Fiche de révision : Droit de l’Union européenne

Plan du Cours

  1. Union européenne et Conseil de l’Europe
  2. Sources et actes du droit européen
  3. Intégration et primauté du droit européen
  4. Invocabilité des directives contre les actes individuels
  5. Directives et actes réglementaires nationaux
  6. Norme-reflet et contrôle juridictionnel
  7. Contrôle européen et identité constitutionnelle
  8. Lois de transposition et contrôle constitutionnel
  9. Décrets de transposition et méthode Arcelor
  10. Émergence de l’identité constitutionnelle française

1. Union européenne et Conseil de l’Europe

★ À maîtriser

  • Le Conseil de l’Europe rassemble 46 États parties à certaines conventions internationales.

  • L’Union européenne compte 27 États membres et son droit est interprété par la Cour de justice de l’Union européenne, qui siège à Luxembourg.

Compléments

  • La Cour européenne des droits de l’homme siège à Strasbourg et traite les conventions du Conseil de l’Europe.

Astuce mémo

La CJUE interprète le droit de l’UE à Luxembourg ; la Cour EDH traite les conventions du Conseil de l’Europe à Strasbourg.

2. Sources et actes du droit européen

Notions clés & Définitions

  • Règlement européen : Acte obligatoire de portée générale, directement applicable dans les États membres et autosuffisant.
  • Directive européenne : Acte qui lie les États membres quant aux objectifs à atteindre, mais leur laisse en principe le choix des mesures permettant de les atteindre.
  • Transposition : Acte par lequel un État détermine les moyens nationaux permettant d’atteindre les objectifs d’une directive.

★ À maîtriser

📌 Le droit primaire comprend les traités fondateurs et les textes associés, tandis que le droit dérivé regroupe les actes créés en application du droit primaire.

  • Le traité de Lisbonne comprend : le traité sur l’Union européenne, le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, la Charte des droits fondamentaux

Compléments

  • La jurisprudence de la Cour de justice interprète en dernier ressort le droit primaire de l’Union européenne.

📌 Les recommandations et les avis des institutions de l’Union ne lient pas les États membres, mais ont une portée dissuasive.

📌 Les décisions de l’Union européenne sont impératives et obligatoires.

Astuce mémo

Le règlement s’applique directement ; la directive fixe des objectifs à transposer.

3. Intégration et primauté du droit européen

★ À maîtriser

📌 Le droit de l’Union européenne prime le droit interne dans son ensemble, y compris les normes constitutionnelles selon la conception du droit de l’Union.

  • L’article 88-1 de la Constitution énonce que la France participe à l’Union européenne et fonde la spécificité du droit de l’Union en droit interne.

📌 Le juge national doit assurer le plein effet du droit de l’Union en laissant inappliquée toute disposition interne contraire, qu’elle résulte d’un engagement international, d’une loi ou d’un acte administratif.

Compléments

📌 La primauté du droit de l’Union ne signifie pas qu’il existe une hiérarchie permettant aux institutions européennes d’invalider les actes nationaux.

  • Dans une décision de 2004, le Conseil constitutionnel affirme que l’ordre juridique communautaire est intégré à l’ordre juridique interne et distinct de l’ordre juridique international.

  • Dans l’arrêt Sarran, la Constitution est maintenue au sommet de l’ordre juridique interne.

  • L’intégration fait du juge national un juge de droit commun de l’Union européenne chargé d’appliquer son droit.

Astuce mémo

L’intégration du droit de l’UE → le juge national doit en assurer le plein effet.

4. Invocabilité des directives contre les actes individuels

Notions clés & Définitions

  • Invocabilité d’exclusion : Possibilité pour le juge d’écarter, par voie d’exception, une norme interne contraire aux objectifs d’une directive et servant de fondement à l’acte individuel contesté.
  • Invocabilité de substitution : Possibilité pour le justiciable d’invoquer une directive non transposée à la place de l’acte interne de transposition qui n’a pas été adopté.

★ À maîtriser

  • Dans l’arrêt Mme Perreux du 30 octobre 2009, le Conseil d’État admet l’invocation d’une directive non transposée contre un acte individuel.

Compléments

  • Dans l’arrêt Cohn-Bendit du 22 décembre 1978, le Conseil d’État refuse qu’un justiciable invoque une directive non transposée contre un acte administratif individuel.

📌 L’invocabilité d’exclusion suppose que le sens des objectifs de la directive ne soit pas douteux ; en cas de doute, le Conseil d’État doit en principe saisir la CJUE.

📌 La substitution d’une directive non transposée à l’acte de transposition absent suppose que la directive soit suffisamment inconditionnelle et précise.

Astuce mémo

Exclusion : écarter une norme interne ; substitution : combler l’absence de transposition.

5. Directives et actes réglementaires nationaux

★ À maîtriser

  • Dans l’arrêt Compagnie Alitalia du 3 février 1989, le Conseil d’État affirme que les autorités nationales ne peuvent maintenir après l’expiration des délais des dispositions réglementaires incompatibles avec les objectifs d’une directive ni édicter des dispositions contraires à ces objectifs.

  • Pour obtenir la disparition d’un règlement incompatible avec une directive, le requérant peut demander son abrogation à l’administration, contester le refus par un REP, puis obtenir du juge une injonction si ce refus est illégal.

Compléments

📌 Le principe Alitalia permet de contester le refus de l’administration d’abroger un règlement incompatible avec les objectifs d’une directive.

Astuce mémo

Demande d’abrogation → refus administratif → REP → injonction possible.

6. Norme-reflet et contrôle juridictionnel

Notions clés & Définitions

  • Norme-reflet : Cas où un acte interne reprend le contenu d’un acte de droit dérivé, de sorte que contester l’acte interne revient à contester indirectement l’acte européen.

★ À maîtriser

  • La CJUE détient le monopole de l’invalidation éventuelle d’un acte de droit dérivé de l’Union européenne.

Compléments

  • La logique de la norme-reflet, d’abord appliquée aux actes internes de transposition des directives, a ensuite été étendue aux actes internes d’adaptation des règlements européens.

  • Les mesures internes de transposition d’une directive ou d’application d’un règlement européen peuvent être des lois ou des actes réglementaires.

📌 Le déplacement du litige vers le contrôle européen concerne le contenu substantiel de l’acte interne, tandis que ses exigences formelles et procédurales restent soumises au contrôle du juge interne.

Astuce mémo

L’acte interne reflète le contenu européen : l’attaquer peut revenir à contester la directive.

7. Contrôle européen et identité constitutionnelle

★ À maîtriser

  • Le contrôle juridictionnel vérifie d’abord que l’acte interne respecte le contenu de l’acte de droit dérivé dont il assure la transposition ou l’application.

  • Si un principe constitutionnel invoqué possède un équivalent en droit primaire de l’Union, le juge peut transférer le contrôle vers l’échelle européenne et vérifier la validité de la directive au regard du droit primaire.

  • L’article 88-1 impose le respect du droit de l’Union sous réserve de l’identité constitutionnelle de la France, contrairement à l’exigence européenne de respect du droit de l’Union qui est présentée comme absolue.

Compléments

  • Le Conseil constitutionnel ne contrôle en principe une loi de transposition ou d’adaptation au droit dérivé qu’en cas de méconnaissance manifeste de la directive.

  • Dans sa décision Secteur de l’énergie du 30 novembre 2006, le Conseil constitutionnel censure une loi manifestement contraire aux objectifs d’une directive.

Astuce mémo

Équivalence des protections : contrôle transféré à l’échelle européenne ; absence d’équivalent : identité constitutionnelle.

8. Lois de transposition et contrôle constitutionnel

★ À maîtriser

📌 Le Conseil d’État refuse en principe de renvoyer une QPC lorsque les dispositions législatives se bornent à tirer les conséquences nécessaires d’une directive.

Compléments

📌 Une QPC portant sur une loi de transposition peut prospérer si la directive met en cause un droit ou une liberté constitutionnel sans équivalent en droit primaire de l’Union.

  • Dans l’arrêt Société NotreFamille.com du 14 septembre 2015, le Conseil d’État refuse de contrôler en QPC une loi au regard de l’article 88-1, qui n’institue pas un droit ou une liberté garanti par la Constitution.

9. Décrets de transposition et méthode Arcelor

★ À maîtriser

  • Dans l’arrêt d’assemblée Société Arcelor du 8 février 2007, le Conseil d’État établit une méthode de contrôle des actes réglementaires transposant une directive.

  • Pour contrôler un acte réglementaire de transposition, le Conseil d’État vérifie sa fidélité à la directive, recherche un équivalent européen aux principes constitutionnels invoqués, puis contrôle la directive au regard du droit primaire ou saisit la CJUE en cas de doute sérieux sur sa validité.

Compléments

📌 Dans la méthode Arcelor, le juge administratif peut écarter lui-même un doute sur la validité de la directive s’il estime celle-ci valide, mais doit renvoyer la question à la CJUE s’il existe une difficulté sérieuse.

📌 Lorsque la loi fait écran à la contestation d’un règlement de mise en œuvre, la QPC contre la loi est en principe vouée à l’échec ; si la loi ne fait pas écran, le règlement peut être contrôlé selon la logique ordinaire au regard de la directive et du droit primaire.

Astuce mémo

Transposition fidèle → recherche d’équivalence → validité de la directive ou renvoi à la CJUE.

10. Émergence de l’identité constitutionnelle française

★ À maîtriser

  • Le Conseil constitutionnel considère que l’interdiction de déléguer l’exercice de la force publique, issue de l’article 12 de la DDHC, relève de l’identité constitutionnelle de la France.

Compléments

📌 Lorsqu’une exigence constitutionnelle relevant de l’identité constitutionnelle française n’a pas d’équivalent en droit primaire, le juge interne ne peut pas transférer le contrôle à la CJUE et doit préserver cette exigence dans l’ordre interne.

  • La jurisprudence relative à la norme-reflet et au contrôle des actes internes déterminés par le droit dérivé s’applique également aux règlements européens.

Tableaux de synthèse

Actes du droit dérivé

ActeEffetApplication
Recommandation ou avisNon contraignant, portée dissuasiveNe lie pas les États membres
DécisionImpérative et obligatoireS’impose à ses destinataires
RèglementObligatoire et de portée généraleDirectement applicable et autosuffisant
DirectiveObligatoire quant aux objectifsMesures nationales de transposition en principe nécessaires

Invocabilités d’une directive non transposée

MécanismeSituationEffet
ExclusionUne norme interne fonde l’acte contestéLe juge écarte la norme contraire aux objectifs de la directive
SubstitutionL’acte de transposition n’a pas été adoptéLa directive prend la place de l’acte absent si elle est précise et inconditionnelle

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1. Combien d’États sont parties à certaines conventions internationales du Conseil de l’Europe ?

2. Une juriste doit saisir la juridiction qui interprète le droit de l’Union européenne et siège à Luxembourg. Quelle cour doit-elle contacter ?

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Combien d’États le Conseil de l’Europe rassemble-t-il ?

46 États.

Combien d’États membres l’Union européenne compte-t-elle ?

27 États membres.

Quelle cour interprète le droit de l’Union européenne ?

La Cour de justice de l’Union européenne.

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