Fiche de révision : Contenu et équilibre du contrat

Plan du Cours

  1. Offre et acceptation du contrat
  2. Négociations et contrats préparatoires
  3. Représentation dans la conclusion du contrat
  4. Erreur et validité du consentement
  5. Dol et consentement trompé
  6. Violence et consentement contraint
  7. Existence et détermination des prestations
  8. Licéité des prestations contractuelles
  9. Licéité de l’opération contractuelle
  10. But contractuel et preuve de son illicéité
  11. Équilibre financier et contrepartie
  12. Clauses abusives et équilibre contractuel
  13. Principes généraux de la preuve
  14. Preuve écrite et exceptions
  15. Les actes sous seing privé et authentiques
  16. Définition et classifications de la nullité
  17. Mise en œuvre de la nullité
  18. Effets et restitutions de la nullité

1. Offre et acceptation du contrat

Notions clés & Définitions

  • Offre : Proposition ferme de conclure un contrat déterminé à des conditions déterminées, conformément à l’article 1114 du Code civil.
  • Acceptation : Manifestation de volonté par laquelle son auteur entend être lié dans les termes de l’offre, conformément à l’article 1118 du Code civil.

★ À maîtriser

  • Une offre est précise si elle contient les éléments essentiels permettant d’identifier le contrat proposé ; à défaut, elle constitue une invitation à entrer en pourparlers.

  • Une offre est ferme lorsque son auteur entend être lié par la simple acceptation ; une réserve expresse ou tacite peut révéler une simple invitation à négocier.

  • Selon l’article 1116 du Code civil, l’offrant doit maintenir son offre jusqu’au terme du délai qu’il a fixé ou, en l’absence de délai exprès, pendant un délai raisonnable apprécié par le juge.

  • La rétractation fautive d’une offre avant l’expiration du délai applicable engage la responsabilité délictuelle de son auteur, mais ne permet pas d’exiger la formation du contrat.

  • Une acceptation pure et simple conforme à l’offre peut conclure le contrat, tandis qu’une réponse qui modifie l’offre constitue une contre-proposition et rend caduque la proposition initiale.

  • Le silence peut valoir acceptation dans les cas suivants : une disposition légale le prévoit, les usages le prévoient, des relations d’affaires antérieures le justifient, l’offre est faite dans l’intérêt exclusif de son destinataire

📌 Selon l’article 1121 du Code civil, le contrat est conclu lorsque l’acceptation parvient à l’offrant, au lieu où elle lui parvient.

Compléments

  • En droit français, le consensualisme dispense en principe l’offre de forme particulière, sauf notamment pour les contrats solennels.

📌 Selon l’article 1117 du Code civil, l’offre devient caduque à l’expiration du délai fixé ou du délai raisonnable et, depuis la réforme de 2016, au décès ou à l’incapacité de l’offrant.

📌 Les conditions générales ne sont opposables à l’acceptant que si elles ont été portées à sa connaissance et acceptées, conformément à l’article 1119 du Code civil.

  • Dans certains contrats de consommation, notamment le crédit à la consommation, la loi accorde une faculté de rétractation pendant un délai fixé, durant lequel le contrat reste en attente.

📌 L’article 1122 du Code civil prévoit que la loi ou le contrat peut instaurer un délai de réflexion avant que son bénéficiaire ne puisse accepter.

Astuce mémo

L’offre propose, l’acceptation conforme conclut.

2. Négociations et contrats préparatoires

Notions clés & Définitions

  • Promesse unilatérale : Contrat par lequel le promettant accorde au bénéficiaire le droit d’opter pour un contrat dont les éléments essentiels sont déterminés et auquel seul manque le consentement du bénéficiaire, conformément à l’article 1124 du Code civil.
  • Pacte de préférence : Contrat par lequel une partie s’engage à proposer prioritairement au bénéficiaire de contracter si elle décide de conclure le contrat envisagé, conformément à l’article 1123 du Code civil.

★ À maîtriser

  • Selon l’article 1112 du Code civil, l’initiative, le déroulement et la rupture des négociations précontractuelles sont libres, mais doivent respecter les exigences de la bonne foi.

  • La rupture fautive des négociations peut donner lieu à indemnisation, mais celle-ci ne couvre ni les avantages attendus du contrat non conclu ni la perte de chance de les obtenir.

  • Pendant le délai d’option, la révocation de la promesse unilatérale n’empêche pas la formation du contrat promis si le bénéficiaire lève l’option ; le contrat conclu avec un tiers qui connaissait l’existence de la promesse est nul, selon l’article 1124 du Code civil.

  • Après la levée de l’option, le contrat promis est formé et le bénéficiaire peut obtenir l’exécution forcée si le promettant refuse de régulariser l’acte.

  • La violation d’un pacte de préférence peut entraîner l’indemnisation du bénéficiaire et la nullité du contrat conclu avec un tiers si celui-ci connaissait le pacte et si le bénéficiaire avait l’intention de s’en prévaloir.

Compléments

  • L’arrêt Manoukian de la chambre commerciale du 26 novembre 2003 est cité à propos de l’exclusion de l’indemnisation des gains attendus du contrat non conclu.

📌 Dans une promesse unilatérale, les conditions de formation relatives au bénéficiaire s’apprécient au jour de la levée de l’option.

📌 La promesse unilatérale de vente immobilière doit être constatée par écrit authentique ou sous seing privé et enregistrée dans les 10 jours à peine de nullité, conformément à l’article 1589-2 du Code civil.

  • L’arrêt de chambre mixte du 26 mai 2006 a admis la nullité du contrat conclu en violation d’un pacte de préférence sous certaines conditions.

📌 L’article 1123 du Code civil permet à un tiers qui doute de l’existence d’un pacte de préférence d’interroger le bénéficiaire sur son intention de s’en prévaloir.

3. Représentation dans la conclusion du contrat

Notions clés & Définitions

  • Représentation parfaite : Permet au représentant d’agir au nom et pour le compte du représenté, qui devient la partie au contrat et en supporte les effets.
  • Représentation imparfaite : Existe lorsque le représentant agit pour le compte d’autrui sans révéler entièrement au cocontractant sa qualité ou l’identité du représenté ; le contrat est conclu entre le représentant et le tiers avant que ses effets ne soient transmis au représenté.

★ À maîtriser

📌 Pour engager le représenté, le représentant doit manifester son intention d’agir en son nom et disposer d’un pouvoir de représentation, qu’il doit exercer dans les limites qui lui ont été conférées.

📌 Selon l’article 1156 du Code civil, l’acte accompli sans pouvoir ou au-delà des pouvoirs est inopposable au représenté, sauf si le tiers a légitimement cru à la réalité des pouvoirs en raison notamment du comportement ou des déclarations du représenté.

  • L’article 1128 du Code civil soumet la validité du contrat au consentement des parties, à leur capacité de contracter et à un contenu licite et certain.

Compléments

  • Le mandat général autorise les actes nécessaires à l’objectif confié, tandis que le mandat spécial limite le représentant aux actes énumérés et, éventuellement, à leurs accessoires.

  • Selon l’article 1157 du Code civil, l’acte accompli dans les limites du pouvoir mais à des fins détournées peut être annulé si le tiers connaissait le détournement ou ne pouvait l’ignorer.

  • Selon l’article 1158 du Code civil, le tiers qui doute de l’étendue des pouvoirs du représentant peut interroger directement le représenté sur leur existence et leur portée.

  • Le consentement désigne soit la rencontre des volontés de deux personnes, soit la manifestation de volonté d’une personne.

📌 Selon l’article 1129 du Code civil, le contrat n’est pas valable si une partie est atteinte d’un trouble mental au moment de consentir.

Astuce mémo

Représentation parfaite : le représenté est partie ; imparfaite : le représentant contracte en son nom.

4. Erreur et validité du consentement

Notions clés & Définitions

  • Erreur : Consiste à croire vrai ce qui est faux, ou faux ce qui est vrai, et peut entraîner la nullité relative du contrat si les conditions légales sont réunies, conformément à l’article 1131 du Code civil.

★ À maîtriser

  • Une erreur n’entraîne la nullité que si elle a déterminé le consentement, ce que le juge apprécie in concreto en tenant compte de la personne et des circonstances.

  • L’erreur sur les qualités essentielles de la prestation peut entraîner la nullité lorsque ces qualités, expressément ou tacitement convenues, ont déterminé le consentement des parties.

  • Selon l’article 1132 du Code civil, seule une erreur excusable peut entraîner la nullité ; une erreur facile à éviter est inexcusable.

Compléments

📌 L’erreur obstacle porte sur la nature du contrat ou l’identité de son objet et constitue un malentendu susceptible d’entraîner la nullité relative.

  • L’erreur sur les qualités essentielles du cocontractant peut entraîner la nullité lorsque le contrat a été conclu en considération de la personne, notamment dans les contrats à titre gratuit.

📌 L’erreur sur un motif personnel est indifférente, sauf si le motif a été érigé en élément essentiel du consentement et intégré au champ contractuel.

📌 L’erreur sur la valeur n’entraîne pas en principe la nullité du contrat, conformément à l’article 1136 du Code civil, sauf si elle porte aussi sur une qualité essentielle de la prestation.

5. Dol et consentement trompé

Notions clés & Définitions

  • Dol : Fait pour un contractant d’obtenir le consentement de l’autre par des manœuvres ou des mensonges, conformément à l’article 1137 du Code civil.

★ À maîtriser

  • Le dol peut entraîner la nullité du contrat et l’indemnisation du préjudice subi par la victime.

  • Selon l’article 1137 du Code civil, la dissimulation intentionnelle d’une information dont un contractant sait le caractère déterminant pour l’autre constitue un dol.

  • Le fait pour une partie de ne pas révéler à son cocontractant son estimation de la valeur de la prestation ne constitue pas un dol, selon l’article 1137 du Code civil.

  • Pour être déterminant, le dol doit avoir causé l’erreur qui a conduit la victime à contracter, et il s’apprécie in concreto.

Compléments

  • Dans l’arrêt Baldus du 3 mai 2000, la Cour de cassation a jugé que l’acheteur qui connaissait la valeur des photographies n’avait pas commis de dol en ne révélant pas son estimation, faute d’obligation d’information. - 1e civ

  • Le dol peut émaner :

    • du représentant du contractant
    • du gérant d’affaires du contractant
    • du préposé du contractant
    • du porte-fort du contractant
    • d’un tiers de connivence

📌 Depuis la réforme, la nullité est possible tant pour le dol principal, sans lequel la victime n’aurait pas contracté, que pour le dol incident, qui l’aurait conduite à contracter à des conditions différentes.

Astuce mémo

L’erreur est spontanée, le dol provoque l’erreur.

6. Violence et consentement contraint

Notions clés & Définitions

  • Violence : Contrainte qui inspire à une partie la crainte d’exposer sa personne, sa fortune ou celle de ses proches à un mal considérable, conformément à l’article 1140 du Code civil.

★ À maîtriser

  • Les menaces constitutives de violence peuvent être :
    • physiques
    • morales
    • pécuniaires

📌 La violence n’entraîne la nullité que si elle est illégitime ; une menace d’exercer une voie de droit légitime ne suffit pas, contrairement à une voie imaginaire, abusive ou accompagnée de voies de fait.

📌 Selon l’article 1143 du Code civil, il y a violence lorsqu’une partie abuse de la dépendance de son cocontractant, obtient un engagement qu’il n’aurait pas souscrit sans cette contrainte et en tire un avantage manifestement excessif.

Compléments

📌 Selon l’article 1142 du Code civil, la violence est une cause de nullité qu’elle ait été exercée par une partie ou par un tiers.

  • L’arrêt Kanas du 3 avril 2002 a retenu la violence économique à propos d’une salariée qui avait renoncé à ses droits d’auteur par crainte d’être licenciée. - 1er civ

  • L’arrêt de la troisième chambre civile du 4 juin 2026 a jugé qu’il n’était pas nécessaire de démontrer des actes de pression lorsque la dépendance et l’avantage manifestement excessif étaient établis. - 3e Civ

  • La violence économique peut entraîner la nullité de la convention et l’octroi de dommages-intérêts.

Astuce mémo

Contrainte illégitime → crainte → consentement vicié.

7. Existence et détermination des prestations

★ À maîtriser

  • Le prix doit être sérieux ; un prix dérisoire, qualifié de vileté du prix, entraîne la nullité relative du contrat.

  • La vente lésionnaire porte sur un prix insuffisant au regard de la valeur du bien, mais non dérisoire, et n’est sanctionnable qu’exceptionnellement.

  • Une prestation impossible au moment de la conclusion empêche la naissance du contrat et entraîne sa nullité.

  • Les corps certains sont déterminés par leur individualité, tandis que les choses de genre, fongibles et interchangeables, sont déterminées par leur nombre, leur poids ou leur mesure.

  • Selon l’article 1163, alinéa 3, la prestation est déterminable si elle peut être déduite du contrat, des usages ou des relations antérieures des parties sans nouvel accord.

  • Selon l’article 1166, si la qualité n’est ni déterminée ni déterminable par le contrat, le débiteur doit offrir une qualité conforme aux attentes légitimes des parties, compte tenu de la nature de la prestation, des usages et du montant de la contrepartie.

  • Selon l’article 1164, un contrat-cadre peut permettre à une partie de fixer unilatéralement le prix, à charge de le motiver en cas de contestation ; en cas d’abus, le juge peut accorder des dommages et intérêts et, le cas échéant, prononcer la résolution.

  • Selon l’article 1165, à défaut d’accord préalable sur le prix d’une prestation de service, le créancier peut le fixer et doit le motiver en cas de contestation ; l’abus peut ouvrir droit à des dommages et intérêts et, le cas échéant, à la résolution du contrat.

  • Une prestation de service ou une abstention doit être déterminée conformément à l’article 1163, faute de quoi l’engagement est nul.

Compléments

📌 Dans les contrats à titre onéreux, la somme d’argent due prend un nom variable selon le contrat, notamment prix dans la vente et loyer dans le bail.

  • Le caractère dérisoire du prix est apprécié souverainement par les juges du fond.

  • La vente d’une entreprise pour un euro symbolique peut être valable lorsque l’acquéreur prend aussi en charge le passif.

📌 L’impossibilité absolue d’une prestation peut être matérielle, comme la livraison d’une chose qui ne se fabrique pas, ou juridique, lorsque la chose est légalement interdite.

  • L’arrêt d’assemblée plénière du 1er décembre 1995, ALCATEL, concerne la détermination du prix dans les contrats-cadres.

Astuce mémo

Corps certain : individualité ; chose de genre : nombre, poids ou mesure.

8. Licéité des prestations contractuelles

Notions clés & Définitions

  • Choses hors commerce : Soustraites au commerce juridique pour des raisons d’ordre public ou de bonnes mœurs.

★ À maîtriser

📌 L’article 1162 impose que le contrat ne déroge pas à l’ordre public et que son but ne soit pas illicite.

  • Par un arrêt du 7 novembre 2000, la Cour de cassation a admis la licéité de la convention de présentation d’un successeur par un médecin, plutôt que la cession de patientèle elle-même.

📌 Un contrat ne peut porter sur un service ou une activité illicite, contraire aux bonnes mœurs, interdit par la loi pénale ou réservé à une profession réglementée.

📌 L’article 1210 prohibe les engagements perpétuels, mais leur sanction n’est plus nécessairement la nullité du contrat.

Compléments

  • L’ancienne formulation de l’article 1128 réservait les conventions aux choses dans le commerce, notion qui n’apparaît plus dans l’article 1162.

  • La notion de choses hors commerce subsiste notamment dans les articles 1878 et 1598 du Code civil.

  • Les choses hors commerce comprennent notamment :

    • les biens du domaine public
    • les fonctions publiques
    • le droit de vote
    • les attributs du corps humain
  • La convention de présentation d’un successeur peut inclure la cession de matériel et de locaux ainsi qu’une clause de non-réinstallation du médecin partant dans une zone définie.

📌 La nullité d’un contrat portant sur une prestation illicite est absolue lorsque l’atteinte concerne l’intérêt général.

  • La licéité d’une prestation monétaire peut dépendre de règles imposant l’usage de la monnaie nationale, certaines opérations en monnaie étrangère pouvant être sanctionnées comme contraires à l’unité publique.

  • Dans un arrêt du 25 janvier 2023, n° 19-24578, la première chambre civile a jugé que la durée d’un pacte d’associés calquée sur celle de la société ne rendait pas, à elle seule, le pacte nul.

  • La jurisprudence retient généralement la nullité absolue pour sanctionner l’illicéité d’une prestation de service ou d’abstention.

9. Licéité de l’opération contractuelle

Notions clés & Définitions

  • Ordre public : Ensemble des lois ou principes auxquels la volonté privée ne peut déroger.
  • Droits fondamentaux : Droits et libertés attachés à des valeurs essentielles, reconnus à tous de manière égalitaire et protégés contre les atteintes des pouvoirs exécutif et législatif.
  • Bonnes mœurs : Normes de moralité publique évolutives selon les périodes.

★ À maîtriser

📌 L’ordre public classique protège les principes fondamentaux de la société, tandis que l’ordre public moderne distingue l’ordre public de direction, orienté vers l’intérêt général économique, et l’ordre public de protection, destiné à protéger une catégorie de personnes.

📌 La contrariété du contrat à l’ordre public entraîne sa nullité, que l’ordre public soit de direction ou de protection.

Compléments

  • Le caractère d’ordre public peut découler de :

    • une mention expresse du texte
    • la formulation implicite de la règle
    • les objectifs de la loi
  • L’ordre public de direction permet notamment de sanctionner les pratiques anticoncurrentielles afin de protéger la liberté de la concurrence.

  • L’ordre public de protection vise notamment à protéger les locataires contre les bailleurs et les consommateurs contre les entreprises.

  • La notion de bonnes mœurs a disparu de l’article 1128, mais elle demeure mentionnée à l’article 6 du Code civil.

  • Les droits fondamentaux ont notamment pour sources nationales le bloc de constitutionnalité et pour source supranationale la Convention européenne des droits de l’homme.

  • L’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme protège le respect de la vie privée et a été invoqué contre une clause de bail interdisant au locataire d’héberger ses proches.

  • La liberté d’association et de réunion protégée par l’article 11 de la Convention européenne des droits de l’homme s’oppose à une clause de bail commercial imposant au locataire d’adhérer à une association et d’y rester pendant toute la durée du bail.

Astuce mémo

Ordre public de direction : intérêt général ; ordre public de protection : partie faible.

10. But contractuel et preuve de son illicéité

Notions clés & Définitions

  • But contractuel : Correspond aux motivations du contractant, parmi lesquelles le motif déterminant peut entraîner l’illicéité du contrat s’il est illicite.

★ À maîtriser

📌 Depuis l’article 1162, le but illicite peut entraîner l’annulation du contrat même si ce but n’était pas connu de toutes les parties.

📌 Le contrat est présumé poursuivre un but licite, mais le demandeur en nullité peut renverser cette présomption simple en prouvant par tout moyen l’illicéité du but poursuivi par un contractant.

Compléments

📌 Avant la réforme de 2016, la cause subjective désignait les motivations du contractant et la cause objective désignait la contrepartie.

📌 La preuve du but illicite permet généralement au juge de prononcer la nullité absolue du contrat.

11. Équilibre financier et contrepartie

Notions clés & Définitions

  • Lésion : Déséquilibre économique entre les prestations réciproques existant au moment de la formation du contrat, apprécié objectivement sans rechercher un vice du consentement.
  • Clause léonine : Attribue à un associé la totalité des bénéfices au détriment des autres associés.

★ À maîtriser

📌 Selon l’article 1168, le défaut d’équivalence des prestations dans un contrat synallagmatique n’entraîne pas la nullité, sauf disposition légale contraire.

  • La lésion ne s’applique pas en principe aux contrats à titre gratuit ni aux contrats aléatoires, et elle ne joue que dans les cas prévus par la loi.

📌 Selon l’article 1674, le vendeur d’un immeuble peut demander la rescision pour lésion s’il a reçu moins des 5/12 de la valeur du bien, soit une lésion de plus des 7/12.

📌 Selon l’article 1169, un contrat à titre onéreux est nul si, au moment de sa formation, la contrepartie convenue au profit de celui qui s’engage est illusoire ou dérisoire.

  • Dans l’arrêt Chronopost, chambre commerciale, 22 octobre 1996, la Cour de cassation a écarté une clause limitative d’indemnisation qui contredisait l’obligation essentielle de rapidité de livraison.

📌 Selon l’article 1170, toute clause qui prive de sa substance l’obligation essentielle du débiteur est réputée non écrite.

Compléments

  • Les articles 1148, 1149 et 1151 prévoient des règles de lésion applicables notamment à certains contrats conclus par des mineurs non émancipés ou des majeurs protégés.

📌 Selon l’article 889, un héritier peut demander la rescision du partage lorsqu’il a été lésé de plus du quart de la valeur.

📌 L’action en rescision pour lésion prévue à l’article 1674 permet au vendeur de demander la rescision du contrat ; l’acquéreur peut, selon l’article 1681, conserver le bien en payant le supplément du juste prix, sous déduction du dixième du prix total.

  • La jurisprudence a admis le rééquilibrage des honoraires de mandataires, notamment ceux d’avocats et d’autres professionnels libéraux, lorsque leur montant est excessif au regard du service rendu.

📌 Le rééquilibrage jurisprudentiel des honoraires maintient le contrat et peut prendre la forme d’une réduction des honoraires ou d’une restitution de sommes payées en trop.

  • L’article 1169 réintroduit l’exigence d’une contrepartie dans les contrats à titre onéreux, tandis que son application aux contrats aléatoires et unilatéraux est discutée par certains auteurs.

12. Clauses abusives et équilibre contractuel

Notions clés & Définitions

  • Clause abusive : Crée au détriment d’une partie protégée un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties.
  • Professionnel : Personne physique ou morale, publique ou privée, agissant à des fins entrant dans le cadre d’une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole.
  • Consommateur : Personne physique agissant à des fins étrangères à son activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole.

★ À maîtriser

  • L’article L. 212-1 du Code de la consommation qualifie d’abusive une clause d’un contrat entre professionnel et consommateur qui crée, par son objet ou son effet, un déséquilibre significatif au détriment du consommateur.

  • Le caractère abusif s’apprécie au moment de la conclusion du contrat, sans porter sur la définition de son objet principal ni sur l’adéquation du prix ou de la rémunération.

  • La liste noire de l’article R. 212-1 comprend 12 clauses présumées abusives de manière irréfragable, tandis que la liste grise de l’article R. 212-2 comprend 10 clauses présumées abusives de manière simple.

  • Selon l’article L. 241-1 du Code de la consommation, une clause abusive est réputée non écrite et le contrat est maintenu, sauf s’il ne peut subsister sans cette clause.

  • Selon l’article 1171 du Code civil, dans un contrat d’adhésion, une clause non négociable déterminée à l’avance qui crée un déséquilibre significatif est réputée non écrite.

Compléments

  • La protection contre les clauses abusives en droit de la consommation peut concerner tout contrat, quel que soit sa forme ou son support, y compris un contrat dont les clauses ont été librement négociées.

  • Le déséquilibre significatif s’apprécie au regard des autres clauses du contrat et des clauses de contrats conclus simultanément, et les clauses ambiguës s’interprètent dans le sens le plus favorable au consommateur ou au non-professionnel.

  • Le juge peut déclarer abusive une clause qui ne figure pas dans les listes des articles R. 212-1 et R. 212-2.

  • Selon l’article L. 621-8 du Code de la consommation, les associations de consommateurs peuvent demander en justice la suppression d’une clause abusive dans l’ensemble des contrats du professionnel concerné.

  • L’article L. 442-1, I, 2° du Code de commerce permet de sanctionner un commerçant qui soumet ou tente de soumettre un partenaire commercial à des obligations créant un déséquilibre significatif.

📌 L’article 1171 ne s’applique pas lorsque les textes spéciaux du droit de la consommation ou du droit commercial régissent la situation.

  • Par un arrêt de la chambre commerciale du 26 janvier 2022, la Cour de cassation a rappelé que l’article 1171 s’applique exclusivement lorsque les textes spéciaux ne s’appliquent pas.

Astuce mémo

Code de la consommation : professionnel-consommateur ; article 1171 : contrat d’adhésion hors champ des textes spéciaux.

13. Principes généraux de la preuve

★ À maîtriser

  • Selon l’article 1353 du Code civil, celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver.

  • Les parties peuvent convenir des règles de preuve applicables à leurs prestations si les droits concernés sont librement disponibles, ce qui n’est pas le cas de l’obligation alimentaire entre conjoints.

  • La preuve doit être loyale : des documents obtenus de manière illicite ne peuvent pas être utilisés comme preuves.

Compléments

📌 Selon l’article 1363 du Code civil, nul ne peut se constituer de titre à soi-même ; la preuve ne peut donc reposer uniquement sur des éléments établis par le créancier.

  • L’article 6 de la CEDH garantit un processus équitable, exigence qui nourrit le contentieux relatif à la loyauté de la preuve.

14. Preuve écrite et exceptions

Notions clés & Définitions

  • Commencement de preuve par écrit : Le commencement de preuve par écrit est, selon l’article 1361, un écrit émanant de celui qui conteste l’acte ou de son représentant et rendant vraisemblable le fait allégué ; un écrit non signé en est un exemple.

★ À maîtriser

  • Selon l’article 1364 du Code civil, la preuve d’un acte juridique peut être constituée par un acte authentique ou par un acte sous signature privée.

  • La preuve écrite des actes juridiques s’impose lorsque leur montant est supérieur à 1 500 euros.

  • En matière commerciale, l’article L. 110-3 prévoit que les actes de commerce à l’égard des commerçants se prouvent par tout moyen.

  • Selon l’article 1364, alinéa 2, un écrit ne peut être contesté ou dépassé que par un autre écrit, notamment pour prouver une modification du contrat.

  • Lorsque l’écrit est exigé, les présomptions, témoignages et indices ne peuvent remplacer un écrit absent ou incomplet, mais l’aveu judiciaire et le serment décisoire demeurent admissibles.

  • L’impossibilité de se procurer un écrit peut être matérielle, notamment lorsque l’écrit a disparu dans un incendie, ou morale, notamment dans le cadre familial.

Compléments

📌 La règle de preuve écrite s’applique aux parties contractantes, mais pas aux tiers qui n’ont pas participé au contrat.

📌 L’article 1360 permet, en cas d’impossibilité de se procurer un écrit, d’établir la preuve par d’autres moyens admissibles.

Astuce mémo

L’écrit est la règle ; l’impossibilité ou un commencement d’écrit ouvre la dérogation.

15. Les actes sous seing privé et authentiques

Notions clés & Définitions

  • Acte authentique : L’acte authentique est un acte reçu par un officier public compétent, notamment un notaire, dont l’intervention lui confère une force probante particulière.

★ À maîtriser

  • L’article 1366 pose l’équivalence juridique des écrits sur support papier et électronique, sous réserve de pouvoir identifier la personne dont l’écrit émane.

  • Selon l’article 1367, l’acte sous signature privée doit être signé par les contractants ; la signature exprime le consentement et identifie son auteur.

  • Pour un contrat synallagmatique, l’article 1375 exige autant d’originaux que de parties ayant un intérêt différent ; à défaut, l’acte ne vaut que commencement de preuve par écrit.

  • Pour un engagement unilatéral portant sur une somme d’argent, l’article 1376 prévoit un original remis au créancier et l’indication de la somme en chiffres et en lettres ; en cas de divergence, la somme écrite en lettres prévaut.

  • L’origine d’un acte sous signature privée fait foi jusqu’à preuve contraire : la partie à laquelle l’acte est opposé peut désavouer son écriture ou sa signature et provoquer une vérification, conformément à l’article 1373.

  • La date d’un acte sous signature privée fait foi entre les parties jusqu’à preuve contraire, mais elle est inopposable aux tiers ; l’enregistrement peut lui donner date certaine selon l’article 1377.

  • L’acte authentique requiert la signature des parties et celle du notaire ; sans la signature du notaire, il peut dégénérer en acte sous signature privée.

  • Un acte authentique fait foi jusqu’à inscription de faux quant à sa date, à sa signature et aux éléments que le notaire a lui-même constatés.

Compléments

  • L’article 1365 définit l’écrit afin de tenir compte des supports papier et électroniques.

📌 Le contenu d’un acte sous signature privée ne fait foi que jusqu’à preuve du contraire, laquelle doit être apportée par écrit.

  • La date d’un acte sous signature privée devient certaine à l’égard des tiers au jour du décès du signataire ou au jour où sa substance est constatée dans un acte authentique.

📌 Les énonciations de l’acte authentique rapportées par les parties mais non constatées par le notaire ne font foi que jusqu’à preuve du contraire.

📌 Instrumentum désigne l’acte sous sa forme matérielle, tandis que negotium désigne le contrat comme accord de volontés.

Astuce mémo

Sous seing privé : preuve contestable ; acte authentique : foi jusqu’à inscription de faux.

16. Définition et classifications de la nullité

Notions clés & Définitions

  • Nullité : La nullité est l’anéantissement rétroactif d’un contrat en raison d’une irrégularité ou de l’absence d’une condition de formation ; selon l’article 1178, le contrat annulé est réputé n’avoir jamais existé.

★ À maîtriser

  • La nullité sanctionne un défaut de formation, tandis que la résolution sanctionne l’inexécution d’un contrat valablement formé et que la résiliation met fin à certains contrats pour l’avenir.

  • La nullité sanctionne une irrégularité présente lors de la formation, tandis que la caducité sanctionne la disparition, pendant l’exécution, d’un élément essentiel d’un contrat initialement valable.

  • L’inopposabilité protège généralement les tiers contre le défaut d’une formalité de publicité sans invalider le contrat entre les parties, tandis que la nullité affecte les rapports entre contractants.

  • La nullité virtuelle peut être prononcée en raison de la violation d’une règle même sans texte la prévoyant, tandis que la nullité textuelle exige un texte qui prévoit expressément la sanction, notamment dans certaines matières.

  • La nullité de droit s’impose au juge lorsque ses conditions sont réunies, tandis que la nullité facultative laisse au juge un pouvoir d’appréciation.

  • Selon le critère moderne, la nullité absolue protège l’intérêt général, tandis que la nullité relative protège un intérêt particulier.

Compléments

📌 La résolution intervient pendant l’exécution en raison du comportement d’un cocontractant, tandis que la caducité résulte d’un événement extérieur aux parties ; la caducité produit normalement ses effets pour l’avenir, mais peut parfois être rétroactive.

📌 La nullité peut affecter le contrat entier, tandis que la clause réputée non écrite est écartée sans annuler nécessairement le reste du contrat ; cette sanction est imprescriptible notamment en droit de la consommation, contrairement à l’action en nullité soumise à un délai de cinq ans.

Astuce mémo

Nullité : défaut à la formation ; résolution : inexécution ; caducité : événement postérieur.

17. Mise en œuvre de la nullité

Notions clés & Définitions

  • Confirmation : La confirmation est, selon l’article 1182, l’acte par lequel la personne pouvant invoquer la nullité y renonce, ce qui rend irrévocablement valable le contrat irrégulier avec un effet rétroactif.

★ À maîtriser

  • La nullité peut être invoquée par voie d’action, en demandant au juge l’annulation du contrat, ou par voie d’exception, comme moyen de défense dans un procès.

  • Selon l’article 1181, seule la personne que la loi entend protéger peut demander la nullité relative, par exemple la personne dont le consentement a été vicié ou qui était incapable.

  • Selon l’article 1180, la nullité absolue peut être demandée par toute personne justifiant d’un intérêt ainsi que par le ministère public.

  • Seule une nullité relative peut être confirmée, à condition que l’auteur connaisse le vice et que celui-ci ait disparu.

  • Depuis 2008, l’action en nullité se prescrit en principe par cinq ans à compter du jour où le titulaire a connu ou aurait dû connaître les faits permettant de l’exercer, conformément à l’article 2224.

  • Pour l’erreur ou le dol, le délai d’action en nullité court à partir de leur découverte ; pour la violence, il court à partir du jour où elle a cessé, selon l’article 1144.

  • Selon l’article 1185, l’exception de nullité ne se prescrit pas lorsqu’elle concerne un contrat qui n’a reçu aucune exécution ; dès qu’il a été exécuté, même partiellement, l’exception perpétuelle ne joue pas.

Compléments

📌 Depuis la réforme de 2016, l’article 1178 permet aux parties de constater d’un commun accord la nullité, alors qu’auparavant seule la nullité judiciaire était prévue.

  • L’article 1183 prévoit une action interrogatoire permettant de sécuriser la situation contractuelle face à l’incertitude sur l’exercice d’une action en nullité.

Astuce mémo

L’action se prescrit ; l’exception reste perpétuelle seulement si le contrat n’a reçu aucune exécution.

18. Effets et restitutions de la nullité

Notions clés & Définitions

  • Règle nemo auditur : La règle nemo auditur signifie que nul ne peut alléguer sa propre turpitude ; en cas de contrat annulé pour immoralité, celui qui connaissait cette immoralité ne peut obtenir la restitution de ce qu’il a exécuté ni exiger l’exécution de l’autre partie.

★ À maîtriser

  • Selon l’article 1178, alinéa 2, le contrat annulé est réputé n’avoir jamais existé et son anéantissement entraîne en principe des restitutions réciproques.

  • Selon l’article 1184, la nullité d’une clause déterminante entraîne en principe celle du contrat entier, tandis que la nullité d’une clause non déterminante n’affecte que cette clause.

  • La restitution d’une somme d’argent porte sur le montant nominal prévu au contrat, éventuellement augmenté des intérêts au taux légal, selon l’article 1352-6.

  • Selon l’article 1352, une chose se restitue normalement en nature ; si cela est impossible, notamment parce qu’elle a été détruite ou consommée, elle se restitue en valeur, et le restituant peut répondre de ses détériorations sauf si elles ne sont pas de son fait.

  • Depuis la réforme de 2016, l’article 1352-3 prévoit que la restitution d’un bien comprend les fruits et la valeur de la jouissance qu’il a procurée.

  • Selon l’article 1352-8, la restitution d’une prestation de service s’effectue en valeur, appréciée à la date à laquelle le service a été fourni.

  • Selon l’article 549, le possesseur de bonne foi peut conserver les fruits de la chose, alors que le possesseur qui n’est pas de bonne foi doit les restituer conformément à l’article 1352-3.

  • Selon l’article 1352-4, une personne incapable n’est tenue de restituer que si elle prouve que ce qu’elle a reçu a tourné à son profit.

  • Pour les biens immobiliers, la rétroactivité de la nullité annule en principe les actes de disposition, mais l’usucapion peut permettre au tiers d’acquérir le bien après dix ou trente ans de possession, selon l’article 2272.

Compléments

📌 Le contrat peut être maintenu lorsque la loi répute la clause non écrite ou lorsque le maintien du contrat est exigé par la finalité de la règle méconnue, comme pour une rémunération inférieure au SMIC.

  • Carbonnier illustre l’annulation d’un contrat synallagmatique par l’image d’un contrat renversé, dans lequel chaque partie rend ce qu’elle a reçu.

  • Les règles générales de restitution sont prévues aux articles 1352 à 1352-9 du Code civil.

  • Dans l’arrêt du 9 juillet 2004, la Cour de cassation a considéré que l’annulation d’une vente immobilière n’imposait pas d’indemniser la jouissance du bien.

📌 La rétroactivité de la nullité peut être écartée au profit des tiers de bonne foi, qui conservent généralement le bénéfice des actes d’administration ou de conservation.

📌 Pour les biens mobiliers, l’article 2276 permet, sous certaines conditions notamment de bonne foi, au tiers de conserver le bien acquis.

Astuce mémo

Annulation rétroactive → restitutions réciproques → limites selon le bien, la personne ou le tiers.

Tableaux de synthèse

Avant-contrats et droits du bénéficiaire

NotionDroit conféréEffet principal
Promesse unilatéraleOption de conclureLe contrat promis se forme à la levée de l’option
Pacte de préférencePriorité si le promettant contracteLa violation peut ouvrir droit à indemnisation ou nullité

Ordres publics et effets

TypeFinalitéExemple
Ordre public classiqueProtéger les principes fondamentauxÉtat civil, famille, intégrité physique
Ordre public de directionServir l’intérêt général économiqueLiberté de la concurrence
Ordre public de protectionProtéger une catégorie de personnesLocataires et consommateurs

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Qu’est-ce que l’offre selon l’article 1114 du Code civil ?

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Selon l’article 1112 du Code civil, quelles exigences encadrent les négociations précontractuelles ?

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