Fiche de révision : Responsabilité pénale et peines

Plan du Cours

  1. Classification tripartite des infractions
  2. Légalité et application dans le temps
  3. Application territoriale de la loi pénale
  4. Préparation et tentative d’infraction
  5. Corréité et complicité pénales
  6. Élément moral de l’infraction
  7. Responsabilité pénale de droit commun
  8. Conditions de la légitime défense
  9. Troubles mentaux et responsabilité pénale
  10. Contrainte et autres causes d’irresponsabilité
  11. Excuses absolutoires et lanceurs d’alerte
  12. Peines applicables aux personnes physiques et morales
  13. Concours d’infractions et cumul des peines
  14. Récidive et concours d’infractions
  15. Circonstances atténuantes et leurs effets
  16. Suspension du prononcé
  17. Sursis et réhabilitation
  18. Grâce et résolution de cas pratiques

Repères chronologiques

  1. 25 février 2010La Cour de cassation a abandonné la catégorie des infractions matérielles et a admis que toute infraction requiert un élément moral en plus de l’élément matériel, même si l’incrimination ne l’énonce pas expressément.
  2. 24 octobre 2012Le Tribunal d’arrondissement de Luxembourg a jugé que le lien causal entre l’ébriété d’un conducteur et l’accident devait être établi.
  3. 3 avril 2014La Cour de cassation a jugé que le vol de documents strictement nécessaires à la défense devant le tribunal du travail pouvait être justifié par les droits de la défense.
  4. janvier 2018La Cour de cassation a acquitté des personnes poursuivies après avoir volé des informations dans le cadre de LuxLeaks, en leur reconnaissant le statut de lanceurs d’alerte.

1. Classification tripartite des infractions

★ À maîtriser

📌 L’article 1 du Code pénal distingue les crimes, les délits et les contraventions selon un critère objectif : la peine prévue par la loi.

  • Les crimes sont punis de réclusion à temps ou à vie, éventuellement assortie d’amendes et d’interdictions qui peuvent être obligatoires.

  • Les délits sont punis d’emprisonnement, d’amendes supérieures à 250 € et d’interdictions facultatives ; l’emprisonnement n’est pas toujours prononcé.

  • Les contraventions ne sont pas punies d’emprisonnement et l’amende est en principe inférieure à 250 €, sous réserve d’exceptions légales, notamment certaines amendes de 500 € prévues par le Code de la route.

Compléments

  • La confiscation de valeur peut obliger le condamné à restituer la valeur des profits tirés de l’infraction, même si les biens concernés ne sont pas retrouvés.

  • La décriminalisation transforme, dans une affaire donnée, un crime en délit lorsque des circonstances atténuantes sont retenues, tandis que la décorrectionnalisation transforme un délit en contravention.

  • La flagrance concerne un crime ou un délit commis dans les dernières 24 heures et permet notamment des perquisitions ; elle ne s’applique pas aux contraventions.

  • Le juge d’instruction est compétent uniquement pour les crimes et les délits, sous réserve de l’exception prévue à l’article 24-1 du Code de procédure pénale.

  • Les crimes relèvent du tribunal d’arrondissement en chambre criminelle, les délits de sa chambre correctionnelle et les contraventions du tribunal de police.

  • Les ordonnances pénales concernent uniquement les contraventions, tandis que le jugement sur accord concerne les délits et certains crimes.

2. Légalité et application dans le temps

Notions clés & Définitions

  • Principe de légalité : Exige que toute infraction pénale soit prévue par une loi et interdit de punir un fait qui n’était pas réprimé au moment où il a été commis.

★ À maîtriser

  • La prescription de l’action publique est de 10 ans pour les crimes, de 5 ans pour les délits et de 1 an pour les contraventions, sauf exceptions telles que les crimes contre l’humanité, imprescriptibles.

📌 La prescription de l’action publique s’apprécie selon la peine prévue par le texte répressif ; la décriminalisation et la décorrectionnalisation ne modifient donc pas le délai applicable.

  • La prescription des peines est de 20 ans pour les crimes, de 5 ans pour les délits et de 2 ans pour les contraventions, sauf notamment les crimes contre l’humanité, imprescriptibles.

📌 La loi pénale s’interprète strictement : l’analogie et l’induction ne peuvent servir à établir une infraction, mais une interprétation large ou extensive favorable au prévenu est admise.

📌 Une loi pénale plus sévère ne s’applique pas rétroactivement, tandis qu’une loi pénale plus douce profite au prévenu.

Compléments

  • Un acte de procédure interrompt le délai de prescription de l’action publique et fait courir un nouveau délai.

📌 La réhabilitation de droit est prévue à l’article 646 du Code de procédure pénale, tandis que la réhabilitation judiciaire peut être demandée 5 ans après une condamnation criminelle et 3 ans après une condamnation correctionnelle, après exécution de la peine.

  • Le principe de légalité est notamment consacré par l’article 19 de la Constitution, l’article 7 de la CEDH, l’article 49 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et l’article 2 du Code pénal.

  • La Cour constitutionnelle contrôle la constitutionnalité des lois par la voie d’une question préjudicielle, tandis que chaque juridiction peut écarter un règlement ou un arrêté contraire à la loi dans l’affaire qu’elle juge.

📌 La non-rétroactivité peut aussi s’opposer à l’application d’un revirement jurisprudentiel défavorable qui n’était pas prévisible au moment des faits.

  • Les règles de procédure pénale et d’organisation judiciaire s’appliquent selon leurs modalités propres, et une règle nouvelle d’exécution des peines s’applique lorsqu’elle est plus clémente pour le condamné.

Astuce mémo

Loi plus sévère : pas de rétroactivité ; loi plus douce : bénéfice au prévenu.

3. Application territoriale de la loi pénale

Notions clés & Définitions

  • Principe de territorialité : Impose au juge de vérifier sa compétence et permet l’application de la loi pénale luxembourgeoise lorsqu’un élément constitutif de l’infraction a été commis au Luxembourg, conformément à l’article 7-2 du Code de procédure pénale.

★ À maîtriser

  • Pour une infraction simple ou instantanée, la loi applicable dépend du lieu du geste constitutif ; pour une infraction continue, successive ou complexe, la loi luxembourgeoise peut s’appliquer si un élément constitutif ou un effet constitutif se situe au Luxembourg.

  • Un crime commis à l’étranger par un Luxembourgeois ou une personne résidant habituellement au Luxembourg peut être poursuivi au Luxembourg ; pour un délit, la double incrimination est en principe requise, ainsi qu’une plainte de la victime ou une dénonciation par le parquet étranger compétent.

  • Le principe non bis in idem interdit de condamner au Luxembourg une personne pour des faits déjà jugés à l’étranger, et les peines subies à l’étranger sont imputées sur la peine prononcée au Luxembourg.

Compléments

  • Le territoire luxembourgeois comprend notamment ses fleuves ainsi que les territoires flottant et volant relevant du Luxembourg.

📌 La tentative relève de la loi luxembourgeoise si son commencement d’exécution a eu lieu au Luxembourg ; un simple acte préparatoire sur le territoire ne suffit pas.

  • Des infractions graves commises à l’étranger peuvent être poursuivies au Luxembourg dans des cas prévus par la loi, notamment certains actes terroristes, crimes contre l’humanité, actes de torture, faits de traite des êtres humains et de pédopornographie.

📌 Selon la règle extrader ou poursuivre, le Luxembourg peut poursuivre une personne pour certaines infractions commises à l’étranger lorsque l’extradition est refusée, notamment en raison d’un risque de peine de mort ou de traitement inhumain.

  • L’article 7-5 du Code de procédure pénale assimile, sous réserve de la réhabilitation, les condamnations définitives étrangères aux condamnations luxembourgeoises pour leurs effets, notamment en matière de sursis et de récidive, si les faits sont également punissables au Luxembourg.

4. Préparation et tentative d’infraction

Notions clés & Définitions

  • Tentative : Existe lorsque l’auteur voulait manifestement commettre l’infraction mais en a été empêché par une raison indépendante de sa volonté.

★ À maîtriser

📌 La tentative de crime est toujours punissable, tandis que la tentative de délit ne l’est que si un texte la prévoit expressément ; la tentative de contravention n’est en principe pas punissable.

📌 La pensée criminelle, la résolution et les actes préparatoires ne constituent pas en eux-mêmes un commencement d’exécution punissable, car les actes préparatoires peuvent être équivoques.

  • L’adhésion à une organisation criminelle ou à une association de malfaiteurs peut constituer une infraction même si aucun crime n’a encore été commis.

📌 L’article 135-14 du Code pénal réprime la préparation d’un acte terroriste, mais des éléments supplémentaires doivent permettre de distinguer cette préparation d’actes préparatoires équivoques.

📌 Selon l’article 52 du Code pénal, la tentative d’un crime est punie de la peine immédiatement inférieure à celle prévue pour le crime consommé.

Compléments

  • Les articles 52 et 53 du Code pénal prévoient respectivement la répression générale de la tentative de crime et celle de la tentative de délit lorsque la loi le prévoit ; l’article 496 réprime également la tentative d’escroquerie.

  • Un acte préparatoire peut constituer une infraction autonome, comme la détention d’une arme prohibée.

  • La loi réprime comme infractions autonomes certains actes préparatoires, notamment la participation à une organisation criminelle ou à une association de malfaiteurs et la préparation d’actes terroristes visée à l’article 135-14 du Code pénal.

📌 Le repentir actif n’efface pas une tentative ou une infraction consommée déjà qualifiée, mais peut constituer une circonstance atténuante.

  • Pour une tentative de meurtre, la peine immédiatement inférieure à la réclusion à vie est une réclusion de vingt à trente ans.

  • Pour une tentative de vol avec violence puni de cinq à dix ans de réclusion, la peine devient un emprisonnement d’au moins trois mois, dans la limite générale de cinq ans.

  • La tentative de dépassement dangereux constitue une exception à l’absence de répression de la tentative de contravention.

Astuce mémo

L’acte préparatoire reste équivoque ; la tentative manifeste une volonté d’exécuter l’infraction.

5. Corréité et complicité pénales

Notions clés & Définitions

  • Corréité : La corréité suppose une volonté de participation, un acte positif de participation, un acte principal punissable et un mode de participation incriminé par le Code pénal.
  • Complicité : La complicité suppose une volonté de participation, un acte positif de participation, un fait punissable auquel la personne coopère et un mode de complicité incriminé par le Code pénal.

★ À maîtriser

📌 Le coauteur exécute un acte principal sans lequel l’infraction n’aurait pas pu être commise, tandis que le complice joue un rôle accessoire qui n’était pas nécessaire à sa commission.

  • L’article 67 du Code pénal incrimine : les instructions données pour commettre un crime ou un délit, la fourniture consciente d’armes, d’instruments ou d’autres moyens destinés à servir au crime ou au délit, l’aide ou l’assistance consciente apportée aux faits qui préparent, facilitent ou consomment le crime ou le délit

  • Pour un délit, la peine du complice ne peut excéder les deux tiers de la peine qui lui serait appliquée s’il était lui-même auteur de ce délit.

Compléments

  • Les coauteurs sont réprimés de la même façon que l’auteur de l’infraction, même si la jurisprudence réserve parfois le terme « co-auteur » aux participants ayant un rôle moins important.

📌 Une personne qui profite sciemment de violences aggravant un vol peut être retenue comme auteur des violences, même si elle ne les a pas personnellement exercées.

  • Pour la tentative d’un crime commise par un complice, la peine est réduite de deux degrés successifs dans l’échelle des peines : on applique d’abord la réduction liée à la tentative, puis celle liée à la complicité.

Astuce mémo

L’acte principal rend coauteur ; l’acte accessoire rend complice.

6. Élément moral de l’infraction

Notions clés & Définitions

  • Mobile : Cause impulsive et déterminante pour laquelle une personne a commis l’infraction ; en principe, il est indifférent à la jurisprudence.

★ À maîtriser

  • Le mobile est un élément de qualification pour la discrimination, le terrorisme et l’association de malfaiteurs.

📌 Le dol général est la volonté consciente de commettre un acte que l’on sait interdit, tandis que le dol spécial est une volonté criminelle spécifique, par exemple celle requise pour l’homicide ou le vol.

Compléments

  • Le mobile peut être retenu comme circonstance atténuante, notamment lorsqu’une mère vole des denrées alimentaires pour nourrir ses enfants.

  • Les situations citées où le mobile peut justifier l’acte sont : la légitime défense, l’infraction commandée par la loi ou l’autorité légitime, l’euthanasie, l’aide au suicide

📌 Le dol simple entraîne la peine ordinaire, tandis que le dol aggravé correspond notamment à la préméditation et entraîne une répression plus sévère.

📌 Le dol déterminé vise le résultat effectivement obtenu, tandis que le dol indéterminé correspond à un résultat dépassant l’intention de l’auteur, comme la mort causée sans intention de la donner.

  • Le dol éventuel fondé sur l’acceptation des risques n’est pas retenu par la jurisprudence luxembourgeoise, contrairement à l’approche allemande.

7. Responsabilité pénale de droit commun

Notions clés & Définitions

  • Dirigeant de fait : Personne qui exerce réellement les fonctions de direction sans apparaître comme dirigeant dans les documents sociétaires.

★ À maîtriser

  • Les deux infractions non intentionnelles mentionnées sont les coups et blessures involontaires et l’homicide involontaire.

  • La responsabilité pour une infraction non intentionnelle s’apprécie en tenant compte de la faute, du dommage et du lien causal.

  • La preuve de la faute et du lien de causalité incombe au ministère public, et aucune présomption ne dispense de prouver ce lien causal.

  • La responsabilité pénale pour une infraction non intentionnelle exige un lien de causalité certain entre la faute et le dommage.

  • La responsabilité pénale est personnelle : seules les personnes ayant accompli un acte de participation prévu par la loi ou causé un dommage par défaut de prévoyance ou imprudence engagent leur responsabilité pénale.

  • La responsabilité pénale du chef d’entreprise peut être engagée si sa propre faute a contribué à l’infraction commise par un préposé et si cette infraction est liée à l’intérêt de l’entreprise.

  • Une délégation de pouvoirs valable doit : être effective, être expresse et publique, conférer au délégué des moyens réels pour exercer ses pouvoirs, faire l’objet d’un contrôle effectif

Compléments

📌 La faute avec prévoyance, ou imprudence consciente, implique que l’auteur a perçu le risque, tandis que la faute sans prévoyance correspond à une imprudence inconsciente.

  • Les catégories mentionnées sont :
    • l’auteur ou le coauteur
    • le complice
    • l’auteur d’une infraction non intentionnelle

📌 Pour une circonstance aggravante réelle, plusieurs participants peuvent en répondre même si l’on ne peut établir lequel a matériellement produit le résultat aggravant, lorsque les actes commis y ont contribué.

📌 Une délégation de pouvoirs valable exonère le chef d’entreprise de sa responsabilité pénale pour le domaine délégué.

  • La décharge accordée au dirigeant d’entreprise par les organes statutaires n’a aucun effet sur sa responsabilité pénale.

8. Conditions de la légitime défense

★ À maîtriser

  • Selon l’article 34 du Code pénal, la responsabilité pénale d’une personne morale peut être engagée pour un crime ou un délit commis en son nom et dans son intérêt par un organe légal, un dirigeant de fait ou une personne agissant comme membre d’un organe exerçant un pouvoir de direction.

  • La responsabilité pénale de la personne morale n’exclut pas celle des personnes physiques auteurs ou complices des mêmes infractions.

  • Un acte ordonné par une autorité légitime peut être justifié si l’ordre n’est pas manifestement illégal.

  • La légitime défense suppose une attaque injuste, une riposte concomitante, nécessaire et proportionnée, ainsi que la nécessité de défendre soi-même ou autrui.

  • Une provocation verbale, même grave, ne justifie jamais des coups au titre de la légitime défense, qui exige une attaque physique.

  • La personne qui invoque la légitime défense doit en apporter la preuve, sauf en présence d’une présomption qui peut être renversée par le parquet.

Compléments

  • Les pratiques sportives conformes à leurs règles et les actes médicaux accomplis dans le but de soigner sont présentés comme des situations pouvant justifier des actes matériellement répréhensibles.

  • Pour les crimes de guerre ou d’agression, l’exécution d’un ordre peut justifier l’acte si la personne avait l’obligation légale d’obéir, ignorait l’illégalité de l’ordre et que celui-ci n’était pas manifestement illégal.

  • La jurisprudence retient rarement la légitime défense.

📌 Une riposte immédiate à une agression peut être concomitante, tandis qu’une revanche différée ne l’est pas.

  • Répondre par un coup de poing à une gifle constitue une riposte disproportionnée.

📌 Une présomption de légitime défense peut jouer lorsqu’une personne entre par effraction, de nuit, dans une maison habitée, mais elle ne rend pas automatiquement la défense légitime.

9. Troubles mentaux et responsabilité pénale

Notions clés & Définitions

  • Trouble mental : Trouble psychique ou neuropsychique susceptible d’influer sur le discernement ou le contrôle des actes d’un individu.

★ À maîtriser

  • 🔄 Le juge examine successivement trois questions :
    1. Un trouble mental existait-il au moment des faits ?
    2. Le trouble a-t-il totalement aboli ou seulement altéré le discernement ?
    3. Le trouble persiste-t-il au moment du jugement ou de l’instruction ?

📌 L’abolition totale du discernement ou du contrôle des actes peut entraîner l’irresponsabilité pénale, tandis que leur simple altération peut seulement atténuer la peine.

Compléments

  • La perte de discernement doit entraîner une perte de toute lucidité pour conduire à l’irresponsabilité pénale, qui n’exclut pas la responsabilité civile.

  • En matière criminelle, la nomination d’un expert est systématique, sous réserve d’exceptions telles que le faux et l’usage de faux.

📌 L’ivresse ou la prise volontaire de drogue ne constitue en principe pas un trouble mental exonératoire, car une personne ne peut normalement invoquer une situation d’irresponsabilité qu’elle a elle-même créée.

  • Si le trouble mental persiste et présente un danger, une mesure de sûreté de placement peut être prise et durer aussi longtemps que le trouble persiste.

  • Les juridictions de jugement et les juridictions d’instruction, notamment la chambre du conseil, peuvent constater l’irresponsabilité pénale.

📌 L’article 71-1 du Code pénal concerne des circonstances atténuantes sans établir l’irresponsabilité, et le juge du fond n’est pas tenu par le barème de l’article 74 du Code pénal pour fixer la peine.

  • La jurisprudence cite notamment les troubles suivants :
    • la cleptomanie
    • la pyromanie
    • l’idée fixe
    • les crises d’épilepsie
    • l’état de choc post-traumatique

Astuce mémo

Abolition du discernement : irresponsabilité pénale ; altération : peine atténuée.

10. Contrainte et autres causes d’irresponsabilité

★ À maîtriser

  • Selon l’article 71-2 du Code pénal, n’est pas pénalement responsable la personne qui agit sous l’empire d’une force ou d’une contrainte à laquelle elle n’a pu résister.

  • La force majeure suppose une circonstance imprévisible, irrésistible et insurmontable et exclut la responsabilité pénale ainsi que la responsabilité civile.

  • L’état de nécessité suppose un danger illégitime, actuel et imminent, qui ne résulte pas d’une faute antérieure, ainsi qu’une réaction nécessaire et proportionnée.

  • L’erreur de droit peut exonérer si elle est invincible, si l’agent a accompli les diligences nécessaires pour connaître le droit et reçu des informations erronées, et s’il était de bonne foi.

Compléments

  • La contrainte physique peut être externe, lorsqu’une circonstance de fait ne laisse pas de choix, ou interne, comme un malaise, un endormissement ou une crise d’éternuement.

  • La contrainte morale peut être externe, lorsqu’une menace déterminante vient d’un tiers, ou interne, lorsqu’elle résulte d’un état craintif ou émotionnel.

  • La contrainte est retenue pour une victime de traite des êtres humains qui prend part à des activités illicites parce qu’elle y est contrainte.

  • Une autorisation administrative erronée obtenue après une démarche sérieuse peut permettre d’invoquer l’erreur de droit, contrairement à une autorisation obtenue en trompant l’administration.

  • L’erreur de droit exclut la responsabilité pénale mais pas la responsabilité civile.

  • La jurisprudence a refusé l’erreur de droit à un propriétaire qui avait suivi le conseil d’un avocat incompétent, dans un arrêt de la Cour de cassation du 25 mars 2004.

11. Excuses absolutoires et lanceurs d’alerte

Notions clés & Définitions

  • Excuse absolutoire : Disposition légale qui écarte la poursuite de certaines personnes pour des faits déterminés, sans que cela signifie que toute infraction commise dans ce contexte soit effacée.

★ À maîtriser

  • La loi du 16 mai 2023 transpose la directive UE 2019/1937 et prévoit qu’un lanceur d’alerte remplissant les conditions légales ne peut être poursuivi pénalement, y compris au regard du secret professionnel.

Compléments

  • Les excuses absolutoires liées à la parenté comprennent l’entraide familiale pour certaines infractions, comme l’évasion de détenus ou le recel de cadavre, et la paix familiale pour certains vols, abus de confiance et escroqueries.

📌 L’excuse de paix familiale exclut notamment les poursuites pour vol entre ascendants, descendants et époux, mais ne couvre pas l’abus de faiblesse commis au sein de la famille.

  • Des excuses absolutoires liées à la dénonciation sont prévues notamment par les articles 136, 192, 326, 135-7, 135-8 et 134 du Code pénal pour les faits qu’ils visent.

📌 L’article 452 du Code pénal protège de poursuites répressives les discours et écrits d’un avocat prononcés ou produits devant le tribunal, mais pas les insultes ou menaces contre des juges.

📌 Le lanceur d’alerte doit dénoncer des actes ou omissions illicites, ou contraires à l’objet ou à la finalité de dispositions du droit national ou européen d’application directe.

12. Peines applicables aux personnes physiques et morales

★ À maîtriser

  • Les délits sont punis en principe de 8 jours à 5 ans d’emprisonnement, avec des exceptions pouvant aller jusqu’à 10 ans, tandis que les contraventions ne comportent aucune peine privative de liberté.

  • La confiscation spéciale peut porter sur l’objet de l’infraction, les biens ayant servi à la commettre ou les biens qui se sont substitués à son objet, et la confiscation par équivalent peut viser d’autres biens de valeur correspondante lorsque l’objet a disparu ou a été dépensé.

  • Les peines applicables aux personnes morales selon les articles 35 à 38 du Code pénal sont l’amende, la confiscation spéciale, l’exclusion des marchés publics et la dissolution, sans peine privative de liberté.

Compléments

  • Les peines privatives de liberté prévues pour les crimes comprennent la réclusion à vie et des peines de 20 à 30, 15 à 20, 10 à 15 et 5 à 10 ans.

  • Un travail d’intérêt général peut remplacer une peine d’emprisonnement inférieure à 6 mois et durer de 40 à 240 heures ; le prévenu doit être présent à l’audience et consentir à la mesure.

📌 Le travail d’intérêt général doit commencer dans les 6 mois suivant la décision et être exécuté dans les 24 mois, le délai pouvant être suspendu pour un motif médical, familial, professionnel ou social.

  • Les amendes minimales sont de 251 € pour les crimes et les délits, tandis que l’amende maximale pour les contraventions est de 250 €.

  • La contrainte par corps correspond à 100 € par jour d’emprisonnement en cas de non-paiement de l’amende.

  • La confiscation de valeur existe depuis 2022 et permet une confiscation sur des biens tels qu’un salaire ou un héritage lorsque rien ne peut être confisqué par équivalent.

  • Pour le blocage d’avoirs, la CRF peut bloquer des comptes et transmettre un courrier au parquet afin qu’il saisisse les fonds, ensuite gérés par le Bureau de gestion des avoirs saisis et confisqués sous l’autorité du ministère de la Justice.

  • Une personne lésée ou un tiers auquel appartient un bien saisi ou confisqué peut en demander la restitution devant la chambre du conseil.

  • Les peines criminelles applicables aux personnes physiques peuvent comprendre la destitution, certaines interdictions de droits civils et politiques, la fermeture d’établissement, la publication de la décision et l’interdiction d’activités professionnelles ou sociales.

📌 Pour une réclusion prononcée supérieure à 10 ans, certaines interdictions sont obligatoires à vie, notamment celles de devenir fonctionnaire, de siéger dans un conseil de famille, de détenir une arme, d’enseigner dans une école et de voter.

  • Pour les personnes morales, l’amende criminelle va de 500 € à 750 000 €, tandis que l’amende correctionnelle a un minimum de 500 € et un maximum égal au double de l’amende prévue pour une personne physique.

  • Le taux de l’amende applicable aux personnes morales est quintuplé pour certaines infractions, notamment le trafic de stupéfiants et le blanchiment.

📌 La dissolution peut être prononcée contre une société créée dans le but de commettre une infraction.

13. Concours d’infractions et cumul des peines

Notions clés & Définitions

  • Circonstances aggravantes : Circonstances de fait expressément prévues par la loi qui entraînent une augmentation légale de la peine.

★ À maîtriser

  • En cas de concours de contraventions, les peines se cumulent, tandis qu’en matière de délits la peine la plus forte est prononcée, avec une possibilité d’élévation jusqu’au double du maximum sous réserve de ne pas dépasser le cumul des peines maximales.

  • En cas de concours de crimes, seule la peine la plus forte est prononcée, mais le juge peut l’augmenter de 5 ans au maximum.

  • Les circonstances aggravantes réelles tiennent aux faits, comme les violences, les menaces, la gravité des blessures, la condition de la victime, le lieu, l’escalade, l’effraction ou les fausses clés ; les circonstances aggravantes personnelles tiennent notamment au lien de parenté ou de subordination et à la qualité de l’auteur.

  • Les circonstances aggravantes réelles se communiquent aux auteurs et coauteurs qui en ont profité, tandis que les circonstances aggravantes personnelles ne s’appliquent qu’à l’auteur concerné.

  • Les circonstances aggravantes prévues comprennent : l’effraction, l’escalade ou les fausses clés, l’abus des fonctions par un fonctionnaire public, l’usurpation du titre ou des insignes d’un fonctionnaire ou l’allégation d’un faux ordre public, le fait d’agir la nuit à plusieurs, l’emploi ou la présentation d’armes

Compléments

📌 Lorsqu’un concours comprend des délits et des contraventions, les peines des contraventions s’ajoutent à celle du délit ; lorsqu’il comprend un crime, le crime absorbe les délits et les contraventions, sauf si plusieurs crimes justifient l’application des règles de cumul des crimes.

  • La peine la plus forte se détermine notamment selon la peine privative de liberté la plus élevée, l’amende la plus élevée ou la peine prévue pour le crime.

📌 Lorsqu’un même fait relève de plusieurs infractions, la peine la plus forte est retenue si une infraction couvre les autres, comme un délit de coups et blessures involontaires qui couvre les contraventions décrivant la faute de conduite.

  • Lorsqu’un crime est décriminalisé avant l’audience, il est traité comme un délit pour l’application des règles de concours et est puni d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 5 ans.

  • Pour des délits punissables au maximum de 5 ans, 5 ans et 2 ans, le juge peut doubler le maximum de la peine la plus forte, mais la peine maximale reste 7 ans, qui correspond au cumul des maxima.

  • Pour le vol à l’aide de violences ou de menaces, une incapacité permanente de travail constitue une circonstance aggravante même si son taux est faible, et la peine peut alors passer à 20 ans.

  • Pour ce vol, une circonstance aggravante prévue porte la peine à 15 ans de réclusion et deux circonstances aggravantes la portent à 20 ans ; la nuit s’apprécie selon l’heure du coucher du soleil.

Astuce mémo

Contraventions : cumul ; délits : peine la plus forte ; crimes : peine la plus forte, éventuellement majorée.

14. Récidive et concours d’infractions

★ À maîtriser

📌 La récidive suppose qu’une condamnation définitive précède la nouvelle infraction, tandis que le concours d’infractions concerne plusieurs infractions commises avant toute condamnation pour celles-ci.

📌 Après une première condamnation pour crime, une nouvelle infraction criminelle peut entraîner une augmentation de peine en récidive sans limitation dans le temps ; l’application est obligatoire si la nouvelle infraction est punie de plus de 15 ans de réclusion et facultative si elle est punie de moins de 15 ans.

Compléments

  • En récidive criminelle, les peines de 5 à 10 ans passent à 10 à 15 ans, celles de 10 à 15 ans passent à 15 à 20 ans, et celles de 15 à 20 ans ont un minimum porté à 17 ans.

  • Après une première condamnation pour crime, une nouvelle infraction délictuelle peut entraîner une récidive facultative, sans limitation dans le temps, avec doublement du maximum de la peine.

  • Après une première condamnation pour délit, une nouvelle infraction criminelle ne relève pas d’un régime spécifique de récidive, tandis qu’une nouvelle infraction délictuelle peut entraîner une récidive facultative dans les 5 ans suivant l’exécution ou la prescription de la peine, avec doublement du maximum.

  • En cas de récidive pour exactement la même contravention, le juge doit prononcer le maximum de l’amende.

  • Les condamnations prononcées à l’étranger sont prises en compte pour la récidive en vertu de l’article 7-5 du CPP.

📌 En cas de récidive d’une personne morale, les amendes prévues pour les personnes physiques peuvent être multipliées par 4, contre 2 en l’absence de récidive.

15. Circonstances atténuantes et leurs effets

★ À maîtriser

  • Les circonstances atténuantes objectives concernent notamment le faible trouble à l’ordre public et le comportement fautif de la victime, tandis que les circonstances subjectives concernent notamment l’absence d’antécédents judiciaires et la situation personnelle de l’auteur.

  • En matière criminelle, les circonstances atténuantes remplacent la réclusion à vie par une réclusion à temps d’au moins 15 ans ; les peines de 20 à 30 ans deviennent une réclusion d’au moins 10 ans, celles de 15 à 20 ans une réclusion d’au moins 5 ans, celles de 10 à 15 ans une réclusion de 5 à 10 ans ou un emprisonnement d’au moins 3 ans, et celles de 5 à 10 ans un emprisonnement d’au moins 3 mois.

  • En matière délictuelle, les circonstances atténuantes permettent de ne pas prononcer l’emprisonnement et de réduire l’amende sous 251 €, sans pouvoir la rendre inférieure à 25 €.

Compléments

  • Les juridictions de fond retiennent principalement les circonstances atténuantes pour réduire la peine, tandis que les juridictions d’instruction peuvent s’en servir pour décriminaliser ou décorrecionnaliser l’affaire.

  • Le procureur d’État peut :

    • demander une décriminalisation
    • recourir à une mini-instruction
    • ne pas saisir le juge d’instruction
  • Lorsque des circonstances atténuantes permettent de substituer un emprisonnement à une peine criminelle, une décriminalisation peut ouvrir la voie au jugement devant le tribunal correctionnel ; le juge peut aussi accorder un sursis.

16. Suspension du prononcé

Notions clés & Définitions

  • Suspension du prononcé : Décision par laquelle le juge retient la culpabilité du prévenu sans prononcer de peine contre lui.

★ À maîtriser

  • La suspension du prononcé exige : que la prévention soit établie, que le prévenu n’ait jamais été condamné à une peine d’emprisonnement ou à une amende sans sursis, que les faits ne soient pas de nature à entraîner plus de 2 ans d’emprisonnement, que le prévenu y consente

Compléments

  • La durée de la suspension du prononcé est de 1 à 5 ans, et elle peut être assortie d’un sursis probatoire et de conditions fixées par le juge.

📌 Les juridictions du fond peuvent ordonner la suspension du prononcé d’office, sur réquisition du procureur d’État ou à la demande du prévenu, mais l’accord du prévenu est nécessaire.

  • La suspension du prononcé met fin aux poursuites, laisse le prévenu condamné aux frais et maintient la compétence du tribunal pour l’action civile, mais elle ne figure pas au casier judiciaire.

📌 La révocation de la suspension est obligatoire après une condamnation à une peine d’emprisonnement ferme de plus de 6 mois et facultative après une peine ferme inférieure à 6 mois ; en cas de révocation, la peine pour l’infraction suspendue ne peut dépasser 2 ans d’emprisonnement.

  • Les options mentionnées sont : les travaux d’intérêt général, la suspension du prononcé, le remplacement de l’emprisonnement par une amende sur le fondement de l’article 20 du CP, la décorrecionnalisation en contravention

  • Les peines de substitution mentionnées comprennent : l’interdiction ou la limitation du droit de conduire pendant 5 ans ou plus, la confiscation d’un ou plusieurs véhicules appartenant au prévenu, l’interdiction de détenir une arme

17. Sursis et réhabilitation

Notions clés & Définitions

  • Réhabilitation légale : Réhabilitation de droit prévue à l’article 646 du CP et qui s’applique automatiquement.
  • Réhabilitation judiciaire : Peut être demandée après 3 ans pour un délit et après 5 ans pour un crime, à condition que la peine ait été exécutée.

★ À maîtriser

📌 Le sursis simple suspend l’exécution de la peine sans autre condition que l’absence de nouvelle infraction pendant le délai d’épreuve, tandis que le sursis probatoire impose en plus des obligations au condamné.

  • Le délai d’épreuve du sursis simple est de 7 ans pour les peines criminelles, 5 ans pour les peines délictuelles et 2 ans pour les peines de police.

📌 Le sursis probatoire peut être accordé lorsque la peine d’emprisonnement antérieure, avec ou sans sursis, est inférieure à 1 an.

Compléments

📌 Le sursis simple ne peut en principe pas être accordé à une personne déjà condamnée à une peine assortie d’un sursis, selon la règle « pas de sursis sur sursis » ; les personnes morales déjà condamnées à une amende avec ou sans sursis ne peuvent plus en bénéficier.

  • Les obligations obligatoires sont : répondre aux convocations des agents du SCAS, accepter leurs visites, attester tout changement d’emploi ou de résidence

  • Les obligations facultatives comprennent : la contribution aux charges familiales, l’établissement de la résidence en un lieu déterminé, la réparation des dommages causés, la recherche d’un emploi

  • La période probatoire dure de 3 à 5 ans, et les obligations peuvent être modifiées si la situation du condamné change.

  • Le SCAS informe le parquet général du suivi du condamné et des problèmes éventuels ; le parquet général peut alors l’avertir, puis la peine peut être prononcée si le condamné ne respecte toujours pas ses obligations.

18. Grâce et résolution de cas pratiques

★ À maîtriser

📌 En concours de délits, la peine la plus forte est retenue et le juge peut la porter jusqu’au double de son maximum, sans dépasser le cumul des maxima des peines encourues.

Compléments

  • Le grand-duc peut accorder la grâce en vertu de la Constitution, notamment pour aménager une interdiction de conduire en autorisant certains trajets professionnels.

  • Dans un cas pratique de vol en maison habitée, le fait d’entrer par effraction, d’agir la nuit à plusieurs, d’employer des armes et d’exercer des violences constitue plusieurs circonstances aggravantes réelles qui peuvent s’appliquer au coauteur ayant profité des violences, même s’il n’a pas lui-même frappé.

  • Dans l’exemple du vol à l’aide d’effraction commis en tentative, la tentative peut ramener la peine maximale de 5 à 10 ans à un emprisonnement maximal de 5 ans ; le blanchiment est puni d’un maximum de 5 ans et les violences volontaires avec ITT d’un maximum de 2 ans.

  • Dans l’exemple du concours entre tentative de vol avec effraction, blanchiment et violences volontaires avec ITT, le cumul des maxima atteint 12 ans, mais la règle du concours de délits limite la peine maximale à 10 ans.

📌 Une condamnation étrangère à 9 mois d’emprisonnement avec sursis exclut le sursis simple selon l’article 7-5 du CP, mais permet encore le sursis probatoire car la peine est inférieure à 1 an.

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1. Deux infractions sont examinées : l’une est appelée « délit » dans un commentaire, l’autre « crime » dans un rapport. Pour déterminer juridiquement leur catégorie, quel élément faut-il comparer ?

2. Quelle peine principale caractérise la catégorie des crimes ?

Faire le QCM →

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Quel critère l’article 1 du Code pénal utilise-t-il pour distinguer les infractions ?

La peine prévue par la loi.

Quelles peines principales sanctionnent les crimes ?

La réclusion à temps ou à vie.

Quel seuil d’amende caractérise les délits ?

Une amende supérieure à 250 €.

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