Fiche de révision : Autonomie et transformations du droit administratif

Plan du Cours

  1. Naissance et autonomie du droit administratif
  2. Centralisation de l’administration française
  3. Construction du juge administratif
  4. Expansion du contrôle juridictionnel
  5. Les transformations de l’État post-moderne
  6. L’exportation du droit administratif
  7. Les contestations du droit administratif
  8. Jurisprudence et doctrine administratives
  9. Règles exorbitantes et gestion privée
  10. Fondements constitutionnels et européens
  11. Influences européennes sur le droit administratif
  12. Organisation et personnalité administratives
  13. Personnalité morale et personnes publiques
  14. Participation privée à l’action administrative
  15. Coopération et contrôle administratifs
  16. Répartition et exercice des compétences
  17. Exclusivité des polices spéciales nationales
  18. Exceptions locales en situation sanitaire

Repères chronologiques

  1. 2 septembre 1795Le décret réaffirme l’interdiction faite aux tribunaux judiciaires de connaître des actes de l’administration.
  2. 24 mai 1872La loi met fin à la justice retenue et instaure la justice déléguée, permettant au Conseil d’État de rendre ses décisions sans approbation administrative.
  3. 24 mai 1872La loi consacre la justice déléguée au Conseil d’État.
  4. 13 décembre 1889L’arrêt Cadot met fin à la théorie du ministre-juge et affirme le rôle du Conseil d’État comme juge administratif de droit commun.
  5. 26 octobre 1945L’arrêt Amaru emploie explicitement pour la première fois l’expression « principes généraux du droit » et reconnaît notamment les droits de la défense comme PGD applicable même sans texte.
  6. 28 mai 1954L’arrêt Barel interdit d’écarter un candidat de l’accès à un emploi public en raison de ses opinions politiques.
  7. 8 juin 1973L’arrêt Dame Peynet reconnaît le PGD selon lequel un employeur ne peut, sauf certains cas, licencier une salariée enceinte.
  8. 24 mai 1975L’arrêt Société des cafés Jacques Vabre conduit la Cour de cassation à accepter d’écarter une loi française incompatible avec un traité, même si la loi est postérieure au traité.
  9. 23 janvier 1987La décision Conseil de la concurrence protège constitutionnellement la compétence de la juridiction administrative pour annuler ou réformer certaines décisions prises dans l’exercice de prérogatives de puissance publique.
  10. 24 mars 2006L’arrêt Société KPMG consacre le principe de sécurité juridique.

1. Naissance et autonomie du droit administratif

★ À maîtriser

📌 Deux conceptions s’opposent sur la naissance du droit administratif : l’une en reconnaît des formes sous l’Ancien Régime, l’autre situe son apparition véritable à la Révolution française et sous le régime napoléonien.

  • La loi des 16-24 août 1790 sépare les fonctions judiciaires et administratives et interdit aux juges de troubler les opérations des corps administratifs.

  • Dans sa décision du 23 janvier 1987, Conseil de la concurrence, le Conseil constitutionnel reconnaît comme PFRLR la compétence de la juridiction administrative pour annuler ou réformer les décisions prises par les autorités exécutives dans l’exercice de prérogatives de puissance publique.

  • Dans l’arrêt Koné du 3 juillet 1996, le Conseil d’État dégage un PFRLR interdisant l’extradition d’un étranger lorsqu’elle est demandée dans un but politique. - CE

Compléments

  • La Révolution française centralise les pouvoirs auparavant dispersés et affirme l’existence d’un pouvoir étatique unifié, tandis que l’État intervient progressivement dans les différents aspects de la vie sociale.

📌 Le législateur peut exceptionnellement confier certains litiges au juge judiciaire, notamment pour regrouper un contentieux devant un seul ordre de juridiction, mais la loi doit préserver les garanties essentielles des droits de la défense.

Astuce mémo

Puissance de l’État, mais limitation par le droit

2. Centralisation de l’administration française

★ À maîtriser

  • La loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800) pose les bases de l’administration territoriale moderne et crée notamment la fonction de préfet.

📌 Sous la Constitution de l’an VIII, l’administration française se structure autour de la hiérarchie, où chaque agent relève d’un supérieur pouvant notamment le nommer ou le révoquer, et de la centralisation, où les décisions sont concentrées au sommet de l’État.

Compléments

  • Sous l’Ancien Régime, les titulaires d’offices ou de charges disposent d’une autonomie plus importante que les fonctionnaires de l’administration hiérarchisée développée à l’époque napoléonienne.

  • Les articles 20 et 21 de la Constitution attribuent respectivement au Gouvernement la disposition de l’administration et au Premier ministre l’exercice du pouvoir réglementaire.

  • Dans l’arrêt Labonne du 8 août 1919, le Conseil d’État reconnaît au chef de l’exécutif un pouvoir propre de police administrative générale applicable à tout le territoire, tout en permettant aux autorités locales d’adopter des mesures plus rigoureuses si des circonstances locales le justifient. - CE

  • Dans l’arrêt Heyriès du 28 juin 1918, le Conseil d’État admet qu’en circonstances exceptionnelles l’exécutif puisse suspendre temporairement une garantie légale afin d’assurer la continuité et le fonctionnement des services publics. - CE

3. Construction du juge administratif

★ À maîtriser

📌 La justice retenue laisse formellement la décision juridictionnelle à l’exécutif, qui approuve les décisions préparées par le Conseil d’État, tandis que la justice déléguée permet au Conseil d’État de rendre lui-même ses décisions.

  • Dans l’arrêt Cadot du 13 décembre 1889, le Conseil d’État abandonne la théorie du ministre-juge et devient le juge administratif de droit commun, directement saisissable contre une décision administrative. - CE

📌 Un acte de gouvernement échappe au contrôle du juge administratif en raison de sa nature particulière, notamment dans les rapports entre pouvoirs constitutionnels ou la conduite des relations internationales, tandis qu’un acte discrétionnaire demeure contrôlable mais laisse à l’administration un choix entre plusieurs décisions légales.

  • Dans l’arrêt Prince Napoléon du 19 février 1875, le Conseil d’État abandonne la théorie du mobile politique : le seul motif politique d’une décision ne suffit plus à en faire un acte de gouvernement. - CE

Compléments

  • Dans l’arrêt Maugras du 28 juin 1918, le Conseil d’État participe au passage de la notion d’acte discrétionnaire à celle de pouvoir discrétionnaire. - CE

Astuce mémo

Justice retenue → justice déléguée → ministre-juge écarté

4. Expansion du contrôle juridictionnel

Notions clés & Définitions

  • Recours pour excès de pouvoir : Le recours pour excès de pouvoir est un recours objectif et gratuit qui permet de demander au juge administratif l’annulation d’un acte administratif illégal en confrontant cet acte aux normes juridiques supérieures.
  • Liberté du commerce et de l’industrie : Principe selon lequel les particuliers sont libres d’exercer l’activité économique de leur choix, sous réserve des restrictions justifiées notamment par la police administrative.

★ À maîtriser

📌 Le contrôle juridictionnel se développe par l’extension des actes contrôlables et par l’approfondissement du contrôle exercé sur ces actes.

  • Dans l’arrêt Camino du 14 janvier 1916, le Conseil d’État contrôle l’exactitude matérielle des faits invoqués par l’administration et peut annuler une décision fondée sur des faits inexacts. - CE

📌 Dans la conception libérale classique, les particuliers peuvent exercer une activité économique sous réserve d’une réglementation justifiée, tandis que les personnes publiques n’ont en principe pas vocation à concurrencer l’initiative privée.

  • Dans l’arrêt Rodière du 26 décembre 1925, le Conseil d’État affirme que l’annulation d’une décision illégale affectant la carrière d’un fonctionnaire impose à l’administration de reconstituer rétroactivement sa situation. - CE

  • Dans Bac d’Eloka du 22 janvier 1921, le Tribunal des conflits reconnaît qu’un service public exploité comme une entreprise privée peut relever, au moins en partie, du droit privé et du juge judiciaire, consacrant l’origine des SPIC. - TC

📌 Dans l’arrêt Chambre syndicale du commerce en détail de Nevers du 30 mai 1930, le Conseil d’État admet l’intervention économique d’une personne publique lorsqu’un intérêt public, notamment lié à des circonstances particulières de temps et de lieu, la justifie. - CE

📌 Dans l’arrêt Ordre des avocats au barreau de Paris du 31 mai 2006, le Conseil d’État exige qu’une activité économique publique relève des compétences de la personne publique, réponde à un intérêt public et respecte les règles applicables, notamment celles de la concurrence. - CE, Ass.

Compléments

  • Dans l’arrêt Hospices de Gray du 27 juillet 1877, le Conseil d’État affirme qu’il peut annuler un acte administratif illégal sans ordonner à l’administration les mesures à prendre après cette annulation. - CE

📌 Selon l’arrêt Commune de Néris-les-Bains du 18 avril 1902, une autorité de police locale peut adopter des mesures plus rigoureuses que celles d’une autorité supérieure lorsque des circonstances locales particulières le justifient. - CE

  • Dans l’arrêt Casanova du 29 mars 1901, le Conseil d’État reconnaît à un contribuable communal un intérêt à contester une décision entraînant une dépense susceptible d’affecter les finances communales. - CE

  • Dans l’arrêt Syndicat des propriétaires et contribuables du quartier Croix-de-Seguey-Tivoli du 21 décembre 1906, le Conseil d’État admet qu’une personne morale défendant un intérêt collectif puisse avoir intérêt à agir contre la suppression de la desserte d’un quartier par tramway. - CE

  • Dans l’arrêt des Grandes Compagnies du 6 décembre 1907, le Conseil d’État admet le recours pour excès de pouvoir contre les règlements d’administration publique. - CE

  • Dans l’arrêt Terrier du 6 février 1903, le Conseil d’État reconnaît la compétence administrative pour un litige portant sur un contrat départemental lié à la destruction des vipères et à l’exécution d’un service public départemental. - CE

  • Dans l’arrêt Feutry du 29 février 1908, le Tribunal des conflits reconnaît la compétence administrative pour la responsabilité extracontractuelle d’une collectivité liée au fonctionnement d’un service public départemental. - TC

Astuce mémo

État libéral : l’initiative privée ; État interventionniste : l’intervention publique

5. Les transformations de l’État post-moderne

Notions clés & Définitions

  • État post-moderne : Jacques Chevallier - Désigne les transformations de l’État à partir des années 1970-1980, notamment sous l’effet de la mondialisation et de la réévaluation de ses rapports avec la société.
  • Privatisation : Transfert au secteur privé d’entreprises ou d’activités auparavant détenues ou exercées par des personnes publiques.

★ À maîtriser

  • Dans l’arrêt Nicolo du 20 octobre 1989, le Conseil d’État accepte de contrôler la conformité d’une loi française à un traité, même si la loi est postérieure, et peut écarter la loi incompatible dans le litige. - CE, Ass.

📌 La primauté détermine quelle norme prévaut en cas de conflit, tandis que l’effet direct détermine si un particulier peut invoquer une norme devant un juge pour faire valoir un droit.

  • Van Gend en Loos du 5 février 1963 consacre l’effet direct de certaines dispositions du droit communautaire, tandis que Costa c/ ENEL du 15 juillet 1964 consacre la primauté du droit communautaire. - CJCE

📌 Dans l’arrêt GISTI et FAPIL du 11 avril 2012, le Conseil d’État juge qu’une stipulation internationale est directement invocable si elle ne régit pas exclusivement les relations entre États et ne nécessite pas d’acte complémentaire pour produire des effets envers les particuliers, en tenant aussi compte de l’intention des parties, de l’économie du traité et des termes de la stipulation. - CE, Ass.

📌 L’État post-moderne devient notamment un État garant de certaines exigences essentielles, un État régulateur des secteurs et un État stratège qui oriente l’économie sans nécessairement exercer directement toutes les activités.

Compléments

  • La mondialisation rend plus difficile la réglementation nationale des circulations et activités transfrontalières et expose les États à des risques systémiques qu’ils peuvent difficilement maîtriser seuls.

  • Les critiques idéologiques et les difficultés économiques renforcées par les chocs pétroliers alimentent la remise en cause de l’État-providence et le développement des privatisations, particulièrement en France à partir de 1986.

  • Dans Sarran, Levacher et autres du 30 octobre 1998, le Conseil d’État affirme que la supériorité des traités sur les lois prévue par l’article 55 de la Constitution ne s’étend pas aux normes constitutionnelles. - CE, Ass.

  • La loi du 23 mars 2020 crée le régime de l’état d’urgence sanitaire et habilite le Gouvernement, sur le fondement de l’article 38 de la Constitution, à prendre par ordonnances des mesures liées aux conséquences de la crise.

6. L’exportation du droit administratif

★ À maîtriser

📌 Dicey oppose le modèle français, fondé sur un droit administratif spécial et une juridiction administrative, à la Rule of Law anglaise, selon laquelle autorités publiques et particuliers relèvent en principe du droit commun et des juridictions ordinaires. - Albert Venn Dicey

  • Les systèmes administratifs européens sont aujourd’hui dans une logique d’influences réciproques, le droit français pouvant également s’inspirer des solutions étrangères.

Compléments

  • L’opposition entre les modèles français et anglais doit être relativisée, car la spécialisation de l’administration britannique et le développement de règles propres à l’action publique ont progressivement rapproché les systèmes.

  • Otto Mayer étudie le système français et publie en 1886 une théorie du droit administratif français avant son grand ouvrage de droit administratif allemand.

  • Le droit administratif allemand s’inspire notamment du modèle français pour l’existence d’une juridiction administrative distincte des juridictions civiles et pour la théorie de l’acte administratif.

Astuce mémo

Dicey oppose Rule of Law et droit administratif français, mais les modèles se rapprochent

7. Les contestations du droit administratif

Notions clés & Définitions

  • État modeste : Michel Crozier, État modeste, État moderne, 1987 - État qui renonce à vouloir tout organiser directement, laisse davantage de place aux acteurs sociaux et adapte ses modes d’intervention, sans être nécessairement absent.

★ À maîtriser

📌 Le dualisme juridictionnel peut compliquer la détermination de la juridiction compétente, allonger les procédures par les questions préjudicielles et conduire à des décisions contradictoires, que le Tribunal des conflits contribue à prévenir.

  • La loi du 8 février 1995 reconnaît au juge administratif un pouvoir d’injonction lorsque l’exécution de sa décision implique que l’administration prenne une mesure déterminée.

  • La loi du 30 juin 2000 développe les procédures d’urgence, notamment le référé-suspension et le référé-liberté, ce dernier permettant au juge de statuer dans un délai de 48 heures en cas d’atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

📌 Les critiques politiques du droit administratif proviennent notamment des critiques marxistes, qui contestent l’État et les rapports de domination, et des critiques libérales, qui dénoncent l’intervention excessive de l’État.

📌 Dans Le Droit sans l’État, Laurent Cohen-Tanugi critique la séparation française entre le droit administratif, conçu comme droit de l’État, et le droit privé, qui régit principalement la société civile, séparation renforcée par la dualité des juridictions administratives et judiciaires.

  • La critique libérale porte sur trois éléments : (Laurent Cohen-Tanugi, 1985) :
    • la place trop importante accordée à l’État par rapport à la société civile
    • l’intervention publique trop rapide dans l’économie au détriment du marché
    • la participation insuffisante des citoyens à la détermination de l’intérêt général

Compléments

  • Les tribunaux administratifs deviennent les juridictions administratives de droit commun en première instance en 1953, puis les cours administratives d’appel sont créées en 1987 pour notamment décharger le Conseil d’État.

📌 La crise du droit administratif des années 1950 concerne les contours incertains du service public, tandis que celle amorcée dans les années 1980 porte davantage sur la prise en compte de l’efficacité concrète de l’action administrative.

  • La théorie du bilan permet au juge d’apprécier concrètement, dans certains domaines, les avantages et les inconvénients d’une décision administrative.

  • Selon la critique marxiste, le droit administratif contribue à maintenir les rapports de classe en donnant l’image d’un État neutre soumis au droit et en présentant l’intérêt général et le service public comme dépassant les intérêts particuliers.

📌 Dans Ville Nouvelle-Est du 28 mai 1971, le Conseil d’État juge qu’une opération déclarée d’utilité publique n’est légale que si ses atteintes à la propriété, son coût financier et ses éventuels inconvénients sociaux ne sont pas excessifs au regard de son intérêt. - CE, Ass.

  • Laurent Cohen-Tanugi publie Le Droit sans l’État en 1985 et Michel Crozier publie État modeste, État moderne en 1987.

📌 Selon la critique libérale, l’existence d’un service public ne garantit pas nécessairement que la population sera mieux servie que par une entreprise privée.

  • Les critiques libérales des années 1980 accompagnent des transformations économiques et des politiques visant à donner davantage de place au secteur privé, au marché, à la société civile et à l’autorégulation, sans nécessairement conduire à la disparition du droit administratif.

  • La conception marxiste de l’État comme simple instrument de la classe dominante est remise en cause par le constat que l’État dispose d’une autonomie propre.

8. Jurisprudence et doctrine administratives

Notions clés & Définitions

  • Autonomie du droit administratif : L’autonomie du droit administratif signifie qu’il possède ses propres notions, raisonnements et logique, sans être totalement fermé aux autres branches du droit.
  • Principe général du droit : Règle non écrite dégagée par le juge qui s’impose à l’administration même en l’absence de texte.

★ À maîtriser

  • Le droit administratif est traditionnellement présenté comme fondamentalement jurisprudentiel, car ses notions fondamentales et sa dynamique ont largement été construites par les grands arrêts du juge administratif.

  • Selon Jean Rivero, les PGD ont valeur de droit positif, s’appliquent même en l’absence de texte et sont présentés par le juge comme des règles objectives dont il constate l’existence, bien qu’il contribue en réalité à les créer en les choisissant et en les sanctionnant.

  • Des PGD de première génération sont consacrés par les arrêts suivants :

    • Dame Veuve Trompier-Gravier, 5 mai 1944 : droits de la défense
    • Société des concerts du Conservatoire, 9 mars 1951 : égalité des usagers devant le service public
    • Société du journal L’Aurore, 25 juin 1948 : non-rétroactivité des actes administratifs
    • Dame Lamotte, 17 février 1950 : recours pour excès de pouvoir contre les décisions administratives, même sans texte

📌 Selon l’analyse classique de René Chapus, les PGD ont une valeur supra-décrétale et infra-législative : ils s’imposent aux règlements administratifs, mais le législateur peut en principe les écarter.

📌 Maurice Hauriou fonde sa conception du droit administratif sur la puissance publique, tandis que Léon Duguit la centre sur le service public et la justification de l’État par les services rendus à la collectivité.

Compléments

  • Les sources d’inspiration des PGD sont les principes traditionnels issus de la philosophie de 1789, les principes du droit privé ou de la procédure civile transposés au droit administratif et les exigences éthiques érigées directement en principes par le Conseil d’État. - Jean Rivero

  • Les PGD de première génération, dégagés principalement à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale et dans les années 1950, protègent notamment des droits et libertés issus de l’héritage libéral de la Révolution française.

  • Les PGD de seconde génération, apparus à partir des années 1970, sont moins généraux et concernent notamment les droits économiques et sociaux ou ceux de catégories particulières de personnes.

Astuce mémo

Hauriou rattache le droit administratif à la puissance publique, Duguit au service public.

9. Règles exorbitantes et gestion privée

Notions clés & Définitions

  • Intérêt général : Ce qui dépasse les intérêts particuliers et répond aux besoins de la collectivité ; il constitue la finalité générale de l’action administrative.
  • Service public : Activité d’intérêt général assumée ou prise en charge, directement ou indirectement, par une personne publique.
  • Prérogatives de puissance publique : Pouvoirs particuliers dont les personnes privées ne disposent normalement pas et qui permettent à l’administration de poursuivre ses finalités.
  • Privilège du préalable : Pouvoir de prendre des décisions exécutoires par elles-mêmes, sans demander préalablement au juge l’autorisation de les imposer juridiquement.
  • Exécution d’office : Dans les hypothèses où la loi la permet, fait de réaliser une obligation à la place de l’administré, par exemple en faisant enlever un véhicule irrégulièrement stationné et en le plaçant en fourrière.

★ À maîtriser

  • L’administration ne peut utiliser ses pouvoirs que dans le but pour lequel ils lui ont été attribués ; leur emploi dans un autre but peut entacher la décision de détournement de pouvoir.

  • L’exécution forcée consiste à employer matériellement la contrainte pour faire respecter une décision administrative et demeure plus strictement encadrée que le privilège du préalable.

  • Selon l’arrêt Société immobilière de Saint-Just du 2 décembre 1902, l’administration ne peut en principe recourir librement à la force pour exécuter ses décisions ; l’exécution forcée est notamment possible lorsque la loi l’autorise, en cas d’urgence ou, sous certaines conditions, lorsqu’aucune autre voie de droit ne permet d’obtenir l’exécution.

  • Les biens des personnes publiques sont insaisissables et ne peuvent donc être saisis par un créancier au moyen des voies d’exécution de droit privé.

  • La liaison entre compétence et fond désigne la correspondance traditionnelle selon laquelle la compétence du juge administratif entraîne en principe l’application du droit administratif, tandis que celle du juge judiciaire entraîne en principe l’application du droit privé.

  • L’arrêt Bac d’Eloka du 22 janvier 1921 reconnaît qu’un service public peut fonctionner comme une entreprise privée, ce qui conduit à soumettre largement les SPIC au droit privé et à la compétence judiciaire.

Compléments

  • L’article L. 100-2 du CRPA impose à l’administration de respecter : l’intérêt général et le principe de légalité, la neutralité, la laïcité, l’égalité et un traitement impartial pour chacun

  • Les prérogatives de puissance publique comprennent les prérogatives d’action, qui permettent d’imposer et de mettre en œuvre les décisions administratives, et les prérogatives de protection, qui protègent notamment les biens et les finances publics.

  • La loi du 31 décembre 1968 prévoit que les créances sur l’État, les collectivités territoriales et certains établissements publics sont en principe prescrites après quatre ans, selon les modalités qu’elle fixe.

  • Les personnes publiques ne peuvent consentir de libéralités et ne peuvent notamment céder un bien public à un prix inférieur à sa valeur sans justification d’intérêt général et contreparties suffisantes.

  • L’arrêt BRGM c/ Société Lloyd Continental du 21 décembre 1987 applique l’insaisissabilité aux biens des personnes publiques, y compris aux établissements publics exerçant une activité industrielle et commerciale.

Astuce mémo

Le privilège du préalable rend la décision obligatoire ; l’exécution forcée ajoute une contrainte matérielle, strictement encadrée.

10. Fondements constitutionnels et européens

Notions clés & Définitions

  • Bloc de constitutionnalité : Ensemble comprenant notamment la Constitution de 1958, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, le Préambule de 1946 et la Charte de l’environnement.
  • Européanisation du droit administratif : Influence croissante des normes européennes sur les règles et le contrôle de l’administration française, principalement par la Convention européenne des droits de l’homme et le droit de l’Union européenne.

★ À maîtriser

📌 L’article 21 de la Constitution confie au Premier ministre l’exécution des lois et l’exercice du pouvoir réglementaire, tandis que l’article 37 réserve au domaine réglementaire les matières qui ne relèvent pas du domaine de la loi défini par l’article 34.

  • L’article 55 de la Constitution reconnaît aux traités internationaux régulièrement ratifiés ou approuvés et publiés une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve de réciprocité lorsqu’elle est applicable.

  • Le 20 octobre 1989, l’arrêt Nicolo conduit le Conseil d’État à accepter le contrôle de conventionnalité des lois, y compris celles qui sont postérieures au traité.

📌 Le contrôle de conventionnalité permet au juge d’écarter l’application d’une loi incompatible avec un traité sans annuler cette loi, tandis que le contrôle de constitutionnalité vérifie la conformité d’une norme à la Constitution.

  • Le 30 octobre 1998, l’arrêt Sarran et Levacher affirme que la Constitution demeure supérieure aux traités internationaux dans l’ordre juridique interne.

📌 Le juge administratif peut contrôler la constitutionnalité des actes administratifs, mais ne contrôle pas directement celle des lois, qui relève du Conseil constitutionnel, notamment dans le cadre des articles 61 et 61-1 de la Constitution.

  • La Convention européenne des droits de l’homme garantit notamment : le droit à la vie, à l’article 2, le droit à un procès équitable, à l’article 6, le droit au respect de la vie privée et familiale, à l’article 8, le droit au respect des biens, à l’article 1er du premier Protocole additionnel

Compléments

  • La Constitution de 1958 reconnaît le pouvoir réglementaire, auparavant reconnu par la jurisprudence administrative.

  • L’article 88-1 de la Constitution fonde la participation de la France à l’Union européenne et joue un rôle essentiel dans l’application du droit de l’Union, notamment pour la transposition des directives.

  • Le 15 janvier 1975, la décision IVG refuse que le Conseil constitutionnel contrôle la conformité d’une loi à un traité dans le cadre du contrôle de constitutionnalité.

  • Le 15 juillet 1964, l’arrêt Costa c/ ENEL consacre la primauté du droit communautaire sur les droits nationaux des États membres.

  • L’arrêt Arcelor du 8 février 2007 organise le contrôle constitutionnel des actes réglementaires transposant une directive : le juge recherche d’abord une protection équivalente du principe constitutionnel en droit de l’Union et, à défaut, contrôle directement l’acte au regard de la Constitution.

11. Influences européennes sur le droit administratif

Notions clés & Définitions

  • Obligations positives : Les obligations positives imposent à l’État de prendre les mesures nécessaires pour assurer la protection effective des droits garantis, et pas seulement de s’abstenir de leur porter atteinte.
  • Notion autonome : Une notion autonome est une notion juridique dont le sens est défini indépendamment des qualifications retenues par les droits nationaux.
  • Instrument vivant : L’instrument vivant est une méthode d’interprétation de la Convention à la lumière des conditions de vie actuelles, plutôt que seulement selon la conception des droits fondamentaux de 1950.

★ À maîtriser

  • Le Conseil d’État admet que la théorie des circonstances exceptionnelles puisse justifier certaines mesures d’urgence, mais exige un contrôle strict de leur nécessité et de leur proportionnalité ; il annule le blocage total de TikTok, décidé pour une durée indéterminée sans garanties suffisantes concernant les mesures alternatives.

  • Le Conseil d’État distingue le retour d’un Français pouvant être assuré par la délivrance d’un titre, sous le contrôle du juge administratif, du rapatriement nécessitant des négociations avec des autorités étrangères ou une intervention à l’étranger, qui relève des relations internationales et échappe au contrôle juridictionnel administratif.

  • L’article 34 de la Convention européenne des droits de l’homme permet à toute personne physique, organisation non gouvernementale ou groupe de particuliers se prétendant victime d’une violation de saisir la Cour après épuisement des voies de recours internes.

  • La Cour européenne des droits de l’homme interprète la Convention comme un instrument vivant, impose des obligations positives aux États et donne aux notions autonomes un sens indépendant des qualifications nationales.

  • L’effet direct permet aux particuliers d’invoquer certaines dispositions de l’Union devant les juridictions nationales lorsqu’elles remplissent les conditions nécessaires, tandis que la primauté fait prévaloir une norme européenne applicable en cas de conflit avec une norme nationale.

  • Le droit primaire de l’Union comprend les traités constitutifs et les textes de même valeur, notamment la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, tandis que le droit dérivé comprend les actes adoptés par les institutions européennes, notamment les règlements et les directives.

  • Le règlement européen est directement applicable dans les États membres sans transposition et peut produire un effet direct lorsque ses dispositions sont invocables, tandis que la directive fixe des objectifs, laisse aux États le choix de la forme et des moyens et prévoit un délai de transposition.

  • Lorsqu’une directive n’a pas été correctement transposée dans le délai imparti, un particulier peut invoquer contre l’État ses dispositions précises et inconditionnelles, notamment pour contester une décision administrative individuelle, mais une directive ne peut pas par elle-même imposer directement des obligations à un autre particulier.

  • Dans CE, Ass., 30 octobre 2009, Mme Perreux, le Conseil d’État a abandonné la jurisprudence Cohn-Bendit et reconnu l’invocabilité contre un acte administratif non réglementaire des dispositions précises et inconditionnelles d’une directive dont le délai de transposition est expiré et que l’État n’a pas correctement transposée.

Compléments

  • La Cour européenne des droits de l’homme siège à Strasbourg et contrôle le respect de la Convention européenne des droits de l’homme.

  • En 1981, la France a accepté le recours individuel devant la Cour européenne des droits de l’homme.

  • Au sens de l’article 1er du premier Protocole additionnel à la Convention européenne des droits de l’homme, la notion de bien peut englober certaines créances et des espérances légitimes présentant une valeur patrimoniale.

  • Dans l’arrêt CE, 17 décembre 2008, Section française de l’Observatoire international des prisons, le Conseil d’État reconnaît que l’article 2 de la Convention impose à l’administration pénitentiaire une obligation positive de protection de la vie des détenus, tout en rejetant le recours relatif aux mesures demandées pour leur sécurité.

12. Organisation et personnalité administratives

Notions clés & Définitions

  • Personne morale : Une personne morale est une entité à laquelle le droit reconnaît une personnalité juridique distincte de celle des personnes physiques qui la composent, pouvant être titulaire de droits, supporter des obligations et agir en justice.
  • Compétence : La compétence est l’aptitude juridique d’une autorité ou d’un organe à agir et à prendre des décisions dans un domaine déterminé.

Points essentiels

📌 La personnalité juridique permet d’identifier les entités administratives titulaires de droits et d’obligations, tandis que la compétence répartit les pouvoirs et responsabilités entre les autorités et organes.

Astuce mémo

La personnalité répond à « qui existe ? », la compétence à « qui peut agir ? »

13. Personnalité morale et personnes publiques

Notions clés & Définitions

  • Établissement public : Un établissement public est une personne morale de droit public spécialisée, créée pour accomplir une ou plusieurs missions déterminées d’intérêt général.

★ À maîtriser

📌 Les personnes physiques sont des êtres humains titulaires de la personnalité juridique, tandis que les personnes morales sont des entités auxquelles le droit reconnaît une personnalité distincte de celle de leurs membres.

  • Les trois grandes catégories de personnes publiques sont :
    • l’État
    • les collectivités territoriales
    • les établissements publics

📌 Un établissement public est une personne morale de droit public, tandis qu’un établissement d’utilité publique est un organisme de droit privé dont l’activité présente une utilité publique ou qui bénéficie d’une reconnaissance d’utilité publique.

  • La qualification repose sur un faisceau de quatre indices :
    • l’origine de l’institution
    • le but poursuivi
    • les rapports avec l’autorité publique
    • les prérogatives exorbitantes

📌 La nature publique d’une personne entraîne l’application de règles liées à son statut, tandis que le régime de son activité dépend notamment de la distinction entre service public administratif et service public industriel et commercial.

  • Dans l’arrêt Cass. 1re civ., 21 décembre 1987, BRGM, la Cour de cassation consacre l’insaisissabilité des biens des personnes publiques, y compris lorsqu’elles exercent une activité industrielle et commerciale.

📌 Selon la loi du 31 décembre 1968, les créances détenues sur certaines personnes publiques sont en principe soumises à une prescription de quatre ans, calculée selon les modalités prévues par cette loi.

📌 En principe, les personnes publiques ne peuvent pas librement recourir à l’arbitrage, sauf lorsqu’un texte ou un régime particulier les y autorise.

Compléments

📌 La théorie de la fiction considère que le droit crée la personnalité morale, tandis que la théorie de la réalité considère qu’il la reconnaît à un groupement ayant déjà une existence collective et des intérêts propres.

  • Dans Cass. Civ. 2e, 28 janvier 1954, Comité d’établissement de Saint-Chamond, la Cour de cassation affirme que la personnalité juridique appartient en principe à tout groupement capable d’exprimer collectivement une volonté pour défendre des intérêts licites dignes d’être juridiquement reconnus et protégés.

  • Une personne morale agit par l’intermédiaire de personnes ou d’organes habilités à exprimer sa volonté en son nom.

📌 Le principe de spécialité impose à une personne morale spécialisée d’exercer ses activités dans les limites de l’objet pour lequel elle a été créée, sous réserve d’aménagements pour certaines personnes publiques dotées de compétences générales.

  • L’article L. 100-3 du CRPA inclut dans l’administration les administrations de l’État, les collectivités territoriales, leurs établissements publics administratifs et les organismes ou personnes de droit public ou privé chargés d’une mission de service public administratif, y compris les organismes de sécurité sociale.

📌 Le préfet est un représentant de l’État et non une personne morale distincte, tandis que les collectivités territoriales et les établissements publics disposent d’une personnalité juridique propre.

  • Les personnes publiques possèdent leur propre patrimoine et leur propre budget, même si elles peuvent recevoir des financements d’autres personnes publiques.

14. Participation privée à l’action administrative

★ À maîtriser

📌 La régie correspond à la gestion directe d’un service public par la personne publique avec ses propres moyens, tandis que la concession confie contractuellement sa gestion à un opérateur dans les conditions du droit de la commande publique.

  • Dans l’arrêt CE, Ass., 13 mai 1938, Caisse primaire « Aide et Protection », le Conseil d’État reconnaît expressément qu’une personne privée peut être chargée d’exécuter un service public administratif.

  • Dans l’arrêt CE, Ass., 17 juin 1932, Ville de Castelnaudary, le Conseil d’État affirme qu’une personne privée ne peut pas recevoir la délégation des missions de police administrative générale.

  • Dans l’arrêt CE, Sect., 13 janvier 1961, Magnier, le Conseil d’État confirme qu’une personne privée chargée d’un SPA et disposant de prérogatives de puissance publique peut prendre des actes administratifs dans l’exercice de ces prérogatives.

Compléments

  • Dans l’arrêt CE, 20 décembre 1935, Établissements Vézia, le Conseil d’État admet que des organismes privés puissent être associés à l’exécution de missions d’intérêt général.

  • Dans l’arrêt CC, QPC, 15 octobre 2021, Société Air France, le Conseil constitutionnel rappelle que les compétences de police administrative générale inhérentes à l’exercice de la force publique ne peuvent être déléguées à des personnes privées.

  • Dans les arrêts CE, Ass., 31 juillet 1942, Monpeurt, et CE, Ass., 2 avril 1943, Bouguen, le Conseil d’État reconnaît le caractère administratif de certaines décisions prises par des organismes privés chargés de missions de service public.

  • Les organismes privés peuvent participer à l’action administrative par contrat, notamment pour gérer un service public, ou par l’attribution d’une mission de service public, éventuellement assortie de prérogatives de puissance publique.

15. Coopération et contrôle administratifs

Notions clés & Définitions

  • Coopération administrative : Mécanismes permettant à plusieurs personnes publiques de travailler ensemble pour exercer leurs compétences et assurer des missions d’intérêt général.
  • EPCI : Un établissement public de coopération intercommunale regroupe plusieurs communes afin qu’elles exercent en commun certaines compétences, sans que les communes membres perdent leur personnalité juridique.
  • Déféré préfectoral : Recours par lequel le préfet saisit le tribunal administratif pour demander l’annulation d’un acte d’une collectivité territoriale qu’il estime illégal.
  • GIP : Personne morale de droit public permettant à plusieurs partenaires publics, et éventuellement privés, de mettre en commun des moyens pour exercer des activités d’intérêt général.

★ À maîtriser

📌 Le contrôle de légalité des collectivités territoriales est exercé par le préfet, représentant de l’État dans le département, notamment selon l’article 72, alinéa 6, de la Constitution et la loi du 2 mars 1982.

Compléments

  • Le dédoublement fonctionnel permet à une même personne physique d’agir au nom de deux personnes morales distinctes selon les fonctions exercées, comme le maire qui agit au nom de la commune ou de l’État lorsqu’il est officier d’état civil.

Astuce mémo

La coopération met en commun ; le contrôle vérifie la légalité.

16. Répartition et exercice des compétences

Notions clés & Définitions

  • Fonctionnaires de fait : Théorie permettant, dans certaines circonstances, de reconnaître la validité d’actes accomplis par une personne irrégulièrement investie afin de protéger la sécurité juridique et la continuité administrative.

★ À maîtriser

  • La compétence est le pouvoir légal d’accomplir un acte juridique au nom d’une personne publique, tandis que les attributions sont les missions et tâches confiées à un agent administratif, notamment ses activités matérielles.

  • Un agent administratif ne peut accomplir un acte juridique au nom d’une personne publique que s’il a été préalablement investi de la compétence correspondante ; l’incompétence de l’auteur constitue un moyen d’ordre public que le juge peut relever d’office.

  • La compétence administrative se délimite selon la matière, le territoire et le temps : ratione materiae détermine les domaines d’intervention, ratione loci le territoire d’exercice et ratione temporis la période d’exercice.

  • Le principe d’indisponibilité des compétences interdit à une autorité administrative de se dessaisir de ses compétences sans texte, de refuser d’exercer celles qui lui appartiennent ou de promettre à l’avance une décision future relevant de son pouvoir d’appréciation.

  • La délégation de signature autorise un délégataire à signer certains actes au nom de l’autorité délégante, qui conserve sa compétence, tandis que la délégation de pouvoir transfère certaines compétences et dessaisit l’autorité délégante tant que la délégation demeure en vigueur.

  • Une délégation régulière doit : être autorisée par un texte, être expresse, être suffisamment précise quant aux compétences concernées, respecter les exigences de publicité applicables

📌 La police administrative générale vise le maintien de l’ordre public dans son ensemble, notamment la sécurité, la tranquillité et la salubrité publiques, tandis que les polices administratives spéciales concernent des domaines particuliers et sont exercées par les autorités désignées par les textes.

📌 Le maire exerce en principe la police municipale en vertu de l’article L. 2212-1 du CGCT, tandis que le préfet peut se substituer au maire dans les conditions de l’article L. 2215-1 ou prendre les mesures dont le champ dépasse une commune.

  • Dans l’arrêt CE, 18 avril 1902, Commune de Néris-les-Bains, le Conseil d’État admet qu’un maire adopte des mesures de police plus rigoureuses que celles d’une autorité supérieure lorsque des circonstances locales particulières le justifient.

📌 L’articulation entre police générale et police spéciale dépend des textes, de l’objet de la police et des compétences attribuées : leurs pouvoirs peuvent se cumuler dans certaines situations, tandis qu’une police spéciale peut exclure l’intervention de la police générale dans d’autres.

Compléments

  • Dans l’arrêt CE, Sect., 30 juin 1950, Quéralt, le Conseil d’État juge que le pouvoir hiérarchique s’exerce de plein droit, même sans texte.

  • La théorie des fonctionnaires de fait peut s’appliquer en cas d’apparence légitime ayant conduit les administrés à croire de bonne foi à la régularité de l’investiture, ou en cas de circonstances exceptionnelles nécessitant la continuité des services publics.

  • Lorsque le préfet intervient contre la carence d’une seule commune sur le fondement de l’article L. 2215-1 du CGCT, une mise en demeure préalable du maire restée sans résultat est nécessaire.

  • Le maire est une autorité de police habilitée à prendre des décisions de police, tandis que les forces de police sont des agents chargés de les exécuter matériellement ; dans les communes soumises à la police d’État, ces forces peuvent exécuter les arrêtés du maire selon l’article L. 2214-3 du CGCT.

  • Dans l’arrêt CE, Sect., 18 décembre 1959, Société les Films Lutetia, le Conseil d’État admet qu’un maire interdise un film autorisé nationalement si sa projection risque de provoquer des troubles sérieux à l’ordre public ou si son immoralité, associée à des circonstances locales particulières, justifie l’interdiction.

17. Exclusivité des polices spéciales nationales

★ À maîtriser

📌 Lorsqu’une police spéciale est réservée aux autorités nationales, le maire ne peut pas intervenir dans ce domaine au titre de sa police générale, même en invoquant la santé publique ou le principe de précaution.

Compléments

  • Dans l’arrêt Commune de Saint-Denis du 26 octobre 2011, le Conseil d’État juge que le maire ne peut réglementer l’implantation des antennes-relais, domaine relevant exclusivement de la police spéciale nationale des communications électroniques.

  • Dans l’arrêt Commune de Valence du 24 septembre 2012, le Conseil d’État juge que le maire ne peut interdire localement la culture d’OGM, domaine relevant exclusivement de la police spéciale nationale de leur dissémination volontaire.

  • Dans l’arrêt Commune de Cast du 31 décembre 2020, le Conseil d’État juge que le maire ne peut réglementer les conditions générales d’utilisation des produits phytopharmaceutiques, même en invoquant des circonstances locales particulières.

  • Dans l’arrêt Commune de Cast du 11 juillet 2019, le Conseil d’État juge que le maire ne peut suspendre l’installation des compteurs Linky en invoquant les risques sanitaires liés aux ondes électromagnétiques.

Astuce mémo

La cohérence nationale limite l’intervention locale

18. Exceptions locales en situation sanitaire

★ À maîtriser

📌 En présence d’une police spéciale nationale instituée pour lutter contre une catastrophe sanitaire, le maire ne peut prendre des mesures supplémentaires que si des raisons impérieuses liées à des circonstances locales les rendent indispensables et si elles ne compromettent pas la cohérence et l’efficacité des mesures nationales.

Compléments

  • Dans l’arrêt Commune de Sceaux du 17 avril 2020, le Conseil d’État juge illégal l’arrêté imposant le port du masque dans l’espace public aux personnes de plus de dix ans, car les deux conditions d’intervention du maire n’étaient pas réunies.

Tableaux de synthèse

Évolution de l’intervention économique publique

PériodeInitiative économiqueCondition d’intervention
État libéralPrincipalement privéeIntervention publique fortement limitée
État interventionnisteIntervention publique accrueIntérêt public justifiant l’intervention
Libéralisation contemporaineOpérateurs privés et publicsCompétences, intérêt public et concurrence

Les conceptions du droit administratif

AuteurFondementRôle de l’État
Maurice HauriouPuissance publiquePouvoirs particuliers au service de l’intérêt général
Léon DuguitService publicL’État se justifie par les services rendus à la collectivité

Teste tes connaissances

Teste tes connaissances sur Autonomie et transformations du droit administratif avec 62 questions à choix multiples et corrections détaillées.

1. Quelle opposition caractérise les conceptions de la naissance du droit administratif ?

2. Quel effet la loi des 16-24 août 1790 produit-elle sur les rapports entre les juridictions judiciaires et l’administration ?

Faire le QCM →

Révisez avec les flashcards

Mémorisez les concepts clés de Autonomie et transformations du droit administratif avec 92 flashcards interactives.

Quelles sont les deux conceptions de la naissance du droit administratif ?

L’une reconnaît des formes sous l’Ancien Régime ; l’autre situe son apparition véritable à la Révolution française et sous le régime napoléonien.

Qu’interdit la loi des 16-24 août 1790 aux juges ?

Elle leur interdit de troubler les opérations des corps administratifs.

À quelle date le décret du 16 fructidor an III réaffirme-t-il l’interdiction faite aux tribunaux judiciaires ?

Le 2 septembre 1795.

Voir les flashcards →

Cours similaires

Crée tes propres fiches de révision

Importe ton cours et l'IA génère fiches, QCM et flashcards en 30 secondes.

Générateur de fiches