s chez les femmes et 235 ± 12 ml/s chez les hommes, selon le Belgian Study Group on Voice Disorders (1996).

Astuce mémo

PSG directe par ponction ; PSG estimée indirectement par la PIO.

9. Qualité des mesures acoustiques

Notions clés & Définitions

  • Temps de réverbération : Franz, Grewe, Meyer, & Bitzer, 2026 - Temps nécessaire pour que le niveau sonore d’une pièce diminue de 60 dB après l’arrêt brutal de la source sonore.

★ À maîtriser

  • Le microphone doit rester à distance constante de la source et être placé entre 45° et 90° par rapport à l’axe du flux d’air ; la distance micro-bouche doit être précisée pour les mesures d’intensité. - Barsties & De Bodt, 2015

  • La mesure de l’intensité exige un calibrage, et le rapport signal/bruit acceptable se situe entre 30 et 42 dB(A), de préférence près de 42 dB(A). - Barsties & De Bodt, 2015

Compléments

  • Pour un enregistrement vocal de qualité, le microphone recommandé est à condensateur, cardioïde et couvre le spectre de 20 à 20 000 Hz. - Barsties & De Bodt, 2015

10. Mesures acoustiques vocales

Notions clés & Définitions

  • Fréquence fondamentale : Hauteur de la voix et peut être mesurée sur une production confortable de [a:] ou en lecture à voix haute, idéalement avec un voisement constant et sans fricatives.
  • Jitter : Le jitter est la variabilité de la fréquence fondamentale d’un cycle à l’autre ; un jitter local supérieur à 1,04 % est pathologique dans Praat.
  • Shimmer : Le shimmer est la variabilité de l’amplitude d’un cycle à l’autre ; un shimmer local supérieur à 3,81 % est pathologique dans Praat.

★ À maîtriser

  • Les séries d’intensité distinguent la voix basse ou murmurée à 30 dB, la voix conversationnelle à 65 dB et la voix projetée ou d’appel à 80 dB.

📌 Le HNR rapporte les composants périodiques aux composants apériodiques et exprime en décibels la quantité d’harmoniques par rapport au bruit, tandis que le NHR rapporte la quantité de composants apériodiques aux composants périodiques et varie de 0, sans bruit, à 1, bruit maximal.

Compléments

  • La fréquence fondamentale est régulée par les muscles laryngés et la pression sous-glottique, dépend de la longueur, de la rigidité et de la masse vibrante des plis vocaux, et varie selon le genre et l’âge.

  • Le jitter et le shimmer se mesurent sur une portion stable d’une production confortable de [a:], et leurs valeurs sont interprétables entre 0 % et 5 %.

  • Le calcul des indices vocaux exige une séquence ininterrompue de cycles sans cycle manquant ni cycle intrus, et une présélection correcte de l’étendue des fréquences favorise la détection correcte des cycles, selon Schoentgen (2015-2016). - Cours de phonétique clinique

11. Indices de sévérité vocale

★ À maîtriser

  • Le Dysphonia Severity Index (DSI) de Wuyts et al. (2000) est un indice de qualité vocale à quatre facteurs : TMP, fréquence fondamentale maximale, intensité minimale et jitter mesuré sur trois secondes intermédiaires de /a/ confortable. - The Dysphonia Severity Index: An objective measure of vocal quality based on a multiparameter approach

  • Le DSI de Wuyts varie de −5 à 5 et le seuil INAMI est un score inférieur à 1,6.

  • L’Acoustic Voice Quality Index (AVQI) mesure la qualité vocale et la sévérité de la dysphonie à partir de six facteurs, selon Maryn et al. (2010).

  • L’AVQI 03.01 combine la parole continue, notamment la lecture de « La bise et le soleil », et la portion médiane de trois secondes d’une voyelle [a:] soutenue, attaque et fin exclues. - Pommée et al., Validation of the Acoustic Voice Quality Index, Version 03.01, in French, 2021

  • L’AVQI 03.01 calcule automatiquement un score de 0 à 10, avec un seuil pathologique français de 2,33 et un seuil INAMI supérieur ou égal à 2,95. - Pommée et al., Validation of the Acoustic Voice Quality Index, Version 03.01, in French, 2021

  • L’AVQI 03.01 a une spécificité de 100 % mais une sensibilité de 59,8 %, de sorte qu’un score non pathologique isolé ne suffit pas à écarter une prise en charge.

Compléments

📐 Formule - Le DSI de Wuyts et al. (2000) se calcule ainsi : DSI=0,13×TMP+0,0053×fomax−0,26×Intmin−1,18×Jitt%+12,4DSI = 0{,}13 \times TMP + 0{,}0053 \times fo_{max} - 0{,}26 \times Int_{min} - 1{,}18 \times Jitt\% + 12{,}4.

  • Le DSI adapté à Praat par Maryn, Morsomme et De Bodt (2017) utilise le TMP, la fréquence fondamentale maximale, l’intensité minimale et le jitter PPQ mesuré dans la partie intermédiaire d’un /a/ confortable. - Maryn, Morsomme, De Bodt, Measuring the Dysphonia Severity Index (DSI) in the Program Praat

📐 Formule - Le DSI-Praat se calcule ainsi : DSI=1,127+0,164×TMP+0,0053×fomax−0,038×Imin−5,30×JittppqDSI = 1{,}127 + 0{,}164 \times TMP + 0{,}0053 \times fo_{max} - 0{,}038 \times I_{min} - 5{,}30 \times Jitt_{ppq}. - Maryn, Morsomme, De Bodt, 2017

12. Profils et représentations acoustiques

Notions clés & Définitions

  • Phonétogramme : Aire dynamique vocale qui évalue les capacités physiologiques maximales du larynx selon un protocole standardisé de l’Union Européenne des Phoniatres (1983).
  • Spectrogramme : Représentation en trois dimensions de l’amplitude d’un son en fonction de la fréquence au cours du temps.

★ À maîtriser

  • Le phonétogramme permet de relever : la fréquence fondamentale minimale, la fréquence fondamentale maximale, l’étendue de fréquence fondamentale en hertz ou demi-tons, l’intensité minimale, l’intensité maximale, la dynamique d’intensité, la dynamique vocale maximale

Compléments

  • Le protocole du phonétogramme utilise un microphone placé à 30 cm de la bouche ou un micro-casque, et les voyelles [a], [i] ou [u], dont le choix influence les résultats de fréquence fondamentale.

  • L’étendue de fréquence fondamentale correspond à la différence entre fo maximale et fo minimale, et sa norme est de deux octaves chez un sujet non entraîné.

  • Le cours présente des spectrogrammes d’une voyelle /a/ normale ou soufflée et d’une sirène.

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Évaluation des troubles de la voix avec 36 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Quelle caractéristique décrit la dysphonie, qui peut avoir une origine organique ou fonctionnelle ?

2. Une personne présente une altération de sa voix parlée, mais sa voix chantée est également évaluée séparément : quel terme désigne spécifiquement le trouble de la voix parlée ?

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Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Évaluation des troubles de la voix avec 93 flashcards interactives.

Selon Dupessey & Coulombeau (2004), qu’est-ce que la dysphonie ?

Une altération de la fonction vocale d’origine organique ou fonctionnelle, pouvant aller jusqu’à l’aphonie.

Quels facteurs contribuent souvent à l’apparition de la dysphonie ?

Plusieurs facteurs concourent souvent à son apparition.

Quelle altération concerne la voix parlée ?

La dysphonie.

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